thumb|250px|Armes de la présidence de la République tchèque, entrecroisant le lion tchèque, les aigles morave et silésien. La devise du pays est inscrite en dessous : « la vérité vaincra ».
Cet article sur l'histoire de la Tchéquie vise à couvrir l'histoire du territoire appartenant aujourd'hui à la Tchéquie, mais qui a existé autrefois, dans des frontières qui sont à peu près celles du pays actuel, sous d'autres noms : Bohême, royaume de Bohême, pays de la Couronne de Bohême, partie occidentale de la Tchécoslovaquie, protectorat de Bohême-Moravie, République socialiste tchèque, République tchèque au sein de la République fédérale tchèque et slovaque puis République tchèque indépendante.
Ce petit pays sans littoral d'Europe centrale a, en 2024, une superficie de et une population de , Tchèques (Čech). Ce chiffre était de , , , . La , se situe dans les minorités dans les pays frontaliers (forte d'au moins un million), mais aussi en Europe (Royaume-Uni, France) et en Amérique (États-Unis (), Canada (), Argentine, Brésil, Mexique).
Préhistoire et protohistoire
Le territoire de la Tchéquie est habité par des humains depuis la Préhistoire : des objets datant de l'âge de pierre ont été trouvés lors de fouilles. Le squelette dit Zlatý kůň découvert entre dans les grottes de Koněprusy fait partie, en 2021, des trois génomes d'homme moderne d'Eurasie vieux de plus de . Cette femme est datée d’environ Kay Prüfer, Cosimo Posth, He Yu et al., A genome sequence from a modern human skull over 45,000 years old from Zlatý kůň in Czechia, Nature Ecology & Evolution, 2021, doi.org/10.1038/s41559-021-01443-x Arev P. Sümer, Hélène Rougier, Vanessa Villalba-Mouco et al., Earliest modern human genomes constrain timing of Neanderthal admixture, nature.com, 12 décembre 2024. La Vénus de Dolní Věstonice découverte en 1925 en Moravie est la plus ancienne pièce de céramique connue à ce jour.
vignette|Poterie de la céramique cordée trouvée près de Velké Přílepy Comme dans le reste de l'Europe centrale, l'agriculture coïncide avec l'apparition du complexe de la culture rubanée ( ) marquant la transition vers le début du néolithique. Cette culture est suivie par la culture de la céramique décorée au poinçon et par la culture de Lengyel, un peu plus au sud. Elles ont été remplacées par de nombreuses sociétés de l'Âge du cuivre (Énéolithique, ~4400 à 2200 avant notre ère), associées à plus d'une douzaine de groupes culturels archéologiques, notamment de Jordanów, culture des vases à entonnoir, culture de Baden, de Řivnáč et la culture des amphores globulaires Luka Papac et al., Dynamic changes in genomic and social structures in third millennium BCE central Europe, Science Advances, Vol. 7, no. 35, 25 août 2021, eabi6941, DOI: 10.1126/sciadv.abi6941
La culture de la céramique cordée (env. ) qui se répand dans toute la Bohême vers 2900 avant notre ère, puis la culture campaniforme (vers à ) introduisent une population issue des migrations de la culture Yamna.
La culture d'Unétice est une culture archéologique du début de l'Âge du bronze en Europe centrale (vers – vers ). Le site éponyme de cette culture, le village d'Únětice, est situé dans le centre de la Tchéquie, au nord-ouest de Prague.
Depuis au moins , les Proto-Celtes sont implantés en Bohême, où ils ont défriché une partie de la vaste forêt hercynienne. Le peuple celte des Boïens (latinisé en Boii) a donné son nom à la région (Boiohaemum en latin). Les tribus germaniques s'installent sur le territoire à partir du millénaire.
Différents sites archéologiques en Tchéquie témoignent attestent de diverses cultures : Culture de la céramique cordée, Culture rubanée, Culture de la céramique décorée au poinçon Culture campaniforme, Culture lusacienne (et de Billendorf), Culture de Hallstatt et de La Tène Culture d'Unétice, Culture des tumulus, Culture des champs d'urnes
Europe néolithique Peuples préceltiques, Histoire des Celtes Âge du bronze en Europe, Âge du fer germanique
Antiquité
L'expansion romaine passe par des contacts commerciaux et guerriers (défensifs autant qu'offensifs) et la création de nouvelles provinces : Pannonie, Norique, Rhétie. Les limes danubien, et précisent les zones d'influence des différents peuples en présence. La crise des Cimbres, Teutons et Ambrons, ou guerre des Cimbres, est terminée. Leurs migrations ont pris fin avec leur défaite à la bataille de Verceil ().
De même que les Germains Marcomans, les Celtes Boïens, qui ont donné leur nom à la Bohême, sont restés au nord des limes de la romanité assez longtemps pour entretenir des liens de « réciproque hospitalité », sans pour autant une acculturation. Les Germains Marcomans s'installent en Bohême à l'époque de leur roi Marobod, après en avoir refoulé les Boïens.
À partir de la Pannonie (actuelle Hongrie), les commerçants romains sont remontés jusqu'en Moravie. Des traces de leur passage et campement ont notamment été découvertes à Olomouc. Durant l'Antiquité, la région (au moins la Moravie) est traversée par la route de l'ambre, qui relie la Mer Baltique à la Mer Adriatique et l'Italie (Aquilée, Venise, Rome), par Wrocław (Vratislavie, Breslau), Olomouc (Olomuntium, Olmütz), Brno (Eburodunum, Bruna, Brünn, Brin), Bratislava (Prešporok, Prešpurk, Pressburg), Sopron, Ljubljana.
Grandes migrations
Les « grandes invasions » (pour l'Europe occidentale) ou « invasions barbares » (pour les francophones), sont appelées stěhování národů (Völkerwanderung), « migrations des peuples » en Europe centrale. Leur histoire est également complexe.
Les Slaves occidentaux arrivent dans la région actuelle de la Tchéquie dans les années 450-550.
Après le départ des Lombards vers l'Italie, au printemps 568, le Khagan Bayan occupe la partie ouest du bassin des Carpates et toute la région du moyen-Danube.. Les Avars avancent jusqu’en Bavière et multiplient les raids de pillage dans le monde germanique, souvent en tant que mercenaires des souverains d’Europe occidentale et méridionale.
Selon la chronique de Frédégaire, une union des tribus slaves (Moravie, Bohême, Serbie blanche) entre 623 et 659 se place sous la direction du marchand goth / franc Samo de Bohême, pour contrer les attaques avares, jusqu'à disparaître. Le khaganat avar (560-805) est alors le voisin le plus agressif mais aussi le plus cultivé, ainsi qu'en atteste l', site archéologique binational (tchèque et slovaque) des Avars de Pannonie ou khanat (pseudo-)avar des -. Vers 820-870, avec et Rastislav, se constitue la principauté slave de Grande-Moravie (Mährerreich), qui marque le début de l'histoire slovaque, sorabe et tchèque, avec l'arrivée des moines missionnaires byzantins Cyrille et Méthode qui évangélisent la région et donnent aux peuples slaves l'alphabet glagolitique.
Après l'éclatement de l'Empire carolingien confirmé par le traité de Verdun (843), l'avènement de Louis II de Germanie (liste des souverains d'Allemagne), roi de Bavière (817-865) et roi (843-876) de Francie orientale (futur royaume de Germanie (911-1806)) confirme une présence et une poussée à l'ouest de la région.
, de Nitra, dirige la Moravia Magna de 870 à 894, et annexe la Bohême et la Slovaquie occidentale (et une petite part de la Hongrie et de la Bavière (Serbie blanche).
Origines de l'État tchèque (-)
La Grande-Moravie (833-907) est envahie en 907 par les Hongrois. Les Tchèques restent autonomes, ce qui marque pour le millénaire à venir le destin séparé des nations tchèque et slovaque, cette dernière restant sous le joug hongrois, tandis que les Tchèques passent progressivement sous la domination allemande après une période d'autonomie.
Au , l'État tchèque se constitue sous la dynastie des Przemysl. C'est aussi l'époque des premiers textes écrits. Le premier Przemysl historiquement prouvé est Bořivoj (Borjivoï) qui règne sur un petit territoire situé vers l'aval de la Moldau (Vltava). En Moravie, avec sa femme Ludmila, il adopte la forme catholique du christianisme qu'il entreprend de diffuser dans le pays dès son retour en Bohême. Il construit des édifices religieux importants comme l'église de Levy Hradec. Grâce au catholicisme, le royaume est admis parmi les états féodaux ouest-européens. Les moines et les prêtres, qui savent lire et écrire, apportent les premiers livres (en latin). D'importantes églises sont construites, avec des ateliers d'écriture, enluminure et reliure où l'on fabrique les livres à la main. Les moines copistes et les écrivains publics commencent à recopier les textes avec des plumes d'oie sur des supports en parchemin. Les livres, pleins d'illustrations superbes, et servent à répandre la culture religieuse ou laïque. Les vies des saints et les chroniques témoignant des évènements importants ou des actions remarquables des gouvernants de l'époque se multiplient. En 924, le prince Venceslas de Bohême prend le pouvoir avant d'être assassiné en 935 par son frère Boleslav et d'être béatifié. Depuis, Saint Venceslas est le patron de la Bohême. La ville de Prague devient le centre du pouvoir et un évêché y est instauré en 973.
En 1085, le prince est élevé au rang de roi de Bohême, la couronne tchèque devient héréditaire avec en 1158. L'urbanisation du royaume commence avec la fondation de villes comme Brno, Znaïm (Znojmo) ou Poděbrady. L'assassinat du roi (Venceslas III) en 1306 met fin à la dynastie.
Le royaume de Bohême fait alors partie du Saint-Empire romain germanique et le roi de Bohême est l'un des sept princes-électeurs.
vignette|droite|fresque de l'hôtel de ville de Cologne représentant .
En 1310, Élisabeth de Bohême, fille du roi Venceslas II, et héritière du trône de Bohême, épouse Jean de Luxembourg. Leur fils Charles devient roi de Bohême en 1346 et empereur du Saint-Empire romain germanique en 1355, date qui marque le début d’un âge d'or en Bohême. L'université de Prague (Universitas Pragensis en latin), la première université d’Europe centrale est fondée en 1348. Prague devient la capitale du Saint-Empire et entreprend de l'embellir : le pont Charles, en pierre, remplace un pont de bois entre Malá Strana et la Vieille-Ville de Prague, la Nouvelle-Ville double la superficie de la ville, le Château de Prague se couvre de nouveaux édifices avec, entre autres, la cathédrale Saint-Guy en faisant appel à l'architecte Mathieu d'Arras. Au sud de Prague, Charles fait édifier le château-fort de Karlštejn, bijou de l'architecture fortifiée gothique. Avec ses , Prague est alors l'une des villes européennes les plus importantes.
Organisation du royaume de Bohême Le principe slave de la répartition du pouvoir entre tous les membres de la famille régnante, la couronne revenant au plus âgé, tandis que les autres se partagent en apanage les terres de la Moravie, disparaît en 1198. L’administration du territoire est confiée à des comtes (comes, župan) nommés par le roi et auxquels, à partir du , viennent s’adjoindre des « officiers royaux » pour les seconder.
Le pouvoir politique appartient non seulement au roi, mais aussi à la nation, c’est-à-dire aux classes privilégiées qui s’expriment par la diète (Landstag), constituée de représentants des ordres (Stände) au nombre de quatre : l’ordre des prélats (Prälatenstand) qui ne concerne que le haut clergé (l’archevêque de Prague, les suffragants d’Olomouc et de Litoměřice, les abbés et les prieurs des collégiales), l’ordre des seigneurs (Herrenstand), formé d’une vingtaine de grandes familles tchèques, allemandes ou étrangères liées à la dynastie et qui fondent leur puissance sur la grande propriété terrienne, la petite noblesse composée de gentilshommes et de chevaliers (Ritterstand), gens de guerre à la tête de petits domaines, l’ordre des villes s’administrant elles-mêmes.
Jusqu’en 1618, ces ordres — à l’exclusion du Prälatenstand écarté lors des guerres hussites — ont le privilège de l’élection du roi et de la nomination des grands officiers.