Alexandre Jean Joseph Le Riche de La Popelinière (parfois écrit Poupelinière ou PouplinièreLa forme bibliographique internationale recommandée est « La Popelinière » — Catalogue général de la BNF, en ligne.), né le à Chinon et mort le à ParisAnnales du barreau français, ou Choix des plaidoyers et mémoires les plus remarquables, Barreau ancien, , Paris : B. Warée aîné, 1829, ., fut un fermier général, un collectionneur, mécène et écrivain sous le règne de Louis XV.

Biographie Origines et jeunesse thumb|Famille Leriche, vers 1736. A droite La Popelinière. Alexandre-Jean-Joseph Le Riche de La Popelinière est issu d'une famille originaire de Saint-Fréjoux depuis le . Il est le fils de Thérèse Anne Le Breton de La Bonnellière (1665-1694) qui apporta en dot, le le domaine de la Popelinière provenant de la dot de sa mère Madeleine Tallonneau. Le nom du domaine s'écrit ainsi comme l'attestent les documents notariaux dès le — Société d'histoire de Chinon, reproduction de la liste des noms des gouverneurs du château de Chinon. et d'Alexandre Le Riche (1656-1735), anobli en 1696, écuyer, seigneur de Bretignolles, puis de Courgains, d'Anché et de Cheveigné, receveur des finances de la généralité de Montauban en 1713, fermier général de 1715 à 1718La commission du visa le soupçonna de s'être enrichi à hauteur de dans la Compagnie des Indes., qui hérite de la terre de La Popelinière située dans le Chinonais. Le couple Le Riche a également une fille, Marie-Thérèse qui épouse en 1713, Adrien de Saffray. En secondes noces, Alexandre Le Riche père épouse en 1696 Madeleine-Thérèse Chevalier de La Chicaudière, fille d'un riche conseiller au parlement du Mans dont il aura quatre filsLes demi-frères de Le Riche de La Pouplinière sont Alexandre-Edmé de Cheveigné, Pierre de Vandy, Augustin-Alexandre de Sancourt et Hyacinthe-Julien Le Riche qui fut prêtre..

Le jeune Alexandre, après des études au Mans puis à Caen, monte subitement à Paris pour se tourner, contre l'avis de son père, vers le métier des armes et entrer dans le corps des mousquetaires du roi où il sert au moins durant l'année 1715. Deux ans plus tard, il accepte de rejoindre Montauban pour y apprendre le métier de receveur général. Le , son père est nommé « conseiller-secrétaire du Roi», puis, en 1721, après le départ de John Law et la réorganisation de la Ferme générale par Félix Le Peletier de La Houssaye, il passe à son premier fils, qui prend désormais le nom de « La Popelinière », la charge du nouveau bail qu'on lui proposait.

Le financier

Le voici lancé dans la finance, il n'a pas vingt-cinq ans, et il doit pour cela emprunter livres afin d'assurer le cautionnement du bailSon père et son demi-frère, Cheveigné, sont également responsables sur les bénéfices : le père a prêté sur les requis par le règlement du bail.. Devenu l'un des quarante régisseurs de la Ferme, il inspecte à partir de 1723 les différents pays de gabelles et traites, essentiellement entre Dijon et Lyon. Il semble que La Pouplinière se soit montré doué durant ces années de réorganisation du système des fermes. En 1726, le contrôleur général des finances Le Peletier des Forts produit un rapport positif sur son compte. Par ailleurs, le banquier Antoine Crozat le charge de plusieurs missions en Hollande, pays qui suscite chez La Pouplinière un grand attrait. C'est reçu ensuite chez l'opulent Crozat qu'il fait la connaissance du collectionneur Pierre-Jean Mariette, de musiciens, de comédiens... et de comédiennes.

L'exil en province

Au cours de l'une de ces soirées, La Pouplinière rencontre l'actrice Marie Antier (1687-1747), qui était la maîtresse en titre du Prince de Carignan, chargé des menus plaisirs du roi. Un soir de printemps 1727, le prince surprend cette dernière en compagnie de La Pouplinière; si forte est sa colère qu'il s'en plaint au cardinal Fleury qui s'engage à éloigner de Paris le jeune homme un peu trop fougueux. La Pouplinière est relégué par le roi en Provence, avec ordre d'y rester et de contrôler les commis, lui-même surveillé de près par la police au cas où il désirerait remonter à Paris. Il s'installe d'abord à Marseille et y mène grand train, puis est muté à Bordeaux et enfin à Amiens et Saint-Quentin.

Entre le et la mi-, La Pouplinière, accompagné de son jeune frère, Augustin, et de quatre amis, va visiter la Flandre et les Provinces-Unies. Il se montre intéressé par l'art mais aussi par les techniques et les questions économiques : la description minutieuse de ce voyage est rapportée sous la forme d'un journal intime publié sans doute au début de l'année 1732. Fin octobre, il est enfin autorisé à revenir à Paris. Il habite à cette époque rue Neuve-des-Petits-Champs, un endroit plutôt spacieux et confortable, sans doute loué, qu'il quitte en 1739.

Le mondain et le mécène Le premier cénacle C'est selon toute vraisemblance par ses relations avec le monde de la finance que La Pouplinière entame une véritable vie mondaine dans les vastes appartements de la rue des Petits-Champs, une vie qui ne fait que reprendre son cours après les années d'«exil». Pour ses premières soirées, il retrouve un complice, le fermier général Pierre Durey d'Harnoncourt (1682-1765) qui a pour secrétaire Piron. Par ailleurs, il fréquente les relations du vieux banquier Samuel Bernard dont la maîtresse attitrée, Manon Dancourt et sa sœur Mimi, toutes deux comédiennes mais désireuses de se retirer. Mimi avait créé le rôle de la mère dans L'Indiscret, une comédie de Voltaire en 1725. Il n'est donc pas étonnant de voir le philosophe chez La Pouplinière, accompagné de la propre fille de Mimi, la jeune et jolie Thérèse, âgée d'à peine dix-sept ans. Un autre homme est souvent du cénacle, Nicolas-Claude Thieriot, l'ami et l'agent littéraire de Voltaire.

Le , il se lance pour la première fois dans l'une de ces nombreuses opérations immobilières dont il eut sa vie durant le secret : il achète auprès de Françoise-Claude Le Poitevin, épouse séparée de François Bachelier, bourgeois de Paris «une maison court et jardin contenant alors trois arpent et demi environ», que l'on pourrait situer aujourd'hui rue Ballu. Il la revent le , au profit du fermier général Charles-François Gaillard de la Bouëxière. Le Pavillon La Bouëxière est une «maison de campagne», située à proprement parler au sud du village de Clichy, au nord de Paris, loin de l'agitation du centre-ville. Le coût en est de livres et le voisin immédiat n'est autre que le duc de Richelieu.

Le mariage vignette| Madame de la Pouplinière, pastel de Quentin de La Tour (vers 1741, musée Antoine-Lécuyer). De 1731 à 1743, La Pouplinière poursuit avec sérieux son travail de fermier général, charge à laquelle s'ajoute dès 1733 la régie du tabac pour la généralité de Paris, ce qui augmente considérablement ses revenus. Son père meurt le : aîné de la fratrie, le voici devenu «le banquier de la famille». Le suivant, il fait l'acquisition pour livres de la seigneurie et du marquisat de Saint-Vrain d'Escorey auprès de Charles-Guillaume de Broglie. Le voici «seigneur» en titre, même si jusqu'à sa mort, d'insolubles problèmes juridico-administratifs l’empêcheront d'en jouir pleinement. Il ne se rent que rarement en son domaine; la première fois, il est accompagné de Thieriot, son «conseil en menus-plaisirs».

C'est un homme fort riche, âgé de près de quarante ans, que l’État va bientôt mettre face à ses responsabilités domestiques : en effet, La Pouplinère fréquente depuis au moins 1734 la jeune comédienne Thérèse Boutinon des Hayes. Or ce concubinage fait jaser la Cour. La Pouplinière était-il l'un de ces libertins dont son siècle semble avoir tant accouché ? Son Voyage laisse entendre un homme assez conservateur, certes très ouvert au progrès techniques, mais farouchement individualiste : la liberté de commerce et d'invention passe sans doute chez lui par la liberté d'aimer comme bon lui sembleDans son Voyage, il écrit : « Les appétits charnels (...) sont essentiels à notre constitution. Cependant on est libre de satisfaire et d'apaiser ceux-ci. (...) Orientaux mes amis, ne serez-vous jamais nos modèles ? », , cité par Cucuel (1913), .. De fait, il n'est pas pressé de se marier mais sa fortune grossissant, on lui enjoint sans doute d'avoir une descendance.

Dans sa correspondance, Voltaire mentionne Thérèse, qu'il nomme «Polymnie» en , dans une lettre adressée à Thiériot, citant au passage le musicien Jean-Philippe Rameau qualifié d'«Orphée» : si les circonstances exactes de la venue de Rameau au sein du premier cénacle demeurent obscuresCf. « La Pouplinière » par Benoît Dratwicki, Commission Rameau 2014., il est clairement établi que ce dernier donne des cours de clavecin à Thérèse cette même année, rue des Petits-Champs. En 1737, Thérèse démontre qu'elle n'est plus une simple écolière : elle publie dans Le Pour et Contre, le périodique dirigé par l'abbé Prévost, un compte rendu analytique intitulé «Extrait du livre de M. Rameau intitulé Génération Harmonique» : Thérèse décroche ainsi son certificat de «bel esprit» et dès lors, tout Paris veut se rendre chez La Pouplinière. En 1743, elle fut l'élève de clavecin de Gennaro D'Alessandro, suscitant la jalousie entre lui et Rameau (l'Italien recevait le double du salaire du Français).

Thèrèse est prise en sympathie par la salonnière Claudine Guérin de Tencin, la grande amie du cardinal Fleury. Ce dernier rappelle La Pouplinière à ses devoirs, évoquant au passage l'«incident Marie Antier» : le mariage est officialisé le .

L'hôtel Villedo La Pouplinière voit plus grand : pour le confort de ses amis et de Thérèse, il quitte la rue des Petits-Champs et achète à la fin de l'année 1739 l’hôtel construit pour Michel Villedo en 1662, situé au niveau de l'actuel de la rue Richelieu et remplacé par un immeuble de rapport à la fin du . Il le conserve jusqu'à sa mort, et y adjoint en 1757 une autre maison située au 18 rue des Petits-Champs qu'il fait aménager en résidence pour musiciens ; les deux bâtiments communiquaient.

Cependant, les années 1739-1742 apportent quelques soucis juridiques à La Pouplinière : au moment où le bail de la Ferme est renégocié et voulant se libérer de son frère M. de Cheveigné auquel il était lié par contrat, celui-ci l'attaque en justice. Le contrôleur Philibert Orry est sollicité et convoque même le Conseil du Roi : La Pouplinière doit payer plus de de dédommagement à Cheveigné. L'affaire ne fut soldée qu'en 1751.

Rameau entre à son service vignette| Estampe signée Jean-Joseph Balechou (vers 1750 ?) d'après un tableau perdu de Louis Vigée. Le poème qui l'accompagne est : Pour ces fleurs il n'est qu'un printemps / Du moins la vie a son automne / Prenons ce que le sort nous donne / Et connaissons le prix du tempsMadame de Genlis cite ce poème et ce portrait que lui aurait offert le fermier, « ce charmant vieillard », à Passy durant l'été 1759 : elle dit que le texte est de lui (Mémoires inédits de Madame la comtesse de Genlis, Paris, L'Advocat, 1825, ..

Dire que La Pouplinière est à l'origine de la première carrière lyrique de Rameau n'est peut-être pas exagéré : dès son retour à Paris (fin 1732), le fermier général entretient un orchestre de chambre d'une dizaine d'instrumentistes, auxquels il adjoint des chanteurs et choristes, et dont il confie la direction au musicien. Hippolyte et Aricie (1733), Les Indes galantes (1735) et Castor et Pollux (1737), pièces majeures présentées à l'Académie royale de musique, assoient définitivement la réputation du compositeur, qui est un peu le maître de cérémonie des soirées organisées rue des Petits-Champs ou au pavillon de Clichy (dont les dimensions semblent bien plus adaptées), et enfin rue de Richelieu.