Curd Jürgens, né le à Solln (royaume de Bavière dans l'Empire allemand) et mort le à Vienne (Autriche), est un acteur et réalisateur de cinéma allemand et autrichien.
Il est révélé par le film Jeunes Filles de Vienne tourné en 1944 quand le réalisateur autrichien Willi Forst remarque ce jeune acteur dont le talent pouvait convenir pour son film. Curd Jürgens a joué dans environ pendant plus de quatre décennies. En tant qu'acteur de cinéma, il compta dès la fin des années 1950 parmi les quelques vedettes germanophones à la renommée mondiale et participa jusqu'à sa mort à de nombreuses productions internationales.
C'est avec le film Le Général du Diable (1954) d'Helmut Käutner, d'après la pièce éponyme de Carl Zuckmayer, que Curd Jürgens a réussi sa percée internationale, ce qui lui a valu de jouer dans Les héros sont fatigués (1955) avec Yves Montand et de gagner la Coupe Volpi de la meilleure interprétation masculine, puis de s'illustrer dans les films français Et Dieu… créa la femme (1956) de Roger Vadim aux côtés de Brigitte Bardot et Jean-Louis Trintignant, Michel Strogoff (1956) de Carmine Gallone avec Geneviève Page, Les Espions (1957) d'Henri-Georges Clouzot avec Gérard Séty, Le vent se lève (1959) d'Edward Dmytryk avec Mylène Demongeot, Katia de Robert Siodmak avec Romy Schneider dans le rôle-titre, Château en Suède (1963) de Vadim avec Monica Vitti et Françoise Hardy, Le Jardinier d'Argenteuil (1966) de Jean-Paul Le Chanois avec Jean Gabin et La Gueule de l'autre (1979) de Pierre Tchernia avec Michel Serrault et Jean Poiret. Il a souvent tenu des rôles d'aventuriers séducteurs puis, avec l'âge, de figures d'autorité. Sa silhouette imposante, ses cheveux blonds puis blancs et ses yeux bleus le prédestinaient également à interpréter des aristocrates légèrement froids et séduisants ainsi que des hommes d'affaires. On l'a vu dans divers films de guerre dont Le Jour le plus long (1962) sur le débarquement allié, Les Parias de la gloire (1964) sur la bataille d'Alsace, La Bataille d'Angleterre (1969) ou La Bataille de la Neretva (1969) en Yougoslavie occupée. En 1977, il interprète Karl Stromberg, l'antagoniste de Roger Moore en James Bond, dans le film L'Espion qui m'aimait (sous le nom anglicisé de « Curt Jurgens », probablement parce que « lemon curd » est le nom d'une sucrerie populaire dans le monde anglo-saxon).
Il a réalisé quatre longs métrages : Primes sur la mort (1950), Gangsterpremiere (1951), Les Drogués (1957) et Fric-frac rue Latour (1961) où il tient également le rôle principal. Il s'est aussi consacré au théâtre ainsi qu'à la récitation d'œuvres littéraires, notamment à la télévision et sur disques.
Biographie Jeunesse Curd Gustav Andreas Gottlieb Jürgens est né le dans le quartier munichois de Solln dans le royaume de Bavière, du temps de l'Empire allemand. Fils d'un commerçant aisé de Hambourg et de Marie-Albertine Noir, institutrice originaire d'Évian-les-Bains en Haute-Savoie, Curd Jürgens est éduqué dans un contexte bilingue français-allemand. Il a aussi deux sœurs plus âgées, Jeanette et Marguerite. Le père de Jürgens s'était installé à Berlin après un intermède à Munich, à la suite d'affaires lucratives (qui l'ont souvent et longtemps conduit dans les régions d'Extrême-Orient de l'Empire russe, même après la Première Guerre mondiale Eberhard Spiess: Berlin und Wien – Skizzen zu einer Karriere 1935–1945. In: Hans-Peter Reichmann, Deutsches Filmmuseum (Hrsg.): Curd Jürgens (= Kinematograph Nr. 14, Schriftenreihe des Deutschen Filmmuseums). Henschel, Berlin 2007, , p. 15.). Curd Jürgens passe sa jeunesse dans le quartier berlinois huppé de Neu-Westend (Oldenburgallee 57) et évoque dans son autobiographie cette période agréable… und kein bisschen Weise ( « …et sans une once de sagesse »).
A la fin de ses études, il commence une carrière de journaliste au 8-Uhr Abendblatt. Parallèlement, il prend des cours de comédie, à l'instigation de son épouse actrice, Louise Basler, qu'il épouse en 1938. Il s'essaie ensuite, sans grand succès, comme réalisateur et scénariste, essentiellement dans des productions autrichiennes. En 1933, il a été victime d'un grave accident de voiture. Il n'a pas pu avoir d'enfants en raison d'une opération pratiquée sur lui pour réparer les blessures subies lors de l'accident. En 1935, il se présente à la société UFA.
Premiers films Jürgens fait ses débuts au cinéma dans (1935), dans le rôle de François-Joseph Ier d'Autriche. Il joue dans la comédie (1935) et a un petit rôle dans (1936), (1937) et (1937).
Seconde Guerre mondiale Pendant la guerre, Jürgens apparaît dans (1940) (dans le rôle de Carl Millöcker), Aimé des dieux (1942) (dans le rôle de Joseph II, empereur du Saint-Empire), et Les femmes ne sont pas des anges (1943).
En ce qui concerne la situation politique et l'émigration à la fin des années 1930, Curd Jürgens a raconté en 1970, dans une interview pour l'émission autrichienne de l'Österreichischer Rundfunk Filmgeschichte(n) aus Österreich, son engagement auprès du réalisateur Willi Forst pour Jeunes Filles de Vienne :
Après le tournage de Jeunes Filles de Vienne, en , il croise par hasard dans un café viennois Robert Kaltenbrunner, le frère du chef de la Gestapo Ernst Kaltenbrunner, l'Obersturmbannführer-SS Otto Skorzeny ainsi qu'un collègue de Baldur von Schirach : son attitude leur déplaît et quelques jours plus tard il reçoit un ordre d'affectation pour un camp de travail forcé en tant que « politiquement douteux ». Quelques semaines plus tard, il réussit à s'évader et à semer ses poursuivants.
Après-guerre vignette|gauche|Curd Jürgens (à droite) et Paul Hartmann dans Le Jour le plus long (1962). Après la guerre, pendant peu de temps, il est intendant du théâtre de Straubing, et eut, en vain, le projet de reprendre le théâtre Hébertot. En 1946, Curd Jürgens, qui vivait alors déjà à Vienne et était fiancé à Judith Holzmeister, décida de prendre la nationalité autrichienne, qu'il aurait obtenue le jour même après une conversation téléphonique entre le directeur du Burgtheater et le chancelier fédéral Leopold Figl. La raison de sa demande était qu'en tant qu'Allemand, il n'avait pas reçu d'autorisation de voyage de la part des autorités d'occupation soviétiques pour une tournée du Burgtheater en Suisse avec Käthe Dorsch, qui ne voulait jouer qu'avec lui. En tant que citoyen autrichien, il fut autorisé à voyager„Normannischer Kleiderschrank, Wiener Bürger“ – Teddy Podgorsky erinnert an den legendären Filmstar Curd Jürgens. In: Österreich-Bild aus dem Landesstudio Wien, 3. April 2001, 18:25, ORF2.. Selon ses propres dires, Jürgens possédait déjà un passeport autrichien avant la guerre, depuis 1935.
Après la guerre, Jürgens apparaît dans La Maison chantante (1948) et L'Ange à la trompette (1948). Il tient un rôle principal romantique dans (1948) et joue dans Valse céleste (1948), Lambert fühlt sich bedroht (1949) et Primes sur la mort (1950), dont il est également réalisateur.
Jürgens tient désormais régulièrement des rôles principaux : Schuß durchs Fenster (1950), Le baiser n'est pas un péché (1950), (1950) et (1950). Il a joué un rôle secondaire dans Le Mystère de la vie (1952), Vienne, premier avril an 2000 (1952), La Rose de Wörthersee (1952), (1953) et (1953). Jürgens joue dans une comédie musicale, (1953), avec Eva Bartok, une actrice britannique d'origine hongroise dont il tombe amoureux et qu'il épouse. Il joue dans (1954) et (1954). Un autre film avec Bartok, (1954), est une coproduction avec une société américaine. Après Prison d'amour (1954), il tourne dans une autre coproduction, Orient-Express (1954), puis dans Le destructeur (1955) de Georg Wilhelm Pabst.
Vedette internationale vignette|gauche|Curd Jürgens, Simone Jürgens, Willy Brandt et Romy Schneider en 1971. L'acteur s'est engagé pour le Chancelier fédéral d'Allemagne puis président de l'Internationale socialiste dans ces années-là. Le premier grand rôle de Jürgens à l'international est celui de Le Général du Diable (1955), un portrait fictif d'Ernst Udet, un as de l'aviation de la Première Guerre mondiale et un général de la Luftwaffe de la Seconde Guerre mondiale. Il joue ensuite dans (1955) et Les Rats (1955), réalisés par Robert Siodmak et interprétés par Maria Schell. Les héros sont fatigués (1955) d'Yves Ciampi est une coproduction avec la France, avec Yves Montand. Dans Le Diable en personne (1956), il partage la vedette avec Lilli Palmer.
Jürgens joue aux côtés de Bartok dans (1956) puis dans Les Drogués (1956), sa troisième réalisation. Il tient le rôle principal du film Et Dieu… créa la femme de Roger Vadim, avec Brigitte Bardot, qui connaît un succès phénoménal dans le monde entier. En raison de sa stature et de son charme nordique, l'acteur d'1,93 mètre est surnommé « l'armoire normande » par Bardot, qui était visiblement sous le charme. La presse allemande le traduisit littéralement . Après un film italien, Londres appelle Pôle Nord (1956), Jürgens joue le rôle-titre dans Michel Strogoff (1956), un autre grand succès, le film le plus populaire de l'année en France.
Jürgens est désormais une vedette internationale du cinéma. Il tourne dans Amère victoire (1957) avec Richard Burton et du réalisateur Nicholas Ray, Les Espions (1957) pour Henri-Georges Clouzot, puis apparaît dans son premier film hollywoodien, Torpilles sous l'Atlantique (1957), dans lequel il interprète un commandant de sous-marin allemand. Michael Powell voulait que Jürgens joue Heinrich Kreipe dans Intelligence Service (1957) mais la Rank Organisation n'a pas voulu payer son cachet.
Jürgens a joué dans un film français, Tamango (1958) de John Berry, aux côtés de l'Américaine Dorothy Dandridge avec laquelle il a entretenu une liaison. Jürgens s'est rendu à Hollywood pour jouer dans Le Démon de midi (1958) pour Blake Edwards, Moi et le colonel (1958) avec Danny Kaye et L'Auberge du sixième bonheur (1958) avec Ingrid Bergman, qui a été très populaire. Un article paru dans Variety en indiquait qu'il était « en passe de devenir une autre idole d'âge moyen adulée dans la tradition d'Ezio Pinza », précisant qu'il était « apparu dans 89 films et un nombre égal de pièces de théâtre. En 1957, il a joué dans sept films, quatre tournés en France en versions anglaise, française et allemande et trois produits sur la côte ».
En Allemagne, Jürgens joue dans (1958), puis pour Rank, et il partage l'affiche avec Orson Welles dans Visa pour Hong Kong (1959), qui est un énorme échec au box-office en Angleterre et aux États-Unis. À Hollywood, il joue dans L'Ange bleu (1959) aux côtés de May Britt, le remake du film éponyme de 1930. Il tourne Katia (1959) de Robert Siodmak dans lequel il interprète le tsar Alexandre II aux côtés de Romy Schneider qui interprète sa femme Ekaterina Mikhaïlovna Dolgoroukova dite « Katia ». En , Jürgens déclare vouloir mélanger des films hollywoodiens avec des films non hollywoodiens afin que les producteurs mondiaux ne l'oublient pas. Variety le qualifie de « vedette internationale la plus active au monde aujourd'hui ».
Jürgens joue dans L'Homme des fusées secrètes (1960). Lors de la promotion de ce dernier, il annonce qu'il a créé sa propre société, Cinestar, et qu'il ne tournera plus de films allemands maintenant que les producteurs ont fixé un cachet maximum de .
Il tourne Le Joueur d'échecs (1960), un film de la Rank tourné en Allemagne, puis (1960) de Rolf Hansen et Fric-frac rue Latour (1961), qu'il réalise également. vignette|Curd Jürgens en 1976. Jürgens apparaît dans une suite de son précédent succès, Le Triomphe de Michel Strogoff (1962) et joue dans Le Désordre (1962) avec Louis Jourdan. Il incarne le général allemand Günther Blumentritt dans Le Jour le plus long (1962).