alt=Nouvelle-France|vignette|La Nouvelle-France après 1713 et avant la Conquête de 1759.
Les Franco-Américains sont des Américains possédant partiellement ou en totalité une ascendance française, ancienne ou récente. L'expression englobe les personnes ayant des ascendants originaires de Nouvelle-France (Acadie, Canada ou Pays-d'en-Haut).., de Haute et Basse-Louisiane (Créoles / Cadiens), ou des colonies françaises des Caraïbes.
En 2013, environ dix millions d'Américains déclarent avoir des ancêtres français ou Canadiens français. La plupart sont anglicisés et ne parlent pas couramment le français, ou ne sont pas du tout francophones. Beaucoup de citoyens des États-Unis originaires de Nouvelle-France ignorent par ailleurs leur ascendance française. Une minorité se considère néanmoins appartenir à différents groupes identitaires distincts, dont les Cadiens (Cajuns), les Acadiens ou les Canadiens français, ainsi que les Créoles de Louisiane et d'autres groupes venus des Caraïbes françaises (Haïti, Antilles).
Histoire vignette|upright=1.2|Carte des territoires colonisés ayant constitué la Nouvelle-France (le Canada y est indiqué en rose, s'étendant jusqu'à la frontière de la Louisiane). La carte de base est de Nicolas de Fer, et fut réalisée en 1719.
Nouvelle-France et Caraïbes françaises La Nouvelle-France s'étendait sur des territoires qui se trouvent être aujourd'hui ceux des Provinces maritimes du Canada (en Acadie), ceux du Québec dans la vallée et le golfe du Saint-Laurent (au Canada), ceux de l'Ontario et ceux des Grands Lacs (Pays-d'en-Haut), jusqu'au golfe du Mexique dans nombre d'États des actuels États-Unis : Haute-Louisiane (Michigan, Illinois, Indiana, Ohio, Missouri, Kentucky) et Basse-Louisiane (Arkansas, Tennessee, Mississippi, Louisiane (Cajuns / Cadiens)),
La présence française se fait sentir aussi hors de Nouvelle-France, dans les Caraïbes (dont Haïti, République dominicaine, Saint-Domingue), en Floride française, à Porto Rico, présence dont est issue une partie des Franco-Américains actuels.
Présence française dans les Grands Lacs
Dès le début du , les Français de Nouvelle-France exploraient et voyageaient dans la région des Grands Lacs (Pays-d'en-Haut partie de la Nouvelle-France), comme coureurs des bois et explorateurs, tels que Jean Nicolet, Cavelier de la Salle, Jacques Marquette, Nicolas Perrot, Pierre Le Moyne d'Iberville, Antoine de Lamothe-Cadillac, Pierre Dugué de Boisbriant, Lucien Galtier, Pierre Laclède, René-Auguste Chouteau, Julien Dubuque, Pierre de La Verendrye, et Pierre Parrant.
Ces Français de Nouvelle-France, venus des provinces françaises d'Acadie et de Canada, établirent un certain nombre de villages dans les provinces des Pays-d'en-Haut et de Haute et Basse Louisiane, et ce le long des voies d'eau telles que Sault Sainte-Marie (Michigan) 1668, Saint-Ignace (Michigan) 1671, La Baye 1671 (Wisconsin), Prairie du Chien (Wisconsin) 1673, Cahokia 1680, Détroit (Michigan) 1701, Kaskaskia 1703, Sainte-Geneviève (Missouri) 1730, Vincennes (Indiana) 1732, et Saint-Louis (Missouri) 1764. Ils ont aussi construit une série de forts dans la région du Mid-Ouest tels que Fort Crèvecœur 1679, Fort Miami 1679, Fort Caministigoyan 1679, Fort Buade 1681, Fort Sainte-Croix 1683, Fort Bon Secours 1685, Fort Saint-Nicolas 1685, Fort Perrot 1685, Fort Saint-Joseph 1686, Fort Saint-Antoine 1686, Fort Niagara 1687, Fort La Pointe 1693, Fort Le Sueur 1695, Fort L'Huillier 1700, Fort Miamis 1702, Fort Michilimakinac 1715, Fort La Baye 1717, Fort Ouiatenon 1717, Fort de Chartres 1720, Fort Rouillé 1720, Fort Orléans 1724, Fort Beauharnois 1727, Fort Trempealeau 1731, Fort Saint-Charles 1732, Fort Bourbon 1741, Fort Sandoské 1747, Fort de la Presqu'île 1753, Fort Le Boeuf 1753, Fort Machault 1754, Fort Duquesne 1754 et Fort Massiac 1757. Les forts étaient servis par des soldats et des trappeurs de fourrures qui capturaient, achetaient et retournaient les fourrures à Montréal Eric Jay Dolin, Fur, Fortune, and Empire: The Epic History of the Fur Trade in America, W. W. Norton, 2010, .. La région fut cédée par la France à l'Angleterre en 1763. Trois années de guerres suivirent, menées par le chef Pontiac. La région revint à la Province de Québec en 1774, mais fut donnée aux Américains par l'Angleterre en 1783 Clarence Walworth Alvord, « Father Pierre Gibault and the Submission of Post Vincennes, 1778 », American Historical Review Vol. 14, No. 3 (avril 1909), ..
Premiers colons dans la province de Nouvelle-France de Louisiane vignette|upright=1.2|En bronze, le territoire français de la Louisiane.
Qui étaient les migrants ? On estime que émigrantsHavard G., Vidal C., Histoire de l'Amérique française, . français viennent s'installer en Louisiane au . C'est 100 fois moins que le nombre de colons britanniques sur la côte atlantique. La Louisiane attire beaucoup moins les Français de l'époque que les Antilles. La traversée de l'océan Atlantique dure plusieurs mois. Une grande partie de ces voyageurs meurent pendant la traversée maritime ou à leur arrivée.
vignette|gauche|redresse|Pierre Le Moyne d'Iberville, gouverneur de Louisiane au début du .
Les cyclones et les tempêtes tropicales détruisent les campements. L'insalubrité du delta du Mississippi représente aussi une forte contrainte. Les villages et les forts ne sont pas à l'abri d'offensives ennemies.
À partir de 1727, des natifs américainsPar exemple : Sancousy. se joignent à des esclaves « noirs » ayant « marroné » pour contre-attaquer les colonies. Ils effectuent des razzias dans l'enclave française. La Compagnie des Indes s'inquiète de .
Les attaques des natifs représentent une réelle menace sur les groupes de colons isolés : en 1729, la révolte des Natchez fait en Basse-LouisianeJ. Meyer, J. Tarrade, A. Rey-Goldzeiguer, Histoire de la France coloniale, .. Les Natchez s'emparent de fort Rosalie par surprise et éventrent les femmes enceintesHavard G., Vidal C., Histoire de l'Amérique française, .. Des renforts français arrivent en 1730 et 1731 et provoquent la fuite des Natchez hors de leur territoire, ou leur déportation comme esclaves vers l'île de Saint-Domingue.
Les migrants sont souvent des hommes jeunes, des engagés recrutés dans les ports français ou à Paris et qui se mettent au service de colons sur place. Ils doivent rester en Louisiane le temps fixé par le contrat d'engagement, puis ils rentrent en France. Ces engagés sont « de véritables semi-esclaves temporaires »J. Meyer, J. Tarrade, A. Rey-Goldzeiguer, Histoire de la France coloniale, .. On propose aux soldats de se marier à des « Filles à la cassette » : des jeunes Françaises déportées en Amérique pour épouser des militaires. Le roi finance leur dot, le but étant de fixer et d'accroître la population de colons. Des femmes de petite vertu, des vagabonds ou des bannis, des fils de famille arrêtés sur lettre de cachet sont envoyés de force en Louisiane, surtout pendant la Régence (1715-1723). Ces destins inspirent le roman Histoire du Chevalier Des Grieux et de Manon Lescaut (1731) écrit par l'abbé Prévost.
La Louisiane française est également peuplée par des Suisses et des Allemands. Pourtant, les autorités métropolitaines ne parlent jamais de « Louisianais » mais toujours de « Français » pour désigner la populationHavard G., Vidal C., Histoire de l'Amérique française, .. Après la guerre de Sept Ans, le peuplement est davantage mélangé et la région s'enrichit d'apports humains divers : réfugiés de Saint-Domingue, expatriés français refusant la Révolution… En 1785, la déportation des Acadiens apporte à La Nouvelle-OrléansJ. Meyer, Histoire de la France coloniale, ..
Paysans, artisans et marchands
La mobilité sociale est plus facile en Amérique qu'en métropole. Le système seigneurial est absent sur les rives du Mississippi. Il n'existe pas de corporations hiérarchisées et strictement réglementées. Certains commerçants parviennent à se construire des fortunes assez rapidement. Les grands planteurs de Louisiane sont attachés au mode de vie français : ils font importer des perruques et des vêtements de Paris. Dans le Pays des Illinois, les plus riches colons érigent des maisons en pierre et possèdent plusieurs esclaves. Les plus grands négociants finissent par s'installer à La Nouvelle-Orléans.
Soldats français
Le roi envoie l'armée en cas de conflit avec les autres puissances coloniales : en 1717, la colonie du Mississippi compte sur Havard G., Vidal C., Histoire de l'Amérique française, .. Mais elle est victime, comme en métropole d'ailleurs, de désertions. Certains soldats s'enfuient et deviennent des coureurs des bois. Il y a peu de mutineries, car la répression est sévère. L'armée tient une place fondamentale dans le contrôle du territoire. Les hommes construisent des forts et négocient avec les Amérindiens.
Coureurs des bois
droite|vignette|redresse|Coureur des bois (gravure sur bois de Arthur Heming).
Les coureurs des bois jouent un rôle important, sur lequel on dispose de peu de documents, dans l'extension de l'influence française en Amérique du Nord. Dès la fin du , ces aventuriers remontent les affluents du Mississippi. Ils sont poussés par l'espoir de trouver de l'or ou de faire du commerce de fourrure ou d'esclavesAngie Debo, Histoire des Indiens des États-Unis, Paris, Albin Michel, 1994, . avec les natifs américains. La traite des peaux, souvent pratiquée sans autorisation, est une activité difficile, la plupart du temps exercée par de jeunes hommes célibataires. Beaucoup d'entre eux souhaitent finalement se sédentariser pour se reconvertir dans les activités agricoles.
Bon nombre s'intègrent dans les communautés autochtones. Ils apprennent leur langue et prennent des épouses amérindiennes : on connaît bien le cas de Toussaint Charbonneau, polygame qui épouse deux filles de la tribu des Shoshones, dont la courageuse Sacagawea qui lui donne un fils prénommé Jean-Baptiste et une fille, Lisette. Ensemble, ils participent à l'expédition Lewis et Clark, au début du .
Les « filles de la cassette » vignette|gauche|Départ d'une jeune fille pour la Louisiane française (par Antoine Watteau). Les « filles de la cassette » sont les jeunes femmes déportées dans les colonies françaises d'Amérique, notamment en Louisiane française, afin d'assurer la reproduction de colons en Amérique, où la proportion de femmes est moindre, en les mariant aux colons célibataires français.
En 1699, Pierre Le Moyne, sieur d'Iberville et d'Ardillières prend possession de la Louisiane avec quatre-vingts hommes dont une vingtaine de Canadiens. Il sollicite de la France une trentaine de filles pour ses hommes qui fréquentent les américaines natives mais point de femmes françaises. Le premier contingent de femmes arriva, en 1704, dans le port de Mobile, première capitale de l'immense territoire louisianais de la Nouvelle-France. Par la suite, d'autres contingents de femmes débarquèrent à Biloxi puis à La Nouvelle-Orléans.
Le royaume de France déporta en Louisiane française des filles à marier. Des orphelines élevées par des religieuses et des filles de joie détenues à La Salpêtrière à Paris, et toutes pourvues d'un trousseau qu'on appela les « filles de la cassette » parce que les autorités françaises leur donnaient un trousseau qui comprenait « deux paires d’habits, deux jupes et jupons, six corsets, six chemises, six garnitures de teste et toutes autres fournitures nécessaires ». « La Cassette » était le nom donné au trésor royal. Ces filles de la cassette s’apparentaient à la dot des « Filles du Roi » venues en Nouvelle-France au .