La place des Terreaux est une place située dans le de Lyon, en France.

Place centrale au nord de la Presqu'île entre le Rhône et la Saône au pied de la colline de la Croix-Rousse, elle est bordée par deux monuments emblématiques de la ville, l'hôtel de ville sur le flanc est et le musée des Beaux-Arts sur le flanc sud. Au centre nord de cet espace se trouve la fontaine Bartholdi.

Situation La place des Terreaux est bordée : à l'est, par l'hôtel de ville, construit au milieu du ; au sud, par le palais Saint-Pierre, construit dans la deuxième partie du , abritant le musée des beaux-arts ; à l'ouest, par un édifice traversé par une galerie, autrement appelé « massif des Terreaux », dû à l'architecte Frédéric Giniez (1813-1867), construit au milieu du ; au nord, par des bâtiments résidentiels marquant le début des pentes de la Croix-Rousse datés principalement des .

Odonymie

Actuelle L’origine communément admise est que le nom « Terreaux » vient du latin « Terralia » signifiant fossé et qu'un fossé s'est trouvé ici jusqu'au .

Une autre origine parle de la terre ayant servi à creuser ces fossés (la "terre pleine d'eau") et c'est cette butte qui serait restée dans les mémoires.

Précédente En 1792, au cours de la Révolution, la place est renommée place de la Liberté, avant de reprendre son nom initial moins de 10 ans plus tard.

Histoire vignette|gauche|112px|Extrait du plan scénographique de Lyon de 1548 La muraille d’avant la place

Première muraille En 1206, les associations de marchands lyonnais se heurtent à l’archevêque Renaud II de Forez qui ne respecte pas la charte signée en 1195 en violant les accords pris en matière de taxe sur les marchandises. Pour protéger le bourg Saint-Nizier du pouvoir ecclésiastique, les bourgeois lyonnais décident alors d'élever une muraille au pied de la colline Saint-Sébastien (pentes de la Croix-Rousse) et une tour sur la Saône afin de contrôler le pont du Change, unique passage entre Saint-Nizier et Saint-Jean. L'archevêque intervient par les armes en 1208 et la paix revient grâce à l'intervention du pape Innocent III.

Deuxième muraille Renaud de Forez et ses successeurs reprennent toutefois les travaux entrepris par les bourgeois lyonnais, afin de protéger la ville d'une potentielle attaque par la Dombes. Un nouveau mur, épais de deux mètres et haut de dix mètres, est bâti entre la Saône et le Rhône.

Long de 500 mètres environ, cette enceinte est percée de deux portes défendues par des pont-levis (la porte de la Pêcherie sur la Saône et la porte de la Lanterne) et protégée par dix tours rondes ou carrées. Un chemin de ronde crénelé et cinq guérites de pierre permettent aux soldats de faire le guet à son sommet. La muraille principale est séparée par un large fossé de 22 mètres d'un autre mur de deux mètres de haut implanté plus au nord.

Troisième muraille Au , un troisième ouvrage construit dans la pente est venu compléter ce dispositif qui fut lui-même adjoint au début du d'un nouvel ouvrage bâti au sommet de la colline Saint-Sébastien et constitué d'une butte de terre protégée par des tours de boisFrançois Dallemagne, Les Défenses de Lyon. Enceintes et fortifications, Éditions lyonnaises d'art et d'histoire, Lyon, 2006..

En cas de siège, le fossé, qui prend le nom de Terralia nova (fossés des Terreaux) ou de « fossés de la Lanterne », peut être rempli d'eau. Celle-ci pénètre en cas de besoin dans une succession de bassins, appelée canal de Neyron, creusés latéralement au Rhône, et s'écoule jusqu'à la Saône située en contrebas.

En temps normal, les arbalétriers, puis les couleuvriniers utilisent les fossés comme lieu d'entraînement, d'abord côté Saône, puis à partir de 1533 côté Rhône.

Les jardins et la création de la place aux

Disparition des murailles (1538-1617) Au , les murailles tombent en ruine. En 1538, la démolition de l'enceinte est entamée. Le fossé côté Saône est comblé afin de construire la boucherie de la Lanterne. En 1555, les religieuses du couvent Saint-Pierre reçoivent l'autorisation d'utiliser les pierres du mur « en telle quantité qu'il leur plairait pour les réparations du monastère ». En 1578, les terrains de l'actuelle place des Terreaux sont remblayés et en 1617, l'ancien fossé disparaît définitivement avec l'aménagement des jardins de l'hôtel de ville sur lesquels s'élève aujourd'hui l'Opéra.

Percement de rues Les terrains sont lotis. La place est créée avec plusieurs rues lui donnant accès : la rue de Clermont (actuelle rue du Président-Édouard-Herriot) ; la rue Saint-Pierre (actuelle rue Paul-Chenavard) ; la rue de la Cage (actuelle rue Constantine) ; la place des Carmes (actuelle rue d'Algérie) ; la rue Sainte-Marie-des-Terreaux ; la rue Romarin ; la rue Puits-Gaillot ; la rue Lafont (actuelle rue Joseph-Serlin).

Utilisation de la place Le marché aux pourceaux qui se déroulait sur la place est transféré sur la place Saint-Just en 1646. Le marché est lieu des exécutions publiques. Le sont décapités sur cette place le marquis de Cinq-Mars, conspirateur contre Richelieu, et son complice François-Auguste de Thou.

Constructions

Hôtel de ville Entre 1646 et 1651, Simon Maupin bâtit sur la partie orientale de la place l'hôtel de ville de Lyon, reconstruit par Jules Hardouin-Mansart, à la suite de l'incendie de 1674. Au également, les moniales de Saint-Pierre font reconstruire leur couvent qui devient en 1803 le musée des beaux-arts de Lyon.

Palais Saint-Pierre Entre 1659 et 1687, l'abbaye de Saint-Pierre-les-Nonnains (actuel musée des Beaux-arts) est reconstruite au sud de la place.

Hôtel de Milan

Cet immeuble, probablement du , est surélevé de deux étages en 1717. À une date inconnue avant les années 1790, il est transformé en hôtel de voyageurs. Situé à proximité de l'opéra, de l'hôtel de ville et du commerce de la soierie, il est vanté tout au long du pour la qualité de son accueil et de sa table. En 1891, la disposition intérieure est modifiée et c'est vraisemblablement à cette époque que la cour est couverte d'une verrière zénithale. L'hôtel ferme finalement en 1905 et en 1913-1914, le rez-de-chaussée est transformé en salle de cinéma. La salle ferme définitivement en 1988 et un restaurant reprend les locaux.

La cour, en très mauvais état, comporte sur trois de ses côtés (est, sud et nord) des galeries en bois et des balcons filants présentant un intéressant décor stuqué par le décorateur Jules Mazzini.

La place au

Fontaines vignette|250px|Le siège de Lyon (1793)

Au , les Terreaux accueillent une première fontaine connue. En bronze, en forme de dragon, elle n'a jamais fonctionné correctement malgré les tentatives d'Ambroise Piot, son fondeur.

En 1711, la ville la remplace par un modèle plus simple avec un seul jet qui disparait durant la Révolution française.

Sous la Révolution Pendant la Révolution française, la guillotine y est installée durant le mandat de Marie Joseph Chalier. L'exécution de ce dernier sur la place marque le soulèvement de Lyon contre la Convention nationale.

Après le siège de la ville, la « Commission de justice populaire » y fait décapiter 79 personnes, la deuxième vague de répression ayant lieu dans la plaine des Brotteaux.

Les aménagements du

Percements du Second Empire Dans la deuxième partie du , les accès à la place sont élargis afin de les intégrer au plan de restructuration de la Presqu'île mené par le Préfet Vaïsse. Tous les immeubles à l'ouest de la place sont détruits et le passage des Terreaux est ouvert en 1855 entre la place et la rue Lanterne. Côté sud-est, la rue de Clermont est incorporée à la nouvelle rue de l'Impératrice (actuelle rue du Président-Édouard-Herriot) qui relie la place des Terreaux à la place Bellecour. Le préfet envisage également de percer une nouvelle rue au nord dans l'axe du palais Saint-Pierre, mais ce projet n'a jamais été réalisé.

vignette|centré|upright=2|La place dans le dispositif urbain du préfet Vaïsse

Fontaines

Fontaine de Tourny (1857-1892) Une nouvelle fontaine, dite fontaine de Tourny, est inaugurée au centre de la place le . En 1892, elle est déplacée sur la place Guichard, alors récemment créée, afin de laisser la place à la fontaine Bartholdi.

Fontaine Bartholdi (depuis 1892) La fontaine est alors située du côté ouest de la place, face à l'hôtel de ville. Les édiles l'inaugurent le .

Il s'agit d'une fontaine allégorique de la Garonne réalisée par Bartholdi. Commandé dans un premier temps par le conseil municipal de Bordeaux en 1857, le groupe sculpté dénommé « Char triomphal de la Garonne » représentait la Garonne et ses 4 affluents se jetant dans l'océan ; le tout étant symbolisé par une femme menant un Quadrige.

À la suite de l'Exposition Universelle de 1889, le monument, devenu trop cher pour Bordeaux, fut racheté en 1890 par le maire de Lyon, Antoine Gailleton.

Usages au Durant la première moitié du , la place des Terreaux est le lieu théorique des exécutions à mort à Lyon. Le bourreau officiel est alors Claude-Antoine Chrétien, jusqu'en 1842. Toutefois, certaines condamnations ont lieu à d'autres endroitsRobert Vial (dir.), La peine de mort à Lyon, Lyon, 2013, , p. 37..

Les aménagements contemporains : Buren et Drevet (1994, puis 2019)

Réaménagement initial

Projet de 1994 La place est réaménagée en 1994 par Christian Drevet, architecte-urbaniste, Laurent Fachard, éclairagiste, et Daniel Buren, artiste, avec notamment une alternance orthogonale de 68 mini-fontaines composées de jets d'eau à hauteur variable, éclairés, sur des dalles de granit, bordés de 14 piliers de rayures Buren noires et blanches, ainsi qu'un quadrillage de mêmes rayures sur l'ensemble de la place. Cette trame est rythmée par la façade du palais Saint-Pierre. La nuit, un jeu de lumière se crée avec les mini-fontaines, les façades, les piliers et les abords de la place. Les Terreaux sont alors élevés au rang « d'œuvre d'art », par Michel Noir, maire de l'époque.

Déplacement de la fontaine Bartholdi Afin de construire le parc de stationnement souterrain des Terreaux, la fontaine Bartholdi, initialement située en face de l'hôtel de ville, est alors déplacée à son emplacement actuel dans l'axe du palais Saint-Pierre. Le , elle est classée monument historiqueVoir le site du SDAP du Rhône..

Litige À la suite de la diffusion de cartes postales de la place qui reproduisaient en partie l'œuvre de Buren et Drevet, ces derniers ont intenté une action en contrefaçon contre les éditeurs des cartes. En se fondant sur la théorie de l'accessoire, la Cour de cassation constate que l’œuvre de Buren et de Drevet ne constitue qu'un « simple élément » de la place. Par conséquent, elle ne constitue pas le sujet principal des prises de vue, mais simplement un « accessoire du sujet traité ». Ainsi, les photographes ont pu librement commercialiser les photographies de la place des Terreaux sans que cela constitue une « communication » de l’œuvre litigieuse au publicCass, civ, 15 mars 2005..

Restaurations (2016-2019)

Restauration de la fontaine Bartholdi (2016-2018) Le , la fontaine Bartholdi, qui a été préalablement restaurée par fragments transportés à Paris depuis 2016, est remontée à son emplacement lors d’une cérémonie inaugurale en soirée.

Rénovation de la place (2018-2019) Le , le projet de rénovation de la place, dégradée et usée par le temps, est lancé.

Il prévoit une réfection du dallage (passant du gris foncé au gris clair), de l'éclairage, l'ajout de cubes et de piliers Buren et la restauration des existants, la restructuration et l'unification des terrasses, mais surtout : la création de 15 nouvelles mini-fontaines rondes, en linéaire central (entre les portes de l’Hôtel de ville et de l’immeuble de la galerie), à hauteur variable et jusqu'à de haut, éclairées, ce qui entraîne par la même occasion la suppression des 68 anciennes, hors-service depuis une dizaine d'années.