Zita de Bourbon-Parme (en italien : , en allemand : , en hongrois : et en croate : ), princesse de Parme puis, par son mariage, impératrice d'Autriche et reine de Hongrie, est née le à Camaiore, en Italie, et morte le à Zizers, en Suisse. Épouse de l'empereur , elle est la dernière impératrice d'Autriche, reine de Hongrie et reine de Bohême. L'Église catholique la considère comme servante de Dieu.
Dix-septième enfant du duc , destitué du duché de Parme et Plaisance après l'annexion de ce dernier par le royaume de Piémont-Sardaigne, et de l'infante Maria Antónia de Portugal, sa deuxième épouse, Zita se marie avec l'archiduc Charles d'Autriche en 1911. Celui-ci devient l'héritier direct de l'empereur François-Joseph d'Autriche en 1914, après l'assassinat de son oncle l'archiduc François-Ferdinand d'Autriche. Charles accède ensuite au trône en 1916, après la mort de l'empereur.
Après la Première Guerre mondiale, en 1918, les Habsbourg-Lorraine sont déposés tandis que l'Autriche-Hongrie est divisé en plusieurs États indépendants : l'Autriche, la Tchécoslovaquie, la Hongrie et l'État des Slovènes, Croates et Serbes principalement. Charles et Zita sont alors forcés de s'exiler en Suisse puis à Madère, où Charles meurt en 1922. Pendant son veuvage et alors qu'elle n'a que , Zita et son fils Otto deviennent des symboles d'unité pour la dynastie bannie. Fervente catholique, Zita reste fidèle à la mémoire de son mari et élève ses huit enfants dans les traditions de la Maison de Habsbourg-Lorraine. Son procès en béatification, ouvert le , est en cours.
Jeunesse vignette|gauche|La famille de , duc de Parme. De gauche à droite, au premier rang : Immaculée, Antonia, Isabelle, le duc Robert, Henriette, Louis, Gaëtan, la duchesse Maria Antonia, René, Zita (assise tout à droite). De gauche à droite, au deuxième rang : Françoise, Pia, Louisa, Adélaïde, Thérèse, Joseph, Xavier, Henri, Sixte, Félix. Villa Pianore, 1906.
Zita de Bourbon-Parme est née dans la Villa Pianore, une grande propriété entre Pietrasanta et Viareggio, dans la province italienne de Lucques, le . Son prénom est un hommage à sainte Zita de Lucques, servante mais femme de caractère ayant vécu en Toscane au .
La princesse est la troisième fille et le cinquième enfant de l'ancien duc souverain de Parme et de sa deuxième épouse, Antónia de Bragance, une des filles du roi et de son épouse Adélaïde de Löwenstein-Wertheim-Rosenberg. Le père de Zita, ayant ceint la couronne de Parme à l'âge de 6 ans après l'assassinat de son père, régnait sous la tutelle de sa mère Louise d'Artois, petite-fille du roi Charles X de France et soeur du comte de Chambord, prétendant au trône de France qui s'occupa paternellement de ses neveux et nièces. Le très jeune souverain fut chassé de son trône en 1859 sous la pression des troupes du roi de Sardaigne soutenues par celles de Napoléon III. Les différents souverains de la péninsule italienne furent de même défaits et en 1860 le roi de Sardaigne put être proclamé roi d'Italie ; la défaite des princes catholiques et conservateurs marqua l'aboutissement des idées du Risorgimento.
De son premier mariage avec la princesse Maria Pia de Bourbon-Siciles naquirent douze enfants, dont six sont handicapés mentaux et trois sont morts en bas âge. La duchesse Maria-Pia mourut en couches et en 1882, le duc épousa en secondes noces l'infante Antonia qui lui donna également douze enfants dont la future impératrice-reine qui était la dix-septième enfant du duc.
L'ancien duc vit avec sa famille à la Villa Pianore et en son , en Basse-Autriche. C'est principalement dans ces deux résidences que Zita passe ses premières années. La famille passe la majeure partie de l'année en Autriche, et ne descend à Pianore que pour l'hiver. Ils effectuent le voyage dans un train de seize wagons, spécialement aménagé pour accommoder la famille, sa suite et ses biens.
Zita, ses frères et ses sœurs apprennent à parler italien, français, allemand, espagnol, portugais et anglais. L'impératrice se souvient :
À dix ans, Zita est envoyée en pension chez les Sœurs de la Visitation à Zangberg, en Haute-Bavière, chez qui règne un régime strict d'étude et d'instruction religieuse, mais elle est rappelée à la maison à la mort de son père, à l'automne 1907. Sa grand-mère maternelle envoie alors Zita et sa sœur Françoise terminer leur éducation dans un couvent bénédictin de l'île de Wight (où sont réfugiés les moines français de l'abbaye Saint-Pierre de Solesmes chassés par la politique anticléricale du gouvernement français). Élevés dans la foi catholique, les enfants Parme accomplissent régulièrement de bonnes œuvres pour les démunis. À Schwarzau, la famille transforme du tissu en surplus en vêtements. Zita et Françoise distribuent personnellement nourriture, vêtements et médicaments aux nécessiteux de Pianore. Trois des sœurs de Zita entrent dans les ordres et deviennent bénédictines à l'abbaye Sainte-Cécile de Solesmes. La princesse adolescente envisage elle aussi de suivre ce chemin. Durant toute une période, la santé de Zita décline et elle est envoyée suivre une cure dans un spa européen pendant deux ans.
Mariage vignette|Le mariage de Zita et Charles, 21 octobre 1911.
L'archiduchesse d'Autriche Marie-Thérèse de Bragance, tante maternelle de Zita, est veuve de l'archiduc Charles-Louis dont elle fut la troisième épouse. Elle réside à la Villa Wartholz, non loin du château de Schwarzau. L'empereur François-Joseph éprouve de l'estime pour cette belle-sœur qui a l'âge de ses enfants. L'archiduchesse Marie-Thérèse a cependant soutenu son beau-fils, l'archiduc-héritier François-Ferdinand, qui a contracté en 1900 un mariage morganatique mettant à mal les règles de succession au trône impérial et royal. Elle est aussi la belle-mère de l'archiduc Otto, mort en 1906, et donc belle-grand-mère de l'archiduc Charles, alors deuxième dans l'ordre de succession au trône d'Autriche. Les deux filles de Marie-Thérèse sont les cousines germaines de Zita et les demi-tantes de Charles. Tous deux se rencontrent durant leur enfance, mais leurs études les séparent pendant presque dix ans. En 1909, le régiment de dragons de Charles est stationné en Bohême à Brandeis an der Elbe, d'où il rend visite à sa tante à Franzensbad. C'est au cours d'une de ces visites que Charles et Zita se retrouvent. L'empereur qui a 80 ans, échaudé par le mariage de son héritier et se reprochant secrètement sa faiblesse, presse son héritier en second de se marier avec une femme de son rang. Membre de la Maison de Bourbon, Zita est donc un bon parti pour le futur empereur et roi même si celui-ci ne pense accéder au trône que dans trente ans. Zita se rappellera plus tard :
L'archiduc Charles se rend à la Villa Pianore, demande la main de Zita et les fiançailles religieuses se déroulent le dans la chapelle du château. Zita se souviendra plus tard qu'après ses fiançailles, elle avait exprimé à Charles ses craintes à propos du destin de l'empire d'Autriche et les défis de la monarchie. En raison d'une situation politique compliquée, Zita se rend seule à Rome pour solliciter la bénédiction du pape Pie X, qui la leur accorde. Charles et Zita se marient au château de Schwarzau le au cours d'une cérémonie célébrée par le cardinal Gaetano Bisleti, majordome du pape. C'est le cousin germain de Zita, Jacques de Bourbon, qui la conduit jusqu'à l'autel ; ayant toujours souhaité épouser la jeune fille, Zita dit en souriant à Jacques : .. L'empereur François-Joseph, le grand-oncle de Charles, alors âgé de 81 ans, est présent et de bonne humeur, soulagé de voir un de ses héritiers faire un mariage convenable. Il lance même un toast au petit déjeuner du mariage. L'archiduchesse Zita est rapidement enceinte d'un fils, et l'archiduc Otto naît le , premier d'une fratrie de huit.
Épouse de l'héritier du trône d'Autriche À cette époque, l'archiduc Charles, âgé d'une vingtaine d'années, ne prévoit pas de devenir empereur avant un certain temps, surtout tant que François-Ferdinand reste en bonne santé. Tout change le , quand l'héritier du trône et sa femme Sophie, duchesse de Hohenberg, sont assassinés à Sarajevo par des nationalistes serbes de Bosnie. Charles et Zita reçoivent la nouvelle par télégramme le jour même. Cette dernière dit de son mari :
L'archiduchesse Marie-Thérèse prit soin des trois enfants du couple assassiné qui, issus d'un mariage morganatique, n'étaient pas dynastes.
Dans la guerre qui s'ensuit, Charles est promu général de l'armée autrichienne et prend le commandement du Corps pour une offensive dans le Tyrol tandis que l'archiduchesse, assurant la continuité de la succession, porte à leur terme trois grossesses pendant les quatre années que durent le conflit. La guerre est une période difficile pour la jeune archiduchesse héritière car plusieurs de ses frères se battent des deux côtés dans le conflit : les princes Félix et René ont rejoint l'armée autrichienne, tandis que les princes Sixte et Xavier, qui vivaient en France avant la guerre, se sont engagés dans l'armée belge. De surcroît, son pays natal, l'Italie, rejoint la guerre contre l'Autriche en 1915 et des rumeurs sur « Zita l'italienne » commencent à circuler. À la demande de l'empereur François-Joseph, l'archiduchesse et ses enfants quittent leur résidence de Hetzendorf pour s'installer dans une suite du palais de Schönbrunn. Zita y passe de nombreuses heures avec le vieil empereur de manière formelle ou informelle, et celui-ci lui confie ses craintes pour l'avenir. Elle reçoit aussi pour mission la visite des hôpitaux sur le front roumain.
L'empereur François-Joseph meurt d'une bronchite et d'une pneumonie à l'âge de 86 ans le . Selon la Pragmatica Sanctio, Charles devient alors automatiquement titulaire des titres du défunt. , racontera-t-elle plus tard,
Impératrice et reine vignette|redresse|Le roi Charles IV de Hongrie, avec Zita et le dauphin Otto. Portrait de couronnement à Budapest, 1916.
Charles et Zita sont couronnés roi et reine de Hongrie à Budapest le par le prince-primat cardinal János Czernoch. La cérémonie est suivie d'un banquet, mais les festivités s'arrêtent là, car l'empereur et l'impératrice ne jugent pas qu'il soit bon de les prolonger en temps de guerre. Au début de son règne, Charles est souvent loin de Vienne et il fait donc installer une ligne de téléphone de Baden (où son quartier général est situé) à la Hofburg. Il appelle Zita plusieurs fois par jour quand ils sont séparés. Zita a quelque influence sur son mari et assiste discrètement aux audiences avec le Premier ministre ou aux briefings militaires. Elle a tout particulièrement un intérêt pour les politiques sociales. En revanche, les matières militaires sont le domaine exclusif de Charles. Énergique et volontaire, Zita accompagne son mari en province et au front tout en s'occupant d'œuvres charitables et en se rendant au chevet des blessés de guerre.
L'affaire Sixte
Alors que la guerre tire vers sa quatrième année, l'un des frères de Zita, Sixte, qui sert dans l'armée belge, tient une place importante dans un plan pour que l'Autriche-Hongrie fasse une paix séparée avec la France. Charles a commencé à prendre contact avec Sixte à travers des rencontres en Suisse, pays neutre, avec le prince Erdödy, et Zita a écrit une lettre l'invitant à Vienne. La mère de Zita, la duchesse douairière de Parme Antonia, également tante maternelle de la reine des Belges, a remis la lettre en personne.