Kino (en russe : , « cinéma » Prononciation retranscrite selon la norme API.) est un groupe de rock soviétique des années 1980.

Formé en 1981 à Léningrad (aujourd'hui Saint-Pétersbourg), Kino devient, grâce au charisme de son chanteur et auteur Viktor Tsoï, le groupe phare de la fin de l'Union soviétique.

Les chansons de Viktor Tsoï reflètent les préoccupations de la jeunesse soviétique de l'époque : chansons d'amour, révolte contre le monde des adultes, préoccupations écologiques, petites scènes de la vie quotidienne. Les textes en sont d'une grande simplicité qui émeut nombre d'auditeurs. Les derniers albums du groupe adoptent un ton plus sombre et l'influence des groupes new wave britanniques se fait sentir sur quelques chansons. Tsoï tourne également dans quelques films.

En 1986, avec Aquarium, Alissa et Strannye Igri, Kino enregistre aux États-Unis l'album historique Red Wave, signant l'entrée du rock soviétique sur la scène internationale.

Le groupe se sépare après la mort de Viktor Tsoï le dans un accident de voiture (il se serait endormi au volant), marquant l'un des derniers destins tragiques de la musique russe du . Sa popularité est encore très grande dans les pays de langue russe et sa personne fait même l'objet d'une sorte d'idolâtrie. avec notamment la création du mur de Tsoï. dans le vieil Arbat au cœur historique de Moscou où se recueillent encore aujourd'hui ses fans venus de toutes les anciennes Républiques Soviétiques..

Le groupe Kino et son chanteur sont les personnages principaux du film russe de Kirill Serebrennikov sorti en 2018, Leto.

Histoire

Formation Le groupe est formé à l’été 1981 à Léningrad (aujourd’hui Saint-Pétersbourg) par Viktor Tsoï (chant, guitare, composition), Alekseï Rybin (guitare) et Oleg Valinski (batteur), sous le nom de « Garin y Giperboloidy » (en russe: Гарин и гиперболоиды ), d’après le roman d’Alexis Tolstoï l'Hyperboloïde de l'ingénieur Garine. Oleg Valinski est rapidement contraint de quitter le groupe, ayant reçu ordre de mobilisation par l’armée. Tsoï et Rybin sont admis dans le Rock club de Léningrad, institution où les groupes peuvent légalement se produire pour la première fois. Cette initiative inédite n’a toutefois rien d’innocent : le club est supervisé par les autorités, qui peuvent ainsi mieux contrôler l'expression artistique de la jeunesse en la rassemblant dans un seul lieu. Ainsi, les musiciens qui souhaitent intégrer le club doivent faire approuver au préalable leurs textes par le KGB.

Au début de l’année 1982, comprenant l’attrait d’un nom plus court et percutant, le groupe se renomme en Kino. Tsoï aurait été inspiré par l’enseigne lumineuse d’un cinéma (« Kino » signifiant « cinéma » en russe) en rentrant chez lui.

Premier album : « 45 » Au moment d’enregistrer son premier album, Kino n’est encore qu’un duo musical. Boris Grebenchtchikov, leader du groupe Aquarium, rencontré au Rock club de Léningrad, propose ainsi à certains de ses musiciens de compléter le duo le temps de l’enregistrement, et s’attelle à la production de l’album. Le batteur, quant à lui, sera remplacé par une simple boîte à rythmes, ce qui constitue une nouveauté pour l’époque. L’album rassemble des textes préexistants de Tsoï, parfois remontant à son adolescence. La simplicité des paroles, qui traitent de la vie quotidienne, associées à un accompagnement musical sans fioritures, transmettent une émotion sincère. Le style de l’album oscille entre la musique folk par l’utilisation de la flûte, de la guitare exclusivement acoustique et du violoncelle, et parfois une énergie plus punk par le ton désinvolte employé et les paroles franches : « je suis un branleur » (« я бездельник »), « on a du temps mais pas d’argent, et nulle part où aller » (« время есть, а денег нет, и в гости некуда пойти »), « à l’époque, quand tu étais un beatnik/tu étais prêt à donner ton âme pour le rock’n’roll » (« когда-то ты, ты был когда-то битником/ты готов был отдать душу за рок-н-ролл »). L’album a toutefois connu une popularité limitée à l’époque de sa sortie.

Répétions et départ de Rybin A la fin de l’année 1982, le groupe se réunit au studio du Maly Drama Théâtre pour travailler sur un nouvel album, accompagné de Valeriy Kirilov en tant que batteur, futur membre de Zoopark, et de l’ingénieur du son Andreï Kouskov, mais Tsoï abandonne rapidement le projet. Les répétitions continuent néanmoins et le , le groupe donne son deuxième concert électrique (et non plus à la guitare acoustique), aux côtés d’Aquarium. Youri Kasparyan commence à cette époque à assister aux répétitions, et deviendra par la suite le guitariste du groupe et un ami proche de Viktor Tsoï.

En raison de désaccords artistiques persistants, la relation entre Tsoï et Rybin se détériore jusqu’à pousser Rybin à quitter le groupe. Après une ultime dispute au mois de , les deux membres du duo se brouillent définitivement et ne se fréquenteront plus.

Un album intitulé 46, non officiel car publié sans l’accord des musiciens, rassemble les démos datant de cette période.

Troisième album : « Natchalnik Kamtchatki » Viktor Tsoï, désormais accompagné par Youri Kasparyan à la guitare, commence à travailler sur le troisième album du groupe au début de l’année 1984 avec l’aide, une fois de plus, de l’entourage de Grebenchtchikov – Kino n’ayant toujours pas de composition fixe. L’album est intitulé Natchalnik Kamtchatki (en russe: Начальник Камчатки), qui peut être traduit comme « le chef de la Kamtchatka », cette dernière étant un kraï de la fédération de Russie. Ce nom est inspiré de celui du film Natchalnik Tchoukotki, « Le chef de la Tchoukotka », de Vitali Melnikov. En référence à cette chanson, la Kamchatka sera le surnom d’une chaufferie de Saint-Pétersbourg où Viktor Tsoï et d’autres de ses amis rockeurs travailleront plus tard.

A l’issue de l’enregistrement de ce premier album entièrement électrique, la composition en quatuor du groupe est fixée : Viktor Tsoï au chant et à la guitare, Youri Kasparyan à la guitare solo, Alexandre Titov à la basse, Georgiy Goulyanov à la batterie. Il sort le . Quoique le son de l’album ne soit pas à la hauteur des attentes de son protagoniste principal, il commence à intéresser la critique et la presse underground pétersbourgeoise. Un mois plus tôt, le groupe a déjà fait une apparence remarquée lors de la deuxième édition du festival du Rock club de Léningrad, et commence à gagner sérieusement en popularité. Dès lors, il multiplie ses représentations à travers l’Union soviétique.

« Eto ne lioubov’ » et « Notch’ » Au début de l’année 1985 le groupe se réunit pour travailler sur un nouvel album, mais le projet reste inachevé, Tsoï n’appréciant pas l’implication du producteur Andreï Tropillo. En parallèle, les musiciens se rendent régulièrement au studio du producteur Alexeï Vishnya, situé non loin de celui de Tropillo, pour enregistrer un album rassemblant les chansons d’amour de Tsoï. En seulement quelques semaines le projet est finalisé, et l’album Eto ne lioubov’ (en russe: Это не любовь, litt.« Ce n’est pas de l’amour »), sort le . En novembre, Alexandre Titov, qui continuait de se produire au sein du groupe Aquarium en parallèle de Kino, éprouve de plus en plus de difficultés à cumuler ses deux activités. Il décide de quitter Kino et sera remplacé par Igor Tikhomirov, venant du groupe Djoungli. La nouvelle composition du groupe perdurera jusqu’à la fin.

En , Tropillo publie malgré tout Notch’ (en russe: Ночь, litt. « nuit »), le fruit du travail des musiciens dans son studio quelques mois plus tôt. Deux ans plus tard, il sera publié sous format vinyle par le label d’État Melodiya, suscitant la colère du groupe n’ayant pas donné son accord. Malgré tout, il s’écoulera à plus de deux millions d’exemplaires, étendant la reconnaissance du groupe à travers toute l’Union soviétique. Au sein de l’album, la chanson Mama Anarkhiya (en russe: Мама-анархия, litt. « Maman anarchie »), se démarque du répertoire habituel de Kino par son style résolument punk : elle sera pour un temps sous-titrée à dessein « parodie des groupes de punk occidentaux » afin de contourner la censure du ministère de la culture.

Le sort aux Etats-Unis Red Wave, une compilation rassemblant quatre groupes soviétiques dont Kino, sur une idée de Joanna Stingray, une chanteuse et productrice américaine proche du groupe souhaitant faire connaître plus largement le rock soviétique dans le reste du monde. Il s’agit du premier disque de musique d’URSS sorti officiellement à l’Ouest.

Apparitions cinématographiques et reconnaissance globale A l’été 1986, le groupe se rend à Kyiv pour participer au court-métrage Konets Kanikoul (en russe: Конец каникул, litt. « La fin des vacances »), le projet de fin d’études de Sergueï Lycenko. Le tournage s’étend sur quelques semaines et inclut la performance de quatre chansons de Kino. Les musiciens participent également au court-métrage documentaire Ya Kha (en russe: Йя-Хха) de Rachid Nougmanov, qui se concentre sur la scène musicale rock léningradienne. Cette expérience ouvre la voie d’une série de caméos de Viktor Tsoï dans des productions cinématographiques :

-Assa (en russe: Асса), de Sergueï Soloviov, sorti en 1987 qui inclut une performance de la chanson de Kino Khotchou peremen (en russe: Хочу перемен, litt. « Je veux des changements »), ;

-Igla (en russe: Игла, litt. « L’aiguille »), de Rachid Nougmanov, sorti en 1988 et tourné au Kazakhstan, en partie à Almaty ;

-Gorod (en russe: Город », litt. « Ville »), d’Alexandre Bourtsev, sorti en 1988, qui suit les déboires d’un aspirant artiste à Léningrad.

Ces collaborations témoignent de l’effervescence artistique de l’époque et de la porosité entre les différents modes d’expression de la jeunesse. En outre, elles consacrent définitivement la popularité de Kino à travers l’Union soviétique, qui ne faiblira plus jamais. La présence de Viktor Tsoï à l’écran est très remarquée, et contribuera à façonner son mythe.

« Grouppa krovi » : l’entrée dans la légende En , Joanna Stingray et Youri Kasparyan se marient. Grâce à Stingray, qui vient originellement de Californie, le groupe se procure de nouveaux équipements musicaux de bien meilleure facture que leurs instruments originaux, dépassant largement la qualité du matériel alors disponible au Rock club de Léningrad. L’ensemble des instruments est offert par Stingray, en échange de photos promotionnelles avec les membres du groupe portant une variété de t-shirts floqués de noms de marques américaines. Lorsque les musiciens entament l’écriture de leur nouvel album, Grouppa Krovi (en russe: Группа крови, litt. « Groupe sanguin »), ils disposent donc du meilleur équipement de leur carrière, comprenant un enregistreur de cassettes Yamaha MT-44 et une boîte à rythmes Yamaha RX-11.