, le « Sauveur » (en grec ancien ), né vers 367 et mort en 283 , est un général macédonien d'Alexandre le Grand et l'un des principaux Diadoques. Désigné satrape d'Égypte au partage de l'empire d'Alexandre en 323, il prend part aux guerres des Diadoques en s'opposant essentiellement à Antigone le Borgne et à son fils Démétrios Poliorcète. Il est le fondateur de la dynastie lagide (du nom de son père Lagos) qui règne sur l'Égypte jusqu'à la conquête romaine en 30 Il se fait proclamer roi (basileus) – et non pharaon – en 305.
Manifestant la volonté d'établir une thalassocratie, il étend sa domination sur les rives d'Anatolie ainsi que sur des îles en mer Égée et en Méditerranée orientale, dont Chypre. Mais il échoue à s'implanter durablement en Grèce continentale ; il parvient cependant à établir un glacis stratégique en Cœlé-Syrie. Roi bâtisseur et stratège prudent, il est considéré par les historiens modernes comme l'un des plus grands souverains du début de l'époque hellénistique.
Il est l'auteur de Mémoires, aujourd'hui disparus, qui servent de source principale à Arrien pour lAnabase et à Plutarque pour la Vie d'Alexandre.
Carrière durant le règne d'Alexandre Ptolémée est né en Éordée en Macédoine vers 367 Fils déclaré légitime de Lagos, il pourrait être selon PausaniasPausanias, Description de la Grèce, 1.6.2., un enfant bâtard de ; Lagos n'aurait fait qu'assumer la paternité pour son roi. Ami d'enfance d'Alexandre, il fait partie en 337 de ceux que exile à la suite du mariage avorté entre la fille de Pixodaros, satrape de Carie, et Arrhidée, tels Néarque ou HarpalePlutarque, Alexandre, 10..
Les Mémoires de Ptolémée étant la source principale de l'Anabase, il est mentionné très souvent par Arrien comme témoin oculaire des événements. La fiabilité des informations fournies à son sujet ne semble néanmoins pas devoir être remise en cause.
Ptolémée participe probablement aux campagnes contre les Triballes menées par Alexandre en 335. Il prend part aux premières grandes batailles en Asie. À Issos en 333, il se lance à la poursuite des troupes perses en fuite conduites par . Il accompagne Alexandre lors de son pèlerinage à l'oasis de Siwa en ÉgypteProbablement est-ce là que Ptolémée manifeste son premier attrait pour l'Égypte.. Il prend une part active à la bataille des Portes persiques en 330. Il soutient Alexandre lors de la conjuration de Philotas prouvant sa loyauté envers le souverain.
Il obtient son premier véritable commandement indépendant lors de la campagne contre Bessos, le satrape autoproclamé roi de Perse, qu'il parvient à capturer en 329. La campagne indienne d'Alexandre accentue son ascension, autant du fait de sa valeur militaire que de sa loyauté à l'égard d'Alexandre. Il est l'un des sept sômatophylaques (gardes du corps) d'Alexandre à la fin de son règne entre 328 et 323Il ne doit pas être confondu avec Ptolémée, le sômatophylaque de 336 à 334.. Il commande et le bataillon des peltastes agrianes lors de l'assaut contre Sangala dans la région du fleuve HydraotèsArrien, , 5., puis participe activement à la bataille de l'Hydaspe en 326. Durant l'expédition de retour dans la vallée de l'Indus, il commande l'arrière-gardeArrien, , 2.. Lors des noces de Suse célébrées en 324, il épouse Artacama, une des filles du satrape ArtabazeArrien, , 2..
Au fil de la conquête, il compte parmi les hommes de confiance d'Alexandre avec notamment Héphaistion, Cratère et Perdiccas. Aux accords de Babylone qui suivent la mort d'Alexandre en juin 323, il reçoit la satrapie d'Égypte au nom des rois et . Lors de ce conseil de succession, Ptolémée aurait proposé que les délibérations soient conduites autour du trône et des attributs royaux d’AlexandreQuinte-Curce, Histoire d'Alexandre, , 6, 15.On remarque ici la trace d'une tradition favorable au Lagide, lié à Alexandre même après sa mort..
Satrape d'Égypte Ptolémée face à Perdiccas
Dès 323 , Ptolémée s'oppose à l'autorité de Perdiccas, le chiliarque de l'empire. Au mépris des accords de Babylone, il s'empare de la Cyrénaïque, en y plaçant Ophellas comme gouverneur, tout en garantissant aux cités grecques du pays une indépendance sous sa tutelle. Il noue par ailleurs relation avec des roitelets de Chypre. Surtout il fait exécuter Cléomène de Naucratis, l'administrateur grec de Basse-Égypte, sous le prétexte d'un enrichissement personnel et prend possession de ses trésors. Enfin vers 322, il est censé avoir « détourné » le convoi funéraire qui doit conduire la dépouille d'Alexandre de Babylone, vraisemblablement jusqu'en MacédoineDiodore, , 26-28 ; Pausanias, , 6, 3 ; Photios, Bibliothèque, , 92, 70 b.. Il faut bien saisir toute la portée symbolique de ce geste ; pour autant les historiens modernes ne s'accordent pas tous sur sa réalité, sachant que les sources antiques ne sont guère précises au sujet du lieu où doit être ensevelie la dépouille d'Alexandre.
La réaction de Perdiccas est immédiateLa décision de la guerre semble avoir été prise en Pisidie : Diodore, , 25,6.. Début 321, il s'avance avec son armée vers l'Égypte tandis qu'Eumène de Cardia est chargé de lutter en Asie Mineure contre la coalition formée par Antipater, Cratère et Antigone. Mais Perdiccas ne parvient pas à envahir l'Égypte dont la frontière orientale est bien défendue. Il échoue à faire passer le Nil à ses troupes devant Péluse : cet échec entraîne son assassinat par ses officiers, parmi lesquels Séleucos.
Ptolémée face à Antigone
vignette|Octodrachme à l'effigie de Ptolémée.
Après l'assassinat de Perdiccas par son état-major, Ptolémée refuse prudemment la régence de l'empire, marquant une volonté d'indépendance. Entre 319 et 318 , il s'empare de la satrapie de Syrie-Phénicie (future Cœlé-Syrie) aux dépens de Laomédon de Mytilène, en envoyant un général nommé NicanorD'après Appien (Syriakè, 52) Ptolémée a tenté en vain d'acheter la satrapie à Laomédon. puis se retire face aux avancées successives d'Eumène de Cardia et d'Antigone. Il se rapproche ensuite de Cassandre, rival d'Antigone. Après la proclamation par Antigone de la liberté des cités grecques en 315, Ptolémée réplique en garantissant les mêmes droits. En 312, il reprend l'offensive en mer Égée avec l'aide de Séleucos, son hôte depuis 316, puis défait Démétrios, fils d'Antigone, à la bataille de Gaza. En 311, une trêve est conclue entre les principaux belligérants (excepté Séleucos) : Ptolémée se réconcilie temporairement avec Antigone même s'il n'a pas renoncé à ses prétentions en Syrie et en Phénicie. À cette date, il a placé Chypre complètement sous sa tutelle en éliminant les souverains à la loyauté douteuse. Il place à la tête de l'île le roi de Salamine, Nicocréon. À sa mort en 310, il désigne comme gouverneur son propre frère MénélaosLes monnaies attestent que Ménélaos porte le titre de roi de Chypre.. Chypre lui fournit non seulement une situation stratégique face à la Syrie, mais elle est aussi riche de ses mines de cuivre et du bois pour la construction navale. Il est enfin probable qu'il ait établi une alliance avec RhodesRhodes est alors la seule cité égéenne véritablement indépendante., alliance attestée en 306Diodore, , 46, 6.. Ptolémée tient donc les deux principales bases maritimes en Méditerranée orientale, qui plus est voisines des possessions antigonidesSur les enjeux stratégiques de l'expansionnisme lagide voir ..
La clause du traité de 311 garantissant la liberté des cités grecques sert de prétexte à Ptolémée pour reprendre les hostilités contre Antigone car celui-ci a installé des garnisons dans plusieurs îles égéennes. Entre 310 et 309, Ptolémée mène une campagne victorieuse en Cilicie et dans la Mer Égée depuis Cos, son quartier général. La réaction d'Antigone est immédiate et Démétrios reprend l'initiative en Asie Mineure. Le neveu d'Antigone, PoléméeNon pas Ptolémée comme indiqué par certaines sources antiques., cherche à entrer en pourparlers avec le Lagide mais celui-ci le fait exécuter et conclut une entente avec Démétrios dirigée contre Cassandre qui menace la Grèce. En reconnaissance il obtient la mainmise sur les places enlevées en Asie Mineure. Dans le même temps, Ophellas, le gouverneur de Cyrénaïque, manifeste des velléités d'indépendance en s'alliant avec Agathocle de Syracuse contre Carthage, expliquant que Ptolémée ait besoin de faire la paix au plus vite.
En 308, Ptolémée, qui se présente comme le « libérateur de la Grèce », mène campagne en Grèce continentale contre les possessions de Cassandre après avoir débarqué dans le Péloponnèse. Il semble avoir eu le dessein de constituer une confédération de cités, mais son appel rencontre peu de succès. Il conclut la paix avec Cassandre, rassuré sur ses intentions, et laisse des garnisons dans plusieurs places fortes (dont Corinthe, Sicyone et Mégare), tandis que Démétrios occupe Athènes.
Dès 306, le conflit reprend avec Antigone, pas seulement pour Chypre ou la Syrie, mais bien pour la suprématie généralePlutarque, Démétrios, 15.. Ptolémée subit au large de Salamine de Chypre une cuisante défaite navale face à Démétrios et abandonne pour dix ans le contrôle de l'île. Antigone veut profiter de ce succès et couvrir une prochaine offensive contre Cassandre en lançant une expédition navale et terrestre contre l'Égypte mais l'échec est complet. Il décide alors de se tourner vers le dernier obstacle en vue de l'hégémonie en mer Égée : Rhodes, cité souveraine mais proche des intérêts lagide. Il ordonne à Démétrios d'entreprendre en 305, le siège de Rhodes, la cité étant ravitaillée par la flotte de Ptolémée. Au terme d'un an de siège, Antigone doit par un traité reconnaître la liberté de la citéMalgré cet échec, et vu les moyens considérables mis en œuvre, Démétrios y gagne son surnom de Poliorcète, « Preneur de ville ».. Ptolémée reçoit l'épithète de « Sôter » (, « Sauveur ») de la part des Rhodiens auxquels il a porté secours. Ce succès compense en partie la perte de Chypre.
Roi d'Égypte vignette|centre|redresse=3|Les royaumes des Diadoques en 301 av. J.-C.
Les ambitions de Ptolémée vignette|redresse=1.5|Monnaie à l'effigie de Ptolémée portant le diadème royal, avec au revers un aigle et l'inscription du « roi Ptolémée ».
Ptolémée se fait proclamer roi (basileus) d'Égypte en 305 , en réaction à la proclamation royale d'Antigone après sa victoire à Salamine de Chypre et à la fin de la dynastie des Argéades. Ptolémée succède ainsi au défunt , dernier légitime souverain d'Égypte. Au contraire d'Antigone, il ne manifeste pas d'ambition impériale sur l'Europe et l'Asie ; il entend d'abord montrer sa souveraineté sur l'Égypte à l'intention des colons macédoniens, le titre de basileus n'ayant aucune signification pour un indigène égyptien. Ptolémée n'a pas reçu le titre de pharaon, aucune source antique ne le mentionne en tout cas explicitement. Il a tout de même maintenu la fiction du règne pharaonique d'Alexandre. Son fils serait bien le premier souverain lagide (ou ptolémaïque) à se faire couronner comme pharaon par les prêtres égyptiens. Une inscription du temple d'Edfou indique qu'Horus a livré à la terre d’Égypte avec ses titres de propriété rédigés par le greffier divin Thot. Cette proclamation royale répond donc à des impératifs extérieurs, s'agissant de contrer les prétentions d'Antigone à la « monarchie universelle ». Les autres Diadoques, Séleucos, Cassandre et Lysimaque, réagissent en adoptant les uns après les autres le titre royal. Il s'agit pour eux non seulement de s'opposer à Antigone mais aussi d'assurer la légitimité de leur pouvoir. La prise du titre royal ne vise que les Macédoniens et les Grecs ; en effet, les Diadoques se comportent comme des souverains des populations non grecques dès l'origine de leur prise effective du pouvoir. Ces proclamations entraînent le démembrement définitif de l'empire d'Alexandre.