Apulée (en latin Lucius Apuleius, en grec Ἀπουλήιος, Apoulèios, en berbère ⴰⴼⵓⵍⴰⵢ, Afulay), né vers 125 à Madaure, actuelle M'daourouch au nord-est de l'Algérie, et mort probablement après 170, est un écrivain, orateur et philosophe médio-platonicien. Sa renommée vient de son chef-d'œuvre, le roman latin intitulé Les Métamorphoses, également connu sous le nom de L'Âne d'or. Apulée a aussi écrit des poèmes et a publié des discussions sur divers thèmes, en particulier philosophiques, ainsi que des discours. Une grande partie de ses œuvres a été perdue.
Biographie À part une inscription, on ne connaît la vie d'Apulée qu'à travers ses écrits. Son gentilice est Apuleius (écrit aussi Appuleius) ; le prénom Lucius utilisé depuis la Renaissance n'est pas certain.
Apparemment, Apulée est né vers 123Pour la date, voir ; ; .. Il était issu d'une famille de berbères, bien considérée et aisée, d'origine indigène ; lui-même se définit comme « mi-Numide et mi-Gétule »De magia ou Apologie, 24, 1 : Seminumidam et Semigaetulum, ce qui est parfois traduit aujourd'hui par "berbère"Berbères (Amazigh): [...] Les plus connus d'entre eux étaient l'auteur romain Apulée, l'empereur romain Septime Sévère, et saint Augustin (), Article : Berbères dans l'Encyclopedia Americana, Scholastic Library Publishing, 2005, , .. Sa patrie est Madaure (en latin Madaura, neutre pluriel, ou plutôt Madauri, masculin pluriel ; ), en Numidie, dans l'actuelle Algérie, colonie romaine située loin de la côte romanisée, et dont subsistent aujourd'hui quelques vestiges d'époque romaine. Elle faisait partie de l'Afrique proconsulaire. Son père était duumvir (membre du gouvernement bicéphale de la ville). À la mort de son père, Apulée hérita avec son frère d'une fortune de deux millions de sesterces.
Apulée a dû recevoir sa première éducation scolaire à l’université de Madaure. ; puis il alla apprendre la rhétorique à Carthage, le centre culturel de l'Afrique romaine. Dès lors, il choisit le platonisme comme orientation philosophique scolaire. Finalement, il va à Athènes pour étudier la philosophie. C'est là qu'il acquiert aussi des connaissances en poésie, en géométrie et en musique. À Athènes, il a de nombreux maîtres de philosophie, parmi lesquels peut-être Taurus de Tyr, le plus éminent platonicien d'Athènes au milieu du . Apulée était aussi ouvert à l'influence du néo-pythagorisme, qui se mélangeait alors souvent au platonisme. Pendant son séjour en Grèce, il se fit initier à une série de cultes à mystères ; son profond intérêt pour les savoirs secrets des religions lui a rapporté plus tard la renommée de magicien. Son degré d'adhésion à la fait l'objet d'un débatP. Médan, La Latinité d'Apulée dans les Métamorphoses, thèse, Paris, 1925 ; N. Methy, "Fronton et Apulée : romains ou africains ?", dans Rivista di cultura classica e medioevale, , 1983, ; Keith Bradley, « Romanitas and the Roman family : The evidence of Apuleius's Apology », dans Canadian Journal of History, août 2000 ..
Après la fin de sa formation, Apulée entreprend des voyages étendus, qui le mènent en particulier vers Samos et la Phrygie ; de temps à autre, il séjourne à Rome, où il exerce peut-être une activité d'avocat. L'archéologue Filippo Coarelli pense qu'un bâtiment antique découvert en 1886 à Ostie, le port de Rome, peut être identifié comme la maison où Apulée a vécu. Dans les objets trouvés dans cette fouille, on trouve deux tuyaux à eau marqués de – apparemment le nom du propriétaire de la maison – ainsi que la base d'une statue équestre du consul Marcus Asinius Marcellus. Ceci s'accorde avec le fait que dans les Métamorphoses d'Apulée, paraît un Asinius Marcellus, qui initie Lucius, le héros du roman, au culte d'Osiris à Rome. Au cas où Lucius Apuleius Marcellus serait identique à l'écrivain, celui-ci avait le surnom (cognomen) de son protecteur le consul ; ..
Avec son activité de rhéteur, à laquelle appartiennent aussi des exposés sur des thèmes philosophiques et religieux, Apulée se situe dans le courant que l'on désigne d'habitude par le vague concept de « seconde sophistique ». Ce mouvement comprend des maîtres de rhétorique qui se consacrent aussi à la déclamation publique ; ils cultivent un art du discours efficace selon les modèles antiques et sont en partie également des écrivains. Beaucoup d'entre eux ont aussi des intérêts philosophiques. Le lien entre philosophie et art oratoire correspond à l'esprit du temps, mais manque de fondement pour un platonicien, puisque Platon avait critiqué avec acuité la rhétorique et avait lutté contre la sophistiqueSur le rapport entre la philosophie et la rhétorique chez Apulée, voir . Apulée dilapida son héritage dans les nombreux voyages en Asie Mineure et en Égypte où il étudiait la philosophie et la religion.
L'écrivain passe la dernière phase de sa vie dans son Afrique natale. Tombé malade en route à Oea (l'actuelle Tripoli), il est reçu avec hospitalité chez Sicinius Pontien, un condisciple du temps de ses études à Athènes. La mère de Pontien, Aemilia Pudentilla, était une veuve très riche, âgée de quelques années de plus que luiSur ses ressources économiques – Pudentilla disposait de centaines d'esclaves – voir .. Avec le consentement, voire l'encouragement, de son fils, Apulée accepta de l'épouser, en 156. Entre-temps, Pontien lui-même épouse la fille d'Herennius Rufin qui, indigné de voir la richesse de Pudentilla sortir de la famille, incite son gendre, ainsi qu'un frère cadet, Sicinius Pudens, encore tout jeune, et leur oncle paternel, Sicinius Aemilianus, à se joindre à lui pour contester le mariage en l'accusant d'avoir usé de charmes et de sortilèges pour obtenir l'affection de Pudentilla. Le procès eut lieu vers 158 ou 159Sur la datation, voir . à Sabratha ; le juge était le proconsul (Rome antique) de la province d'Afrique proconsulaire, Claudius Maximus. L'accusation elle-même semble avoir été ridicule, et Apulée plaida avec fougue sa propre cause émet cependant des doutes sur l'historicité de ce procès. Peter Schenk fonde l'opinion contraire : .. Acquitté, il consigne sa plaidoirie dans un texte connu sous le nom dApologie ou De Magia ("Discours sur la magie") dont le contenu nous est parvenu. Plus tard, il s'établit à Carthage, où il assume une charge de prêtre : il devient probablement (chef des prêtres du culte de l'empereur dans la province d'Afrique proconsulaire)Mais il s'agit peut s'être d'une autre fonction sacerdotale : voir .. On mentionne encore notre personnage dans les années 160, puis sa trace se perd. Nous ne connaissons ni le lieu ni la date de sa mort, mais celle-ci eut sans doute lieu après 170.
Apulée a dédié deux de ses œuvres philosophiques à son « fils » Faustinus. On ne sait s'il s'agit là d'un fils biologique ou d'un de ses élèves tient Faustinus ni pour un fils, ni pour un élève d'Apulée, mais pour un personnage fictif..
Œuvres Toutes les œuvres conservées d'Apulée sont en latin, dans une langue jugée « précieuse », mais avec une expression claire. Elles se divisent en deux groupes : écrits philosophiques et écrits rhétoriques. Son ouvrage le plus célèbre, le roman des Métamorphoses, occupe une place particulière. En outre, on a de lui de petits poèmes.
Les Métamorphoses
Le titre original de ce romanHelm, dans . est « Onze livres de métamorphoses », en latin , ou brièvement les « Métamorphoses » (« transformations »). Il rappelle l'œuvre de même nom du poète Ovide, les Métamorphoses, qui ont pour thèmes des transformations d'hommes en animaux, comme celle (toutefois unique) de Lucius en âne chez Apulée. Le titre courant actuel « L'Âne d'or » () n'est attesté que dans l'Antiquité tardive (par le Père de l'Église saint Augustin)Saint Augustin, De ciuitate Dei, XVIII, 18, 2 : sicut Apuleius in libris quos asini aurei titulo inscripsit..., et n'est donc pas considéré comme authentique, mais l'auteur a peut-être choisi un double titreÀ ce sujet, voir ; ; .. Cet ouvrage est le seul qui nous soit intégralement parvenu.
Récit vignette|Frontispice des Métamorphoses, Bohn's Libraries, 1902. Le héros, un aristocrate prénommé Lucius (comme l'auteur du livre, Lucius Apuleius), connaît différentes aventures, après que sa maîtresse, la servante Photis, l'a transformé en âne par accident. Il apprend que, pour retrouver sa forme humaine, il doit manger des roses. Ses diverses aventures malheureuses et burlesques, au cours de cette quête de roses, sont l'occasion pour Lucius d'apprendre et de raconter au lecteur de nombreuses histoires (le mythe de Psyché et d'Amour, « la marâtre empoisonneuse », « la bru sanglante », etc.), mêlant l'érotisme aux crimes sanglants et à la magie. Bien que la signification du récit puisse faire l'objet d'interprétations diverses, il semble que le voyage de Lucius soit aussi un voyage spirituel, une initiation à la magie en même temps qu'une mise à distance, par le comique, de la sorcellerie.
Interprétation L'interprétation du roman présente de nombreuses difficultés en raison de sa multitude de strates. Il constitue un exercice difficile de philologie classique. La technique du récit et le masquage des intentions de l'auteur ont conduit dans la recherche à une multitude d'hypothèses concurrentes sur sa signification. Le récit d'Amour et Psyché introduit dans le roman fascine les lecteurs depuis la Renaissance. Sa matière mythologique, la relation d'amour entre le dieu Éros (Cupidon) et la princesse Psyché, fournit des thèmes à de nombreux poètes, écrivains, peintres, sculpteurs, compositeurs et chorégraphes. Outre les spécialistes du Moyen Âge et les théoriciens de la littérature, des psychanalystes ont participé à l'étude et à l'analyse du récit.
Œuvres philosophiques Quatre écrits philosophiquesMoreschini, dans . Contient les écrits philosophiques apparaissant dans le fragment conservé des « », dans le prologue de et « l'Asclépius » du pseudo-Apulée. d'Apulée nous sont parvenus : « Du dieu de Socrate » (), « De Platon et son enseignement » (), « Du monde » () et (, « Sur l'interprétation »).
Du dieu de Socrate Ce traité se présente comme un discours. Il examine la théorie apuléienne des démons et l'insère dans le système cosmologique de l'auteur. Il définit les démons comme des « divinités intermédiaires », en les séparant d'une part des majestueux dieux du ciel, et d'autre part des hommes, et il les classe systématiquement. Son écrit est une source précieuse en matière de démonologie antique, la plus fouillée parmi les présentations du thème dans la littérature antique. Après l'introduction (chap. 1-5), qui traite des dieux du ciel et des hommes, vient l'exposé de la théorie générale des démons (chap. 6-16). Puis Apulée examine le démon de Socrate () (chap. 17-20). La conclusion prend la forme d'un appel à la philosophie. L'auteur demande au lecteur de suivre l'exemple de Socrate : on devrait se soucier de son âme, mépriser les biens extérieurs et suivre une vie philosophique (chap. 21-24).
Dans la version manuscrite qui nous est parvenue, un prologue est ajouté à l'œuvre, que la majorité des chercheurs tiennent pour étranger au texte, et qui pourrait provenir d'une partie aujourd'hui perdue des Florides. L'opinion contraire, selon laquelle il s'agit d'un prologue authentique, est une position encore représentée par une minoritéLa position minoritaire est formulée par Marie-Luise Lakmann dans ; la position opposée est exposée par et ..
De Platon et de son enseignement Cet écrit donne un résumé de l'enseignement de Platon. Il est conçu comme une introduction et doit servir à l'enseignement. C'est une source précieuse sur l'histoire du moyen-platonisme, car la plupart des œuvres des médio-platoniciens ont disparu.