Les Monténégrins (en monténégrin : /) sont : en droit international, selon la constitution monténégrine et selon le droit du sol, ce sont les citoyens du Monténégro quelles que soient leurs origines, langues maternelles et croyances, et eux seuls Constitution de la République du Monténégro de 2007 ; en droit international coutumier, selon les définitions ethnologiques de l’identité culturelle et selon le droit du sang, ce sont des Slaves méridionaux vivant essentiellement au Monténégro, dans les pays voisins (notamment la Serbie) et en diaspora.
Population
Dans le Monténégro d'aujourd'hui, tous les citoyens parlent la même langue slave méridionale écrite en alphabet cyrillique serbe : le chtokavien, que les linguistes placent dans l'ensemble serbo-croate ; la grande majorité de ces habitants appartient à l'église orthodoxe serbe. C'est pourquoi les identités « monténégrine » et « serbe » ne sont pas des ethnies au sens ethnologique du terme, mais le sont au sens politique, et si le nombre de « Monténégrins » et de « Serbes » varie énormément d'un recensement à l'autre, ceci n'est pas dû à des changements réels dans la population, mais plutôt à des changements dans la façon dont les gens choisissent de déclarer leur identité nationale (voir plus bas le débat autour de l'identité monténégrine).
Les Slaves sont présents dans la région du Monténégro depuis le et les Serbes y sont signalés sous ce nom depuis le .. Depuis la « rébellion monténégrine de Noël 1919 » de la guérilla pro-Petrović contre les troupes yougoslaves de la maison Karađorđević, il existe au Monténégro une opposition significative à l'unification avec la Serbiehttp://www.montenegro.org/pictures/news1919.gif.
La population du Monténégro était d'environ en 1806 et de plus de à la fin Eugène Maton, Histoire du Monténégro ou Tsernogore, Paris : Maton, 1881, p. 23 (lire en ligne). ; les Monténégrins (appelés aussi Tsernogortses) étaient divisés en une trentaine ou quarantaine de tribusEugène Maton, Histoire du Monténégro ou Tsernogore, Paris : Maton, 1881, pp. 29-32 (lire en ligne)..
En 1846, les Monténégrins étaient , divisés en 39 tribus et familles, et vivaient dans 240 villagesPaitj (Paić) & Scherb, Cernagora, Agram, 1846 (tableau).François Lenormant, Turcs et Monténégrins, Paris : Didier, 1866, p. 275 (lire en ligne)..
D'après le recensement de 2002, il y a environ en Serbie, soit 0,92 % de la population. Le nombre de citoyens Monténégrins en Serbie se situe autour de , mais la majorité d'entre elles s'identifient comme Serbe. En outre, un nombre important de Serbes en Serbie et Bosnie-Herzégovine sont d'origine monténégrine, mais le nombre exact est difficile à évaluer. Les habitants du Monténégro ont grandement contribué à la repopulation de la Serbie dépeuplée après deux rébellions contre l'empire ottoman au début du . La moitié de la population de la Šumadija et des alentours est peuplée par des gens originaires du Monténégro, et plusieurs personnalités en vue ou de l'intelligentsia Serbe du et du début du étaient des descendants de personnes originaires du Monténégro.
Le , une nouvelle constitution est adoptée proclamant la langue monténégrine comme officielle, l'indépendance du Monténégro, et surtout la souveraineté au peuple Monténégrin.
Histoire
Moyen Âge Durant le Moyen Âge, les rives des bouches de Kotor avec des ports comme Herceg Novi, Kotor et Budva ont longuement appartenu à l'Empire byzantin, puis aux républiques de Venise et de Raguse et enfin à l'Autriche-Hongrie, tandis que les montagnes proches (Crna Gora soit « montagnes noires », en italien Monte NegroCrna Gora est mentionné pour la première fois dans la charte du monastère de Saint-Nicolas à Vranjina, datant de 1296 pendant le règne d'Hélène d'Anjou) tirèrent parti de cette ouverture sur la mer Adriatique pour former la principauté la Dioclée (ou principauté de Zeta au ) puis, après 1496, pour résister à la domination de l'Empire ottoman, en formant une théocratie chrétienne orthodoxe assez souple, dirigée par un Prince-évêque, dont le premier fut Vavila en 1516.. Entre 1276 et 1309, la Zeta est dirigée par la reine Sainte Hélène d'Anjou, épouse du roi serbe Stefan Uroš I Nemanjić. Elle fit construire ou restaurer environ 50 monastères, et plus particulièrement celui de Serge et Bacchus de Rasafa sur le fleuve Bojana près de Scutari (Shkodër). Sous le règne du roi Milutin (Uroš II) Nemanjić, au début du , l'archevêché de Bar est le plus important seigneur féodal de Zeta.
Tout au long du , la maison Balšić et la maison Crnojević se sont disputé le contrôle des territoires du Monténégro jusqu'à ce que les Crnojević remportent la suprématie à la fin du . Sous les Crnojević, l'église orthodoxe monténégrine atteint son apogée. En 1496, les Ottomans conquièrent une partie mais pas tout le Monténégro.
Du au début du Maintenant leur indépendance vis-à-vis de l'Empire ottoman, les Monténégrins se sont réunis autour de la capitale Cetinje, créant un État théocratique qui évolua progressivement vers une monarchie séculière et fédérale à la fin du et au début du .
Le règne de la maison Petrović-Njegoš aux a unifié les petits royaumes monténégrins et établi des liens solides avec la Russie qui s'affirmait désormais comme protectrice de la « nation » des orthodoxes ottomans. Après l'autonomie de la principauté de Serbie en 1817, les Monténégrins tissèrent également des liens avec cet État et agrandirent même leur territoire, en jouant sur l'influence du panslavisme russe et de l'austroslavisme austro-hongrois. Cette période a été marquée par plusieurs accrochages avec les Ottomans qui finirent par reconnaître le Monténégro comme principauté auto-gouvernée.
En 1878, le congrès de Berlin reconnaît le Monténégro comme le indépendant du monde. Le Monténégro participe aux guerres balkaniques de 1912 à 1913, ainsi qu'à la Première Guerre mondiale du côté des Alliés ; il subit une occupation partielle austro-hongroise.
Période yougoslave À l'issue de la Première Guerre mondiale, le Monténégro rejoint sans conditions la Serbie le par une décision controversée de l'assemblée de Podgorica, et devient le une partie du royaume des Serbes, Croates et Slovènes, plus tard renommé en royaume de Yougoslavie. Cela sera internationalement reconnu lors de la « Conférence des ambassadeurs » de Paris, tenue le . Un certain nombre de chefs monténégrins, déçus par la disparition du royaume monténégrin au sein duquel ils jouissaient d'importants privilèges, levèrent les armes au cours de dans une insurrection connue sous le nom de « rébellion monténégrine de Noël 1919 », qui fut écrasée dans une sévère campagne militaire en 1922-1923. En 1929, le nouvellement renommé royaume de Yougoslavie a été réorganisé en provinces (banovine) dont l'une, la Zeta Banovina, comprenait l'ancien royaume du Monténégro très agrandi avec Cetinje comme centre administratif.
Entre les deux guerres mondiales, le Parti communiste de Yougoslavie est opposé à la monarchie yougoslave et à sa politique centralisatrice : il soutient un modèle républicain fédéral calqué sur l'Union soviétique, où chaque nationalité de Yougoslavie (dans le sens d'ethnie, comme en URSS) aurait sa république socialiste fédérée, dont le Monténégro. Durant la Seconde Guerre mondiale, alors que le Monténégro est occupé par l'Italie fasciste (dont la reine, Hélène de Monténégro, était la fille de l'ancien roi du Monténégro), puis par l'Allemagne nazie, de nombreux Monténégrins rejoignent les Partisans (communistes de Milovan Djilas et de Josip Broz Tito ou bien loyalistes de Draža Mihailović fidèle au gouvernement yougoslave en exil à Londres : les tchetniks). C'est à ce moment que Krsto Zrnov Popović de retour d'exil à Rome, en 1941, a tenté de diriger les Zelenaši (« les verts ») qui prônaient le rétablissement de la monarchie indépendante au Monténégro. Ce groupe armé, appelé la Brigade de Lovćen, est éliminé, par les Italiens qui font du territoire un gouvernorat.
Après la guerre, Tito victorieux crée son État fédéral, la république fédérative socialiste de Yougoslavie dont le Monténégro est l'une des six Républiques constitutives.
Au cours des guerres d'indépendance (ou de sécession, selon les points de vue) de Bosnie-Herzégovine et de Croatie (1991-1995), le Monténégro prend le parti du gouvernement fédéral yougoslave : sa police et des engagés monténégrins participent ainsi aux attaques contre Dubrovnik aux côtés des troupes fédérales yougoslaves, puis serbes. Des réfugiés bosniaques musulmans sont arrêtés par la police monténégrine et livrés aux troupes serbes de Foča, où ils ont été exécutésPorodica nedžiba loje o njegovom hapšenju i deportaciji 1992. Godine .
Par la suite, le Monténégro reste au sein de la république fédérale de Yougoslavie pendant les guerres civiles de 1991 à 1996 qui opposent le pouvoir central et les différentes entités ex-yougoslaves ayant proclamé leur indépendance. Le , le nom « Yougoslavie » est abandonné et le pays est rebaptisé communauté d'États Serbie-et-Monténégro. Il cesse d'exister à son tour le , à la suite de la séparation de la Serbie et du Monténégro.
En quête d'indépendance C'est en 1997 que le Parti démocratique socialiste du Monténégro (DPS) se scinde entre la faction de Milo Đukanović et celle de Momir Bulatović, qui a formé un nouveau Parti socialiste populaire du Monténégro (SNP). Le DPS, dont Slobodan Milošević s'est éloigné, remporte la bataille politique sous la conduite de Đukanović qui, progressivement, adopte l'idée d'indépendance venant de l'Alliance libérale du Monténégro et du SDP, et remporte toutes les élections depuis.
À l'automne 1999, peu après le bombardement de la Yougoslavie par l'OTAN, le Monténégro, dirigé par Đukanović, propose une réforme pour la redéfinition des relations au sein de la fédération qui a appelé à une plus grande participation du Monténégro dans les domaines de la défense et la politique étrangère, bien que cette réforme ne va pas dans le sens de l'indépendance. Après le renversement de Milošević, le , Đukanović, soutenu par le président du Parlement monténégrin Ranko Krivokapić, prend parti pour l'indépendance et réussit son action en remportant le référendum sur l'indépendance le . Celle-ci est proclamée le .
Débat autour de l'identité monténégrine
Ce type de débat n'est pas propre au Monténégro, il en existe de similaires en Macédoine (dont la langue et la culture sont proches de la Bulgarie) et en Moldavie (dont la langue et la culture sont proches de la Roumanie). Le Monténégro, pour sa part, a longuement fait partie de la Serbie au Moyen Âge mais en a aussi été longuement séparé depuis la conquête des Balkans par l'Empire ottoman. En particulier, depuis la conversion d'une grande partie des habitants du Sandžak à l'Islam, les Monténégrins et les Serbes ont été séparés durant . Au le nationalisme romantique parmi les Slaves du Sud a alimenté la volonté de réunification. Un certain nombre d'ouvrages publiés au cours de cette période, voit les Monténégrins comme des Serbes. thumb|right|Couverture du Manuel scolaire serbe de 1836
Durant le règne de Petar I Petrović-Njegoš, le manuel scolaire de base dans les écoles publiques est appelé « le livre de lecture serbe élémentaire ». Une autre édition a été publiée lors du règne de Petar II Petrović-Njegoš. Durant le règne de Danilo Petrović-Njegoš, les élèves avaient des cours de grammaire slave, d'histoire monténégrine et d'histoire slave. Le plan de cours de Géographie au Collège de théologie consistait à "étudier les terres slaves indépendantes, soumises et occupées, ainsi que les principales villes, les lieux et les villages". Le manuel de géographie pour la de maternelle à l'école primaire, en 1911, déclare :
De nombreux certificats de scolarité, passeports et autres documents similaires conservés ont comme la nationalité du porteur : « Serbes ».