Le nationalisme québécois est un mouvement politique et culturel qui vise à préserver et à promouvoir l'identité et les valeurs propres et distinctives du Québec : ses traditions, sa culture, la langue française, ses droits historiques et sa légitimité politique en tant que nation.
Situé au cœur des débats de société au Québec depuis le début du , le nationalisme québécois s'est d'abord inscrit dans la mouvance du nationalisme canadien-français et des traditions héritées de la Nouvelle-France. Au fil du temps, ce nationalisme a connu plusieurs déclinaisons idéologiques, sociales, culturelles, économiques et politiques, menant à un recentrage graduel du sentiment d'appartenance du Canada français vers le Québec.
En politique, le nationalisme québécois s'exprime à travers divers groupes et partis selon un axe allant de l'autonomisme (souhaitant l'élargissement des pouvoirs du Québec et la défense de ses intérêts au sein du Canada, tel que la Coalition avenir QuébecUN NOUVEAU PROJET POUR LES NATIONALISTES DU QUÉBEC) jusqu'à l'indépendantisme (souhaitant faire du Québec un pays indépendant, tel que le Parti québécois, Québec solidaire et le Bloc québécois).
La Fête nationale du Québec (communément appelée Saint-Jean-Baptiste ou Saint-Jean) est célébrée le . Celle-ci s'inscrit dans la tradition de la Fête de la Saint-Jean d'origine religieuse, aujourd'hui devenue surtout une fête de rassemblement et d'affirmation culturelle et nationale.
Origines historiques À l'époque contemporaine, le nationalisme québécois est généralement associé à une certaine sensibilité politique ainsi qu'à un sentiment d'appartenance au Québec plutôt qu'au Canada français. Si ce nationalisme n'est vraiment apparu qu'à partir du milieu du , afin de bien comprendre son évolution, il faut toutefois le replacer dans une perspective historique.
Colonisation française du territoire vignette|Manoir Mauvide-Genest sur l’île d'Orléans, vestige du régime seigneurial français en Nouvelle-France.
Les premières traces de présence européenne au Québec remontent au . Des pêcheurs basques, espagnols et français pratiquaient la pêche dans les eaux du golfe et du fleuve St-Laurent avant l'arrivée de Jacques Cartier en 1534Mario Mimeault, La pêche à la morue en Nouvelle-France, Éditions du Septentrion, 2017, p. 32-39.. Toutefois, c'est à compter de 1608, avec la fondation de la ville de Québec, qu'une véritable présence « canadienne » commence à s'implanter sur le territoire.
En 1663, la Nouvelle-France devient une colonie royale. Ceci entraîne un accroissement significatif de la population. En 1664-1665, un premier recensement compte à Québec, 480 habitants à Montréal et 450 habitants à Trois-Rivières.. Des politiques de peuplement introduites par l'intendant Jean Talon permettent de tripler la population de la colonie en l'espace de quinze ans. Malgré l'augmentation de la population, la colonie doit composer avec un déséquilibre considérable entre le nombre de femmes et d'hommes..
La colonisation de la Nouvelle-France s'effectue en reproduisant l'organisation et les rapports hiérarchiques de la France de l'Ancien régime.. Les rives du fleuve Saint-Laurent, de la rivière Richelieu et de la rivière Chaudière sont découpées en plus de 200 seigneuries assignées à des nobles, des institutions religieuses, des officiers, des administrateurs civils et des grands bourgeois. Les principales activités économiques dans la colonie sont la traite des fourrures, l'agriculture de subsistance et la pêche à la morueMario Mimeault, La pêche à la morue en Nouvelle-France, Éditions du Septentrion, Ste-Foy, 2017, 448 p..
Le développement de la colonie prend un tournant stratégique au début du . En 1701, le traité de la Grande Paix de Montréal est signé. Celle-ci met fin aux guerres franco-iroquoises qui faisaient rage dans la région de Montréal et le Pays-d'en-Haut..
Sous le régime français sont érigés plusieurs établissements militaires et commerciaux importants, tels que le Vieux-Québec, le Vieux-Montréal, Vieux-Trois-Rivières et le Sault-au-Récollet. Bien que le peuplement du territoire s'accroît à partir des années 1710, le nombre d'habitants de la Nouvelle-France demeure nettement inférieur à celui des Treize Colonies britanniques. Dans les années 1740, la Nouvelle-France compte près de , mais les colonies britanniques en comptent pour leur part environ .
En 1756, Montréal, située à la confluence de plusieurs bassins hydrographiques, est devenue une plaque tournante du commerce des fourrures. On y compte plus d'une centaine de négociants dans les années 1750, et environ dans toute la colonie.
LActe de Québec et la révolution américaine La guerre de la Conquête éclate en 1756. Cette guerre marque le point culminant d'une longue série de conflits entre les intérêts coloniaux français et britanniques en Amérique du Nord remontant au . Tandis qu'en Europe, la France, l'Espagne, la Russie et la Suède affrontent la Prusse et le Portugal, en Amérique, la Nouvelle-France affronte les troupes d'Angleterre. Au cours du conflit, les Britanniques prennent Louisbourg en 1758, Québec en 1759 et Montréal en 1760. La guerre se termine par une défaite de la France, et la Nouvelle-France est officiellement cédée à la Couronne britannique par le traité de Paris en 1763..
La Conquête provoque une brisure entre la France et les habitants de l'ancienne Nouvelle-FranceYvan Lamonde, Une histoire sociale des idées au Québec, vol. 1 : 1760-1896, Fides, 2000, .. Pour ces derniers, le besoin de préserver leur identité collective devient un principe fondamental. Face à un continent prenant de plus en plus la langue et la couleur des institutions anglaises, la poursuite d'une expérience française en Amérique mène à l'apparition d'un sentiment national distinctMaurice Séguin, L'idée d'indépendance au Québec : genèse et historique, Éditions du Boréal Express, Collection 17/60, 1968, ..
La Proclamation royale de 1763 du roi George III crée la Province de Québec. Ce changement de régime entraîne l’exode d'environ Français. Parmi eux, on compte les personnalités les plus riches, influentes, et un tiers de la noblesse de la défunte colonie française.. Durant cette période, le nouveau régime britannique voit aussi l'arrivée de dizaines de marchands anglais bénéficiant de privilèges octroyés par la Proclamation royale. Notamment, seuls les hommes de confession protestante ou huguenote peuvent être admis aux postes administratifs du Québec.. La situation précaire et l'isolement des Français (appelés alors « Canadiens ») restés en Amérique du Nord amènent l’effritement de leurs réseaux commerciaux au profit de grandes compagnies britanniques comme la Compagnie de la Baie d'Hudson et la Compagnie du Nord-Ouest. Le premier gouverneur britannique de la colonie, James Murray, est chargé d'appliquer les instructions royales, c'est-à-dire d'abolir le régime seigneurial, d'assimiler les enfants francophones et catholiques par les écoles anglaises et protestantes et de faire de l'anglais la langue officielle de la colonie..
Toutefois, face à l'opposition générale de la population, au peu de ressources à sa disposition et à la volonté des autorités britanniques de supplanter les nobles français., Murray défend devant le Parlement britannique une position de conciliation.. Sa position, impopulaire chez les marchands britanniques, entraîne la fin de son mandat de gouverneur en 1766 et son retour en Europe. Le nouveau gouverneur, Guy Carleton, arrive en 1768. Lui aussi partage une certaine volonté de conciliation avec la majorité francophone et catholique du Québec. Face à l'instabilité grandissante dans les Treize colonies, les autorités britanniques se voient contraintes d'accorder des concessions aux Canadiens afin de les maintenir dans le giron britannique. Ces concessions seront officialisées par lActe de Québec en 1774.. vignette|Le Parlement britannique, face à la révolte grandissante dans les Treize Colonies, octroie en 1774 une série de concessions à la population francophone dans l'Acte de Québec L'Acte de Québec révoque la Proclamation royale et octroie aux Canadiens le droit de pratiquer librement la religion catholique et rétablit le droit civil français. Cette décision assure ainsi la survie des coutumes, des traditions catholiques et aussi de la culture et de la langue française.. L'Acte permet également de préserver le régime seigneurial, ce qui réjouit l'élite seigneuriale canadienne qui siégera désormais au Conseil législatif de la colonie.. L'Acte de Québec provoque de vives réactions parmi les marchands de Montréal et de Québec qui exigent une assemblée législative élue et le maintien de l'interdiction pour les francophones catholiques d'occuper une fonction publique. gauche|vignette|En 1775, l'Armée continentale américaine est défaite lors de la bataille de Québec.
Dans les Treize colonies, l'Acte de Québec est interprété comme une provocation de la Couronne britannique. L'entrée en vigueur de cet Acte en survient tout juste après le début des premières hostilités entre la Grande-Bretagne et la Province de la baie du Massachusetts à Lexington et Concord. Les Patriots américains accusent alors les autorités britanniques de favoriser les catholiques francophones au détriment des protestants qui désirent coloniser la vallée de l'Ohio.
À la suite de la prise du Fort Ticonderoga par les colonels américains Ethan Allen et Benedict Arnold, le , la révolution américaine entraîne l'instauration de la loi martiale dans la Province de Québec. L'invasion américaine du Québec se poursuit au cours de la même année avec la prise du fort Saint-Jean (Saint-Jean-sur-Richelieu) et, en novembre, de la ville de Montréal. Malgré leur insistance, les Américains ne parviennent pas à rallier les Canadiens qui refusent de se battre pour l'un ou l’autre camp. Puis, le , les armées américaines sont défaites lors de la bataille de Québec.. L'armée continentale se retire finalement du Québec en .
La guerre d'indépendance des États-Unis se conclut par les traités de Paris et de Versailles de 1783. À la suite de ces traités, une vague d'immigration vers de à loyalistes. atteint les colonies de la Nouvelle-Écosse, du Nouveau-Brunswick et du Québec. Sur ce nombre, environ 2 000 loyalistes s'installent dans la vallée du Saint-Laurent.. La Couronne britannique indemnise et octroie alors des terres de 200 à et de l'équipement agricole à chaque famille loyaliste s'établissant dans cette colonie. La plupart d'entre eux s’établiront dans le Golden Horseshoe, sur la rive ouest du lac Ontario.
L'arrivée de ces milliers de loyalistes au cours des années 1780 contraint le gouvernement britannique à doter la province d'institutions parlementaires (une assemblée législative et un conseil législatif) similaires à celles des colonies voisines de la Nouvelle-Écosse et du Nouveau-Brunswick. Ainsi, dès 1784, des Canadiens et Britanniques de la Province de Québec forment des comités et lancent une pétition afin que le gouvernement britannique crée une Chambre d'assemblée dans la colonie. Le gouvernement britannique pour sa part souhaite diviser le territoire en deux pour mettre un terme aux différends qui opposent les Canadiens aux nouveaux colons britanniques..
Naissance des institutions parlementaires et du Parti canadien
thumb|362x362px|left|La Chambre d'assemblée du Bas-Canada, formée à la suite de la sanction de l'Acte constitutionnel de 1791
L'Acte constitutionnel de 1791 est sanctionné par le roi George III le et entre en vigueur le . Il scinde la Province de Québec en deux colonies distinctes dotées chacune d'un conseil législatif et d'une chambre d'assemblée : le Haut-Canada, aujourd'hui connu comme l'Ontario, et le Bas-Canada aujourd'hui connu comme le Québec. Il faudra près de deux ans pour que les habitants de la colonie se familiarisent avec les règles parlementaires britanniques.