Menkaourê (translittération égyptienne Mn-kȝw-Rˁ), plus connu sous la forme hellénisée de son nom Mykérinos (grec : ), est un roi égyptien de la de l'Ancien Empire. Il règne aux alentours une à deux décennies entre la fin du et le tout début du avant notre ère, succédant soit à Khéphren, soit à l'éphémère roi Bikhéris, et précède Chepseskaf. Il est connu pour avoir fait construire la troisième pyramide de Gizeh, ainsi que pour de magnifiques statues, plusieurs triades, qui y ont été retrouvées.

Généalogie

Ascendance

Mykérinos est le fils de Khéphren et le petit-fils de Khéops. Un couteau de silex trouvé dans son temple funéraire mentionne la mère d'un roi, , suggérant que Khéphren et cette reine étaient les parents de Mykérinos.

Fratrie

La cour royale comptait plusieurs demi-frères de Mykérinos. Ses frères Nebemakhet, Douaenrê, Nykaourê et Iounmin ont servi comme vizirs pendant le règne de leur frère. Son frère Sekhemkarê était peut-être plus jeune et est devenu vizir après la mort de Mykérinos.

Épouses

Mykérinos aurait eu au moins deux épouses : ; elle est connue pour être la fille de et la mère de Khouenrê ; l'emplacement de la tombe de Khouenrê suggère qu'il était un fils de Mykérinos, faisant ainsi de sa mère l'épouse de ce roi, Rekhetrê ; elle est une fille probable de Khéphren, et de ce fait son mari est sans doute Mykérinos, ; elle n'est connue uniquement comme « mère de deux rois de Haute et Basse Égypte » ; aucun titre ne fait d'elle l'épouse d'un roi, ce qui fait qu'elle n'est généralement pas considére comme une épouse royale mais uniquement une mère royale,

Descendance

Plusieurs enfants ont été attribués à Mykérinos par les chercheurs, bien que certaines filiations soient incertaines. Nous trouvons les princes et princesses suivantes : Khouenrê, « fils aîné du roi de sa chair » ; ce prince est clairement attesté comme le fils de la reine , Sekhemrê, « fils aîné du roi » ; ce prince est connu uniquement par une statue dans la tombe de ; si certains chercheurs, du fait de cette statue, propose de faire de ce prince un fils de Mykérinos ; cependant, d'autres chercheurs considèrent, pour des critères stylistiques, que ce statue devait dater de la fin - début , et qu'en conséquence, ce prince ne pouvait être le fils de la reine ; on peut ajouter que, à moins d'en faire des jumeaux, une reine ne peut avoir deux « fils aînés du roi », le roi Chepseskaf, successeur de Mykérinos ; cependant, rien n'indique que Chepseskaf soit son fils, aucune épouse relativement certaine de Mykérinos ne porte d'ailleurs le titre de « mère du roi » ; d'autres reconstructions généalogiques proposent plutôt de faire de Chepseskaf le fils de la reine , ; plusieurs éléments semblent indiquer qu'elle était une fille royale et la lient particulièrement à Khéphren et, par la localisation de sa tombe, à Mykérinos ; ainsi, si des chercheurs comme Miroslav Verner préfèrent faire d'elle la fille de Khéphren, certains laissent ouverte la possibilité qu'elle soit la fille de Mykérinos, Bounéfer, « fille du roi de sa chair » et « épouse du roi » ; Bounéfer est également prêtresse de Chepseskaf, ainsi elle est considérée soit comme la fille de Chepseskaf, soit comme son épouse ; dans le second cas, certains font d'elle une potentielle fille de Mykérinos.

Une fille décédée au début de l'âge adulte est mentionnée par Hérodote. Elle a été placée dans une salle magnifiquement décorée du palais de Saïs, dans une sépulture zoomorphe en bois à couches d'or creuses en forme de vache agenouillée, recouverte extérieurement d'une couche de peinture rouge, sauf le cou, et les cornes qui étaient couvertes de couches adéquates d'or.

Règne

Durée

La durée exacte du règne de Mykérinos est inconnue. Le Canon royal de Turin, liste royale datant du Nouvel Empire, lui attribue un règne de « x + 8 ans », ce qui pourrait correspondre à 18 ou 28 ans. La liste royale dressée par Africanus, copie fautive de l'œuvre Ægyptiaca du prêtre égyptien Manéthon, qui vécut au avant l'ère commune, lui attribue 63 ans de règne. Ces durées, issues des listes royales écrites des siècles, voire millénaires, après la , sont à prendre avec précaution.

Les années de règne de la à la étaient comptés en numérotant les recensements de bétail depuis le début de chaque règne ; ces recensements avaient lieu plus ou moins tous les deux ans, avec semble-t-il des exceptions, notamment les et du règne de Snéfrou qui ont été consécutifs selon le sixième registre des annales inscrites sur la pierre de Palerme.

'attestation contemporaine donnant une durée de règne la plus élevée est celle mentionnant une « année après le onzième recensement », attesté un fragment de papyrus découvert à Gebelein, tandis que d'autres attestations donnent des années inférieures, notamment sur des marques de construction sur des blocs du mastaba G 7530 du cimetière est du complexe funéraire de Khéops et du mastaba G S du cimetière sud du complexe funéraire de Khéops qui donnent respectivement une « année du dixième recensement » et une « année du onzième recensement ». En considérant une fréquence bisannuelle des recensements, le règne de Mykérinos a dû durer au moins 22 ans.

Avènement

Mykérinos a succédé soit à son père Khéphren, soit au mystérieux Bikhéris, qui est peut-être l'un de ses cousins Baka ou Setka, tous deux fils du roi Djédefrê. L'ordre de successions entre Khéphren et Bikhéris fait débat : en effet, les listes royales du Nouvel Empire placent systématiquement Khéphren comme successeur de Djédefrê, mais certains chercheurs préfèrent placer Bikhéris avant Khéphren : ils évoquent des arguments d'ordre architectural, qui rapprochent la pyramide inachevée de Zaouiet el-Aryan à la pyramide de Djédefrê. Cependant, cette analyse est réfutée par d'autres, notamment Roman Gundacker qui indique que, si la pyramide de Djedefrê est plus proche de celle de Snéfrou à Meïdoum que de celle de Khéops, on peut également noter que celle de Khéphren est plus proche de celle de Khéops que de celle de Djedefrê, et qu'on ne peut donc en déduire la position chronologique exact de Bikhéris sur la base d'une telle analyse.

Dans le cas d'une succession directe entre Djédefrê et Khéphren, et sachant que le pouvoir se transmettait normalement de père en fils, celle-ci mena à de nombreuses spéculations de la part des chercheurs. Par exemple, George Andrew Reisner supposa que des conflits familiaux avaient éclaté après la mort de Khéops, deux branches de la famille se disputant la suprématie. Selon cette théorie, Djédefrê n'était même pas destiné à être l'héritier légitime du trône, et Khéphren s'empara du pouvoir après sa mort. Cependant, l'hypothèse de Reisner n'est étayée par aucune preuve archéologique. Aucune damnatio memoriae n'eut lieu après la mort de Djédefrê ; il fut vénéré et figure dans des listes royales postérieures. Une prise de pouvoir illégitime peut donc être exclue. La question de savoir pourquoi son frère Khéphren lui succéda et non l'un de ses fils demeure cependant sans réponse.

Années conservées sur la pierre de Palerme

Le règne de Mykérinos, comme ceux de tous les rois ayant régné avant le milieu de la était conservé sur les annales de la pierre de Palerme. Plus précisément, le règne de Mykérinos devait être situé au haut du verso de la pierre. Cependant, l'état fragmentaire de la pierre ne conserve que peu de choses de son règne. En effet, s'il était peut-être enregistré sur le registre supérieur du verso du fragment du Caire , registre complètement illisible du fait de l'état abrasé de la pierre, c'est surtout le registre supérieur du verso du fragment de Palerme qui semble conserver la toute fin du règne de Mykérinos et le tout début de celui de son successeur Chepseskaf : Mykérinos : « ... mois et vingt-quatre jours » (ȝbd ... sw 24), Chepseskaf : « ... mois et onze jours ; apparition du roi de Basse et Haute-Égypte ; unification de la Haute et Basse-Égypte ; contournement du mur ; fête du diadème ; création de deux (statues de) Oupouaout ; suivi par le roi des dieux qui unit les Deux Terres (?) ... provisionneurs (?) choisissant l'emplacement de la pyramide « Fontaine de Chepseskaf » ; ... le sanctuaire-sénout de Haute et Basse-Égypte : tous les vingt jours ; ... 124 ... 00 ; quatre coudées trois paumes deux doigts et demi » (ȝbd ... sw 11 ; ḫˁ(t)-nsw.t-bjty ; smȝ Šmˁ Tȝ-Mḥw ; pẖr ḥȝ jnb ; ḥb-sšd ; mst Wp-wȝwt 2 ; šms nsw.t nṯr.w smȝ Tȝ.wy ... [ḫntjw (?)-]š šsp st qbḥ-Šps-s-kȝ.f ; ... Šmˁ Mḥw snwt 20 hrw nb ; ... 124 ... 00 ; mḥ 4 šsp 3 ḏbˁ 2½).

Expéditions à l'étranger

Les expéditions à l'étranger étaient de plusieurs natures : il y avait premièrement les expéditions commerciales, puis les expéditions pour rapport des matières premières des carrières et des mines, et enfin les expéditions visant à capturer et ramener des étrangers et leurs bétails. Le règne de Mykérinos s'est illustré dans au moins deux de ces trois domaines.

Commerce

Des relations commerciales avec la Syrie sont attestées notamment par des fragments de vases en albâtre et en pierre grise. En 2013, un fragment de sphinx portant le nom Mykérinos a été découvert à Tel Hazor, en Israël, dans une fosse à proximité de l'entrée du palais municipal ; cependant, les chercheurs suppose que la statue a été apportée dans cette ville à une époque ultérieure, peut-être le Nouvel Empire, car aucune relation commerciale datant de la n'est attestée avec cette villeAncient Egyptian leader makes a surprise appearance at an archaeological dig in Israel July 9, 2013, sciencedaily.com..

Expéditions

Aucune inscription n'atteste formellement de l'envoi d'expéditions minières ; cependant, les matériaux utilisés pour son complexe funéraire et ses statues attestent de l'exploitation de plusieurs carrière, notamment l'utilisation de grauwacke pour les triades de Mykérinos, pierre exploitée au Ouadi Hammamat. De plus, le pouvoir égyptien sous son règne contrôlait une bonne partie de la Basse-Nubie, comme l'atteste la présence de nombreux sceaux à son nom retrouvés dans la forteresse de Bouhen, déjà contrôlée sous le règne de son père.

Monuments et statues

Aucun monument de Mykérinos n'est connu en dehors de son complexe funéraire. Cependant, ce dernier a livré de nombreuses statues, découvertes lors des fouilles menées par George Andrew Reisner à partir de 1908.

Presque toutes les statues connues de Menkaourê proviennent des fouilles menées par George Andrew Reisner dans le complexe pyramidal à partir de 1908. La plupart des pièces ont été découvertes dans le temple de la vallée, notamment les triades de Mykérinos. D'autres découvertes ont été faites dans le temple funéraire. Ces objets sont aujourd'hui conservés au Musée des Beaux-Arts de Boston et au Musée égyptien du Caire. Seules trois statues ont été découvertes hors de la nécropole de Gizeh.

Les triades de Mykérinos

Reisner a mis au jour quatre triades exceptionnellement bien conservées ; une autre était fortement endommagée et plusieurs autres n'ont subsisté que sous forme de fragments. Toutes les triades sont en grauwacke et représentent le roi accompagné de la déesse Hathor, appelée « Dame du Sycomore », et d'un nome égyptien personnifié. Le roi est représenté, autant qu'il soit possible de le discerner, avec les mêmes insignes sur toutes les triades : la couronne blanche de Haute-Égypte, la barbe cérémonielle et un pagne plissé ; toutefois, les nomes égyptiens personnifiés qui ont pu être identifiés ne sont que des nomes de Haute-Égypte, rien n'interdit donc que le roi portait la couronne rouge de Basse-Égypte quand il était accompagné d'un nome égyptien personnifié de Basse-Égypte.