Le parc national du Gros-Morne est un parc canadien, situé sur la côte occidentale de l'île de Terre-Neuve, dans la province de Terre-Neuve-et-Labrador à environ à l'ouest de Saint-Jean. Il est nommé d'après le Gros Morne, le second plus haut sommet de l'île.

D'une superficie de , le parc est particulièrement réputé pour la richesse de sa géologie. Il possède une portion du fond océanique de l'ancien océan Iapetus et du manteau terrestre exposé, ce qui en fait un bon exemple de la tectonique des plaques. Il est aussi reconnu pour la beauté de ses vallées glaciaires, dont celle de l'étang Western Brook.

Habitée par diverses tribus depuis plus de , la zone du parc fut aussi l'une des premières régions des Amériques fréquentées par les Européens, d'abord par les Vikings au et ensuite par les pêcheurs basques, français et anglais. Longtemps disputée, la région Gros-Morne devint anglaise au début du , mais les Français conservèrent des droits de pêche et de séchage du poisson. Elle fut finalement habitée, à partir du début du , par une population pratiquant la pêche ainsi que l'exploitation forestière. Le parc a été créé en 1973 à la suite d'une entente fédérale-provinciale, qui fut officialisée le . Il fut reconnu comme site du patrimoine mondial de l'UNESCO en 1987. Le parc est visité par environ par année et est administré par l'agence Parcs Canada.

Géographie thumb|left|upright=1.3|alt=Carte topographique du parc national du Gros-Morne|Le parc national du Gros-Morne Le Gros-Morne est un parc de situé dans l'Ouest de l'île de Terre-Neuve, à environ à l'ouest de Saint-Jean et à au nord de Corner Brook. Le parc est situé dans les monts Long Range et de part et d'autre de la Bonne Baie.

Bien que ce parc soit situé entièrement dans les territoires non organisés des divisions et , il enclave plusieurs municipalités, soit Trout River, Woody Point, Glenburnie-Birchy Head-Shoal Brook, Norris Point, Rocky Harbour, Sally's Cove, St. Pauls et Cow Head. La population de ces huit communautés est d'environ .

Géologie thumb|Le Gros Morne vu du sommet des Tablelands. Les plus vieilles roches de Gros-Morne ont été formées il y a . Elles sont composées en majorité de granite et de gneiss provenant de la collision entre deux continents. Ces gisements ont formé l'actuel plateau des monts Long Range.

À la fin du Précambrien, il y a , l'ouverture de l'océan Iapetus engendre de nombreux dykes visibles des étangs Western Brook et Ten Mile. Durant les suivantes, au Cambrien et à l'Ordovicien, le continent de Laurentia et la zone de Gros-Morne subissent une intense érosion. Au début, ceux-ci sont composés en majorité de sable, dont le quartzite du Gros Morne. La région est ensuite occupée par une mer tropicale, ce qui favorise la formation de bancs de carbonates, qui forment d'épais dépôts de calcaire et de dolomie. Les courants marins et les tremblements de terre provoquent le détachement d'une partie de ces sédiments du plateau continental qui se retrouvent au bas du talus continental et forment des brèches calcaires à travers les shales.

thumb|Paysage des Tablelands. Il y a , l'océan Iapetus commence à se refermer. Lors de la collision des continents, une partie de la croûte océanique de l'océan Iapetus est emprisonnée dans la plaque continentale voisine, donnant naissance à des ophiolites. Cette intrusion est responsable de la formation des Tablelands, l'un des rares endroits où l'on peut voir une coupe transversale de la croûte océanique, de la discontinuité de Mohorovicic et du manteau terrestre. Les principales roches que l'on retrouve sont la péridotite, la dunite, le diabase le gabbro et le basalte. Ce phénomène se termine il y a . Les sédiments les plus récents sont des grès verts, des brèches et des shales.

Durant de Dévonien, la formation des Appalaches provoque le soulèvement général de la région. Celle-ci reste ensuite géologiquement stable, uniquement soumise à l'érosion. Les glaciations des deux derniers millions d'années donnent au parc son aspect actuel.

Green Point, qui est située à au nord de Rocky Harbour a été reconnu comme point stratotypique mondial pour distinguer la séparation entre le Cambrien et l'Ordovicien .

Relief left|thumb|La route 430 à l'ouest de Rocky Harbour. Le relief de la région du Gros-Morne est caractérisé par la présence de deux plateaux séparés par la Bonne Baie. Le plateau le plus haut nord comprend le Gros Morne () et le Big Level (). Ce plateau est entrecoupé par d'impressionnantes vallées glaciaires occupées par les étangs Ten Mile, Baker Brook et Western Brook, les falaises du dernier atteignant . Le plateau au sud de la Bonne Baie, plus petit, comprend les Tablelands (). Au nord-ouest de la Bonne Baie, entre Rocky Harbour et Cow Head, on retrouve une plaine côtière de faible altitude d'une largeur de cinq kilomètres.

Hydrographie thumb|L'étang Ten Mile. Le parc du Gros-Morne comprend de littoral marin. La côte est découpée par deux baies profondes, soit la Bonne Baie et la baie St. Pauls. Le parc est traversé par trois rivières, la Trout, la Lomond et la St. Pauls ainsi que par de nombreux ruisseaux. Le parc possède de nombreuses étendues d'eau, appelées étangs (En anglais terre-neuvien (étang) peut faire référence à un lac quelle que soit la taille de celui-ci.). Les principaux sont les étangs Trout River, Ten Mile, Baker Brook et Western Brook.

Climat Le climat du parc est frais, avec un climat maritime, du fait de sa proximité de la mer. Les terrains situés plus en altitude sont caractérisés par un climat subarctique. La température annuelle moyenne est de , avec un mois de juillet de et un mois de février à . Les précipitations annuelles du parc sont de incluant de neige. Enfin, le brouillard est présent de 10 à par an .

Milieu naturel thumb|Forêts de Gros-Morne. Selon la Commission de coopération environnementale, le parc est situé dans l'écorégion de niveau III de l'île de Terre-Neuve des forêts septentrionales. Le Canada, en ce qui concerne son cadre écologique, divise l'île de Terre-Neuve en plusieurs écorégions, dont trois sont dans le parc. La première, le Sud-Ouest de Terre-Neuve, comprend les rives de la Bonne Baie et le sud du parc. Elle est caractérisée par un climat doux par rapport au reste de l'île et des forêts denses de sapin baumier. La région des monts Long Range est quant à elle caractérisée par une lande à éricacées et un climat beaucoup plus frais. Elle comprend les sommets du parc. La dernière région, la péninsule Northern, comprend la côte au nord de la Bonne Baie. Elle est occupée par des forêts de sapin baumier et d'épinette noire.

Flore On retrouve dans le parc du Gros-Morne de plantes vasculaires, de bryophytes (mousses et hépatiques) et de de lichens, ce qui représente 60 % de la flore présente sur l'île. Les côtes du parc sont composées en majorité d'épinette blanche () et de sapin baumier (). La plaine côtière comprend de nombreuses tourbières de sphaigne accompagnées d'aulne ( sp.) et de marais de carex accompagnés de mélèze laricin (). Les sols humides sont peuplés d'épinette noire () et les forêts ayant un sol plus sec de sapin baumier.

À partir de d'altitude, la forêt cède la place à la toundra alpine. Celle-ci est composée de peuplements de diapensie (), de camarine ( sp.), du raisin d'ours des Alpes (), de mousses et de lichens. La serpentine des Tablelands donne au sol de la montagne un aspect désolé couvert de mousses et de plantes rares qui sont adaptées à la chimie particulière du sol. On retrouve 100 taxons considérés comme rares à Gros-Morne, dont la thélyptère de Quelpart (), une espèce de fougères dont la population du Gros-Morne est la seule à l'Est des Rocheuses.

Faune L'île de Terre-Neuve est relativement pauvre en mammifères, avec seulement 14 espèces indigènes. Depuis les 400 dernières années, douze autres espèces ont été introduites par l'homme. Les ongulés que l'on retrouve dans le parc sont le caribou des bois () et l'orignal (). Les carnivores sont représentés par l'ours noir (), le renard roux (), l'hermine () et le vison d'Amérique (). Les petits mammifères sont quant à eux représentés par la musaraigne cendrée (), le lièvre arctique (), le lièvre d'Amérique (), l'écureuil roux américain (), le castor du Canada (), la souris sylvestre (), le campagnol des champs () et le rat musqué (). Le parc est aussi fréquenté par deux espèces de chauves-souris, soit la petite chauve-souris brune () et la chauve-souris nordique (). La population de Terre-Neuve de la Martre d'Amérique () est la seule espèce de mammifère en péril du parc.

Les mammifères qui fréquentent les eaux près du parc sont le rorqual commun (), le globicéphale noir (), le petit rorqual () et le phoque commun ().

On a recensé d'oiseaux dans le parc, dont y nichent. Parmi la sauvagine, on y retrouve la bernache du Canada (), le canard noir (), le garrot à œil d'or (), le fuligule à collier () et le harle huppé (). Parmi les oiseaux limicoles, on retrouve le grand chevalier (), le chevalier grivelé () et la bécassine des marais (). Parmi, les oiseaux marins, on retrouve le goéland argenté (), le goéland à bec cerclé (), le goéland arctique (), le goéland à manteau ardoisé (), la sterne pierregarin (), la sterne arctique () et le guillemot à miroir (). Parmi les gallinacés on retrouve le tétras du Canada () et le lagopède alpin (). On rencontre aussi de nombreux oiseaux forestiers, comme le pic mineur (), la moucherolle à ventre jaune (), l'alouette hausse-col (), la mésangeai du Canada (), la corneille d'Amérique (), le grand corbeau (), la mésange à tête noire (), la mésange à tête brune (), le roitelet à couronne dorée (), le roitelet à couronne rubis (), la grive à dos olive (), la grive solitaire (), le merle d'Amérique (), le pipit spioncelle (), l'étourneau sansonnet (), la paruline à tête cendrée (), la paruline à croupion jaune (), la paruline à gorge noire (), la paruline rayée (), la Paruline jaune (), la paruline triste (), la paruline à calotte noire (), la paruline des ruisseaux (), la paruline masquée (), la paruline flamboyante (), le bruant des prés (), le bruant chanteur (), le junco ardoisé (), le bruant à gorge blanche (), le bruant fauve (), le bruant de Lincoln (), le bruant des marais (), le bruant des neiges () et le tarin des pins (). Il y a sept oiseaux en péril dans le parc, soit la sous-espèce du bec-croisé des sapins (), la mouette blanche (), le moucherolle à côtés olive (), le faucon pèlerin (), la population de l'Est du garrot d'Islande (), le hibou des marais () et le quiscale rouilleux ().

L'une des particularités de Terre-Neuve est l'absence de poissons d'eau douce. La totalité des espèces fréquentant les rivières sont anadrome ou catadrome. On retrouve dans le parc, soit le saumon atlantique (), l'omble de fontaine (), l'omble chevalier (), l'éperlan arc-en-ciel (), l'anguille d'Amérique (), le poulamon atlantique (), le gaspareau (), l'épinoche à quatre épines (), l'épinoche à trois épines (), l'épinoche tachetée () et l'épinoche à neuf épines (). On rencontre aussi une espèce exotique dans la rivière Trout, la truite arc-en-ciel (). Celle-ci pourrait représenter une menace pour les autres salmonidés du parc. L'Anguille d'Amérique est la seule espèce de poissons considérée en péril.

Histoire