Didier Pineau-Valencienne (DPV), né le dans le et mort le à Boulogne-Billancourt.., est un chef d'entreprise français, dirigeant de Schneider Electric.
Issu d'une famille de Vendée, Didier Pineau-Valencienne fait ses études à HEC Paris, puis part aux États-Unis poursuivre ses études à la Tuck School of Business du Dartmouth College et à la Harvard Business School.
Après avoir un temps travaillé au sein du groupe Gallimard, il entre au Groupe Empain où il organise le rachat d'une partie de Schneider dans les années 1960. Il prend la tête d'une des sociétés du groupe Empain proche de la faillite : Carbonisation Et Charbon Actifs (CECA), la société est réformée et parvient à faire des bénéfices. En 1969, DPV quitte le Groupe Empain pour entrer au sein de Rhône-Poulenc, où il prend la direction de filiales en difficulté avec mission de les restructurer. Il intègre ensuite la stratégie et le contrôle de gestion du groupe, il met en place des méthodes américaines de gestion et participe à la réorientation stratégique du groupe en difficulté du fait du premier choc pétrolier. Directeur des divisions industrielles polymères et pétrochimique, il est appelé par Édouard-Jean Empain à la direction du groupe Schneider.
Nommé directeur général du groupe Empain-Schneider en 1980, Didier Pineau-Valencienne restructure le groupe en appliquant des méthodes managériales acquises chez Rhône-Poulenc : il instaure la stratégie et le contrôle de gestion à son arrivée. Il organise la transformation du groupe en cherchant à l'intégrer ce qui est alors un conglomérat d'entreprises non unifié. Les difficultés importantes du groupe, avec les effets des chocs pétroliers, et la crise économique conduisent cependant à redéfinir profondément la structure de l'entreprise. Après plusieurs mois de négociations infructueuses avec le , et l'échec de l'intervention de l'État dans le groupe Creusot-Loire, Didier Pineau-Valencienne est contraint à la liquidation du groupe en 1984. Cette faillite a un grand retentissement. Cet échec, que Didier Pineau Valencienne analyse comme étant la conséquence d'une trop grande politisation du dossier, conduit à une forte restructuration du groupe Schneider, qui perd une grande partie de ses activités.
Les années 1980 marquent cependant de grandes réussites pour Didier Pineau-Valencienne : l'intégration, ainsi que la mise en place des méthodes comptables et stratégiques permettent au groupe de se réorienter dans les domaines électriques et de devenir progressivement l'un des leaders mondiaux. Les deux OPA hostiles avec Télémécanique, et avec Square D, une société américaine sont des réussites. Ces deux acquisitions font de Schneider au début des années 1990 le leader mondial des distributeurs électriques. DPV organise l'intégration progressive du groupe, alors composée de filiales, et simplifie les montages financiers en acquérant les différentes filiales du groupe afin d'attirer les actionnaires et change le nom de l'entreprise qui devient Schneider Electric. Lors d'une de ces OPA, il est inquiété par la justice belge en 1993. Il est même mis en détention préventive à Bruxelles pendant douze jours. À cette occasion, on reparle de l'enlèvement du baron Empain en 1978, qui entraîna l'abandon par celui-ci de ses responsabilités à la tête du groupe. À l'époque des rumeurs avaient évoqué une manœuvre politico-affairiste destinée à discréditer un Belge à la tête d'une entreprise qui, au fil du temps, était devenue de plus en plus française. Le jugement de 2006 n'évoque pas ce sujet et condamne seulement Didier Pineau-Valencienne pour escroquerie. Toutefois, après douze ans de procédure, le délai raisonnable étant dépassé, aucune peine n'est prononcée. Après avoir recentré l'activité du groupe sur les domaines de l'électricité, et avoir abandonné les secteurs métallurgiques et sidérurgiques de l'ancien groupe Empain, il lance en 1995 le plan Schneider 2000 afin d'accélérer l'intégration et la rentabilité du groupe, et quitte à l'âge de 66 ans la direction du groupe Schneider en 1999.
Outre la direction de Schneider, Didier Pineau-Valencienne soutient la création de l'euro, et d'une zone de libre échange. Il rend deux rapports à la demande de ministres de l'Éducation Jack Lang en 1993 et François Bayrou en 1996. Dans ces rapports, il prône le développement de l'apprentissage et l'intégration des entreprises au sein des parcours universitaires. En 1997, il devient responsable des affaires sociales et vice-président du CNPF, soutenant les stages diplômants. Dans les années 2010, il se lance dans le financement des entreprises innovantes à travers le fonds de capital-investissement Sagard, mais aussi Montaigne Capital..
Biographie Enfance et études
La famille Pineau-Valencienne est originaire de Vendée. Le nom Valencienne est accolé au nom de famille Pineau, afin de ne pas faire disparaître le nom de Valencienne, grand-mère paternelle de Didier Pineau Valencienne.
Maurice Pineau-Valencienne est médecin de campagne comme son père à La Caillère-Saint-Hilaire en Vendée et épouse une Nantaise, Madeleine Dubigeon, issue d'une famille connue pour l'entreprise de chantiers navals, les Chantiers Dubigeon, spécialisée dans la construction de bricks, goélettes et trois-mâts, navires en bois. L'entreprise se remet difficilement de l'apparition des navires en acier et s'unira aux chantiers de la Loire au début du .
De leur union naît Didier Pineau-Valencienne. Il est très tôt marqué par la piété de sa famille, ses grands-parents priant régulièrement, mais aussi par les histoires des guerres de Vendée racontées par ses tantes. Il garde de ses grands-parents une foi et une dévotion priant le chapelet, qu'il affirme garder toujours sur lui.. Didier Pineau Valencienne (aussi appelé DPV) est marqué par le modèle parental : son père refuse catégoriquement les dettes, et cherche à les rembourser au plus vite. Bien qu'il ne soit pas le meilleur élève, DPV se montre très organisé : il note tous les évènements importants de sa journée sur un carnet. La Seconde Guerre mondiale éclate alors qu'il n'est âgé que de huit ans.
Après la Seconde Guerre mondiale, son père le pousse vers les études commerciales. Âgé de , il quitte la Vendée pour poursuivre ses études à l'école Gerson puis au lycée Janson-de-Sailly à Paris. Il vit chez sa grand-tante et son grand-oncle à Paris, Gaston Thubé, industriel, et ancien champion olympique en six-mètre jauge aux Jeux olympiques d'été de 1912. Didier Pineau-Valencienne y découvre l'intérêt pour les arts et les lettres.
Après avoir obtenu le bac, il intègre en 1951 HEC. Dans la promotion il se lie d'amitié avec Jacques Rouxel (inspirateur de la série télévisée Les Shadoks), Pierre Bellon, fondateur de Sodexho. Il étudie avec Georges Vedel. Didier Pineau-Valencienne participe à des associations et devient délégué de la promotion. Une fois diplômé d'HEC, Didier Pineau-Valencienne fait son service militaire pendant deux ans dans la Marine nationale.
À la fin de son service militaire, DPV part outre-Atlantique afin de devenir élève de la Tuck School of Business à Dartmouth College, aux États-Unis. Tuck School of Business est une école pionnière, la première à revendiquer le titre de graduate business school, en donnant des cours de gestion. Il est aussi diplômé de la Harvard Business School.. Il y apprend les méthodes novatrices des « cas d'école ». Il introduit cette méthode à HEC, pendant une semaine par an et pendant près de dix ans. Didier Pineau-Valencienne garde des liens avec l'école d'HEC et de Dartmouth College, dont il est un professeur régulier tout au long de sa carrière.
Gallimard De retour des États-Unis, Gaston Gallimard, ami de son grand-oncle Gaston Thubé, lui propose un poste au sein des éditions Gallimard, propriétaire de la célèbre bibliothèque de la Pléiade. Didier Pineau Valencienne doit gérer les droits annexes de plusieurs auteurs en matière de traduction et de ventes à l'étranger. À cette fin, il rencontre de nombreux auteurs prestigieux : Aragon, Georges Simenon, André Malraux, Roger Vaillant, Roger Martin du Gard, Roger Nimier et Albert Camus. Par ailleurs il travaille à la traduction et à la diffusion à l'étranger de l'ouvrage La Chute d'Albert Camus. Il entretient des relations régulières avec Albert Camus qui lui dit affectueusement : Il rencontre dans le même temps René Char, dont les écrits le passionnent. Néanmoins, ne se voyant pas d'avenir au sein de Gallimard, il quitte le groupe pour l'industrie, secteur correspondant plus à sa formation professionnelle.
Carrière au sein du groupe Empain Banque parisienne pour l'industrie
Le groupe Empain est un regroupement de nombreuses sociétés fondées par le baron belge Édouard Empain de près de , dont les entreprises les plus connues sont Railways économiques de Liège-Seraing et extensions, les Ateliers de constructions électriques de Charleroi, la Société parisienne pour l'industrie électrique (SPIE), les Forges et ateliers de constructions électriques de Jeumont (FACEJ), ainsi que la société de Carbonisation Et Charbon Actifs (CECA), spécialisée dans la chimie fine. Le Groupe est au début des années 1960 un véritable conglomérat constitué de holdings, banques et sociétés d'assurances, entreprises minières, transports en commun, entreprises de travaux publics, de construction mécanique, électrique, chimique, plantations…
Afin de pouvoir faire face aux besoins de financement dans un contexte ou l'accès au crédit est difficile, les banques monnayant leurs aides financières contre des participations de l'entreprise, la Banque Parisienne pour l'Industrie (BPI) est créée. Cette banque est alors la principale banque qui prête de l'argent aux différentes filières du groupe. La structure financière très complexe du groupe conduit les différentes entreprises à être inter-dépendantes du fait de participations croisées dans leurs capitaux.
Didier Pineau-Valencienne entre au sein du cabinet de Raymond Brissaud, directeur général du groupe Empain, président de la BPI.(décideur le figaro). Il prépare les dossiers pour le président et obtient très vite sa confiance. Il y apprend progressivement le métier de banquier, participant aux principaux montages financier du groupe. La confiance que Didier Pineau-Valencienne obtient de Raymond Brissaud lui permet progressivement de comprendre le mécanisme financier complexe du groupe Empain. Cependant, cette complexité du montage de capital rend très difficile la levée de fonds nécessaire à son développement.
Le groupe Empain participe à certaines activités avec une autre holding française Schneider, à travers la participation à la construction de la première centrale nucléaire des Ardennes, équipé du procédé de réacteur à eau pressurisée de la société Westinghouse. Cette participation conduit à la création d'une nouvelle société Framatome, spécialisée dans l'énergie nucléaire.
Du groupe Empain à Empain-Schneider En 1960, le groupe Schneider est marqué par la mort prématuré de Charles Schneider. Ce décès, ainsi que des résultats médiocres contribuent à changer la direction du groupe : une partie des héritiers du groupe (la sœur de Charles Schneider et sa mère), décident de vendre leurs participations en . Informé par Michel Bolloré, Edouard Empain et Raymond Brissaud cherchent alors à racheter Schneider, dont les activités sont complémentaires à celles du groupe Empain. Le groupe Empain, associé avec Michel Bolloré achète alors les actions de la famille Schneider en mai-. La Banque de France autorise la transaction, permettant au groupe d'avoir près de 5 % du montant de Schneider.