vignette|redresse=1.3|Des membres de la police d'intervention (SWAT) et de la Police nationale philippine (PNP) prennent position dans l'une des entrées d'un centre commercial lors d'une prise d'otages dans la ville de San Juan.
Un otage est une personne retenue prisonnière par un preneur d'otage, et dont la vie sauve et la libération dépendent d'une exigence à remplir par une tierce partie. Les armées en guerre ont souvent, par le passé, recouru à cette pratique en territoire ennemi pour assurer la sécurité de leurs troupes ou réprimer des actes hostiles. Ce fut notamment le cas durant les deux Guerres mondiales.
Quand le motif est apolitique et ne vise qu'à l'obtention d'une rançon, on parle d'enlèvement, de kidnapping ou de rapt. Dans d'autres cas, il s'agit d'une forme de terrorisme visant à la libération de prisonniers, à la livraison d'armes ou à l'impunité des ravisseurs.
Étymologie Il y a débat autour de l'étymologie du mot "otage".
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En germanique, ghil ou ghisil signifie « otage » ou « héritier ». Il a donné les prénoms Gilbert, Gilles, Gisèle, Ghislain (ou Guislain).
Une autre définition du terme « otage » est issu de la famille de hôte, hôtel... (h)ostage. L'otage (souvent un fils ou des vassaux) était forcé de loger dans la « demeure » du vainqueur et garantissait que le vaincu allait appliquer les conditions du traité de paix. Exemple : les fils de François , otages de Charles Quint.
Historique Les prises d'otages ont toujours existé dans l'histoire, en tant qu'arme de guerre mais ne recouvraient pas toujours une notion négative. Selon l'historien Gilles Ferragu, la fonction des otages était également de .
Ainsi, la pratique des otages donnés voulait qu'un pays vaincu ou qui s'engageait à quelque chose fournisse des otages (souvent de haut rang) au vainqueur ou à celui envers qui il s'engageait (parfois un allié) comme garanties, en attendant que toutes les obligations qu'il avait soient remplies. Ce type d'otages s'apparente à des hôtes et ceux-ci sont bien traités, bénéficiant d'un cadre de vie semblable à celui qu'ils ont quitté.
Si les otages de guerre sont une pratique qui remonte à l'Antiquité, la prise d'otages civils est plus récente.
Antiquité Dans l'Antiquité, les otages étaient parfois offerts à un autre État pour garantir un traité. Cette pratique était utilisée par plusieurs civilisations :
Dans l'Égypte Antique, pharaon s'assurait ainsi de la loyauté des vaincus ou d'une protection contre des pays potentiellement dangereux, en retenant des membres éminents de ceux-ci.
Chez les romains, Aetius fut otage romain chez les Wisigoths mais aussi dans l'autre sens, Arminius fut otage chérusque chez les Romains. Les otages étaient des personnes de valeur, souvent des enfants, considérés comme les garants de la sécurité de leur "hôte". Ces personnes de valeur, comme Philippe de Macédoine, le père d'Alexandre le Grand, otage de Thèbes, ou encore Vercingétorix, étaient traitées selon leur rang. Au , les Spartiates faits prisonniers après la bataille de Sphactérie sont utilisés par Athènes comme otages, mais dans un seul but : priver Sparte de sa supériorité militaire en les gardant prisonniers.
Le jeune Jules César fut capturé par des pirates en Cilicie, contre une rançon dont il jugea vexante la modestie.
Moyen Âge Au Moyen Âge, les otages sont majoritairement utilisés dans un but purement pécuniaire, la valeur marchande des otages étant déterminée par leur rang, comme chez les Vikings.
Guy de Lusignan, roi latin de Jérusalem, est fait prisonnier par Saladin, ce dernier le traitant selon son rang de souverain en attendant le versement d'une rançon. C'est le cas également de Jean le Bon otage d'Édouard III à Bordeaux puis à Londres.
En 1347, les bourgeois de Calais se livrent en otages au roi Édouard III d'Angleterre, et sauvent ainsi la ville de la destruction.
La durée de la captivité peut varier. A titre d'exemple, Jean d’Orléans, livré à 12 ans au duc de Clarence en 1412 et libéré en 1445, a été captif pendant 33 ans.
Il existe des ordres religieux spécialisés dans la négociation d'otages : Ordre de la Très-Sainte Trinité, Ordre de Notre-Dame-de-la-Merci dont la mission principale est le rachat des chrétiens captifs des pirates barbaresques.
Siècle des Lumières Au , la pratique de prendre des otages comme garantie devient obsolète. À la Révolution française, l'otage devient une cible : Loi des suspects du , loi des otages du en vertu de laquelle les administrations des départements où avaient lieu des troubles politiques peuvent arrêter comme otages, les parents des émigrés et les adversaires notoires de la République.
Le , la Commune de Paris publie le « décret des otages » précisant . Selon l’article 5, « Décret des otages » du 2 prairial An 79, sur Wikisource.
Première Guerre mondiale
Pendant l'occupation allemande dans le nord-est de la France, un certain nombre de civils furent pris en otages comme Jean-Baptiste Langlet, maire de Reims, et certains fusillés, actes dénoncés par les Français comme atrocités allemandes.
Dès leur installation dans la région lilloise le , les Allemands commettent des exactions multiples, paralysant la vie économique de la région. Des otages ont également été capturés, « toutes classes confondues, exilés au camp de Gustrow ou à la forteresse de Rastad ». Les Allemands quitteront la région le .
Guerre civile russe (1918-1921) En , la révolution russe est confrontée à une forte résistance, la guerre civile est partout. Le gouvernement des soviets annonce dans la Pravda et les Izvestia qu'il considère ses prisonniers de la Garde blanche et des groupes Savinkov et Wrangel comme des otages : en cas d'attaque contre les chefs des soviets, ils seront « exterminés sans merci ». Lisant cela, Pierre Kropotkine, l'anarchiste, s'adresse aussitôt à Lénine : « Respecté Vladimir Iltich, n'y a-t-il personne autour de vous pour rappeler à vos camarades que de telles mesures sont un retour aux pires périodes du Moyen Âge ? Quiconque se soucie de l'avenir du communisme ne peut y recourir. Personne n'a-t-il expliqué ce qu'est réellement un otage ? Un otage est détenu non pas en punition de quelque crime mais pour exercer un chantage sur l'ennemi avec sa mort. Vos camarades ne comprennent-ils pas que pour les otages et leurs familles, cela équivaut à une restauration de la torture ? N'y verra-t-on pas le signe que vous considérez votre expérience communiste comme un échec et que ce n'est plus tant ce système qui vous est si cher que vous essayez de sauver mais votre propre peau ? »
La guerre civile russe est d'une violence extrême. Dans une analyse sur les violences commises pendant cette période, Nicolas Werth analyse les raisons de cette violence, basée sur un clivage amis/ennemis du peuple: "Bien plus que la simple canalisation d’une violence sociale, la « terreur de masse » se déploie et se développe comme une politique volontariste, théorisée et revendiquée, sans la moindre inhibition, comme un acte de régénération du corps social. Elle s’affirme comme l’instrument d’une politique d’hygiène sociale visant à éliminer de la nouvelle société en construction des groupes définis comme « ennemis »."
La prise d'otages devient un instrument de terreur du pouvoir pendant la période dite de la « Terreur Rouge », initiée par les bolcheviks.
En , en représailles à un double attentat contre Ouritskiii, chef de la Tcheka de Petrograd et contre Lénine, "environ 1300 « otages de la bourgeoisie », détenus dans les prisons de Petrograd et de Kronstadt, sont massacrés par des détachements de la Tcheka."
D'autres exécutions massives « d’otages de la bourgeoisie » se dérouleront dans plusieurs villes du pays entre septembre et . Le nombre estimé de ces victimes se situe entre 10 000 à 15 000 victimes.
Seconde Guerre mondiale vignette|droite|upright=1|Annonce allemande de l'exécution de 100 otages polonais en représailles de la mort de deux soldats allemands à Varsovie, en Pologne occupée, pendant la Seconde Guerre mondiale (février 1944).
Depuis le , la répression allemande dans la France occupée se traduit par des prises d'otages à la journée, sans les fusiller. Cette répression se radicalise après le qui voit le communiste Pierre Georges, futur colonel Fabien, aidé de Gilbert Brustlein abattre un officier allemand, l'aspirant Moser au métro Barbès, à Paris. Dès le lendemain, les Allemands font de tous leurs prisonniers des otages afin de tenter d'enrayer la nouvelle extension de ces actions de résistance.
Le , Hitler fait donner le « décret Keitel » qui préconise la peine de mort pour tous les délits à l'encontre de la puissance d'occupation allemande et fixe à 50 ou 100 le nombre d'otages à exécuter pour la mort d'un soldat allemand. Publié le par le Commandement militaire des forces d'occupation allemandes (MBH), un « code des otages » précise les règles du « choix » des victimes potentielles, le ministre de l'Intérieur de Vichy, Pierre Pucheu, suggérant aux Allemands les noms de ces otages.
Aspects juridiques
En , l'Assemblée générale des Nations unies adopte, à l'unanimité, la convention internationale contre la prise d'otages..
Otages notables Otages français