Qumrân (en et en Khirbet Qumran : « ruines de Qumrân ») est un site archéologique en Cisjordanie en surplomb de la rive ouest de la mer Morte, à la limite historique de la Judée, de l'Idumée et de la Pérée et sur le territoire de la province romaine de Judée au moment où le site a été attaqué et détruit par les Romains (vers 68-70). L'implantation a eu lieu pendant l'époque hellénistique et pourrait avoir été construite durant le règne de Jean Hyrcan, (134-104 avant notre ère) ou un peu plus tard, et a été occupée la plupart du temps jusqu'à ce qu'elle soit détruite par les Romains .

L'établissement a été construit sur les ruines d'un fortin israélite de l'âge du fer. Le site est surtout connu comme étant le plus proche des grottes dans lesquelles les manuscrits de la mer Morte ont été cachés dans des grottes situées sur des falaises abruptes et désertiques ou en dessous, dans la terrasse marneuse. Dans le « modèle standard » au sujet de la « secte de Qumrân », le site aurait été un centre essénien dès la création de ce mouvement dans la première partie du où auraient été écrits les manuscrits de la mer Morte retrouvés dans onze grottes à proximité. Toutefois l'archéologie ne confirme pas cette thèse, car tout porte à croire que Qumrân a eu une destination militaire, pendant la période hasmonéenne, jusqu'à ce qu'il la perde après un tremblement de terre au qui a affaibli son mur principal. Certains défenseurs de la thèse qui veut que cela ait été un centre essénien estiment désormais que l'occupation essénienne a eu lieu à partir de ce moment ; Robert R. Cargill, The Fortress at Qumran: A History of Interpretation, 2009.

Pourtant, aucun lien n'a pu être établi entre les manuscrits et les ruines de Qumrân si ce n'est la proximité des grottes où ils ont été cachés. Les plus de différentes montrent de plus que les manuscrits n'ont pas été copiés sur place. D'autre part, il ne semble pas que le site soit celui dont parle Pline l'Ancien dans une description idéalisée, car il insiste pour dire que les « esséniens » qu'il décrit n'ont pas de femmes, or dans le cimetière d'environ un tiers des quelques tombes explorées étaient occupées par des femmes et les manuscrits donnent des règles spécifiques concernant le mariage.

Pour certains chercheurs., comme Norman Golb, André Paul, Michaël Wise, Bruno Bioul, les manuscrits, malgré leur proximité géographique avec le site, n'auraient pas de lien avec lui et pourraient provenir de diverses bibliothèques y compris éventuellement celle du Temple. Une partie d'entre eux estiment que les manuscrits accompagnés des objets de grande valeur inventoriés sur le rouleau de cuivre ont été cachés là lors de la Grande révolte qui débute en 66, par un des groupes de révoltés. Le contenu de la centaine de manuscrits que l'on dit « sectaires » étaient très anti-romains, ceux qui contrôlaient le site à l'arrivée des Romains ayant résisté., comme en témoigne l'archéologieDans le compte rendu des recherches archéologiques de l'équipe qui travailla de 1953 à 1956 sur le site, on lit : Les bâtiments dont , des flèches en fer et l'incendie des toitures. Dans son rapport archéologique, Roland de Vaux indique que la tour Pour Norman Golb, (). À ces éléments Franck M. Cross qui avait participé aux fouilles ajouta lors de la publication de son livre un point que Norman Golb estime crucial et dont il s'étonne que R. de Vaux ne l'ait pas mentionné. Cross indique que

Norman Golb remarque que était une technique classique de la poliorcétique que les stratèges romains utilisaient pour prendre des fortifications ennemies qui ne pouvaient pas être prises autrement. Ces galeries étaient soutenues par des poutres en bois qui étaient mises à feu quand les troupes avaient fini de creuser (). Selon Roland de Vaux, la prise du site par les Romains aurait eu lieu en 68. Compte tenu de l'incertitude sur le déploiement des forces romaines, les historiens préfèrent retenir la fourchette de 68-70, au plus tard quelques mois après la chute de Jérusalem (août 70). () et le seul autre endroit où l'on a trouvé des copies de manuscrits « sectaires » est la forteresse de Massada contrôlée pendant toute la révolte par des Sicaires ou des Zélotes. D'autres pensent qu'on ne peut rejeter le lien entre le site archéologique et les grottes, de par leur proximité et les signes d'une vie spirituelle intense dans ces bâtiments.

De 1951 à 1956, les fouilles furent dirigées par Roland de Vaux. Le site de Qumran est aujourd'hui sous l'administration des parcs nationaux israéliens. Il est situé à proximité du kiboutz .

Identification Le site est visité dès le par des explorateurs dont Félicien de Saulcy qui avait proposé d'identifier les ruines à Gomorrhe (ʿămōrâh en hébreu). En 1947, la découverte de manuscrits anciens par des bédouins, dans des grottes situées à proximité, relance l'intérêt pour le site. Qumrân est le nom du site en arabe moderne. Son nom originel n'est pas connu. Les ruines que l'on voit sur le site ont été construites sur une forteresse datant de l'Âge de fer ().. Certains historiens pensent que le site correspond à SokokaAprès la découverte des manuscrits, le professeur Eleazar Sukenik proposa d'y voir Sokoka (le texte hébreu massorétique donne sĕkākâh là où le texte grec de la Septante transcrit Sokhokha selon la leçon du Codex Alexandrinus (le Codex Vaticanus donne « Aikhioza »), cf ou Ir hammelah « Ville du Sel », , et , l'une des villes du désert mentionnée dans le livre de Josué (15,61)Dans le désert: Beth ha-Araba, Middïn, Sekhakha.

L'identification de la nature du site à partir de l'époque hasmonéenne, époque où le site a été reconstruit après une période d'abandon, pose beaucoup plus de questions.

« Modèle standard » et critiques Étant donné la très large diffusion que connaît la thèse qui fait de Qumrân, les ruines d'un centre essénien où cette communauté retirée du monde, à l'image d'une communauté monacale, aurait édité les manuscrits de la mer Morte., il est difficile de ne pas commencer par cet exposé.

Pour Roland de Vaux, membre de l'École biblique et archéologique de Jérusalem, Qumrân abritait une « communauté » d'ascètes qui s'adonnaient à des bains rituels fréquents, à la prière et aux repas en commun, à l'étude des livres saints et à l'écriture. En bon religieux, De Vaux identifia même un scriptorium – ce qui relève de l'équipement monastique médiévalAndré Paul, Qumrân et les esseniens - L'éclatement d'un dogme, Paris, Cerf, 2008, .. » Dans cette optique Qumran aurait été le lieu d'exil du Maître de Justice fondateur de la « secte » où il serait venu se réfugier avec ses partisans à partir de la première moitié du et le serait resté jusqu'à ce que le site soit pris par les Romains au cours de la Grande révolte juive de 66-74. Cette vision, relayée avec brio et érudition par André Dupont-Sommer est appelée « modèle standard », notamment par les chercheurs qui contestent sa validité.. Elle a eu un immense succès et n'a commencé à être sérieusement contestée que dans les années 1990, lorsqu'à la suite de diverses actions des chercheurs spécialistes du sujet, ceux-ci sont enfin parvenus à accéder aux textes de l'ensemble des manuscrits.

Toutefois, malgré les efforts déployés dans ce but, aucun lien n'a pu être établi entre Khirbet Qumrân et les écrits retrouvés dans les grottes. Aucun des manuscrits ne fait référence à Qumrân, ni à d'autres endroits proches tels qu'Ein Gedi ou Massada.. Pas un seul fragment de manuscrits n'a été retrouvé dans les ruines, alors que dans celles de Massada, où pourtant personne n'a imaginé que des dizaines, voire des centaines, de scribes aient opéré, on en a retrouvé dix-sept... Qumrân et Massada sont pourtant des sites soumis aux mêmes conditions climatiques. Le modèle standard est aussi remis en cause à partir du contenu des manuscrits dits « sectaires ». Depuis les années 1990 plusieurs équipes d'archéologues ont travaillé sur le site et les données recueillies ne confirment pas la thèse standard. Certains de ces archéologues ont tenté de rendre compatibles leurs observations avec la thèse de l'établissement essénien, alors que d'autres ont totalement ou partiellement remis en cause cette thèse.

Qumran, lieu de pèlerinage Pour Étienne Nodet qui publie son ouvrage La porte du ciel en 2016 , Qumran était pour lui, le site de Qumran ne pouvait permettre l'établissement d'une communauté permanente.

Les données de l'archéologie vignette|Une des sépultures de type Qumrân. L'analyse des squelettes masculins montre la fréquence élevée (33 %) d'une excroissance osseuse dans les oreilles, suggérant leur appartenance à la communauté des « Fils de Lumière » plongeant trois fois par jour dans le bain froid rituel S.G. Sheridan, J. Ullinger, and J. Ramp, « Anthropological Analysis of the Human Remains from Khirbet Qumran: The French Collection », in J.B. Humbert/J. Gunneweg (Eds.), The Archaeology of Qumran vol. 2, Fribourg 2003, 133–173.. Le site comprend les ruines de Qumrân, un cimetière (constitué de sépultures de type Qumrân, se signalant en surface par un tumulus et en profondeur par une fosse de deux mètres de profondeur, sans aucun ornement funéraire et les grottes où ont été retrouvés les manuscrits. Roland de Vaux . avec la construction d'une forteresse datant de l'Âge de ferJean-Baptiste Humbert, Khirbet Qumrân un site énigmatique, in Aux origines du christianisme, Pierre Geoltrain (Dir.), Paris, Gallimard et Le Monde de la Bible, 2000, .. Après une longue interruption, deux autres périodes d'occupation débutent en 135 avec un belle demeure hellénistique selon Jean Baptiste Humbert, ou une construction fortifiée quasi carrée avec en surplus des nouveaux aménagements hydrauliques. Après une nouvelle période d'interruption liée semble-t-il à des destructions sur le site, celui-ci connaît une grande extension avec de nouveaux aménagements hydrauliques sous le règne d'Hérode le Grand. Cette troisième période se termine vers 70 pendant la Grande révolte juive, par la prise du site par les forces romaines, après un siège. La quatrième période est l'occupation du site par les forces romaines pendant quelques années après cette bataille. Quel que soit le modèle retenu, seules les deux périodes situées entre 135 et 70 importent pour les manuscrits de la mer Morte.

Les ruines de Qumrân L'analyse des restes bâtis du bâtiment central de Khirbet Qumrân construit dans les dernières décennies du , révèle qu'il s'agissait bien de constructions fortifiées avec une tourVoir à ce sujet ; ; ; Jean-Baptiste Humbert, Khirbet Qumrân un site énigmatique, in Aux origines du christianisme, Pierre Geoltrain (Dir.), Paris, Gallimard et Le Monde de la Bible, 2000, .. Il s'agit donc d'un bâtiment militaire hasmonéen, alors que selon le « modèle standard » les hasmonéens étaient les pires ennemis des esséniens ayant écrit les manuscrits.. Les archéologues et Yitzak Magen .. Ce bâtiment militaire ayant été construit sur un site stratégique. dominant la côte, sur un promontoire dont la valeur militaire est évidente., , là où . Sur ce même site avait été construite une forteresse datant de l'âge du fer (), dont les infra-structures ont été utilisées pour construire le fortin hasmonéen. Pour plusieurs critiquesNotamment Norman Golb, André Paul, Michael Wise, Martin Abegg, Edward Cook., cet élément s'ajoutant à de nombreux autres rend très peu probable la thèse du « modèle standard ».