Les Aith Ouriaghel, Aith Waryaghel, (en berbère : Aith Waryaghel, variante rifaine : Aith Waryagher, en ) en espagnol: Beni Urriaguel, est une tribu berbère rifaine établie à proximité de la baie d'Al Hoceïma au Maroc.

Étymologie Aït ou Aïth signifie en langue amazigh rifaine "Gens". Ainsi Aïth Ouriaghel signifie "Les gens d'Ouriaghel ".

Le mot Ouriaghel a une étymologie incertaine. Selon une légende locale, le nom Ouriaghel viendrait du nom d'une montagne, Adrar Ouriaghel ("la montagne Ouriaghel" en rifain). Cette montagne se situe dans le massif du Jbel Hmam/Adrar n Ithbiren ("Le massif des colombes" en rifain), massif montagneux qui constitue le berceau historique de la tribu. Ainsi Aïth Ouriaghel voudrait dire "Les gens de (la montagne) Ouriaghel".

Une autre hypothèse voudrait que le mot Ouriaghel soit issu de la racine berbère ƔL (GHL), et semble évoquer l'expression ur yaɣel / ur yaɣul qui signifie « il ne retourne pas (en arrière) » = « il ne recule pas ». On retrouve en effet la négation + le verbe à la troisième personne du masculin singulier (y= « il »). Le radical ƔL/QL est connu dans l'ensemble du berbère avec diverses significations : « retourner », « repartir », « attendre », « voir ».

Géographie Le territoire des Aïth Ouriaghel se trouve dans l'actuelle Province d'Al Hoceïma, dans le Rif central.

Le territoire des Aïth Ouriaghel est montagneux hormis dans la plaine d'Al Hoceïma. Le sud du territoire des Aïth Ouriaghel correspond au massif montagneux du Adrar n Ithbiren/Jbel Hmam qui culmine à d'altitude au Adrar n Sidi Boukhiyar ("La montagne de Sidi Boukhiyar" en rifain).

Le territoire des Aït Ouriaghel est traversé, du Sud au Nord, par deux grandes rivières, Aghza ("rivière" en rifain) Ghis et Aghza Nékor.

Les plus grandes villes du territoire des Aït Ouriaghel sont Imzouren, Ajdir, Beni Bouayach et Boukidane (Sidi Bouafif). La ville d'El Hoceima fait partie du territoire des Bakkouya mais une majorité de la population de la ville est rattaché aux Aït Ouriaghel.

300px|vignette|Carte figurant le découpage administratif du Protectorat espagnol au Maroc en régions et cabilas, avec indication des localités les plus importantes. N.B. : Chauen = Chefchaouen, Alhucemas = Al Hoceïma. La tribu des Beni Ouriaghel est implantée dans l’est de la région Rif. Subdivision

Les cinq Khoms des Aït Ouriaghel La tribu des Aïth Ouriaghel est subdivisée en cinq grandes sous-tribus appelées « khoms » littéralement « un cinquième ». Chaque khoms possède un bloc de territoire qui lui est propre excepté pour les Imrabden dont le territoire est fragmenté et disséminé à travers la région.

Les cinq khoms sont: Aïth Youssef Ou 'Ali : Littéralement les descendants de Youssef fils de Ali, établis autour de la ville d'Al Hoceima et d'Ajdir. Abdelkrim El Khattabi en est originaire. Aïth Bou'ayach : comprend les villes d'Imzouren, Beni Bouayach. Numériquement la plus peuplée Aïth Hadifa : aux alentours du village d'Ait Hadifa Aïth Abdellah : aux alentours du village d'Aith Abdellah Imrabden : autour de plusieurs anciennes zaouias (Sidi Aissa, Sidi Boukhiyar etc)

Les clans et sous clans Chaque homs peut être divisé en clans et sous-clans de la manière suivante: Khoms des Aïth Youssef ou Ali Clans Aïth Youssef ou Ali (Aïth Youssef ou Ari), Aïth Ali (Aith Ari). Sous-cans: Aïth Oughir Izan, Isrihen, Aïth Tourirth, Tigarth, Imhawren, Aïth R-abbas, Timarzga. Khoms des Aïth Bou'ayach Clan: Aïth Bou'ayach Sous-clans: Izakiren, Aïth Tifarwin, Isoufiyen, Aïth Ta'a, Aïth Bu Khlif (Aïth Bu Khrif), Aïth Adiya, Aïth Bu Qiyaden, Aïth Arabda, Ighmiren, Aïth Mnoud, Tazourakht. Khoms des Aïth Hadifa Clan: Aïth Hadifa Sous-clans: Aïth Bu Jdat, Iraqraqen, Aïth Arous, I'akkiyen Khoms des Aïth Abdellah Clan: Aïth Abdellah Sous-clans: Aïth Arou Moussa, Aïth Tmajourth Khoms des Imrabden Clan: Imrabden Sous-clans: Imrabden n Wadaï, Imrabden n Dara.

Abdelkrim, leader de la résistance rifaine au colonialisme, appartenait aux Aïth Youssef ou Ali. Chaque khoms, clan ou sous clan possédait un territoire qui lui était propre. Les relations entre clans pouvaient être conflictuelles notamment durant la période de la 'Ripoublik'.

Histoire Période médiévale Avant l'époque contemporaine, il circulait peu d’informations sur cette tribu. La première mention de la tribu berbère des Aïth Ouriaghel remonte aux temps de l'émirat de Nékor. Selon le géographe Al-Bakri (1040-1094), la ville de Nékor possédait quatre portes dont une qu'il nomme Bab Beni Ouriaghel ("porte des Aïth Ouriaghel" en arabe). Les Aïth Ouriaghel sont donc une des plus anciennes tribus du Rif central, avec les Igzenayen et les Temsamane, toujours existantes. Ils furent islamisés par l'action des émirs de Nékor comme toutes les tribus berbères du Rif central.

Al-Bakri nous apprend que les Aïth Ouriaghel et les Igzenayen soutinrent la révolte menée contre l'émir de Nékor, Salih II ibn Sa’id (803-864), par son frère Idris.

Le camp de Salih et le camp d'Idris s'affrontèrent sur le Adrar n Kouine, une montagne située sur le territoire des Igzenayen, au sud de Nékor. Salih fut battu et du se retirer dans Nékor, poursuivi par les troupes de Idris. Idris mit le siège à la ville de Nékor mais fut capturé par surprise par les hommes de Salih. Salih fit exécuter son frère Idris et la révolte fut finalement matée.

Le massif du Jbel Hmam, à une quarantaine de kilomètres au sud de l'actuelle ville d'Al Hoceïma, est considéré par les Aïth Ouriaghel comme le berceau de leur tribu, à partir duquel ils ont progressivement immigré pour occuper les terres jusqu'à la baie d'Al Hoceïma.

Durant la période almohade, les Aïth Ouriaghel se revoltèrent de nombreuses fois et furent durement réprimés par le Calife Abdelmoumen. Ce dernier recruta néanmoins de nombreux combattants issus de cette tribu réputée guerrière pour aller combattre dans la péninsule ibérique contre les pouvoirs catholiques. Des guerriers des Aïth Ouriaghel participèrent à la grande victoire almohade d'Alarcos en 1195, ainsi qu'à la terrible défaite de Las Navas de Tolosa en 1212.

Les Aïth Ouriaghel, comme de nombreuses tribus rifaines, apportèrent leur soutien à la dynastie naissante des Mérinides dans leur révolte contre le pouvoir almohade. Les Almohades furent écrasés par les Mérinides et leurs alliés rifains lors d'une bataille près de la rivière Nékor, en 1216. Cette victoire prépara la voie à la prise du pouvoir des Mérinides au Maroc.

Période moderne Sous les Alaouites, les Aït Ouriaghel jouèrent un grand rôle dans la création de la Jaych Rifi (l'Armée Rifaine) du Sultan Moulay Ismaïl. Cette armée libéra les villes de Mahdia, Asilah, Larache et Tanger de l'occupation européenne.

Période contemporaine Au cours du , l'Empire chérifien du Maroc entra dans une phase d'affaiblissement du pouvoir central. Certaines parties du pays échappaient à l'autorité politique du gouvernement. Le Rif fut une des régions où l'autorité du Sultan était moindre. Les Rifains appellent cette période "Ripoublik".

Durant la Ripoublik, les Aïth Ouriaghel étaient gouvernés par une assemblée ("agraw" en rifain) regroupant les "Imgharen" (pluriel de "Amghar") de la tribu. Un "Amghar" (mot qui signifie "ancien" en rifain) était un homme fort qui dirigeait un clan. Ainsi chaque clan des Aïth Ouriaghel était représenté par son "Amghar" dans l'assemblée de la tribu. Cette assemblée était responsable de l'administration de la justice à l'échelle de la tribu et des relations avec les autres tribus et le Sultan. Elle était aussi chargée de punir ceux qui commettaient un meurtre ou une agression lors des jours de marché. Les jours de marché étaient des jours de paix chez les Aïth Ouriaghel où toute violence était proscrite, contrairement aux autres jours qui étaient rythmés par les règlements de comptes et les conflits entre clans. Tout homme qui était coupable d'un acte d'agression lors d'un jour de marché devait payer une lourde amende à l'assemblée de la tribu sous peine de voir sa maison et ses biens détruits par les Imgharen et d'être exilé pour une période plus ou moins longue.

La "Ripoublik" était une période marquée par les conflits et les vendettas entre clans rifains. La vie politique chez les Aïth Ouriaghel était dominée par les conflits entre les Imgharen et les clans qui se disputaient le pouvoir politique, le prestige et la possession des terres.

Sous le Sultanat de Moulay Hassan (1873-1894), les Aïth Ouriaghel furent déchirés par un conflit interne qui dura sept ans. Ce conflit opposa le clan des Aïth Youssef ou Ali au clan des Aït Ali avant de s'étendre à l'ensemble de la tribu. Après de nombreux combats, il semblerait que le clan des Aïth Youssef ou Ali remporta le conflit et imposa de nombreuses amendes aux clans vaincus.

Auguste Mouliéras décrit abondamment la tribu des Aït Ouriaghel dans son ouvrage "Le Maroc inconnu: étude géographique et sociologique. Exploration du Rif (Maroc septentrional)" paru en 1895 . Il fait le portrait d'une tribu belliqueuse, indépendante, déchirée par les conflits entre clans.

En 1908, les Aïth Ouriaghel infligèrent une lourde défaite au rebelle marocain Bou Hmara, qui se révolta contre le Sultan Abdalaziz. À la suite de sa prise de contrôle du Rif oriental, Bou Hmara tenta d'imposer son autorité sur le Rif central. Après avoir soumit les Temsamane et les Aït Touzine, l'armée de Bou Hmara, commandée par son général Jilali Moul-Woudou, fut écrasée par les Aïth Ouriaghel lors d'une bataille près d'Imzouren. Les Aïth Ouriaghel pourchassèrent les débris de l'armée de Bou Hmara jusqu'à Ben Taïeb. Cette défaite affaiblit considérablement Bou Hmara qui fut définitivement chassé du Rif par la révolte de la tribu des Iqer'ayen, dirigée par Mohamed Ameziane.

La guerre du Rif (1921-1927) La menace de plus en plus pressante du colonialisme européen, en particulier espagnol, au début du , poussa les Aïth Ouriaghel à mettre fin à leurs conflits internes pour s'unir. De nombreux chefs tentèrent d'imposer leur autorité mais ce fut Abdelkrim El Khattabi qui réussit à unifier les rangs des Aïth Ouriaghel à partir de 1920, pour faire face à la menace de la conquête espagnole.

Tribu d'origine d'Abdelkrim El Khattabi, leader de la résistance berbère lors de la colonisation, c'est en partie aux Aïth Ouriaghel que l'Espagne doit sa plus grande défaite militaire durant la bataille d'Anoual, qui cause la perte de milliers d'hommes. Les Aïth Ouriaghel formaient la plus grande ainsi que la plus puissante tribu de la République du Rif. Ils jouèrent un rôle important dans la plupart des combats de la guerre du Rif. De nombreux grands chefs et combattants rifains étaient issus de cette tribu.

De nombreux combattants des Aïth Ouriaghel s'illustrèrent durant la guerre du Rif. Parmi eux nous pouvons citer les individus suivants: Si Abdelkrim n-Ali El Hattach: Caïd au sein de l'armée régulière rifaine, il fut chargé d'organiser l'approvisionnement des troupes. Il joua un rôle important sur le front de l'ouest, dans le pays Jbala. Il mata la révolte d'une partie des Ghomaras en 1924. Il fut capturé par les Espagnols à la fin de la guerre et emprisonné durant neuf ans sur les Îles Zaffarines. Haddou n-Mouh Ameziane: Originaire du village d'Aït Boukhlif, dans le clan des Aït Bouayach, il fut nommé par Abdelkrim en tant que Amokrane n-Mhaddjath ("Grand de la Mehalla" en rifain), c'est-à-dire chef de plusieurs milices d'irréguliers rifains, chargées d'assister l'armée régulière rifaine. Haddou n-Mouh Ameziane s'illustra notamment durant les combats avec l'armée française autour du poste de Kiffane au sud du territoire des Igzenayen, lors de la grande offensive rifaine de 1925. Il survécut à la guerre et sera nommé Caïd de Nékor par l'administration espagnole.