La Polynésie (du grec ancien : et , « îles multiples »), une des trois régions traditionnelles de l'Océanie selon Dumont d'Urville, est un large groupement d'îles situées dans l'océan Pacifique, principalement dans sa partie sud. Ce regroupement historique est contesté par les géographes et les océanistes depuis les années 1970, mais demeure néanmoins largement utilisé. Issus de la civilisation Lapita, les Polynésiens ont développé une langue et une culture commune durant le aux Tonga et aux Samoa. Au de notre ère, ils partent peupler les îles de la Société, avant d'aller coloniser, entre 1190 et 1290, une zone s'étendant sur près de de kilomètres carrés, de la Nouvelle-Zélande au sud à Hawaii au nord et jusqu'à l'île de Pâques à l'est. Progressivement, chaque île ou archipel s'est différencié linguistiquement et culturellement, même s'il est d'usage de distinguer Polynésie occidentale et Polynésie orientale. Les Polynésiens parlent des langues austronésiennes du sous-groupe dit « océanien » : ce sont les langues polynésiennes (telles que tahitien, marquisien, paumotu, rapa, mangarévien entre autres).

La Polynésie compte vingt entités territoriales : sept États souverains et treize territoires dépendants de pays occidentaux ayant colonisé la région aux , (France, Royaume-Uni, États-Unis, Chili). La Nouvelle-Zélande, peuplée par les Maoris puis colonisée par les Britanniques au , devenue un État indépendant, exerce également une tutelle sur plusieurs territoires polynésiens et accueille plusieurs diasporas polynésiennes, souvent plus nombreuses que dans leurs îles d'origine. Ces diasporas sont également importantes aux États-Unis, en Australie, en Nouvelle-Calédonie ou en France métropolitaine.

La Polynésie est l'une des régions du monde les plus vulnérables à la montée du niveau marin induite par le réchauffement climatique, véritable défi pour l'adaptation au changement climatique.. 200px|vignette|Les îles situées à l'intérieur du « triangle polynésien » forment la Polynésie : 1 - Hawaï ; 2 - Nouvelle-Zélande ; 3 - Île de Pâques ; 4 - Samoa ; 5 - Tahiti.

Délimitations

Les divisions du Pacifique par Dumont d'Urville (1831) vignette|Portrait de Jules Dumont d'Urville. En 1756, Charles de Brosses divise en trois parties l'hémisphère sud : l'Australasie dans l'Océan indien au sud de l'Asie ; la Magellanie ; la PolynésieOrthographié avec un accent grave et un s long., comprenant , ainsi nommée .

En 1831, Jules Dumont d'Urville propose à la Société de géographie (Paris) une nouvelle organisation, en quatre parties, du Pacifique, après avoir exploré celui-ci à deux reprises : la Polynésie (« les îles nombreuses ») ; la Mélanésie (« les îles noires ») ; la Micronésie (« les petites îles ») ; et la Malaisie qui sera plus tard retirée du continent océanien. Avec la Polynésie traditionnelle, il s'agissait de faire plus ou moins artificiellement coïncider un territoire à un groupe ethno-linguistique parlant une langue relativement inter-compréhensible (le polynésien), et en excluant les peuples « non-polynésiens » (comme les habitants des Fidji ou de Micronésie), bien que ceux-ci soient aussi locuteurs de langues océaniennes.

Critiques de cette division Toutefois, il n'existe pas de rupture linguistique marquée entre les deux zones. La séparation nette entre les deux populations est aujourd'hui fortement remise en question. Elle repose sur des stéréotypes raciaux et ethniques du (peau noire versus peau cuivrée ; cheveux « crépus » ou « laineux » versus cheveux « ondulés » ; « cannibale mélanésien » versus « bon sauvage polynésien »…), qui sont aujourd'hui dépassées, car non scientifiques. D'autre part, le préfixe poly- (« nombreuses ») laisse entendre que ces îles étaient autant de territoires disponibles pour la colonisation européenne.

Benoît Antheaume et Joël Bonnemaison écrivent ainsi : .. Dans le grand public et dans les ouvrages de vulgarisation, cependant, cette nomenclature est couramment adoptée.

Nouveaux découpages vignette|Océanie proche et Océanie lointaine, nouveau découpage du Pacifique proposé dans les années 1970. Cette organisation ancienne est désormais un simple héritage de l'histoire de la géographie : aujourd'hui les scientifiques lui préfèrent le découpage en « Océanie proche », et « Océanie lointaine », proposé par Pawley et Green en 1974. La Polynésie s'inscrit alors dans la zone plus large de l'Océanie lointaine, c'est-à-dire une zone où un voyage de plusieurs jours en pirogue est nécessaire pour atteindre l'île voisine la plus proche. Cela explique notamment un peuplement plus tardif et plus lent qu'en Océanie proche.

Au , à Hawaï comme en Nouvelle-Zélande ( en maori) les Hawaïens et les Maoris sont devenus minoritaires. De plus, des langues polynésiennes sont parlées en dehors du « triangle polynésien » dans des exclaves polynésiennes à la suite d'une installation relativement récente de Polynésiens en dehors de leur foyer initial. C'est le cas des langues parlées en Mélanésie à Tikopia, Anuta, Luangiua, Nukuria, Rennell et Takuu (îles Salomon), à Ouvéa (Nouvelle-Calédonie, îles Loyauté), à Ifira-Mele, Emae, Aniwa et Futuna (Vanuatu), ainsi qu'aux États fédérés de Micronésie à Nukuoro et Kapingamarangi. Le triangle polynésien 200px|thumb|Dans ce drapeau non officiel des Polynésiens en vente dans les boutiques d'Honolulu, l'île mythique d'Hawaiki est représentée par un petroglyphe en jaune d'or, et les principales îles réelles par des étoiles.TraditionnellementBenoît Antheaume et Joël Bonnemaison, Atlas des îles et États du Pacifique sud, éd. Gip Reclus/Publisud, 1988 ., la Polynésie est délimitée par le triangle formé par Hawaii, la Nouvelle-Zélande et l'île de Pâques, appelé le « triangle polynésien ». Les îles Samoa et Tonga et la Polynésie française constituent les autres principaux groupes d'îles. Les Kiribati, dont l'archipel le plus occidental (gilbertin) est micronésien, fait tout de même partie de la Polynésie par la plus grande partie de son étendue (notamment maritime : îles de la Ligne).

Si culturellement, la Polynésie se divise en Polynésie de l'Est et la Polynésie de l'Ouest, géographiquement on a coutume de distinguer Polynésie septentrionale (Hawaii et les autres îles américaines proches des Kiribati), Polynésie occidentale (Tuvalu, Wallis-et-Futuna, Tonga, Niue, Îles Samoa, Îles Cook, îles néo-zélandaises) et Polynésie orientale (Polynésie française, Îles Pitcairn et l'île de Pâques).

Territoires 200px|thumb|Détails des îles de la Polynésie.Pour 5 millions d'habitants (dont 4,5 à Hawaï et en Nouvelle-Zélande, pour la plupart non-Polynésiens), la Polynésie compte 20 entités territoriales : sept États souverains : Îles Cook, Nouvelle-Zélande, Kiribati, Niue, Samoa, Tonga et Tuvalu. treize territoires dépendants : Hawaii, Samoa américaines (États-Unis), Johnston, Baker, Howland, Jarvis, Palmyra (regroupées sous le vocable îles mineures éloignées des États-Unis) ; Polynésie française, Wallis-et-Futuna (France) ; îles Chatham, Tokelau (Nouvelle-Zélande) ; îles Pitcairn (Royaume-Uni) ; île de Pâques (Chili).

Près de 90 % de la surface de ces entités est constituée d'eaux territoriales, les terres émergées représentant seulement 10 %. vignette|Les exclaves polynésiennes (points rouges) et la Polynésie ancestrale, région d'où sont originaires leurs habitants. Culturellement, certaines îles situées en Mélanésie sont peuplées par des communautés polynésiennes ayant migré : ce sont les exclaves polynésiennes.

Origine 200px|thumb|Carte du peuplement de l'Océanie, d'après Chambers (2008).

La question de l'origine des Polynésiens a été l'un des thèmes majeurs de la recherche océanienne depuis le . Si on a aujourd'hui, grâce à l'archéologie, la linguistique, l'ethnolinguistique, l'ethnobotanique, et la génétique, une réponse à peu près cohérente à cette question, de nombreux points restent encore en suspens.

Le peuplement de l'Océanie dont fait partie la Polynésie et la Mélanésie, s'est fait à travers deux grands mouvements migratoires. Le premier s'est produit il y a 50 à 70 000 ans, et a amené des chasseurs-cueilleurs venus d'Asie à peupler l'Insulinde, puis l'Océanie proche, c'est-à-dire la Nouvelle-Guinée, l'Australie, et certaines îles de la Mélanésie. La seconde vague est plus récente et débute il y a environ 6 000 ans. Des agriculteurs et navigateurs venus de Taïwan et parlant des langues austronésiennes s'installent dans l'Insulinde, c'est-à-dire les Philippines, la Malaisie, et l'Indonésie. À partir d'Indonésie, il y a 3 500 à 4 000 ans, ces navigateurs austronésiens arrivent vers les îles de l’Océanie proprement dite : Wallacea, Micronésie, Mélanésie et côtes de la Nouvelle-Guinée. Plus à l'est, ces navigateurs sont arrivés en Polynésie (peuplement des Tonga, à l'ouest de la Polynésie), il y a environ 3 300 ans.

Tout au long de ce parcours, les populations de la première et surtout de la seconde vague de peuplement se sont assez largement métissées, tant sur le plan culturel que biologique.

Origine asiatique

Il y a (soit 4 000 )Rolett, Barry, Jiao, Tianlong & Lin, Gongwu (2002). « Early seafaring in the Taiwan Strait and the search for Austronesian origins ». Journal of Early Modern History, 4.1, pages 307–319.Peter Bellwood, James J. Fox and Darrell Tryon,Chapter 1. The Austronesians in History: Common Origins and Diverse Transformations, sur le site de The Australian National University., des habitants du littoral de la Chine du Sud, cultivateurs de millet et de riz, commencent à traverser le détroit pour s'installer à TaïwanPeter Bellwood, Chapter 5. Austronesian Prehistory in Southeast Asia: Homeland, Expansion and Transformation, sur le site de The Australian National University.. Leurs descendants, parlant toujours des langues austronésiennes, sont les actuels aborigènes de Taïwan. Trois modèles ont été élaborés sur la migration de cette population de Taiwan jusqu'en Polynésie :

Modèle (1985) D'après ce modèle élaboré dès 1985 par l'archéologue Peter Bellwood, vers 2 500 , des migrations ont lieu de Taiwan vers les Philippines.

Entre la fin du millénaire et 1 500 , de nouvelles migrations permettent l'installation de groupes que l'archéologie désigne comme venant des Philippines au nord de Bornéo, à Sulawesi, à Timor et de là, les autres îles de l'archipel indonésien. Vers 1 500 , un autre mouvement les mène de l'Indonésie vers la Mélanésie, les rives de la Nouvelle-Guinée et au-delà, les îles du Pacifique.

Les îles de la Société n'ont été atteintes que vers 300 après Jésus-Christ, et ont servi de zone de dispersion. Cette dispersion s'est faite vers le nord (îles Hawaii atteintes vers 500), vers l'est (île de Pâques) atteinte vers 900.

Entangled Bank model D'après ce modèle , il y a des interactions culturelles et génétiques avec les indigènes de l'Asie du Sud Est et les Mélanésiens avant d'arriver en Polynésie.

Slow Boat model (2001) Ce modèle est Similaire au modèle Train Express, mais avec un long arrêt en Mélanésie. D'après Stephen Oppenheimer et Martin Richards (2001) qui se basent sur des comparaisons génétiques, les ancêtres des Polynésiens ne viendraient pas directement de Taiwan, mais seraient passés par l'Indonésie, dans une région comprise entre la Ligne Wallace et la Nouvelle-Guinée.

Preuves génétiques du modèle En 2006, une étude sur l'ADN mitochondrial (transmis de mère en fille) et l'ADN du chromosome Y (transmis de père en fils) de 400 Polynésiens provenant de 8 groupes d'îles et de 900 personnes provenant de la Mélanésie, du Sud et de l'Est de l'Asie et d'Australie a montré que

93,8 % de l'ADN mitochondrial provenant de la mère est d'origine asiatique et 6 % d'origine mélanésienne 28,3 % de l'ADN du chromosome Y provenant du père est d'origine asiatique et 65,8 % d'origine mélanésienne (un peu d'origine européenne, probablement, les gènes des matelots des caravelles des navigateurs européens).