Le musée de Grenoble, appelé musée de Peinture et de Sculpture de Grenoble jusque dans les années 1980, a été créé le par le professeur de dessin Louis-Joseph Jay. Principal musée d'art et d'antiquités de la ville de Grenoble, il est depuis 1994 situé place de Lavalette, à l'emplacement d'un ancien couvent des Franciscains édifié en 1218 et dont le site deviendra militaire à la fin du . Il fait partie des premiers musées d'art français par l'ampleur et l'équilibre de ses collections d'art ancien, moderne et contemporain..Louis-Clément de Ris, Les musées de province, tome , 1861, page 138..
Réparties sur d'expositions permanentes ainsi qu'un vaste jardin de sculptures, la plupart des disciplines artistiques y sont représentées et ses collections embrassent une période comprise entre l’Égypte antique et l’art contemporain. Cependant, grâce à l'action de l'un de ses conservateurs de l'entre-deux-guerres, il est considéré comme le tout premier musée d'art moderne en FranceLoïc Vadelorge, Les Musées de province dans leur environnement, page 60... Par ailleurs, ses salles d'expositions temporaires lui permettent d'accueillir des expositions dépassant pour certaines la barre des , faisant du lieu un pôle important de la vie artistique française. Il possède également la particularité architecturale d'avoir deux bâtiments construits à près de six siècles d'intervalle.
Parmi ses pièces les plus célèbres figurent le Saint Grégoire pape, entouré de saints et de saintes de Rubens, les quatre grands tableaux du peintre espagnol Francisco de Zurbarán, lIntérieur aux aubergines d'Henri Matisse, le portrait de Jackie Kennedy par Andy Warhol., ou Femme lisant, premier tableau de Pablo Picasso à entrer dans les collections publiques françaises en 1921.
Historique de l'institution Le , sur l'initiative de quelques citoyens grenoblois comme le général Joubert de La Salette, le professeur de dessin Louis-Joseph Jay, l'ancien maire Joseph Marie de Barral ou l'ancien imprimeur Giroud, une pétition pressante est adressée aux administrateurs du département les mettant en demeure de sauver de la destruction des tableaux et autres objets de valeur qui restent sous le séquestre de la Révolution depuis 1790Bulletin de la société de statistique du département de l'Isère, , tome , Maisonville et fils, Grenoble, 1880, page 148.Emmanuel Pilot-de-Thorey, Documentation et renseignements historiques sur le musée de Grenoble, éd. Mainsonville et fils, 1880, page 8.. La pétition est favorablement accueillie et un arrêté départemental du charge Jay et deux autres commissaires de réunir à Grenoble tout ce qui peut encore être conservé. Cependant, dans cette période troublée par la Révolution française, de nombreux tableaux ont déjà disparu notamment au monastère de la Grande Chartreuse où un inventaire effectué en 1790 relevait cent-vingt-cinq tableaux alors que Jay et son équipe n'en retrouvent plus que cinquanteJ. Roman, Histoire et description du musée-bibliothèque de Grenoble, ..
vignette|gauche|Louis-Joseph Jay, premier conservateur du musée. Huile sur toile réalisée en 1798 par Jacques Pajou et exposée au Petit Palais à Paris en 1935. Le musée de Grenoble est finalement fondé par un nouvel arrêté de l'administration départementale du , bien avant les autres musées de province françaisOuvrage collectif à l'occasion de l'exposition internationale de la houille blanche, Grenoble et sa région 1900-1925, page 295.. Ce jour-là, l'arrêté détaille la création d'un muséum à Grenoble, dans lequel l'article 10 stipule que « le citoyen Louis-Joseph Jay est nommé conservateur de ce muséum ». Arrivé à Grenoble en 1795, Jay est alors connu pour être le nouveau professeur de dessin à l'École centrale de la ville depuis le mois de mars 1796Candice Humbert, L’élaboration d’une culture artistique régionale : Grenoble et ses artistes de 1796 à 1853, 2016, pages 21 et 22.. Alors qu'il parvient avec beaucoup de difficultés et de luttes à réunir cent seize tableaux et quelques statues, le ministre de l'Intérieur annule en mai 1798 la création du musée invoquant l'excès de pouvoir de l'assemblée départementale. Cependant, l'arrêté est approuvé provisoirement le 17 décembre, et ne deviendra définitif que le lorsque le ministre de l'Intérieur mettra à disposition du musée un local nationalNotices des tableaux, statues, sculptures exposés dans le musée de Grenoble, An , page ..
Début 1799, tout en s'occupant de la collecte des œuvres d'art de l'Isère, Jay fait une demande de souscription publique afin d'acheter tableaux et dessins qui produit auxquels s'ajoutent du préfet. Muni de ce faible montant, il part pour Paris en 1799 afin d'acquérir quarante-sept tableaux. À la même époque, Jay obtient du gouvernement à force de démarches et de sollicitations, dix-sept toiles de maîtres en vertu d'une décision du .
Premier site vignette|240px|Premier site du musée. Jay ne ménage pas ses efforts pour l'aménagement des locaux d'avril à décembre 1800. Quatre grandes salles du premier étage de l'ancien évêché sont occupées pour l'inauguration qui se déroule le avec toutes les autorités civiles et militaires. Le musée compte alors d'art dont , ou gravures et disposées dans le jardin. Ces sculptures en bronze sont de Jacques Mimerel auxquelles s'ajoute un bas-relief également en bronze du sculpteur Jacob Richier, représentant le portrait équestre du premier duc de LesdiguièresNotices des tableaux, statues, sculptures exposés dans le musée de Grenoble, An , page 9..
Chaque salle porte un nom : la salle de l'Apollon de Belvédère est consacrée aux peintres français et aux statuesNotices des tableaux, statues, sculptures exposés dans le musée de Grenoble, An , page 10., la salle de Castor et Pollux poursuit l'école française et présente l'école italienneNotices des tableaux, statues, sculptures exposés dans le musée de Grenoble, An , page 21., le salon du gladiateur présente vingt-trois étapes de la vie de saint Bruno par Eustache Le Sueur ainsi que des dessins de l'école françaiseNotices des tableaux, statues, sculptures exposés dans le musée de Grenoble, An , page 41. et enfin le salon de la Vénus de Médicis présente l'école flamande, allemande et hollandaiseNotices des tableaux, statues, sculptures exposés dans le musée de Grenoble, An , page 45.. L'édifice accueille même le mausolée du chevalier Bayard provenant du couvent des Minimes de la Plaine avant son transfert à la collégiale Saint-André de GrenobleJ.-J.-A. Pilot, Recherches sur la sépulture de Bayard, 1866, page 21.Notices des tableaux, statues, sculptures exposés dans le musée de Grenoble, An , page 56.. Mais, quelques mois après son ouverture, la signature du concordat de 1801 par Napoléon Bonaparte va contraindre le musée à évacuer les locaux, afin de leur rendre leur destination première.
Cohabitation avec le lycée vignette|Plan de 1837 du du lycée. La grande salle du musée (4) est sur la gauche, le bureau du conservateur (1) est en haut à gauche. C'est ainsi que le musée procède à une nouvelle inauguration le dans l'École centraleAncien collège des jésuites qui prend le statut d'École centrale en 1796, puis celui de lycée en 1803. par le mathématicien et nouveau préfet Joseph FourierAuguste Prudhomme, Histoire de Grenoble, 1888, page 662.. Il occupe une partie du deuxième et du troisième étage de l'édifice au-dessus de la chapelle avec deux principales salles de chacuneArchives municipales de Grenoble, cote 2FI 330.. Un bureau est prévu pour le conservateur dans lequel trois d'entre eux s'y succéderont. Le cabinet des Antiques est également à cet étage mais dans la partie bibliothèque ( sur le plan), laissant supposer la visite des frères Champollion au musée lorsque Jacques-Joseph est nommé bibliothécaire-adjoint à partir de 1808. L'édifice est alors en bordure des remparts du début du , le long de la rue Derrière les remparts qui deviendra rue des Muriers, une rue supprimée plus tard pour l'extension du lycée et le tracé de la rue Condillac.
Le , durant la mandature de Charles Renauldon, un décret impérial transforme le musée jusqu'alors départemental en musée municipal. Le , un décret impérial attribue issus des conquêtes napoléoniennes à six villes françaises en donnant 31 à Grenoble dont le Saint Grégoire pape, entouré de saints et de saintesCatalogue des tableaux et objets d'art du musée de Grenoble en 1844, page .. En 1815, malgré une légère dispersion d'œuvres favorisée par le régime de la Seconde Restauration ( sont rendus aux propriétaires, 11 disparaissent et un nombre indéterminé est mis en dépôt dans les églises), les collections vont continuer de s'accroître. Dans ce contexte, Jay connu pour ses idées républicaines est destitué de son poste pour raison politique laissant la place de conservateur par intérim à deux conservateurs de la bibliothèque qui se succéderont au cours de l'année 1816, Jacques-Joseph Champollion et Amédée DucoinInventaire général des richesses d'art de la France, tome 4, Paris, Librairie Plon, 1892, .Emmanuel Pilot-de-Thorey, Documentation et renseignements historiques sur le musée de Grenoble, éd. Mainsonville et fils, 1880, page 103.. Le musée vivote alors durant deux longues années au cours desquelles l'humidité de gouttières endommagent certains tableauxCandice Humbert, L’élaboration d’une culture artistique régionale : Grenoble et ses artistes de 1796 à 1853, 2016, page 48..
Il faut attendre le mois de décembre 1817 pour voir l'arrivée du second conservateur du musée, Benjamin Rolland. Entre-temps, un nouveau maire remarquable par son savoir et ses goûts artistiques est nommé à la tête de la ville en 1816. Jean-François de Pina de Saint-Didier va favoriser la reconstitution des collections du musée en faisant voter des budgets importants permettant ainsi l'acquisition d'œuvres marquantes du comme une série de portraits de Ferdinand Bol ainsi que des œuvres d'artistes comme José de Ribera, Mattia Preti dit Calabrese, François de Troy ou Gerbrand van den EeckhoutCatalogue des tableaux du musée en 1911, page 7.. Il restera maire de la ville jusqu'en 1830 excepté durant la période de 1818 à 1824. La période de la Révolution étendue jusqu'à la monarchie de Juillet débutant en 1830 voit les groupements d'artistes disparaître, telle lAcadémie de peinture de Grenoble pourtant active depuis le Maurice Wantellet, Deux siècles et plus de peinture dauphinoise, 1987, p. 16.Auguste Prudhomme, Histoire de Grenoble, tome 2, (réédition), page 148.. En novembre 1831, sur proposition du sculpteur grenoblois Victor Sappey, s'ouvre une école municipale de sculpture architecturale entièrement consacrée à cette discipline culturelle qui, selon le maire Félix Penet, devient indispensable dans une ville étant sur le point de s'agrandir.
vignette|gauche|Lycée Stendhal où logeait le musée de 1802 à 1869. L'agrandissement de 1844 est sur la gauche de la façade.