vignette|Le mot chinois pour « Langue nationale » écrit en chinois traditionnel, chinois simplifié, et les romanisations hanyu pinyin, Gwoyeu Romatzyh, Wade-Giles, et Yale.
La romanisation des langues chinoises (, littéralement Conversion caractères chinois-latin) est l'utilisation de l'alphabet latin pour écrire la langue chinoise. Le chinois est écrit avec les caractères chinois depuis environ 1500 L'écriture chinoise ne rend pas directement la prononciation de la langue.
Les raisons d'être de ces systèmes de romanisation sont multiples. Ils permettent l'apprentissage phonétique de la langue chinoise par les locuteurs non natifs. Ils permettent aussi d'aider à la prononciation de caractères chinois non familiers—la prononciation en mandarin standard peut permettre à des locuteurs de différentes langues chinoises de se comprendre. Les claviers standard tels l'AZERTY ou le QWERTY sont par ailleurs prévus pour l'alphabet latin, ce qui rend l'introduction de caractères chinois difficile. Les dictionnaires chinois ont un système complexe de classification, et les systèmes de romanisation peuvent permettre un accès plus facile en utilisant l'ordre alphabétique de la prononciation standard des caractères.
Parmi les systèmes non chinois les plus connus, l'on trouve notamment les systèmes Wade-Giles et Yale. Les systèmes d'origine chinoise les plus connus sont le gwoyeu romatzh et le hanyu pinyin. Le hanyu pinyin est devenu la norme officielle en Chine, et à Taïwan depuis 2009 et l’abandon du tongyong pinyin.
Rétroactes Les grammairiens indiens du sanskrit qui se rendirent en Chine il y a pour travailler sur les textes bouddhiques et la translittération de termes bouddhiques en chinois, découvrirent la structure : « son initial », « son final » et « ton suprasegmental » des syllabes du chinois parlé. Cette compréhension est reflétée dans le système de transcription Fanqie, dont le principe est le même que les systèmes de transcription modernes. Le système Fanqie était idéal pour indiquer la prononciation standard d'un seul caractère isolé, tels qu'ils sont la base du chinois classique dans la littérature écrite. Ce système était cependant inadapté pour la prononciation des langues parlées et dès lors polysyllabique, telles le mandarin.
En plus de la structure syllabique, il est également nécessaire d'indiquer les tons en romanisation chinoise. Les tons distinguent la définition de tout morphème en chinois, et la définition des mots est dès lors ambigüe en l'absence des tons. Certains systèmes indiquent les tons avec un nombre suivant la syllabe, par exemple : ma, ma, ma, etc. D'autres, tels le pinyin, les indique via des signes diacritiques, tels mā, má, mǎ, et mà pour les 4 tons du mandarin standard. Par ailleurs, la romanisation Gwoyeu Romatzyh procède en ajoutant des lettres pour donner une indication du ton, évitant ainsi les signes diacritiques ou les chiffres : mha, ma, maa et mah, pour les quatre tons du mandarin standard.
Utilisations Non chinoises Rendre les conventions de prononciation actuelle de la langue chinoise parlée intelligibles aux étudiants ne la parlant pas, et en particulier ceux n'ayant pas d'expérience d'une langue tonale. Rendre la structure syntaxique de la langue chinoise intelligible aux personnes familières de la grammaire d'autres langues. Translittération de la prononciation d'un caractère chinois donné en celle de langues européennes via les conventions spécifiques de ces dernières, pour permettre l'insertion de cette prononciation dans un texte occidental. Permettre une communication directe en un « chinois parlé de base » entre locuteurs chinois et non chinois.
Chinoises Identification de la prononciation spécifique de caractères chinois homographes dans un contexte spécifiqueChao (1968, ) les appelle split reading characters (caractères à lecture divisible). — par exemple 行: xíng (marcher ; comportement, conduite) et 行: háng (un magasin). Ce système a dû s'adapter à l'écriture verticale de haut en bas, de droite à gauche, puis de gauche à droiteJusqu’à ces derniers temps, les Chinois n'écrivaient que verticalement. Le People's Daily n'a pas imprimé les caractères chinois de gauche à droite jusqu'au (Chappell, 1980, ) et il fallut longtemps aux autres publications pour suivre.. Récitation d'un texte en mandarin standard pour les locuteurs d'une langue chinoise qui est inintelligible avec le mandarin, tel le cantonais. Apprentissage du chinois classique ou du chinois écrit moderne par des locuteurs mandarin natifs. Utilisation d'un clavier standard QWERTY. Remplacement des caractères chinois pour permettre aux illettrés du chinois d'écrire. Classement de livres, classement des entrées de dictionnaires, classement en général. Apprentissage du chinois écrit et parlé aux non-sinophones.
Systèmes non chinois Les romanisations Wade-Giles et les systèmes postaux apparaissent toujours régulièrement dans la littérature occidentale, mais le plus souvent en référence à des œuvres anciennes. De nos jours, le hanyu pinyin (le plus souvent sans marque de tons), adopté par la Chine en 1979, est généralement utilisé.
Romanisations des premiers missionnaires Les premiers missionnaires catholiques arrivés d'Europe utilisaient la langue latine pour leur communications à l'étranger, et certains noms romanisés à l'époque sont toujours utilisés. Par exemple, le mot « Confucius » peut être analysé par ses quatre composantes, soit « con » (une version régionale du son du nom de famille ), « fu » (夫 — fu dans toutes les romanisations), « ci » (), et « us » qui fut ajoutée pour que le nom puisse être utilisé comme nom propre masculin en latin. La partie « fuci » du nom signifie « grand maître », et « Confucius » signifie donc « Grand maître Kong ». De même, la romanisation de l'autre grand nom du confucianisme, « Mencius », date de cette époque. Elle contient les éléments « men » (, prénom courant en chinois), « ci » (le même que celui de Confucius, signifiant « maître »), ainsi que la finale latine. Le nom propre latin signifie donc « Maître Meng ».
Plus tard, des missionnaires protestants créèrent des systèmes adaptés aux langues qu'ils rencontraient dans leurs missions à travers l'Asie du Sud-est, et notamment des côtes de la Chine.
Transcription de l’École française d’Extrême-Orient
Ce système, conçu par Séraphin Couvreur en 1902 pour l'École française d'Extrême-Orient (EFEO), fut le système dominant dans l'aire francophone jusqu'à la deuxième moitié du , quand il commença à être remplacé par le pinyin.
Wade-Giles
Le premier système de romanisation largement diffusé fut celui créé en 1859 par le diplomate britannique Thomas WadeLa romanisation de Wade, introduite en 1859, fut utilisée par le Service consulaire britannique., révisé et amélioré par Herbert Giles en 1892, établissant ainsi la romanisation Wade-Giles. À part la correction de quelques ambiguïtés ou imprécisions de la romanisation Wade, l'innovation introduite dans la romanisation Wade-Giles fut l'indication des tons.
Un inconvénient majeur de la romanisation Wade-Giles est l'utilisation d'apostrophes, de signes diacritiques, et de nombres en indice (tel en Ch'üeh), qui tous, malgré leur importance majeure, furent généralement omis dans les textes occidentaux ; dès lors, sans ces caractéristiques souvent essentielles, les transcriptions perdaient toute pertinence, la « syllabe » chinoise perdant toute prononciation et significationPar exemple, les 16 sons syllabiques de Chu étaient notés en romanisation Wade-Giles Chu, Chu, Chu, Chu, Chü, Chü, Chü, Chü, Ch'u, Ch'u, Ch'u, Ch'u, Ch'ü, Ch'ü, Ch'ü, Ch'ü et pouvaient tous se retrouver écrits en « Chu »..
Cette romanisation reste utilisée, mais est en perte de vitesse depuis la mission de Richard Nixon en Chine.
Lessing-Othmer
Barnett-Chao
Meyer-Wempe
Système postal
Le pinyin postal, standardisé en 1906, fut une romanisation imaginée par les FrançaisCe qui était logique, la France ayant été un temps responsable du système postal chinois, comme les Allemands pour le chemin de fer., et fut exclusivement utilisé pour les noms géographiques.
Système Yale
La romanisation Yale fut créée à l'Université Yale au cours de la Seconde Guerre mondiale pour faciliter la communication entre les militaires américains et leurs homologues chinois. Elle utilise une orthographe des phonèmes du mandarin plus régulière que les autres systèmes existant à l'époquePar exemple, il évite d'utiliser alternativement 'y' et 'i', 'w' et 'u', 'wei' et 'ui', 'o' etd 'uo', etc., pratique qui est le fait des systèmes pinyin et Wade-Giles..
Cette romanisation fut longtemps utilisée, car présente dans des livres d'apprentissage du chinois, et faisait partie de la méthode de Yale. Cette méthode était spécifiquement orientée vers le mandarin oral et le style informel. D'autres romanisations envisagent la langue en tant que langue écrite, et en suivant parfois les principes qui sont ceux de l'apprentissage de la langue latine. La romanisation Yale fut un temps la romanisation la plus populaire. En effet, dans les pays anglo-saxons dans les années 1960 et 1970, choisir d'étudier le chinois avec les méthodes développées par les Chinois, telle les hanyu pinyin ou Gwoyeu Romatzyh, pouvait être mal vu politiquement, sous-tendant un alignement vers respectivement le Parti communiste chinois ou le Kuomintang. De nombreux Chinois d'outremer et des universités occidentales choisirent leur camp. La méthode Yale, sa romanisation et leurs ouvrages présentaient un choix neutre.
La méthode Yale a depuis été supplantée par le système chinois hanyu pinyin.
Systèmes chinois Qieyin xinzi Le premier système de romanisation créé par les Chinois fut le Qieyin Xinzi (nouvel alphabet phonétique), développé en 1892 par Lu Zhuangzhang (盧戇章) (1854-1928). Il fut utilisé pour écrire phonétiquement le dialecte de Xiamen faisant partie de la langue Min méridionaleChen (1999), p.165..
Zhuyin fuhao
vignette|Symboles Zhuyin comparés au Pinyin Wu Jingheng (吳敬恆) (qui avait développé un « alphabet beansprout »), Wang Zhao (王照) (qui avait développé un alphabet mandarin, le Ganhua Zimu, en 1900Hsia (1956), p.108.) et Lu Zhuangzhang furent membres de la Commission pour l'Unification de la Prononciation (1912-1913), qui développa le rudimentaire système Jiyin Zimu (記音字母) de Zhang Binglin en un système phonétique spécifique au mandarin, connu sous le nom de zhuyin fuhao (注音符號) ou bopomofo, qui fut consacré le .
La caractéristique importante du Zhuyin Fuhao était qu'il était entièrement composé de « caractères Ruby », qui peuvent être écrits à côté de tout texte chinois écrit verticalement, de gauche à droite ou de droite à gaucheCe pourquoi le Zhuyin Fuhao est populaire quand les caractères chinois sont écrits verticalement comme à Taïwan. Les caractères Zhuyin sont des caractères phonétiques spécifiques et sans intervention de l'alphabet latin. Il ne s'agit donc pas à proprement parler d'une romanisation, bien qu'il y soit souvent associé de par son caractère phonétique.
Gwoyeu romatzyh vignette|Les quatre tons du guo écrits en caractères et en gwoyeu romatzyh. Noter les différences dans l'orthographe, marquées en rouge, pour chaque ton.
En 1923, le ministère de l'Éducation du Guomindang instaura une Commission d'unification de la Langue nationale, et dont la cellule de romanisation comportait onze membres. Les circonstances politiques de l'époque ne permirent pas d'aboutir à une issue positive pour leurs travauxDeFrancis (1950), p.74..