L'Armoise commune ou Armoise citronnelle (Artemisia vulgaris) est une espèce de plantes herbacées vivaces de la famille des Astéracées ou Composées (Asteraceae). Elle est commune dans les régions tempérées, parfois cultivée comme ornementale, appréciée pour son feuillage découpé. Certaines de ses propriétés médicinales sont connues depuis l'Antiquité ; elles ont connu un regain d'intérêt scientifique et de popularité, en raison de nouvelles propriétés découvertes dans les années 1990-2020.
Dénominations Nom scientifique valide : Artemisia vulgaris L., 1753, Noms vulgaires (vulgarisation scientifique) recommandés ou typiques en français : armoise communeNom en français d'après l'Inventaire National du Patrimoine Naturel, sur le site Inventaire National du Patrimoine Naturel (INPN)Meyer C., ed. sc., 2015, Dictionnaire des Sciences Animales. . Montpellier, France, Cirad. [12/05/2015].Nom en français d'après Termium plus, la banque de données terminologiques et linguistiques du gouvernement du Canada ou armoise citronnelle ou encore armoise vulgaireNom en français d'après la fiche de cette espèce dans Brouillet 2010+. VASCAN (Base de données des plantes vasculaires du Canada) de Canadensys. (mais ce genre de latinismes est à éviter) Autres noms vulgaires ou noms vernaculaires (langage courant), pouvant désigner éventuellement d'autres espèces : armoiseNom en français d'après le Grand dictionnaire terminologique de l'Office québécois de la langue française., artémise, ceinture de Saint-Jean, couronne de Saint-Jean, herbe aux cent goûts, herbe à Saint-Jean, herbe de feu, remise, tabac de saint Pierre. dans l'Antiquité, les Gaulois la nommaient ponema mais son genre vient du nom latin de la déesse Artémis, déesse de la chasse et des naissances, qui avait également pour rôle de protéger les femmes malades. Le nom de la ville de Tchernobyl, чорнобиль, transcrit chornóbyl, désigne l'Armoise commune en ukrainien. Ce mot est constitué de chorno = noir et byl = tige, en référence à la tige noire de la planteEtymology from O. S. Melnychuk, ed. (1982–2012), Etymolohichnyi slovnyk ukraïnsʹkoï movy (Etymological dictionary of the Ukrainian language) v 7, Kyiv: Naukova Dumka.. Ce dernier nom s'est souvent spécialisé au sens d'armoise, comme en polonais bylica (l'Armoise commune = Bylica pospolita. Pospolita en polonais qualifie ce qui est commun, ordinaire). Ces « herbes à tige noire » sont très communes dans les steppes, où elles finissent par se casser et rouler sur de longues distances.
Description Appareil végétatif vignette|gauche|upright|Armoise commune. vignette|droite|Feuillage au printemps. vignette|Dessus de la feuille. Pennatiséquée aux pennes pennatifide vignette|Dessous de la feuille.
vignette|redresse|Plante en fleur. L'armoise commune est une plante herbacée qui peut mesurer de à de haut.
Elle possède une tige dressée très rameuse et élancée sans stolons souvent de couleur rouge violacé.
Son feuillage est vert foncé, ses capitules duveteux sont serrés et très abondants sur les branches. Ses feuilles sont basales, longuement pétiolées et doublement pennée (d'abord pennatiséquée, et chaque penne est aussi pennatilobée), de de long.
Sa partie souterraine est un rhizome horizontal ramifié, parfois de fort diamètre.
Diversité Au sein d'une même population, et entre des populations différentes, on trouve des variations significatives dans la forme des feuilles (plus ou moins ramifiées et/ou lobées) des plants d'Armoise, mais aussi des variations dans les taux et types de substances volatiles émises par la plante.
Appareil reproducteur Les fleurs jaunâtres ou pourprées exhalent une odeur forte (voire désagréable pour certains). La floraison a lieu de juillet à octobre. Les feuilles froissées dégagent une odeur similaire à celle de l'absinthe.
Ses fruits sont des akènes sans aigrette d'environ , une seule plante peut en produire plusieurs dizaines de milliers.
Pollen : la structure biochimique des unités et sous-unités composant les exines (parois) du pollen dArtemisia vulgaris a été étudiée.
Distribution et habitat L'Armoise commune vivait originellement en climat tempéré en Europe centrale, en Afrique du Nord et un peu en Asie, mais elle a été introduite dans divers pays hors de son aire naturelle de répartition.
Composition En 2005, dans le genre Artemisia, rien que par l'hydrodistillation, le des molécules extractibles avait identifié plus de biochimiques (204 exactement, dont beaucoup semblent présenter un intérêt pour l'industrie pharmaceutique).
Substances volatiles Ce sont une partie de ces molécules qui sont responsables de l'odeur particulière émise par les parties aériennes et souterraines de la plante ; il est maintenant démontré que certaines d'entre elles jouent un rôle majeur dans l'allélopathie et la défense de la plante (voir plus bas pour plus de détails).
Les compositions chimiques des huiles essentielles hydrodistillées sont différentes selon que l'huile provient des parties aériennes ou racinaires, ce qui laisse suspecter des voies différentes de biosynthèse (rem : il en va de même pour Artemisia absinthium L.). Selon la souche, et selon le lieu et les conditions croissance, la proportion des composés volatils produits par la plante varie probablement beaucoup.
Une analyse de l'huile essentielle de feuilles d'armoise (Artemisia vulgaris L. var Indica Maxim) échantillonnées au Vietnam y a trouvé , dont principalement : le β-caryophyllène (24,1 %) et le β-cubébène (12.0 %). Parmi les autres composés d'intérêt figurent notamment : camphre (34,9-1,4 % du total de l'huile essentiel), 1,8-cinéole (9,5-1,5 %), chamazulène (17,8-nd %), propionate de nuciférol (5,1-nd %), butanoate de nuciférol (8,2-nd %), oxyde de caryophyllène (4,3 à 1,7 %), bornéol (5,1 à 0,6 %), α-terpinéol (4,1 à 1,6 %), spathulénol (3,7 à 1,3 %), cubénol (4,2 à 0,1 %), β-eudesmol (7,2 à 0,6 %) et terpinène-4-ol (3,5-1,2 %).
Pour valoriser son huile essentielle, la plante doit être utilisée rapidement ; Polina Blagojević notait, en 2006, une diminution significative des rendements en huiles essentielles (isolées directement après séchage et après un an de stockage en conditions contrôlées).
Composés solubles dans l'eau La médecine traditionnelle, pour soigner ou prévenir plusieurs maladies, utilise depuis longtemps toutes les parties aériennes de l'armoise (et de sa cousine l'absinthe) en infusion (procédé capable d'extraire les molécules hydrosolubles libres et susceptible d'extraire de la plante une partie des molécules également extractibles par hydrodistillation).
On retrouve principalement dans la tisane de grandes molécules hydrosolubles telles que l'amidon ainsi que des sucres ( fructanes notamment, qui sont des oligomères et polymères du fructose) très solubles dans l'eau, de même que divers composés de faible masse molaire (petites molécules) qui sont notamment des lactones sesquiterpéniques (au moins cinq), des lignanes (au moins deux), les flavonoïdes et les monoterpène également retrouvés chez d'autres plantes du genre Artemisia et notamment chez l'Absinthe. Ces molécules comptent parmi les principaux composés actifs des plantes du genre Artemisia.
Des polysaccharides sont les molécules prédominantes de la tisane d'Armoise. ils proviennent surtout de la paroi cellulaire végétale, ainsi que des réserves énergétiques de la plante. Le processus de l'infusion (préparée avec de l'eau chaude) permet l'extraction d'une partie de cette réserve et des polysaccharides structuraux de la plante, lesquels sont généralement classés en pectines, hémicelluloses et cellulose, en fonction de leur extractibilité. Des protéines dites arabinogalactanes (AGP) en font partieReid J.G (1997) Carbohydrate metabolism: structural carbohydrates. In Plant biochemistry (pp. 205-236). Academic Press.
Concernant les molécules hydrosolubles (polysaccharides principalement) retrouvés dans la tisane, chez une espèce proche (Artemisia iwayomogi), Koo et al ont montré en 1994 chez la souris de laboratoire que la fraction glucidique hydrosoluble de la plante est immunomodulatrice et antitumorale (cette fraction glucidique hydrosoluble modifie le comportement des macrophages et les lymphocytes de la rate, et augmente la population de ces deux types de cellule (in vivo et in vitro). En laboratoire, elles stoppent la croissance des cellules tumorales transplantées, tout en augmentant la production d'anticorps. Lee ont ensuite (en 2008) montré qu'elle module la différenciation fonctionnelle des cellules dendritiques dérivées de la moelle osseuse.
Chez une autre espèce proche (Artemisia tripartita) Xie en 2008 ont montré que certains polysaccharides hydrosolubles ont une forte activité immunomodulatrice sur les phagocytes, ainsi qu'une activité de piégeage des dérivés réactifs de l'oxygène et de fixation du complément.
Les tisanes d'Armoise sont actuellement considérées comme ayant des propriétés vermifuges, antibactériennes, antipyrétiques, cytostatiques, stomachiques et antitumoralesLorenzi, H., et Matos, F. J. (2002). Plantas medicinais no Brasil: nativas e exóticas.. L'eau chaude de la tisane extrait de la plante des métabolites secondaires, mais aussi certains glucides ayant des propriétés thérapeutiques et des fonctions biologiques induites par leurs structures biochimiques.
Concernant les propriétés de ces tisanes liées à leurs glucides, elles diffèrent pour ces deux espèces : l'armoise libère dans la tisane un arabinogalactane de type II, alors que la seconde (Absinthe) libère un fructane de type inuline.
En 2010, Aberham et ses collègues montrent qu'une solution aqueuse d'absinthine se montre stable jusqu'à 6 mois (de même pour une solution méthanoliques, et pour le composé solide, mais s'il est conservé au froid ( ) car il se dégrade à température ambiante (virant du transparent au jaune en se dégradant en anabsine, anabsinthine et un nouveau dimère baptisé 3′-hydroxyanabsinthine).
Mécanismes allélopathiques Une étude a montré au début des que le feuillage d' Artemisia vulgaris a parfois un effet allélopathique significatif sur les espèces qui l'entourent, mais bien moins que pour sa cousine Artemisia absinthium qui, elle, peut fortement inhiber le développement des plantes voisines, voire les tuer jusqu'à un mètre de distance, peut-être grâce à un composé qui est l'absinthine selon G.L. Funke (1943). Le taux de terpénoïdes bioactifs dans les feuilles a été corrélé à une certaine phytotoxicité (allélopatie) de la plante. Ces molécules sont surtout présentes dans la chimie de la surface des feuilles de jeunes armoises, ce qui laisse penser que les terpénoïdes jouent un rôle dans la prolifération de l'armoise dans les habitats où elle a été introduite hors de son aire naturelle de répartition, et où elle peut alors avoir un comportement invasifBarney, J. N. 2003. Characterization of allelopathic and invasive potential of mugwort (Artemisia vulgaris L.). Masters Thesis, Cornell UniversityHenderson J.C et Weller S.C (1985) Biology and control of Artemisia vulgaris. In Proc. North Central Weed Control Conf (Vol. 40, pp. ).. Barney (2005) ont cherché si ses feuilles émettent des composés allélopathiques (c’est-à-dire toxiques pour d'autres plantes). Ils ont montré que les feuilles (en proportion variable selon la plante et sa population) émettent plusieurs composés volatils allélochimiques, dont des terpènes, tels que le camphre, l'eucalyptol, le α-pinène et le β-pinène), mais les essais biologiques faits sur les composés disponibles dans le commerce pour les laboratoires n'ont pas montré qu'un de ces monoterpènes individuels pouvait expliquer la phytotoxicité observée. Ceci suggère un effet synergique ou l'effet d'un composant non testé.