vignette|droite|Opusculum in errores Monarchiae Antonii de Rosellis, 1499
Henri Institoris, en latin Henricus InstitorisLa forme Henricus Institoris est retenue par la BNF comme forme internationale pour cet auteur., en allemand Heinrich Kramer, né en 1436La BNF indique « 1430? ». à Sélestat, alors ville libre impériale d'Alsace, et mort en 1505 à Kremsier en Moravie (actuelle République tchèque), est un homme d'Église catholique, moine dominicain et inquisiteur.
Il est particulièrement connu comme coauteur de l'ouvrage de démonologie Malleus Maleficarum (Le marteau des sorcières) et comme un des premiers « chasseurs de sorcières » de l'Époque moderne.
Onomastique Son nom d'origine, en allemand (l'Alsace étant une province germanophone du Saint-Empire romain germaniqueComme la plus grande partie du Saint-Empire, qui comprend cependant des régions francophones (la comté de Bourgogne, le Hainaut), néerlandophones (le Brabant, la Hollande, etc.) et tchécophones (le royaume de Bohême).), Heinrich Kramer contient, outre le prénom Heinrich (Henri) un nom, Kramer (aujourd'hui orthographié Krämer), qui signifie « épicier ».
Son nom latin Henricus Institoris traduit le mot Kramer par Institor, qui signifie « marchand au détail, colporteur »Dictionnaire Gaffiot latin-français, page 833., mais Institor est au cas génitif (complément de possession) et non pas au nominatif (cas sujet), comme on le voit dans le texte latin du Malleus Maleficarum qui parle du venerabilis et religiosus frater Henricus Institoris (« le vénérable et pieux frère Henri Institoris »), phrase dans laquelle les mots venerabilis et religiosus frater Henricus sont au nominatif.
Biographie
Carrière jusqu'en 1485 Formé à l’école de latin de Sélestat, il prononce ses vœux au monastère dominicain en 1445, et est élu prieur deux ans plus tard. Il est aussi nommé inquisiteur, fonction dans laquelle il se fait remarquer par son zèle dans la chasse aux sorcières. Il sévit de l'Alsace au Tyrol.
Il reçoit le grade de docteur en théologie à Rome en 1479.
Le procès d'Innsbruck En 1485, il se rendit à Innsbruck (comté de Tyrol, détenu par la maison de Habsbourg) à la tête d'une commission inquisitoriale, décidé à Là, il fit juger par le tribunal épiscopal du diocèse plusieurs femmes accusées d'assassinat par « sorcellerie » ; mais l'évêque de Bressanone, Georg Golser, qui lui avait d'abord confié l'autorité juridique pour les questions de sorcellerie, eut vent des scandales entourant la pratique de Kramer et prit bientôt ses distances avec le DominicainBroedel 2003 , pp. 17-18.. L'un de ces scandales était la façon dont Kramer avait mené l’interrogatoire d’Helena Scheuberin, femme d'un notable, et de six bourgeoises d'Innsbruck. Golser observa que l'inquisiteur insinuait plus qu'il ne prouvait, et il lui demanda de confier les rênes du procès à l'un de ses confrères ; mais Kramer, qui s'entêtait à demeurer en ville pour obtenir des témoignages compromettants, reçut finalement l'ordre de partir, et il retourna en effet à Cologne ; quant au procès, il se conclut par des relaxes ou de simples peines de pénitence.
Malleus Maleficarum (1487) C’est sans doute cet échec qui le pousse, encouragé par une bulle pontificale de 1484, Summis desiderantes affectibus, a écrire, avec Jacques Sprenger, autre moine dominicain, le Malleus Maleficarum, publié pour la première fois à Strasbourg en 1487, par la suite réédité plus de trente fois, malgré son interdiction par l'Église dès 1490.
Le Malleus est un des premiers jalons du phénomène de la chasse aux sorcières, qui cessera seulement au cours du , frappant aussi bien des pays catholiques comme la France ou les Pays-Bas espagnols, que, après la Réforme de Martin Luther, des pays protestants.
Pourtant, non seulement le traité de sorcellerie d’Institoris et Sprenger n’obtint pas l’approbation de la Faculté de théologie de Cologne, mais il fut critiqué : outre le recours à des méthodes immorales et illégales, sa doctrine n’était pas conforme à la démonologie catholique ; mais ailleurs en Franconie, la réputation d’Institoris continuait de croître : les échevins de Nuremberg l’appelèrent à l'occasion d’un grand procès de sorcellerie en 1491.
Dernières années Puis le supérieur général des Dominicains, Joaquin de Torres, l'invita en 1495 à Venise pour y donner des conférences financées par le Patriarche de Venise. Henri Institoris put ainsi poursuivre l'écriture de nouveaux traités, jusqu'à ce qu'en 1500, Alexandre VI le nomme nonce papal, et le réaffecte comme inquisiteur de Bohême et de Moravie.
Henri Institoris continua d'écrire et de prêcher jusqu'à son dernier souffle. Il mourut à Kroměříž en Moravie.. Summers cite deux chroniqueurs dominicains du , Quétif et Échard, qui font de Kramer et Sprenger les gloires et héros de leur ordreM. Summers, , p. ix : .
Œuvres Malleus Maleficarum, 1487 Traduction française : Le marteau des sorcières, Jérôme Millon, 1993 (Traduction : Amand Danet ; préface : Robert Mandrou) . Réédité : Le marteau des sorcières. Le bréviaire des inquisiteurs, Jérôme Millon, 2005
Notes et références
Voir aussi Bibliographie Jean-Luc Eichenlaub, « Heinrich Institoris », Nouveau dictionnaire de biographie alsacienne, volume 18, p. 1752
Articles connexes Georg Golser Helena Scheuberin
Liens externes
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