vignette|Madagascar vignette|Carte de l'expansion des austronésiens. vignette|Datation de la dispersion austronésienne. vignette|Atlas Miller, 1519.

L’histoire de Madagascar désigne l’histoire humaine de ce pays insulaire situé dans la partie occidentale de l'océan Indien, au sud-est de l'Afrique ; pour l’histoire naturelle, voir « géologie de Madagascar », « flore de Madagascar » et « faune de Madagascar ». L'île de Madagascar fait partie du continent africain et la république malgache est donc membre de l'Union africaine. La population de Madagascar est principalement issue d'apports africains, austronésiens et sémitiques...

Origines de la population malgache actuelle Les découvertes archéologiques permettent d'envisager une première présence de l'espèce humaine à Madagascar il y a environ . Compte tenu de l'histoire du peuplement africain, il est possible que ces premières populations aient été apparentées aux actuels Khoïsan mais du point de vue génétique et linguistique, rien ne prouve qu'elles se soient maintenues et qu'elles aient contribué au peuplement ultérieur de l'île.Hurles (2005)...

En revanche, les études génétiques, linguistiques et historiques. indiquent de manière concordante qu'une partie du peuplement malgache est d'origine austronésienne, (îles de la SondePatrice Rabe, Quotidien Midi Madagasikara, édition du 24 septembre 2008) et une autre partie d'origine africaine.

Linguistiquement, le lexique du malgache est composé de 90 % de vocabulaire austronésien. La langue malgache est issue du proto-austronésien, appartenant à la branche proto-malayo-polynésienne (proto-MP) et à la sous-branche proto-Sud-Est barito (proto-SEB) qui partage ces mêmes bases anciennes communes avec les langues dayak actuelles du groupe barito de Bornéo Sud telles que le ma'anyan, dusun deyah, dusun malang, dusun witu et paku actuels..

Une partie du fonds culturel malgache est de type austronésien : coutumes anciennes (comme celle d'ensevelir les défunts dans une pirogue que l'on coule dans la mer ou dans un lac), agriculture sur brûlis (culture du taro-saonjo, de la banane, de la noix de coco et de la canne à sucre), architecture traditionnelle en matériaux végétaux, maisons à base carrée ou rectangulaire sur pilotis), musique (instruments comme la conque marine antsiva, le tambour de cérémonie hazolahy, le xylophone atranatrana, la flûte sodina ou encore la valiha) et danse (notamment la « danse des oiseaux » que l'on retrouve à la fois au centre et dans le Sud).

Selon les études génétiques récentes, . Toutefois les origines exactes des apports sont encore floues. Un « motif polynésien » (ADN mitochondrial/haplogroupe B/sous-groupe B4a1a1a2) commun et unique au monde a été décelé au sein de différentes ethnies malgaches distantes géographiquement et endogames historiquement tels que les Vezo et les Andriana Merina (cette altération du « motif polynésien » d'origine, commune et propre aux Malgaches, a été baptisée « motif malgache » par les chercheurs en génétique)..

Sur le plan morphologique les apports du Sud-Est asiatique pourraient être à l'origine des caractéristiques xanthodermes communes à la majorité de la population de l'île, décrite en 1940 par le professeur NirinjanaharyAlbert Rakoto Ratsimamanga, Tache pigmentaire héréditaire et origine des malgaches, Paris : librairie, 1940 In : "Revue anthropologique", (, janvier-mars 1940) , et du pli épicanthique de la paupière supérieure qui « bride » les yeux de nombreux Malgaches des côtes ou des hauts plateaux, et dont la peau peut être claire, sombre ou cuivrée.

Protohistoire et peuplement vignette|Pirogue à balancier de type perahou, commun chez les Austronésiens, nommée va'a ou waka : les premiers vahoaka ntaolo ou « peuple navigateur » ont probablement utilisé de semblables embarcations pour parvenir jusqu'à Madagascar à la faveur de la mousson australe de l'Océan Indien. Il existe différentes hypothèses sur la succession des établissements humains historiques dans l'île, et la question reste sujette à débat scientifique, par exemple, si les primo-arrivants sont austronésiens ou africains.

Certaines théories anciennes ont été influencées par l'idée selon laquelle les populations africaines auraient été incapables de naviguer vers l'île, auquel cas elles seraient arrivées tardivement. Dans ce cas, les populations austronésiennes dont la maîtrise ancienne de la navigation est bien connue (notamment dans le Pacifique) seraient arrivées les premières.

Cependant, on sait aujourd'hui que les populations de la côte africaine orientale avaient également une bonne connaissance de la navigation à des dates anciennes, y compris antérieures à l'arrivée des peuples austronésiens.

Les Vazimba

Au tout début du peuplement austronésien, appelé « période paléomalgache », les arrivants Vahoaka Ntaolo (du proto-Malayo-Polynésien (PMP) *va-waka = « embarcation », proche du mot malgache vahoaka = « peuple », et Ntaolo du proto-austronésien *tau - ulu - « les hommes premiers », « les anciens », de *tau-hommes et ulu- tête, premier, origine, débutAndrianampoinimerina, « The Malayo-Polynesian Origin of Malagasy » )) se subdivisèrent, selon leurs stratégies de subsistance, en deux grands groupes : le nom Vazimbas (Vazimba, de *ba/va-zimba- « ceux de la forêt », de *zimba-"forêt" en proto-barito du Sud-Est, aujourd'hui barimba ou orang rimba en malais.) désigna alors ceux qui s'installèrent dans les forêts de l'intérieur et le nom Vezo (de *ba/va/be/ve-jau, « ceux de la côte » en proto-malayo-javanais, aujourd'hui veju en bugis et bejau en malais, bajo en javanais.) ceux qui choisirent le littoral.

Le qualificatif Vazimba désignait donc à cette période les Ntaolo chasseurs-cueilleurs austronésiens, qui décidèrent de s'établir dans la forêt, notamment dans les forêts des hauts plateaux centraux de la grande île et celles de la côte Est et Sud-Est, tandis que les Vezo étaient les Ntaolo pêcheurs qui restèrent sur les côtes de l'Ouest et du Sud (probablement les côtes du premier débarquement)..

Les anciennes traditions orales malgaches relatent que les Vazimbas chasseurs-cueilleurs seraient les premiers habitants de l'île. Le mot austronésien vazimba désignant les « habitants de la forêt » d'une manière générale (y compris les Austronésiens eux-mêmes) il n'est pas à exclure que d'autres humains vazimba aborigènes aient habité dans les forêts de Madagascar avant l'arrivée des vazimba austronésiens, ce qui pourrait expliquer le mythe des « vazimba nains » que les vahoaka ntaolo austronésiens auraient rencontrés et assimilés (ou peut-être décimés) à leur arrivée au millénaire avant notre ère. Les hypothèses ont foisonné à ce sujet : descendants de premiers habitants préhistoriques de type khoïsan ou mélanodermes insulaires de petite taille, aucune n'a pu être confirmée par la phénologie, la génétique ou l'ethnologie comparées et par ailleurs, le mythe des « vazimba nains » a aussi pu être amené par les Austronésiens à partir des îles de la Sonde d'où ils sont venus, et où des populations de type « négrito » (orang asli en malais) ont effectivement existéI. H. N. Evans, The Negritos of Malaya, Cambridge U. P., 1937. Du point de vue des phénotypes, si les populations des hautes terres (Merina, Betsileo, Bezanozano, Sihanaka), plus endogames, présentent des phénotypes majoritairement austronésiens (mongoloides sondadontes), on remarque aussi parfois les phénotypes australoïde et negrito partout à Madagascar (différents du phénotype est-africain bantou et caractérisés par de petites tailles) mais rien ne prouve qu'ils soient aborigènes car ils existent aussi en Insulinde.

Les Vahoaka Ntaolo vignette|Ancienne langue austronésienne, le barito oriental regroupe le malgache et des langues des Dayaks du bord du fleuve Barito à Bornéo (Kalimantan du Sud) : ma'anyan, dusun deyah, dusun malang, dusun witu et paku) (photo Wikicommons : Dayak de Borneo).

Arrivés probablement sur la côte Ouest ou Nord-Ouest de Madagascar en pirogue à balancier (waka) il y a , ces pionniers austronésiens sont appelés par tradition orale malgache : Vahoaka-Ntaolo soit « ceux des bateaux » ou « peuple navigateur », terme signifiant simplement aujourd'hui le « peuple » en malgache.

Concernant la raison de la venue des austronésiens, l'histoire de l'océan Indien du début du premier millénaire de notre ère est encore très mal connue. On peut seulement supposer que l'île de Madagascar jouait un rôle important dans le commerce, notamment celui des épices et du bois rare, entre l'Asie du Sud-Est et le Moyen-Orient, directement ou via les côtes africaines. vignette|Village austronésien avec levu sur pilotis (de *levu-« maisons » en proto-austronésien qui a donné en malgache an-devu - « à la maison ») : tous les villages des ntaolo, vazimba et vezo, étaient probablement similaires au premier millénaire. On retrouve d'ailleurs encore ce modèle aujourd'hui sur toutes les côtes de la grande île et dans les zones intérieures reculées (forêts)

Les immigrations de la fin du premier millénaire et du début du second (de -700 à 1500) Dès le milieu du premier millénaire jusqu'à 1500 environ, les Vazimba de l'intérieur autant que les Vezo des côtes accueillirent de nouveaux clans immigrants, connus en malgache par les noms d'origine austronésienne Vahiny ou Vazahas (*va-hiny "les visiteurs", *va-zaha-"ceux qui visitent/cherchent") : moyen-orientaux (Persans Shirazis, Arabes Sabatéens ou Omanais, Juifs mizrahim), est-africains (Bantous) et orientaux (Indiens Gujaratis ou Mahalayams, Javanais, Bugis et autres Malais) qui s'intégrèrent et s'acculturèrent aux sociétés Vézo et Vazimba. vignette|Le taro (saonjo) qui est, selon un très vieux proverbe malgache, « l'aîné du riz » (Ny saonjo zokin'ny vary), constitue la base alimentaire de tous les Austronésiens, notamment des anciens Ntaolo, Vazimba et Vezo. Le commerce des esclaves par les Malayo-javanais, les Perses Shirazi et les Arabes Omanais à la fin du premier millénaire fut probablement une des causes de ces nouvelles immigrations, les marchands esclavagistes s'installant à proximité de leurs sources d'approvisionnement malgaches. On trouve en effet, d'une part, mention de la présence d'esclaves africains (zenj ou zandj) offerts par des Javanais à la cour de Chine au début du , et de l'autre, Madagascar même commença à connaître une africanisation de sa population. Cette présence africaine dans l'île ne semble cependant devenir massive qu'à partir du , sous la pression du commerce musulman arabo-perse. vignette|La flûte suling indonésienne, cousine de la sodina. Avec l'arrivée de l'islam, en effet, les commerçants perses et arabes supplantent rapidement les Indonésiens des côtes africaines et étendent par la suite leur contrôle sur les îles Comores et certaines parties des côtes nord de Madagascar. Parallèlement, sous la concurrence conjointe des nouvelles puissances maritimes chinoises (Song) et sud-indiennes (Chola), les thalassocraties indonésiennes connaissent un déclin rapide, même si les Portugais trouvent encore des marins javanais à Madagascar lorsqu'ils y abordent au . vignette|Pirogue-sarcophage dayak d'Indonésie : une sépulture qui rappelle les traditions orales malgaches témoignant que les anciens Vezo et Vazimba ensevelissaient leurs morts dans des pirogues-sarcophages, coulées sous la mer ou sous un lac.

Le brassage avec les pasteurs-agriculteurs est-africains du Moyen Âge (autour de l'an 1000) explique les nombreux superstrats bantus-swahili dans la langue proto-austronésienne (proto-SEB plus précisément) initiale des Vazimbas. Ces superstrats sont notablement présents dans le vocabulaire domestique et agraire (exemples : le bœuf omby du swahili ng'ombe, l'oignon tongolo du bantou tungulu, la marmite malgache nongo de nyungu en swahili.).