L'accent tonique est un relief donné systématiquement à une syllabe ou à une more dans un mot en augmentant la force, la hauteur et/ou la durée du son . Comme l'accent est systématique, il n'est pas expressif, au contraire de l'intonation, mais sert à aider à la compréhension en découpant le flux sonore et en mettant en relief des mots ou groupes clés. La syllabe ou la more frappée de l'accent est dite tonique, et les autres atones.
On distingue fréquemment les langues à accent tonique des langues à tons et à accent de hauteur, bien que certaines langues, comme le mandarin et le thaï, utilisent les deux systèmes : dans une langue à tons, l'accent tonique peut n'être que secondaire.
L'accent tonique est un facteur discret au même titre que le phonème, mais n'est pas segmentable : c'est donc une unité suprasegmentale.
L'accent tonique est étudié en phonétique et en phonologie, la première discipline s'intéressant aux moyens physiques de sa réalisation, et la seconde à son rôle dans la langue.
Note : Les transcriptions phonologiques entre barres obliques sont en alphabet phonétique international (API). L'accent tonique est signalé par le symbole /ˈ/ placé devant la syllabe concernée. L'accent secondaire est symbolisé par /ˌ/ ; ainsi, dans la chaîne de phonèmes /ˌfutʁiˈkɛ/ « foutriquet », /kɛ/ porte l'accent tonique (primaire), /fu/ l'accent secondaire et /tʁi/ est atone.
Exemples de langues à accent tonique Presque toutes les langues européennes (dont presque toutes les langues indo-européennes, les langues finno-ougriennes et les langues turques) ont un accent tonique. Toutefois, un fait qui pourrait surprendre est que la plupart des langues du monde utilisent un système tonal.
Toutefois, les langues ayant un accent tonique fixé sur la dernière syllabe sont relativement rares : on peut citer l'hébreu moderne, le groénlandais, le persan ainsi que le français.
Différences avec le système tonal Si l'accent tonique (de hauteur ou d'intensité) s'oppose si fortement au système tonal (sans que l'un exclue nécessairement l'autre), c'est parce qu'il fonctionne principalement sur le contraste entre syllabe marquée, minoritaire dans le mot (souvent unique) ou dans l'énoncé et syllabes atones, majoritaires le plus souvent. En sorte, un mot ne possède qu'un nombre très limité de syllabes toniques voire aucune dans le cas des clitiques. Dans le système tonal, au contraire, il n'existe pas de contraste d'une telle sorte : toutes les syllabes (sauf quelques-unes, parfois) portent un ton, quel qu'il soit. C'est la différence entre la nature des tons qui crée le contraste.
Ce point explique pourquoi on ne peut considérer les langues à accent de hauteur comme des langues tonales : en effet, même s'il existe des « tonèmes », ils ne frappent qu'une ou deux syllabes du mot, tandis que les autres restent atones. Le système accentuel met donc en valeur une partie limitée du mot (celle qui porte l'accent par opposition aux autres) ou de l'énoncé (il existe des mots portant un accent, d'autres atones) tandis que le système tonal place toutes les syllabes et les mots (sauf quelques exceptions) à un même niveau hiérarchique.
Accent de hauteur
L'accent tonique réalise une augmentation de l'intensité sonore lors de la prononciation d'une syllabe pour la mettre en évidence. Par contre, l'accent de hauteur la met en évidence par un changement de hauteur de cette prononciation. Dans la plupart des cas, la langue aura donc une hauteur, une « note », de base, qui est appliquée à la plupart des syllabes, et une (ou, plus rarement, plus d'une) syllabe par mot sera prononcée sur une note plus aiguë.
Des exemples de langues avec un accent de hauteur sont le basque (occidental), le gallois, le grec ancien, le japonais, le serbo-croate, le slovène et le suédois.
Quant aux langues tonales, contrairement aux langues à accent de hauteur, chaque syllabe porte une variation de ton ou un ton qui est différent.
Manifestations acoustiques de l'accent d'intensité La principale manifestation acoustique de l'accent tonique est une augmentation de l'intensité vocale touchant un ou plusieurs sommets de syllabe d'un mot. Prononcée avec plus d'énergie, cette syllabe se détache des autres, dites atones, par sa plus grande intensité sonore.
Intensité Différence d'intensité selon les langues
Selon les langues, l'augmentation d'intensité effectuée sur la syllabe accentuée est plus ou moins forte. Dans la majorité des langues romanes elle est très marquée, alors qu'en français, une syllabe accentuée ne se prononce pas avec une intensité très élevée par rapport à une syllabe atone (non accentuée).
Ainsi, pour Paul Valéry,
Ainsi, dans un mot anglais comme , (« château »), accentué sur la première syllabe, un francophone prononce spontanément l'accent sur la deuxième (la dernière) et presque aussi intensément que la première. Le turc se caractérise aussi par un accent tonique relativement faible, tombant toujours sur la dernière syllabe.
Le cas du français
Le français possède un accent tonique se caractérisant par son intensité et sa durée. Au contraire des autres langues romanes et de la plupart des langues européennes, cet accent n'est pas lexical mais syntaxique, c'est-à-dire qu'il ne dépend pas des mots mais des syntagmes et propositions. De plus, l'intensité de l'accent français est relativement faible par rapport à d'autres langues.
Par exemple, les mots polysyllabiques suivants sont accentués quand ils sont isolés comme indiqué dans une diction soignée : petite , maison , prairie , diffusée . Pour la phrase « La Petite Maison dans la prairie n'est plus diffusée. », on obtient selon une prononciation standard ou . En effet, la notion de « groupe de sens » est variable : on peut considérer que « la petite maison dans la prairie » est composé de deux syntagmes : « la petite maison » + « dans la prairie » ou bien que le tout forme un syntagme unique.
Accents primaires et secondaires D’autre part, si dans de nombreuses langues les mots ne présentent, phonologiquement parlant, qu’un seul accent tonique (langues romanes, russe, etc. mais, sur le plan phonétique, non distinctif, on perçoit des syllabes semi-accentuées sur lesquelles la prononciation s'appuie), dans d'autres, comme les langues germaniques, il existe un accent primaire, qui porte le maximum d'intensité, accompagné d’un ou plusieurs accents secondaires, selon la taille du mot. Ces accents secondaires, symbolisés par /ˌ/ en API, se rencontrent surtout dans les mots composés : on comprend donc que les accents secondaires sont une survivance de l’accent originel que portait l’élément entrant dans la composition du mot. Dans les langues germaniques, donc, l’unité accentuelle n’est plus le mot mais le lexème.
La hiérarchie obtenue entre les accents (il existe toujours un accent principal) permet souvent de repérer quel lexème du mot composé est central et renseigne parfois sur des structures secondaires du mot. En allemand, par exemple, c'est normalement le radical qui porte l’accent principal. Si le mot possède une particule séparable, c’est elle qui reçoit l’accent principal. Enfin, les particules inséparables sont atones : dans un mot composé comme ausstaffieren « équiper », on a deux accents : , permettant d’isoler la particule séparable aus- du radical staffieren ; les deux homonymes dübersetzen sont distingués par l’accentuation : « faire franchir » s’oppose à « traduire ». Dans le premier cas, über est une particule séparable donc tonique (qui garde son sens propre : « au-delà de »), dans le second une particule inséparable, donc atone (et au sens figuré).
Autres manifestations acoustiques L'augmentation d'intensité s'accompagne d'autres phénomènes, plus ou moins marqués selon les langues. Modification de la hauteur de la voix En anglais, la syllabe tonique est le plus souvent prononcée plus haut ou plus bas que les syllabes atones, selon les phrases. Il serait réducteur de penser que l'accent, outre par l'intensité, se manifeste seulement par une élévation (ce qui reste vrai quand on prononce les mots isolément). En effet, il n'est pas rare que le jeu de l'intonation fasse prononcer une syllabe tonique plus bas : dans la question Are you married? « Êtes-vous marié ? », réalisée [ɑɹ juː ˈmæɹid], la syllabe [ˈmæ] sera prononcée plus bas que [ɹid], dans le respect de l'intonation montante interrogative. Dans une assertion, en revanche, elle sera plus aiguë.
Tant que ces variations de hauteur ne forment pas un système d'oppositions pertinentes, il ne convient pas de parler d'un accent de hauteur. Ces variations ne font qu'accompagner celles d'intensité.
Allongement dans la syllabe accentuée En italien, la voyelle accentuée est automatiquement allongée. La quantité n’est donc pas phonologique puisqu’elle est entièrement conditionnée par la place de l’accent ; il n’existe pas de vocoïdes ou contoïdes longs non accentués, les consonnes peuvent cependant être géminées hors de l’accent. C’est le dernier segment de la syllabe accentuée qui s’allonge, par exemple fato « destin » et fatto « fait » sont réalisés respectivement et . Lorsque le noyau de la syllabe est une diphtongue, son deuxième élément subit un semi-allongement : vuoi « tu veux » .
Tension musculaire et clarté des phonèmes accentués Il existe un phénomène dit « apophonie accentuelle » qui prévoit que les voyelles atones d'un mot, dans certaines langues, sont réalisées moins distinctement que les toniques (la tension musculaire mise en œuvre étant moindre). Leur timbre est moins clair et des voyelles différentes sont même confondues quand elles sont atones. Plusieurs modifications phonétiques peuvent entrer en jeu, comme la neutralisation ou la centralisation. Parmi les langues à apophonie accentuelle, on peut citer diverses langues slaves (bulgare, russe : consulter Apophonie accentuelle en russe), des langues romanes (catalan, portugais, occitan) ou encore des langues germaniques (anglais, allemand, néerlandais).
Il ressort d'une telle apophonie que ce n'est pas tant l'accent qui modifie l'image acoustique des mots que l'atonie. En effet, l'accent préserve ici l'identité des voyelles. En bulgare, par exemple, la distinction entre [ɔ] et [u] ne se tient qu'en position tonique, en position atone la distinction se perd, et les deux sont réalisés [o]. En latin vulgaire, la distinction entre [ɔ] et [o] et entre [ɛ] et [e] du latin classique ne s'est maintenue qu'en position tonique, et quelques langues romanes comme l'italien ont d'ailleurs conservé ce trait. L'accent tonique a donc servi à maintenir la distinction sous certaines positions, qui se serait de toute manière perdue toute seule sous l'effet de l'atonie. Avec le temps, cela peut créer un écart gigantesque entre les voyelles toniques et atones. Cela est par exemple le cas en anglais moderne, le vieil anglais ayant davantage de voyelles atones.
Ce dernier point, on le verra plus bas, entraîne des conséquences importantes pour l'évolution phonétique des langues.
Place de l'accent L'accent tonique se réalisant comme une emphase par rapport aux syllabes atones, un mot monosyllabique ne porte, isolément, pas d'accent, puisqu'on ne peut établir un contraste entre syllabes atones et toniques. Dans un énoncé, cependant, les syllabes de mots se suivant s'enchaînant, il apparaît que certains monosyllabes sont bien accentués, par opposition à d'autres, toujours atones (cf. plus bas la question des clitiques). Enfin, dans les langues à accent de hauteur les monosyllabes isolés ne sont pas forcément exclus : la modulation de hauteur impliquée peut en effet très bien se manifester sur une seule syllabe.