Nadia Boulanger, née le dans le et morte le dans la même ville, est une pédagogue, pianiste, organiste, cheffe de chœur, cheffe d'orchestre et compositrice française. Elle est la sœur aînée de la compositrice Lili Boulanger.
Issue d'une famille de musiciens, elle obtient très jeune les honneurs du Conservatoire national de Paris et se destine à la composition, mais à la mort de sa sœur, estimant ne pas avoir de talent particulier, elle abandonne ce domaine pour se consacrer à l'enseignement. Elle enseigne alors diverses matières comme l'orgue, le piano, le contrepoint, l'harmonie, la fugue, le solfège, l'analyse musicale et le déchiffrage à vue. Ayant su mobiliser des méthodes et des techniques modernes, Nadia Boulanger est durant plus de soixante-dix ans l'une des professeurs de musique les plus influents du , comptant parmi ses quelque plusieurs générations de compositeurs, tels Aaron Copland, George Gershwin, Grażyna Bacewicz, Elliott Carter, Michel Legrand, Lalo Schifrin, Astor Piazzolla, Quincy Jones et Philip Glass. Son activité musicale est étroitement liée à celle du Conservatoire américain de Fontainebleau, qu'elle dirige de 1946 jusqu'à la fin de sa vie.
Nadia Boulanger enseigne également aux États-Unis et en Angleterre, travaillant avec des académies de musique telles que la Juilliard School, la Yehudi Menuhin School, la Longy School, le Royal College of Music et la Royal Academy of Music. Mais elle passe la plus grande partie de sa vie dans l'appartement de sa famille à Paris, rue Ballu, où elle enseigne pendant la majeure partie des sept décennies qui ont suivi le début de sa carrière, en 1904, jusqu'à sa mort.
Avec l'aide de son collaborateur Raoul Pugno, elle fait ses débuts dans les années 1910 comme cheffe d'orchestre. Nadia Boulanger est la première femme à diriger plusieurs grands orchestres en Amérique et en Europe, notamment les orchestres symphoniques de la BBC, de Boston, du Hallé et de Philadelphie. Elle organise et dirige plusieurs créations mondiales, comprenant des œuvres de Copland et de Stravinsky. Dans les années 1930, elle forme un ensemble vocal qui contribue à la redécouverte de compositeurs baroques oubliés comme Claudio Monteverdi, Luca Marenzio, Carlo Gesualdo ou Heinrich Schütz.
Biographie Une famille et une enfance musicale (1887-1895) vignette|redresse=1|gauche|alt=Photographie en noir et blanc du visage d’une femme brune vue de face, portant des lunettes de forme ovale|Nadia Boulanger en 1910.
Nadia Boulanger est née le au de la rue de Maubeuge. Elle est la fille du compositeur et pianiste français Ernest Boulanger et de son épouse, la princesse russe Raïssa Ivanovna Mychetsky, une jeune cantatrice..
Son père est le fils de la cantatrice Marie-Julie Boulanger (1786-1850) et du violoncelliste et professeur de chant Louis Frédéric Boulanger (1777-1844)... Il étudie au Conservatoire de Paris et, en 1835 à l'âge de , remporte le très convoité prix de Rome en composition. Il écrit plusieurs opéras-comiques et de la musique de scène pour des pièces de théâtre, mais est surtout connu pour sa musique chorale. Il s'est distingué en tant que directeur de chœurs, professeur de chant et membre de jurys pour des concours de chant. Après des années de refus, il est nommé en 1872 professeur de chant au Conservatoire de Paris.
Raïssa Mychetsky, dont les origines restent floues, obtient le titre de préceptrice (ou gouvernante) en 1873. Selon Ernest Boulanger, ils se sont rencontrés lors d'une tournée de concerts en Russie en 1874, puis celle-ci l'a suivi à Paris. Elle rejoint sa classe de chant au Conservatoire en 1876 et ils se marient en Russie en 1877 ; il a alors et elle . Le couple a une première fille en 1885, Ernestine Mina-Juliette, qui meurt un an après sa naissance avant que Nadia Boulanger ne naisse le jour du de son père. Certains historiens laissent penser que la jeune fille ne serait pas l'enfant légitime de Boulanger, bien que celui-ci la reconnaisse à sa naissance à la mairie.
Nadia Boulanger, de religion catholique, est baptisée le à l'Église Saint-Vincent-de-Paul, paroisse de la rue Maubeuge. Elle a pour parrain le baron William Bouwens van der Boijen. De 1889 à 1904, la famille Boulanger habite au de la rue La Bruyère.
Pendant ses premières années, bien que ses deux parents soient très actifs sur le plan musical, Nadia Boulanger ne supporte pas d'entendre de la musique, elle hurle et se cache jusqu'à ce que celle-ci s'arrête. En 1892, alors qu'elle a cinq ans, Raïssa Boulanger tombe à nouveau enceinte. Pendant la grossesse, la réaction de Nadia Boulanger à la musique change radicalement. . Après cela, Nadia Boulanger accorde toute son attention aux leçons de chant et de piano que lui donne son père et commence à étudier la musique. Elle suit, à partir de 1895, des cours de solfège et de piano avec , qui est considérée comme l'une des meilleures professeures de Paris.
En 1893, naît Marie-Juliette Boulanger, mieux connue sous le surnom de « Lili » ; Nadia Boulanger a alors six ans. Celle-ci déclare : . En 1895, la fillette accompagne sa mère lors d'un voyage en Russie et en Finlande pour rendre visite à sa famille et à ses amis. Sa petite sœur, âgée de deux ans, contracte en son absence une pneumonie qui l'affaiblira tout le restant de sa vie.
À sept ans, Nadia Boulanger est poussée par sa mère à prendre des cours d'harmonie. Puis, encouragée par son père, elle commence à étudier l’orgue et la composition à l'âge de neuf ans auprès de Louis Vierne. Selon ce dernier, elle révèle alors des pour l'orgue.. Élevée dans une famille mêlant aristocratie et élite intellectuelle parisienne, elle côtoie les grands noms de la musique comme Gabriel Fauré, proche ami des Boulanger, Charles Gounod ou Camille Saint-Saëns.
Études au Conservatoire de Paris (1896-1904) alt=Image en noir et blanc d'une femme penchée et écrivant dans un bureau|gauche|vignette|Nadia Boulanger en train d'étudier vers 1906-1907. À l'âge de sept ans, Nadia Boulanger se prépare avec et beaucoup de aux examens d'entrée au Conservatoire, assistant à des cours et prenant des cours particuliers avec des professeurs. Lili Boulanger est souvent présente dans la salle pendant les leçons de sa grande sœur, assise tranquillement à écouter.
En 1896, Nadia Boulanger, âgée de neuf ans, entre au Conservatoire de Paris, où elle intègre la classe d'harmonie d'Auguste Dubois. En 1900, elle entre dans la classe de Paul Vidal, puis en 1901 dans celle de Gabriel Fauré. Elle remporte un Premier Prix de solfège en 1897. Sa mère lui inculque très tôt la culture du travail ; demandant sans cesse à ses filles , même lorsque Nadia Boulanger avait d'. Elle suit des cours particuliers auprès de Louis Vierne et d'Alexandre Guilmant. Durant cette période, elle suit également une formation religieuse pour devenir une catholique pratiquante et fait sa première communion le . La religion devient quelque chose d'important pour elle tout au long de sa vie.
En 1898, Raïssa Boulanger donne naissance à une petite fille, Marie-Louise, qui ne vit que cinq mois. Deux ans après, son père décède alors qu'il est en pleine discussion avec Nadia Boulanger., et le manque d'argent devient un problème pour la famille. Raïssa Boulanger mène un train de vie extravagant, et les droits d'auteur qu'elle perçoit pour les interprétations de la musique de son mari ne suffisent pas à assurer sa subsistance. William Bouwens van der Boijen, un ami de leur père, est nommé tuteur des deux sœurs.. Nadia Boulanger continue de travailler dur au Conservatoire pour devenir professeure et contribuer ainsi aux besoins de sa famille. C'est à la même période que son avenir de musicienne se fait plus présent.
Au Conservatoire de Paris, elle entre en 1901 dans la classe de composition de Fauré dont l'influence . Elle obtient un Deuxième Prix d'harmonie. En 1902, elle travaille l'orgue avec Alexandre Guilmant, se lie avec Charles Koechlin, Georges Enesco, Florent Schmitt, Maurice Ravel, Alfred Cortot, Roger Ducasse. Elle suit parallèlement les cours de Georges Enesco..
En 1903, Nadia Boulanger remporte à l'âge de quinze ans le Premier Prix d'harmonie du Conservatoire ; elle poursuit ses études pendant plusieurs années, même si elle commence à gagner sa vie grâce à des concerts d'orgue et de piano. La même année, sa mère, Raïssa Boulanger, renouvelle un voyage en Russie, cette fois seule.. Nadia Boulanger est confiée à Marthe et Richard Bouwens van der Boijen tandis que Lili Boulanger est envoyée à Biarritz dans une communauté religieuse.
Grâce aux leçons de Fauré, elle obtient à seize ans, lors de plusieurs concours en , les Premiers Prix d'orgue dans la classe de Guilmant (le Premier Prix est également attribué à son condisciple Ermend-Bonnal), d'accompagnement au piano, de fugue et de composition. Mais, Nadia Boulanger finira par quitter sa classe, au plus grand regret de Fauré, au profit de celle de composition de Charles-Marie Widor. Lors de son examen d'accompagnement, elle rencontre Raoul Pugno, pianiste, organiste et compositeur français de renom, qui s'intéresse par la suite à sa carrière. Pugno devient rapidement un très bon ami de la famille Boulanger ; ceux-ci achèteront une maison à côté de celle du compositeur à Gargenville, où ils passeront de nombreux étés ensemble..
La même année, Raïssa Boulanger décide de quitter leur ancien appartement. Nadia Boulanger déclare : . La famille s'installe finalement au rue Ballu dans le arrondissement où le grand orgue de salon Cavaillé-Coll, conçu en fonction de la pièce, est inauguré le . Nadia Boulanger commence à enseigner dans l'appartement familial à sa sortie du Conservatoire. Outre les cours particuliers qu'elle y donne, la jeune femme commence à animer un cours collectif d'analyse et de chant à vue le mercredi après-midi. Elle reçoit l'aide de Pugno, qui lui envoie de nombreux élèves. Elle poursuivit ces activités presque jusqu'à sa mort. Ce cours fut suivi de ses célèbres , des salons où les élèves peuvent côtoyer des musiciens professionnels et d'autres amis de Nadia Boulanger issus du monde artistique, tels qu'Igor Stravinsky, Paul Valéry, ou Fauré.
Débuts professionnels (1905-1917) alt=Image en noir et blanc montrant quatre hommes et une femme assis, et un autre homme debout derrière eux|gauche|vignette|Les concurrents pour le Prix de Rome en 1908. De gauche à droite : Maurice Le Boucher, Jules Mazellier, Nadia Boulanger, Marc Delmas, André Gailhard et Philippe Gaubert (debout).
Après avoir quitté le Conservatoire en 1904 et avant la mort prématurée de sa sœur en 1918, Nadia Boulanger est une compositrice passionnée, encouragée par Pugno et Fauré. Caroline Potter, dans le , écrit à propos de sa musique : . Elle compose durant cette période de nombreuses mélodies ainsi que des pièces pour chœur et orchestre comme Allons voir sur le lac d'argent (1905), Écoutez la chanson bien douce (1905), À l'aube (1906) ou À l'hirondelle (1908). Son objectif est alors de remporter le Premier Grand Prix de Rome en composition, comme son père l'a été. Celle-ci travaille sans relâche, tout en continuant à enseigner et à se produire. Elle se présente au jury en 1906, mais ne réussit pas à passer le premier tour. En 1907, elle accède à la finale, mais échoue à nouveau.
Fin 1907, elle est nommée professeure de piano élémentaire et d'accompagnement au piano au Conservatoire Femina-Musica nouvellement créé. Elle est également nommée assistante d'Henri Dallier, professeur d'harmonie au Conservatoire.