Adam Stefan Stanisław Sapieha armoiries Lis, né le à Krasiczyn et mort le à Cracovie, est un prince, cardinal, archevêque de Cracovie, sénateur de Pologne en 1922-1923. Il est considéré comme l'une des figures de proue de l'Église de Pologne dans la première moitié du .
Biographie
Origines et formation
Adam Stefan Sapieha est né le , au château de Krasiczyn, dans la famille princière d’Adam Stanisław Sapieha, au blason du clan Lis (renard). Sa mère, Jadwiga Klementyna, née Sanguszko, a dans ses armoiries un cavalier lituanien. Il est le benjamin d’une famille nombreuse et ses aînés sont : Władysław Leon (1853-1920), Maria Jadwiga (1855-1929), Leon Paweł (1856 - 1893). Helena Maria (1857-1934), Paweł Jean (1860 -1934) et Jan Piotr (1865-1954).
Il accomplit son éducation primaire dans la maison familiale de Krasiczyn, où il apprend le polonais et les langues étrangères, l’histoire de la Pologne et de ses voisins, la littérature, les mathématiques et la religion.
Dès l’automne 1882, il habite vraisemblablement au château familial de la rue Kopernik à Lemberg, où des enseignants du collège lui donnent des cours. Le , il termine son éducation secondaire et obtient le baccalauréat au « IV Gymnase supérieur Jan Długosz » à Lemberg. Durant ses études, il voyage plusieurs fois à Vienne, accompagné de son père. Il fait alors connaissance du milieu aristocratique de l’époque et de la cour de l’empereur. En 1881, il part en pèlerinage à Rome, où, lors d’une audience papale dédiée à la famille Sapieha, il est présenté au pape Léon XIII. À l’automne 1886, il s’inscrit à la faculté de droit de l’Université de Vienne et, en même temps que son frère Jean, suit d’ à , des cours à l’Institut catholique de Lille. Le , il continue ses études de droit en deuxième année, mais cette fois à la faculté d’histoire et de droit de l’université Jagellonne, où le , il passe l’examen d’études final. En automne 1888, il continue sa formation à Vienne, qu’il achève en 1890. Le , il y reçoit la décharge universitaire et entre-temps, s’inscrit (), à la faculté de théologie de l’Université d'Innsbruck, qu’il termine en .
Carrière ecclésiastique Après avoir pris la décision d’embrasser l’état ecclésiastique, il reçoit son incardination dans l’archidiocèse de Lwów (1882) de rite latin et est inscrit sur la liste des étudiants du séminaire du même lieu. Il y reçoit les ordres mineurs. Les ordres supérieurs lui sont conférés en 1893 ; le titre de subdiaconat - le à Feldkirch et le diaconat - le . Le , dans la chapelle du séminaire de Lwów, il reçoit l’onction sacerdotale des mains du sufragan de Lwów, Jan Puzyna. Il est important d’ajouter, qu’en tant qu’étudiant, il prend activement part à bon nombre de réunions scientifiques, groupes de discussion et réunions pastorales. Après avoir terminé ses études en théologie et à la suite de la décision des autorités ecclésiales, il est envoyé comme simple prêtre ( à ) dans une paroisse de , où il remplit en plus la fonction d’aumônier de l’école des Sœurs de l’Immaculée conception. Après une année de pastorale à Jazłowiec, il part pour un mois prêcher des retraites (1895) en Haute Silésie. Peu après, il se rend à Rome, où il continue ses études à la faculté de droit canonique et droit civil de l’Académie pontificale (Atheneum Lateranense), couronnant ses études par un doctorat dans les deux domaines. Aux études en droit, il ajoute celles en rapport à la diplomatie, poursuivies à l’Académie ecclésiale pour nobles, y améliorant sa connaissance du français, allemand et italien. En habitant au Collège polonais de Rome, il côtoie les milieux liés au Vatican et rencontre d’influents ecclésiastiques polonais. Il noue des contacts privilégiés avec le pape Léon XIII et d’autres personnalités, qui quelques années plus tard, vont remplir d’importantes fonctions dans l’Église. On compte parmi eux, l’archevêque Franciszek Symon et le cardinal Mieczysław Ledóchowski. Il est bon de rappeler que le père d’Adam, Stanisław Sapieha, entretenait de proches relations avec le pape. Après avoir quitté Rome, en , l’abbé Adam Sapieha fait un bref séjour dans le domaine familial de Krasiczyn, puis se rend à Lwów. Il entreprend un voyage en Bosnie, pour s’informer des conditions dans lesquelles vivent les Polonais qui y habitent, afin de leur assurer une présence pastorale et une aide caritative. De retour à l’archidiocèse, en , il travaille comme vice-recteur du séminaire de Lwów, et devient secrétaire au tribunal ecclésial diocésain et métropolitain. Il assume aussi la fonction de référent au consistoire, tout en siégeant comme examinateur prosynodal. Il part pour une demi-année aux États-Unis d’Amérique, où il s’occupe d’affaires familiales et s’intéresse aux activités des prêtres polonais et de la manière dont fonctionnent les paroisses polonaises (la Polonia). À son retour à Lwów, il reçoit des mains du nouveau métropolite, l’archevêque Józef Bilczewski, la nomination au poste de vicaire de la paroisse Saint-Nicolas à Lwów, ainsi que la charge de chanoine de la cathédrale. Adam Sapieha est connu pour sa connaissance et propagation des encycliques sociales du pape Léon XIII, qu’il expose à divers milieux sociaux lors de conférences. Il est le chapelain de bon nombre de congrégations de Lwów, à savoir : modérateur de la Congrégation (pol : sodalicja) des commerçants, des étudiants, de jeunes collégiens artisans et d’une Congrégation dédiée à la gent masculine.
Fin 1905, l’abbé Adam Sapieha, grâce aux interventions de l’archevêque Józef Teodorowicz et de l’évêque Franciszek Symon, part pour Rome comme « porte-parole » de l’Église catholique des terres polonaises. Du pape Pie X, il reçoit la nomination au poste de chambellan papal () et devient un de ses collaborateurs les plus proches. Cette période où il est assistant du pape, est l’occasion, pour le futur métropolite de Cracovie, d’acquérir une expérience unique et de nouer des contacts personnels tout en grandissant spirituellement. Il joue un rôle primordial dans l’action politique du Vatican envers l’Église polonaise disséminée. Il intervient lorsqu’on persécute les catholiques vivant sur des terres polonaises, ainsi qu’en Russie. En 1906, il informe l’opinion publique et demande une intervention du pape au sujet de grèves dans les écoles de Grande Pologne, grèves provoquées par l’interdiction de la langue polonaise durant les cours de catéchisme. Il facilite aux compatriotes, venant défendre au Saint-Siège la cause polonaise, des contacts directs avec les dignitaires du Vatican et le pape. Plus tard, il organise avec d’autres prêtres et laïcs (1911), un bureau de presse polonais à Rome, dans le but d’informer les milieux journalistiques, et un large auditoire, du sort des catholiques polonais vivant sous domination étrangère. Son travail est facilité par l’accès illimité qu’il a au pape et ses collaborateurs et autres prêtres, avec lesquels il a autrefois étudié dans les universités de Rome.
Évêque de Cracovie L’intense activité ecclésiale et sociale de l’abbé Sapieha à Rome, attire rapidement l’attention de ceux qui l’entourent. Après la mort du cardinal Puzyna, l’empereur François Joseph accepte, le , sa candidature comme évêque ordinaire de Cracovie ; il est soutenu par les cercles conservateurs de la province autrichienne de Galicie. Un consistoire papal entérine cette nomination le , et le jour même, le pape Pie X promulgue une bulle proclamant sa nomination. À peine un mois après cette dernière, le pape en personne lui impose les mains à la Chapelle Sixtine, lui conférant l’onction épiscopale (). La cérémonie a lieu en présence de la cour papale, d’éminents représentants de la noblesse polonaise, dont la famille Sapieha, des représentants de la ville de Cracovie et du clergé diocésain. C’est là un geste sans précédent de la part du Saint-Père envers l’Église de Pologne. Quelques semaines plus tard, le nouvel évêque arrive à Cracovie, où l’accueillent les autorités de la ville, le clergé et les habitants. Deux jours après, a lieu son intronisation à la cathédrale de Wawel, prévue par le droit canonique. Il adresse alors aux prêtres et fidèles, une lettre pastorale dans laquelle, inspiré par les enseignements de Léon XIII et de Pie X, il expose son programme pastoral. Ce qui est digne d’attention, c’est qu’il accomplit alors un geste significatif : le jour de son intronisation, il demande qu’on serve trois cents repas aux plus pauvres de Cracovie et de la région. Cette sollicitude hors du commun envers les démunis et le désir de soulager leur misère, seront le trait principal de sa pastorale d’évêque. Il a en déjà fait preuve, lorsqu’il était vicaire à Jazłowiec, Lwów et comme employé de la curie romaine et du Saint-Siège.
Durant les premières années de sa présence à Cracovie, il évite de prendre position de manière irrécusable pour telle ou autre orientation politique, ou représentant d’un parti. Il est convaincu, que l’indépendance de la Pologne ne doit pas être liée au soutien d’une des puissances qui l’ont occupée, afin de ne pas être encore plus dépendante à son égard. Mu par un remarquable instinct diplomatique, il attend le dénouement des événements à l’échelle internationale.
En Pologne indépendante Le , apprenant que la Pologne vient de renaître, il célèbre une messe d’action de grâce dans la cathédrale de Wawel. Il faut souligner, que durant toute la période où se déroulent les plébiscites de Silésie et de Warmie, Sapieha, à la demande des Polonais de Silésie, s’engage dans la défense de la raison d’État polonaise auprès du Saint-Siège, limitant ainsi l’influence du clergé allemand sur le vote de leurs fidèles. C’est en personne qu’il intervient pour cette question auprès du Vatican. Il est connu pour être un patriote et quelqu’un d’engagé dans les problèmes sociaux et caritatifs, mais avant tout, il est un pasteur zélé envers les fidèles et protecteur du clergé. Il réorganise les liens entre les paroisses du diocèse, tient à améliorer le niveau de formation des prêtres et active la pastorale des communautés monastiques. Un soutien particulier est donné à celles d’entre-elles, qui s’occupent d’actions caritatives, éducatives et sociales, animées par l’esprit d’un renouveau patriotique et national. Il aide à la reconnaissance canonique de l’ordre des Albertins et Albertines, de la Congrégation de St. Michel Archange (pol : Michaelici) et de la Congrégation des Sœurs de l’âme du Christ. Il fait venir dans son archidiocèse les Ursulines grises, les Missionnaires de Notre Dame de la Salette, ainsi que les moines bénédictins. En 1939, ces derniers prennent possession de l’abbaye de Tyniec. Il ne cesse d’être actif en tant que pasteur du diocèse et visite régulièrement les paroisses, ordonnant des prêtres et veillant avec un soin particulier au bon fonctionnement du séminaire ecclésial. Il prend soin de son clergé, afin que ce dernier vive dignement et fasse preuve d’un niveau moral élevé. Après la Première guerre mondiale, il érige, en 1929, une maison de retraite pour prêtres. C’est pour les plus âgés qu’il met en place, en 1934, un fonds d’aide financier, et aide financièrement ceux qui sont malades et démunis. Il est le premier hiérarque polonais à se soucier aussi directement et concrètement du sort des prêtres.