Paul Kagame (Prononciation en français standard retranscrite phonémiquement selon la norme API., en anglais : )Prononciation en anglais standard retranscrite phonémiquement selon la norme API., né le à Ruhango (province du Sud, Rwanda), est un homme d'État rwandais, président de la République depuis le , après avoir été vice-président et ministre de la Défense de 1994 à 2000. Il est également président de l'Union africaine de 2018 à 2019.

Issu de la minorité tutsie du Rwanda, exilé en Ouganda à la suite de la révolution rwandaise, il prend part à la rébellion de la National Resistance Army contre le pouvoir ougandais. Par la suite, il devient commandant dans le Front patriotique rwandais (FPR), le groupe armé rebelle qui remporte la guerre civile rwandaise et met fin au génocide des Tutsi en 1994. Après la victoire du FPR, il devient vice-président et ministre de la Défense, sous la présidence de Pasteur Bizimungu. Durant la première guerre du Congo, il est à l'origine de la création de l'Alliance des forces démocratiques pour la libération du Congo (AFDL), qui renverse le président zaïrois Mobutu Sese Seko en 1997. Il soutient également plusieurs groupes rebelles dans la deuxième guerre du Congo, de 1998 à 2003, contre le nouveau gouvernement congolais de Laurent-Désiré Kabila puis de son fils Joseph Kabila. Après la démission de Pasteur Bizimungu en 2000, il est élu président du Rwanda, réélu en 2003, 2010, 2017 et 2024.

Il est crédité d'avoir apporté la croissance économique, la stabilité au pays et la réconciliation nationale entre Tutsis et Hutus à la suite du génocide ainsi que d'avoir réduit la corruption dans le pays. Cependant, il est considéré par plusieurs observateurs comme étant un dictateur..... Il est également accusé par l'ONU d'être partie prenante à la guerre du Kivu dans l'est de la république démocratique du Congo, à travers le soutien rwandais au Mouvement du 23 mars, groupe armé rebelle accusé de crimes de guerre et de crimes contre l'humanité.

Situation personnelle Origines et enfance Issu d'une famille tutsi., Paul Kagame naît le sur la colline de Nyarutovu, dans la commune de Tambwe, province du Sud (ancienne préfecture de Gitarama), près du centre de Ruhango. Il est le fils de Deogratius Rutagambwa (du clan des Bega) et d'Asteria Bisinda, sœur de Rosalie Gicanda, reine consort de 1942 à 1959 puis reine douairière de 1959 à 1961, en tant qu'épouse puis veuve de Mutara III, avant-dernier roi (mwami) du Rwanda. Paul Kagame est républicain, bien qu'ayant grandi dans un environnement monarchiste via sa famille maternelle, le clan noble Banyiginya, la maison aristocratique rwandaise la plus proche des derniers rois du Rwanda..

En 1961, à l'âge de 4 ans, il quitte avec sa famille le pays en raison des persécutions contre les Tutsis, commencées avec la révolution rwandaise qui met fin à la monarchie tutsi et au royaume du Rwanda.. C'est sa tante, l'ancienne reine Rosalie qui sauve la vie de son neveu Paul Kagame et de sa famille, en leur permettant de s'échapper lorsque des Hutus du voisinage, encouragés par les autorités locales et coloniales, s'emparent de la colline où ils résident, massacrant les Tutsis. La famille survivante s'installe à Gahunge, dans le district de Toro, en Ouganda.

Formation et jeunesse Paul Kagame aurait fait ses études secondaires successivement à la Ntare School de Mbarara, puis à la Old School de Kampala de 1972 à 1976.

À l'âge de 22 ans, en 1979, il rejoint les maquisards venus de Tanzanie sous la direction du futur président ougandais, Yoweri Museveni, dans un mouvement de résistance au régime d'Idi Amin Dada, qui devint la NRA, National Resistance Army, soutenue politiquement, économiquement et militairement par les États-Unis. Plusieurs réfugiés rwandais font aussi partie du noyau de cette rébellion qui renverse ensuite, en 1985, le président Milton Obote, puis en 1986 le président Tito Okello. Après le coup d'État de la NRA en 1986, Yoweri Museveni devient président de la République de l'Ouganda et plusieurs de ses compagnons d'armes rwandais deviennent officiers dans l'armée ougandaise. Paul Kagame est gradé major et obtient un poste important de directeur adjoint des services de renseignement militaire de l'armée ougandaise.

Après son mariage, Kagame est envoyé, en , aux États-Unis pour un stage de commandement militaire (Command Staff) à Fort Leavenworth au Kansas.

Vie privée et familiale thumb|left|Jeannette Kagame en 2008. En 1988, il épouse à Kampala Jeannette Nyiramongi, dont la famille était réfugiée au Burundi. Ils sont parents de quatre enfants.

Guerre civile et entrée sur la scène internationale

Première phase de la guerre civile Venant d'Ouganda, le , le Front patriotique rwandais (FPR), formé dans les années 1980 par des exilés rwandais arrivés depuis 1959 et dirigé par Fred Rwigema, entre au Rwanda par la force, après des négociations sans succès pour leur retour au pays, déclenchant ainsi la guerre civile rwandaise. Dès le , Fred Rwigema est tué pendant les combatsLa cause de sa mort est l'objet de nombreuses versions. Selon certains il aurait été tué par des concurrents au sein du FPR, pour d'autres il aurait été tué par les Forces armées rwandaises. Paul Barril, dans une interview accordée aux auteurs du film Tuez-les tous !, affirme qu'il a été tué par des Français à partir d'un hélicoptère. La mort de ce dirigeant emblématique est cachée plusieurs jours aux combattants du FPR. Le président ougandais, Yoweri Museveni, parrain du FPR, dont plusieurs responsables se sont illustrés comme officiers dans les rangs de son armée, impose son chef des renseignements militaires, Paul Kagame, vieil ami de Fred Rwigema, pour résoudre cette crise circonstancielle du FPR. Paul Kagame entre sur la scène internationale en prenant les commandes du FPR qu'il avait créé avec Fred Rwigema.

De 1991 à 1993, alternant défaites et victoires militaires, Paul Kagame négocie parallèlement les accords d'Arusha avec le président Juvénal Habyarimana, poussé à la discussion par l'ONU afin de mettre un terme à la guerre civile. Il négocie par l'intermédiaire de Pasteur Bizimungu qui deviendra président de la République pendant la première partie de la période de transition, après le génocide. Avant la période de ces négociations et lors d'un séjour à Paris du 17 au , Paul Kagame est arrêté par les services français une douzaine d'heures, pour terrorisme, juste après avoir été reçu par Jean-Christophe Mitterrand et Paul Dijoud conseillers du gouvernement français pour les Affaires africaines auprès de l'Élysée. Paul Dijoud justifie cette arrestation : . De son côté Paul Kagame affirme que Paul Dijoud l'avertit que s'il n'arrêtait pas les combats, tous les siens seraient massacrésRenaud Girard, « Quand la France jetait Kagame en prison », Le Figaro, 23 novembre 1997..

Deuxième phase de la guerre civile durant le génocide contre les Tutsi En 1994, a lieu un attentat contre le président Juvénal Habyarimana, prélude du génocide des Tutsis du Rwanda. Il mène dès lors les troupes du FPR à la victoire militaire contre les Forces armées rwandaises et le gouvernement génocidaire malgré des troupes inférieures en nombre ( contre ) et des moyens militaires moins importants. L'embargo sur les armes adopté par le conseil de sécurité de l'ONU embarrassait peu les forces gouvernementales, car des réseaux clandestins les approvisionnaient via Goma, au Congo, mais elles mobilisaient beaucoup de leur énergie dans la conduite du génocide des Tutsi qui fit environ par jour pendant cent jours (soit entre et un million de morts) et extermina environ 90 % des Tutsi de l'intérieur du Rwanda. Il a aussi été mentionné des « massacres de civils... et exécutions sommaires par les forces du FPR, apparemment commises à titre de représailles »Rapport de la commission d'enquête indépendante sur les actions de l'ONU lors du génocide de 1994 au Rwanda, p.27.Voir aussi Prunier Gérard, Rwanda : le génocide, Paris, Dagorno, (1997)Des Forges, Aucun témoin ne doit survivre, Karthala, et et suivantes, mais sans commune mesure avec le génocideVoir Abdul Joshua Ruzibiza (Rwanda, l'histoire secrète, éditions du Panama, 2005) qui impute à l'APR d'immenses massacres, y compris de Tutsi, et des éliminations de témoins; cependant il est critiqué et mis en cause..

Dirigeant du Rwanda

Vice-président de la République et ministre de la Défense À la suite de sa victoire militaire, le FPR établit un gouvernement d'unité nationale, sur la base des accords d'Arusha, mais excluant les partis qui soutenaient les forces génocidaires : la CDR et le MRND. Pasteur Bizimungu devient président de la République le , Faustin Twagiramungu devient Premier ministre et Paul Kagame, souvent appelé l'« homme fort du Rwanda », devient vice-président et ministre de la Défense. Ce trinôme est perçu comme symbole de la réconciliation entre Hutu et Tutsi. Cependant, Paul Kagame est considéré comme le dirigeant de facto du pays et détient en réalité le pouvoir.

Paul Kagame est ensuite l'artisan de la « reconstruction » du Rwanda, complètement détruit et vidé par le génocide. Il chasse les dirigeants « hutu » ayant organisé et conduit le génocide des Tutsi, et contribue à la mise en place d'un régime où les femmes ont une place parfois majoritaire, comme au Parlement. Ses opposants qualifient ce régime de « tutsi », alors même que la référence politique « Hutu - Tutsi » est anticonstitutionnelle depuis l'adoption de la constitution de 2003« Le Rwanda de Paul Kagamé, une présidence controversée », Amaury Hauchard, Le Journal International, 5 juillet 2013 (la majorité des ministres et des députés avaient, dans l'ancienne république exclusivement « hutu », une carte d'identité « hutu »). .

Il est aussi l'un des principaux artisans du renversement de son homologue du Zaïre (l'actuelle République démocratique du Congo) en 1997, le président Mobutu Sese Seko, dont le pays est 90 fois plus grand que le Rwanda. À la suite du génocide des Tutsi au Rwanda et de la déliquescence du régime de Mobutu, faits majeurs ayant entraîné les Grands lacs dans le chaos, il est l'un des principaux acteurs de la première (1996-1997), deuxième guerre du Congo (1998-2002), et du pillage des minerais de l'est de ce pays depuis. Des proches de ses officiers racontent qu'au départ les Rwandais, alliés avec l'Ouganda et l'AFDL de Laurent-Désiré Kabila, n'avaient pas l'intention de renverser Mobutu Sese Seko, mais que la faible résistance qu'ils auraient rencontrée au Zaïre les aurait alors décidés d'aller jusqu'à Kinshasa en 1997.

Président de la République thumb|Paul Kagame et George W. Bush, en , à la Maison-Blanche.

Après la démission de Pasteur Bizimungu le , Paul Kagame lui succède le lendemain comme président par intérim en tant que vice-président, avant d'être élu président de la République par le Parlement, le suivant. Il prête serment le . À la suite de l'instauration d'une nouvelle constitution par référendum, il est élu au suffrage universel direct le (95 % des voix) et prête serment le suivant.

Beaucoup d'observateurs accordent à Paul Kagame le mérite d'avoir apporté la stabilité et la croissance économique de ce pays dévasté. L'efficacité de la lutte contre la corruption au Rwanda, y compris contre des proches de Paul Kagame, . En revanche, des ONG, telles que HRW et Amnesty International, critiquent avec insistance ce qu'elles considèrent comme des manquements au respect des droits de l'homme, notamment en ce qui concerne la liberté de la presse et le climat des périodes électorales. Ses opposants considèrent son régime comme une autocratie répressive favorisant la minorité tutsie au prix d'assassinats encore inexpliqués.

thumb|Paul Kagame en 2010. vignette|Paul Kagame, lors d'un sommet dédié à la planification familiale à Londres en 2012.