Freissinières est une commune française située dans le département des Hautes-Alpes, dans la région Provence-Alpes-Côte d'Azur.
Géographie vignette|centré|300px|Vue panoramique sur la plaine à Freissinières. La vallée de Freissinières correspond au bassin versant de la Biaysse, rivière qui prend sa source au col de Freissinière (ou col d'Orcières) et qui se jette dans la Durance entre La Roche-de-Rame et Saint-Crépin.
Le chef-lieu de la commune est le hameau de Ville, aucun lieu-dit ne portant le nom de Freissinières comme l'indiquent à tort certaines cartes géographiques et Google-Earth.
D'est en ouest, on découvre une plaine alluviale d'environ 80 hectares bordée au sud par des forêts de mélèzes, de pins et de sapins, tandis que le versant nord ne présente qu'une façade aride et rocheuse ; néanmoins au début du siècle dernier, la vigne y était cultivée jusqu'à .
Au niveau du hameau des Meyries, la vallée s'élargit sur le versant nord qui porte une végétation assez dense de peupliers, de noyers et de frênes, arbres qui ont donné leur nom à la vallée. Ce secteur de la vallée, appelé la « Poua », bien exposé au sud, offrait encore au siècle dernier des terres cultivées jusqu'au niveau des pâturages, vers le col d'Anon.
vignette|centré|300px|Carte de la commune de Freissinières.
Après le hameau des Ribes, la vallée se rétrécit sans cesse le long du cours de la Biaisse, jusqu'au fond de la vallée. Les terres cultivables étaient rares, les avalanches de neige et les éboulements recouvrant de pierres et de graviers les champs et les prés ; les deux petits hameaux des Viollins et des Mensals sont d'ailleurs situés dans les rares zones abritées.
Après ce village, la vallée cesse brusquement au niveau du parking (), la Biaisse descendant en cascade depuis le hameau de Dormillouse situé à . Au niveau de ce hameau, la vallée se subdivise, la Biaisse remontant son cours, plein ouest, jusqu'au col de Freissinière () tandis que, venant du sud, le petit torrent des Oules charrie les eaux sorties des lacs de Faravel et de Palluel. Tout ce secteur, dominé par les hauts sommets du pic Félix Neff (), du Grand Pinier () et du Petit Pinier () est aujourd’hui inclus dans la zone centrale du parc national des Écrins. Enfin, il ne faut pas oublier, au sud du hameau des Viollins, la belle montagne de Val-Haute, dominée par la Tête de Vautisse ().
Climat
Plusieurs études ont été menées afin de caractériser les types climatiques auxquels est exposé le territoire national. Les zonages obtenus diffèrent selon les méthodes utilisées, la nature et le nombre des paramètres pris en compte, le maillage territorial des données et la période de référence. En 2010, le climat de la commune était ainsi de type climat des marges montagnardes, selon une étude du Centre national de la recherche scientifique (CNRS) s'appuyant sur une méthode combinant données climatiques et facteurs de milieu (topographie, occupation des sols, etc.) et des données couvrant la période 1971-2000. En 2020, le climat prédominant est classé Cfb, selon la classification de Köppen-Geiger, pour la période 1988-2017, à savoir un climat tempéré à été frais sans saison sèche. Par ailleurs Météo-France publie en 2020 une nouvelle typologie des climats de la France métropolitaine dans laquelle la commune est exposée à un climat de montagne ou de marges de montagne et est dans la région climatique Alpes du sud, caractérisée par une pluviométrie annuelle de 850 à , minimale en été. Elle est en outre dans la zone H1c au titre de la réglementation environnementale 2020 des constructions neuves.
Pour la période 1971-2000, la température annuelle moyenne est de , avec une amplitude thermique annuelle de . Le cumul annuel moyen de précipitations est de , avec de précipitations en janvier et en juillet. Pour la période 1991-2020, la température moyenne annuelle observée sur la station météorologique de Météo-France la plus proche, sur la commune de Saint-Crépin à à vol d'oiseau., est de et le cumul annuel moyen de précipitations est de . .
Pour afficher une liste d’indicateurs climatiques caractérisant la commune aux horizons 2030, 2050 et 2100 et pouvoir ainsi s'adapter aux changements climatiques, entrer son nom dans Climadiag-commune, un site de Météo-France élaboré à partir des nouvelles projections climatiques de référence DRIAS-2020.
Urbanisme Typologie Au , Freissinières est catégorisée commune rurale à habitat dispersé, selon la nouvelle grille communale de densité à sept niveaux définie par l'Insee en 2022.. Elle est située hors unité urbaine et hors attraction des villes...
Occupation des sols Le tableau ci-dessous présente l'occupation des sols de la commune en 2018, telle qu'elle ressort de la base de données européenne d’occupation biophysique des sols Corine Land Cover (CLC).
+Occupation des sols en 2018 Type d’occupation Pourcentage Superficie (en hectares)Prairies et autres surfaces toujours en herbe 0,03 % 3Systèmes culturaux et parcellaires complexes 0,9 % 83Surfaces essentiellement agricoles interrompues par des espaces naturels importants 6,2 % 692Forêts de feuillus 3,9 % 356Forêts de conifères 13,3 % 1202Forêts mélangées 1,4 % 128Pelouse et pâturages naturels 22,0 % 1998Landes et broussailles 0,8 % 77Forêt et végétation arbustive en mutation 5,4 % 492Roches nues 35,8 % 3245Végétation clairsemée 16,4 % 1483Source : Corine Land Cover.
Toponymie La vallée de Freissinières doit son nom aux nombreux frênes noirsErnest Nègre, Toponymie générale de la France, Étymologie de noms de lieux, Volume II : formations non-romanes, formations dialectales, Librairie Droz, Genève, 1991, , . (fraxinus niger) qui couvrent une grande partie de son territoire et qui avaient de très nombreux emplois dans la vie quotidienne. Les branches étaient utilisées pour fabriquer les manches de différents outils et constituaient aussi un excellent bois de chauffage. Les feuilles servaient de nourriture aux chèvres et aux lapins pendant l’hiverAndré Faure, Noms de lieux et noms de familles des Hautes-Alpes, Espaci Occitan, Gap, 1998, , .. Les premières traces écrites du nom de la vallée apparaissent en 1210 sous deux formes : FreyseneriaM.J. Roman, Dictionnaire topographique du Département des Hautes-Alpes, Réédition Lacour-Rediviva, Nîmes, 2000, , ., dans un document conservé sous forme de copie aux archives d’Embrun, et Fraixineria dans un manuscrit en latin conservé à la Bibliothèque Nationale. On trouve par la suite dans des documents administratifs ou ecclésiastiques différentes formes orthographiques du nom comme Frayssaneria, Fraychneria, Fraissinieri, etc., la forme actuelle Freissinières apparaissant pour la première fois dans un État des paroisses du Dauphiné de 1762. La forme Freyssinières, qui est parfois encore employée aujourd’hui, est quant à elle apparue en 1568 dans le pouillé du diocèse d’EmbrunM.J. Roman, Dictionnaire topographique du Département des Hautes-Alpes, .. Aucune des orthographes utilisées dans ces documents ne correspond cependant au nom de la vallée en patois local vivaro-alpin qui est toujours une variante orthographique de Fresinero. Ainsi, dans son Livre-Journal, le seigneur de Freissinières Fazy de Rame écrit-il 113 fois le nom de la vallée avec une terminaison en ero / iero, 35 fois avec une terminaison en ere / erie / eries et 4 fois seulement avec une terminaison en eriaGeorges de Manteyer, Le livre-journal tenu par Fazy de Rame en langage embrunais, Société d'Études des Hautes-Alpes, Gap, 1932...
Toponymie des principaux hameaux, en remontant la vallée : Pallon (Palonum en 1292) : formé sur la racine pré-indo-européenne « BAL » et son alternance « PAL », typique à la région méditerranéenne, qui désigne une hauteur, un rocher ; peut-être parce que Pallon est situé sur une falaise dominant la vallée de la DurancePaul-Louis Rousset, Les Alpes et leurs noms de lieux, 6000 ans d’histoire, les appellations d’origine pré-indo-européenne, Didier et Richard, Grenoble, 1988, , .. André FaureAndré Faure, Noms de lieux et noms de familles des Hautes-Alpes, . ajoute qu’avec l'augmentatif « -on » le toponyme signifie « grosse montagne ». Le Plan (Planum en 1401) : désigne un plateau, une portion de terrain platAndré Faure, Noms de lieux et noms de familles des Hautes-Alpes, .. Les Ribes : dérive de l’occitan, « Riba » qui désigne la rive, le bord d’une rivièreAndré Faure, Noms de lieux et noms de familles des Hautes-Alpes, .. Ville : les hameaux qui portent ce nom sont en général les plus importants de la commune, le siège de la mairie et de la cureM.J. Roman, Dictionnaire topographique du Département des Hautes-Alpes, .. Les Meyries : issu de l'occitan « meirar », changer. Habitation où l’on passe une partie de l’annéeAndré Faure, Noms de lieux et noms de familles des Hautes-Alpes, .. On appelle « époque des meyries » celle du changement de résidence des troupeaux. Les HodoulsOu Les Houdouls. : variante orthographique de « Odoul » issu du nom de personne germanique « Odwulf », composé de « Od », richesse, et de « Wulf », loupAndré Faure, Noms de lieux et noms de familles des Hautes-Alpes, .. Les Roberts (Rotabers en 1360) : pourrait être issu de la racine pré-indo-européenne RANC qui a le sens de rocher et qui désigne parfois une simple hauteurPaul-Louis Rousset, Les Alpes et leurs noms de lieux, 6000 ans d’histoire, les appellations d’origine pré-indo-européenne, .. Autre origine possible, le nom d'une personne d'origine germanique, composé de « rodh », gloire, et de « berht », brillant, illustreAndré Faure, Noms de lieux et noms de familles des Hautes-Alpes, .. Les FazisAppelé Mas des Fazis sur la carte de Cassini. : Certainement en référence au nom de famille « Fazy », diminutif de BonifaceAndré Faure, Noms de lieux et noms de familles des Hautes-Alpes, .. Les AujardsAppelé les Augears sur la carte de Cassini. : issu du nom de femme d'origine germanique « Adalgard », composé de « Adal », noble, et de « gard/gart », maison, enclosAndré Faure, Noms de lieux et noms de familles des Hautes-Alpes, .. Les ViollinsHameau non porté sur la carte de Cassini. : vient de l'occitan « vol/viou », qui est un diminutif de « via » = petite route ou petit cheminAndré Faure, Noms de lieux et noms de familles des Hautes-Alpes, .. Selon certains auteurs, il faudrait écrire « MIOLLINS » de MEDIOLANUS = au milieu de la vallée. Les Mensals : désignait autrefois un domaine rural qui donnait un certain revenu, ou « mense ». Dormillouse : voir page Dormillouse.
Histoire Préhistoire Jusqu’il y a peu, la plus ancienne trace de l'homme à Fressinières remontait au deuxième âge du fer (400 à 120 av. J.-C.), avec le magnifique torque en argent massif mis au jour à Pallon au , au-dessus du ravin de Gourfouran ; il s'agit certainement d'une parure provenant de la sépulture d'un chef ou d'un notableCarte géologique de la Gaule, Pré-inventaire archéologique publié sous la responsabilité de Michel Provost, Les Hautes-Alpes, 1995, ..
Des découvertes réalisées, entre 1998 et 2003, par des chercheurs des universités d’York et d’Aix-en-Provence, ont permis de faire un bond en arrière considérable, pour remonter à ans Les fouilles ont en effet permis d'exhumer deux outils en silex que les spécialistes attribuent au Paléolithique supérieur. Ces objets se trouvaient dans les ruines d’une petite cabane en blocs de schiste d’environ ², située au Fond de la Cabane, à environ à l’ouest du Petit Pinier, au-dessus du torrent du Ruffy. Des hommes auraient donc fréquenté la montagne de Faravel, à plus de d’altitude, à la fin de la dernière glaciation de l’ère quaternaire (glaciation de Würm), soit ans avant Ötzi, l’homme dont le corps a été découvert en 1991 dans un glacier du massif des Dolomites.
Des traces d’une présence humaine au Mésolithique, soit ans environ , ont également été mises au jour par la même équipe de scientifiques, toujours sur le plateau de Faravel, mais sur deux autres sites situés à environ au nord du précédent.