thumb|upright=1.5|Carte des religions en Indonésie. Islam Protestantisme Catholicisme Hindouisme Bouddhisme La religion en Indonésie est caractérisée par un pluralisme et se fonde notamment sur le premier des Pancasila (« cinq principes »), soit l'idéologie de l’État indonésien, qui prévoit la croyance en un Dieu unique. L'article 29 de la constitution de 1945 garantit la liberté de culte et n'accorde de préséance à aucune religion. D'ailleurs, la constitution ne fait référence à aucune religion en particulier.
Le gouvernement indonésien reconnaît six religions officielles : l'islam, le protestantisme, le catholicisme, l'hindouisme, le bouddhisme et le confucianisme. La population est en majorité musulmane, mais contrairement à quelques autres pays, le code de lois ne se réfère pas explicitement à la charia, ou loi islamique. L'Indonésie est ainsi un exemple de sécularisme réussi incluant l'islamLe port du voile y est même interdit dans les écoles publiques par respect pour la minorité hindouiste.. Comme l'affirme Joseph Yacoub, professeur de sciences politiques à l'Université catholique de Lyon, « les pays arabes s'honoreraient à inscrire dans leurs constitutions leur héritage pré-islamique à l'exemple de l'Indonésie qui était bouddhiste avant d'être musulmane »Magazine Le Monde des Religions – Janvier et février 2015 – .. L'Indonésie prône un islam épousant des valeurs de respect et d'ouverture. La religion y est considérée comme personnelle et n'est pas envisagée comme enjeu politique.
Les chrétiens, première minorité du pays représentant 10 % de la population, sont bien intégrés.
La devise nationale est d'ailleurs Bhinneka tunggal ika, c'est-à-dire « Unité dans la diversité ».
Jusqu'en 2015, il est cependant interdit d'être athée et de 1965 à 2017, les Indonésiens sont obligés de choisir l'une de ces six religions officielles pour remplir leur formulaire de demande de Religious Affiliation & National Identity: Kartu Tanda Penduduk (KTP) ... Cette mention obligatoire avait été imposée par le président Suharto (1966-1998) pour combattre le communisme. En effet, les communistes étant prétendument athées, chaque Indonésien devait fournir la preuve qu’il appartenait à une religion. Depuis 2000, il existe également la septième possibilité de remplir le formulaire de demande de carte d'identité avec l’intitulé « autre ».
Mais beaucoup de citoyens indonésiens se déclaraient musulmans, (l'islam étant la religion dominante), pour accéder à des emplois dans la fonction publique et à d’autres services dont ils étaient souvent écartés, notamment les soins et l'éducation. Certaines minorités comme les Chrétiens et les Ahmadis (minorité issue de l’islam et perçue comme hérétique) se déclaraient ainsi musulmans pour échapper aux persécutions dans des régions fortement islamisées.
En , Tjahjo Kumolo, ministre de l’Intérieur au sein du cabinet formé par le président Joko Widodo, supprime l’obligation de mentionner l’appartenance religieuse sur la carte d’identité. Les Indonésiens ont désormais la possibilité de ne plus remplir la rubrique « religion » ou d'inscrire une religion non reconnue officiellement. Le ministre affirme que l’Indonésie « protège les religions pour le bien du peuple, mais qu’il n’est ni un pays laïc, ni un pays fondé sur la religion »..
Cette tolérance possède quelques limites. Ainsi, le mariage civil est interdit. Les unions inter-religieuses sont proscritesMagazine Géo – , juillet 2015...
Selon le recensement officiel de 2010, 87,2 % des Indonésiens sont musulmans, 7 % protestants, 2,9 % catholiques, 1,7 % hindouistes, 1,3 % autres ou sans réponse, ce qui inclut le bouddhisme, le judaïsme et le christianisme orthodoxe Muslim 207176162 (87.18%), Christian 16528513 (6.96), Catholic 6907873 (2.91), Hindu 4012116 (1.69), Buddhist 1703254 (0.72), Khong Hu Chu 117091 (0.05), Other 299617 (0.13), Not Stated 139582 (0.06), Not Asked 757118 (0.32), Total 237641326. et l'animisme.
thumb|Une femme lit le Coran dans une mosquée de Semarang le premier jour du Ramadan 1993. thumb|Maison des esprits à Florès, 1989.
Évolution
Les données du tableau suivant présentent l'évolution de la proportion de personnes se déclarant d'un groupe religieux. Religion 2000. 20102023. Islam 88,22% 87,18%87,06% Protestantisme 5,87% 6,96%7,41% Catholicisme 3,05% 2,91%3,06% Hindouisme 1,81% 1,69%1,69% Bouddhisme 0,84% 0,72%0,72% Confucianisme 0,05%0,03% Autre 0,13%0,04% Non déclaré/non demandé 0,20% 0,38%Source : recensements démographiques de 2000, 2010 et 2023. On peut remarquer qu'entre 2000 et 2010, la part des musulmans décline légèrement tandis que celle des protestants augmente de plus d'un point. Cela est dû au fait que les provinces à majorité protestante, comme la Papouasie ou la Papouasie occidentale ont une croissance démographique plus forte que la moyenne nationale Population growth ‘good for Papua’..
Religions traditionnelles Quelle que soit leur religion « officielle », les Indonésiens adhèrent souvent à des croyances et des pratiques antérieures à l'arrivée des « grandes » religions.
À Java, on trouve ainsi le kejawen (« javanisme ») des Javanais et l'Agama Sunda Wiwitan des Soundanais de l'ouest de l'île. Dans l'île de Sulawesi, on peut citer la religion traditionnelle des Bugis et l'Aluk To Dolo des Toraja.
Hindouisme et bouddhisme
Le bouddhisme et l’hindouisme ont été les religions officielles de nombreux royaumes dans l'archipel, où ils coexistaient. Aujourd'hui, il n'y a plus que dans l'île de Bali que l’hindouisme soit encore majoritaire. Il est aussi toujours présent dans certaines régions de Java, alors que les derniers princes hindous de Java se sont convertis à l'islam en 1770. Quant au bouddhisme, on le retrouve essentiellement chez les Indonésiens d'origine chinoise. Comme le régime de Soeharto ne reconnaissait pas le confucianisme comme religion et qu'il obligeait les Indonésiens à en mentionner une dans leur demande de carte d'identité, l'étiquette de « bouddhiste » permettait aux Chinois confucéens de remplir les formulaires. Il y a aussi des Javanais bouddhistes. Généralement, les Indonésiens, et surtout les Javanais restent attachés à la survivance de groupes bouddhistes et hindouistes en Indonésie, car ces derniers sont conscients que leurs ancêtres étaient Bouddhistes ou Hindouistes, et le respect des ancêtres, souvent le culte des ancêtres restent importants en Indonésie, même chez les Musulmans, car les Indonésiens restent attachés à leur histoire culturelle commune. Très souvent, les coutumes et le folklore local sont des héritages de l'hindouisme et du bouddhisme.
On commence à avoir une idée des circonstances qui ont amené à l'adoption de concepts et de modèles culturels et religieux indiens par les Indonésiens. Le plus ancien vestige bouddhique trouvé en Indonésie est une statue de Bouddha en bronze de style Amaravati de l'ouest de l'île de Sulawesi datant du ou . À Sumatra même, il a été trouvé plusieurs sites de vestiges bouddhiques dans la province de Riau, notamment à Muara Takus, et dans la province des îles Riau, une inscription sur l'île de Karimun. À Java, on trouve de nombreux monuments bouddhiques, dont le fameux Borobudur. Le Nagarakertagama, un poème épique écrit en 1365, dit du roi Hayam Wuruk de Majapahit qu'« il est Shiva et Bouddha ».
Islam thumb|Tombe d'un des « Neuf Saints », Maulana Malik Ibrahim, mort en 1419, à Gresik (Java oriental) en 1932.
On ne peut pas dater l'arrivée de l'islam en Indonésie. Faisant escale dans le nord de Sumatra en 1292, Marco Polo note que le souverain local est musulman. Tomé Pires, qui vit à Malacca de 1512 à 1515, écrit que les princes de Sumatra sont tous musulmans.
Quand on parle de religion, il faut avoir à l'esprit que celle-ci est observée par les souverains et leur entourage immédiat. La population, notamment dans les campagnes, est imprégnée de croyances et pratique des rites antérieurs à l'arrivée du bouddhisme, de l'hindouisme et de l'islam. Dans le cas de l'islam, on voit qu'entre la date de 1082 pour la stèle de Leran et celle de 1770 pour la conversion du dernier prince hindou de Blambangan, sa diffusion est un long processus, d'autant plus qu'il y a toujours aujourd'hui des populations javanaises restées hindoues.
Christianisme thumb|Funérailles d'un chef de village chrétien dans le Kabupaten de Tana Toraja aux Célèbes (1971). La bière est décorée d'une reproduction de La Cène de Léonard de Vinci. La présence d'un évêché et d'une communauté de chrétiens nestoriens est attestée au à Barus (côte occidentale de la province de Sumatra du Nord), mais il ne semble pas s'être maintenu. Le christianisme arrive donc plutôt de manière durable avec l'arrivée des Européens aux .
Catholicisme
Protestantisme
À Java, les Chrétiens sont surtout dans les villes, où résident les Hollandais. Au cours du , des Javanais diffusent un christianisme rural lié au défrichement dans une île encore couverte de forêts.
Christianisme évangélique L’Union des églises baptistes indonésiennes, une confession chrétienne évangélique baptiste, est officiellement fondée en 1973 William H. Brackney, Historical Dictionary of the Baptists, Scarecrow Press, USA, 2009, p. 303.. En 2017, elle compte 648 églises et Baptist World Alliance, Statistics, bwanet.org, USA, consulté le 17 septembre 2019..
L'Église indonésienne Bethel, une confession chrétienne évangélique pentecôtiste, membre de l’Église de Dieu (Cleveland), est fondée en 1952 à Sukabumi Christine Gudorf, Zainal Abidin, Mathen Tahun, Aspirations for Modernity and Prosperity: Symbols and Sources Behind Pentecostal/Charismatic Growth in Indonesia, Casemate Publishers, USA, 2015, p. 115.. En 2012, elle compterait , 3 millions de membres dans le pays et à l’étranger Michael Wilkinson, Global Pentecostal Movements: Migration, Mission, and Public Religion, Brill, Leiden, 2012, p. 101..
Confucianisme
Un décret présidentiel émis par Gus Dur en 2000 annule également l'interdiction de la pratique du confucianisme et le reconnaît comme religion. Le Nouvel An chinois (Imlek) est désormais un jour férié reconnu en Indonésie.
Autres religions et cultes
Il n'existe plus de synagogue en Indonésie, la dernière – la synagogue de Surabaya – ayant été détruite en 2013. Une petite communauté juive d'origine irakienne survivait autour d'elle. Il existe néanmoins une petite communauté juive à Jakarta.
Le Falun Gong aurait entre et adeptes, dont plus de dans la seule ville de Yogyakarta. Ses représentants affirment que certaines activités du groupe seraient légèrement gênées en raison de pressions externes.
Athéisme
Le droit de ne pas avoir de religion n'est pas reconnu en Indonésie.
Toute personne critiquant ou contestant l'une des religions reconnues, et diffusant cette critique, encourt jusqu'à onze ans de prison. Chaque personne doit faire figurer sa religion sur sa carte d'identité "Indonesia's atheists face battle for religious freedom", The Guardian, 3 mai 2012.. Attention : dans l'introduction de cet article, il est spécifié que cette obligation a été annulée en 2015. L'obligation d'être croyant est « le premier pilier de la philosophie d'État en Indonésie, le pancasila ». Endy Bayuni, rédacteur en chef du Jakarta Post, rapporte que l'obligation légale imposée à chacun d'être croyant a été incorporée à la constitution dans les années 1940, lors de la lutte contre une insurrection communiste "Indonesia 'internet atheist' given jail term", Al Jazeera, 15 juin 2012.. L'athéisme est ensuite réprimé sous le régime du président Suharto (1967-1998), « qui traita l'athéisme comme ennemie de l'État » en l'assimilant au communisme. Les athées doivent alors se déclarer officiellement membres d'une religion pour échapper aux persécutions "Is Atheism Illegal in Indonesia?" , Straits Times Indonesia, 7 février 2012..