Un sourcier est une personne qui prétend pouvoir détecter de l'eau souterraine au moyen d'une baguette ou d'un , une activité nommée sourcellerie. Cependant, ce pouvoir des sourciers n'a jamais pu être démontré scientifiquement. Au contraire, des expériences réalisées dans des conditions rigoureuses, dites en double aveugle, ont démontré l'incapacité des sourciers à faire mieux qu'un choix au hasardRadiesthésie, Observatoire zététique.Dowsing, Skeptic's Dictionary, Robert Todd Caroll.The Matter of Dowsing, James Randi Educational Foundation..
Histoire et usage
Dans l'Antiquité, la baguette est utilisée comme moyen de divination pour interroger les dieux ; son usage pour trouver de l'eau ou des métaux remonte au en Allemagne (du moins en ce qui concerne l'Europe). Les alchimistes attribuent à cette pratique des vertus magiques ; en 1517, Luther la condamne. Au , Martine de Bertereau et Jean du Châtelet, baron de Beausoleil, utilisent des baguettes de sourcier pour trouver des mines en Europe, puis ils popularisent son usage pour trouver de l'eau souterraine. L'utilisation du pendule pour trouver des sources ou des mines date de la fin du .
L'usage se répand en Europe aux , puis il se raréfie au . Disposer d'un puits était jadis la meilleure façon de se procurer l'eau (potable ou non) dont on avait besoin, et les seules méthodes pour justifier l'emplacement d'un puits étaient alors l'approche scientifique, rare, et le sourcier.
Des sourciers auraient été utilisés par l'armée française et allemande pour détecter des galeries, des caches et des mines pendant la guerre de 14/18 ; Les résultats ont été publiés par Armand Viré directeur de laboratoire au muséum d'histoire naturelle, Henri Mager et l'abbé Alexis-Timothée Bouly.
Selon Thierry Gautier chaque département français ou presque eut son ou ses sourciersThierry Gautier - Le Guide du chercheur d'eau : comment évaluer sa sensibilité aux énergies de la nature pour une nouvelle rencontre avec l'eau. - 2003 - Éditions Guy Trédaniel - . La profession se raréfia à mesure que s'étendait le réseau d'eau courante, il subsiste quelques sourciers en France.
Yves Rocard se spécialise dans l'étude des sourciers, publiant trois livres sur le sujet entre 1962 et 1989. Cette recherche commence quand il veut faire creuser un puits près de sa maison et qu'on lui fait faire appel à un maçon local qui est également sourcier.
Le sourcier dans le contexte religieux
1326 - Le pape Jean XXII condamne la divination à l'aide d'un pendule. 1517 - Luther inclut l'usage de la baguette dans la liste des actions qui vont à l'encontre du . 1701 - Les divers ouvrages prônant l'usage de la baguette seront mis à l'index par un décret du Tribunal de l'Inquisition de Rome.
Le Jésuite Athanasius Kircher dans Mundus subterraneus Amsterdam 1665 et 1678 et dans le Traité de philosophie occulte Paris 1750, déclare que la baguette permet de découvrir les eaux souterraines. Le père Jean-François publie à Rennes en 1655 un Traité de la science des eaux Le père Dechales dans le Traité des sources naturelles et Mundus mathematicus, affirme qu'il n'y a pas de méthode comparable à la baguette pour découvrir les eaux L'Abbé de Vallemont : la Physique occulte ou traité de la baguette divinatoire, Paris 1693. Il décrit la baguette et ses propriétés Le pasteur protestant hollandais Balthazar Bekker, le Monde enchanté, Amsterdam, 1694 chap 23 « Que ce qui a le plus de ressemblance, et tient cependant le moins à la magie, est le secret de trouver les sources d'eau, les mines d'or et d'argent,..., au moyen d'une petite baguette, que l'on tient à la main. Abbé Pirot « les curés doivent défendre l'usage de la baguette comme une chose illicite » et d'autres témoignages cités dans l'opuscule de Chevreul « de la baguette divinatoire ».
Instruments right|150px La baguette utilisée traditionnellement par les sourciers, en Europe, était en forme de Y, taillée dans une branche de coudrier (ancien nom du noisetier). La pratique ayant évolué avec le temps, les baguettes utilisées aujourd'hui sont plus variées, constituées généralement de bois (noisetier mais aussi amandier, saule, etc.) ou de métal (laiton, acier, cuivre, etc.), voire de matière plastique ou composite, et peuvent prendre diverses formes.
Baguette en forme d'Y ou de V (bois, métal, plastique, fibre de carbone) Deux baguettes en forme de L (métal, notamment cuivre) Une baguette en forme de C Pendule Antenne de Lecher
Explications
Dans l'Antiquité, le phénomène était expliqué par l'action des dieux.
En 1810, le chimiste Eugène Chevreul remarque qu'il n'y a plus de corrélation entre le mouvement du pendule et l'objet étudié lorsqu'il ferme les yeux et que l'amplitude du mouvement diminue en immobilisant son bras et son poignet avec un support. Il en conclut qu'on ne peut pas détecter avec le pendule quelque chose qu'on ne sait pas déjà et que les mouvements sont modifiés par l'autosuggestion.
Pour le physicien Yves Rocard qui publie en 1962 Le signal du sourcier, la baguette joue le rôle de simple détecteur d'un tremblement inconscient plus ou moins prononcé des mains et provoqué par une variation géophysique du champ magnétique terrestre. La présence d'eau en sous-sol modifierait suffisamment le champ magnétique pour que des personnes « sensibles » puissent les percevoir. C'est en 1989 qu'il publie son dernier ouvrage sur le sujet : La science et les sourciers.
Entre 1964 et 1966, le comité Para refait les expériences d'Yves Rocard avec un protocole plus rigoureux en double aveugle et conclut que le sourcier ne réagit pas à un gradient du champ magnétique. Yves Rocard répond dans La science et les sourciers () : « J'ai de fortes critiques à faire quant à la conduite des expériences de ce comité belge et plus encore à leurs comptes rendus falsifiés et stériles ».
Plusieurs expériences effectuées dans des conditions rigoureuses ont montré que les sourciers n'obtenaient pas un résultat supérieur au hasard.
Pour les sceptiques, les témoignages de réussite des sourciers s'expliquent par une bonne connaissance du sol et de la végétation, ainsi que par le hasard (l'eau étant généralement présente sous forme de grande nappe phréatique et non de ruisseaux souterrains). Le mouvement de la baguette s'explique, quant à lui, par l'effet idéomoteur et l'autosuggestion....
Expériences Sydney En 1980, un groupe sceptique australien organise avec James Randi un concours où il faut trouver dans quel tuyau coule de l'eau, ou savoir détecter la présence de laiton ou d'or, le prix pour le gagnant est de $ Australian Skeptics Divining Test par James Randi. Les candidats ont vérifié le terrain et leur outil en testant la zone lorsqu'aucun tuyau ne contenait de l'eau puis avec un seul tuyau connu en contenant. Parmi les 16 participants, aucun n'a atteint le pourcentage nécessaire pour remporter le prix. Eau : 11 succès sur 50, 22 % de réussite, hasard moyen 10 %, attendu par les sourciers 86 % Laiton : 0 % de réussite, attendu 87 % Or : 11 % de réussite, attendu 99 %
Munich Entre 1986 et 1988, une expérience de grande ampleur commandée par le gouvernement allemand est conduite à l'université de Munich. Cette expérience avait pour but de déterminer si la radiesthésie était une méthode de détection fiable. Les organisateurs croyaient en l'authenticité des capacités des sourciers, et ils ont tout mis en œuvre pour le prouver avec un budget de deutschmarks The Failure of the Munich Experiments, J. T. Enright, 1999.
Méthodologie Un chariot, qui portait un tuyau dans lequel circulait une masse d'eau, était placé au hasard sous un faux plancher. Le sourcier devait ensuite, à l'aide de n'importe quel ustensile de son choix (pendule, baguette…) déterminer la position de l'eau. Un illusionniste vérifia l'installation pour éliminer les fraudes possibles ; pendant chaque essai, une personne était présente pour surveiller le sourcier et noter le résultat, cette personne ne connaissait pas la position du chariot ni le résultat précédent (double insu). Afin d'obtenir des résultats statistiquement significatifs, l'expérience fut réalisée auprès d'un groupe de test où chaque sourcier réalisa 104 séries de 5 à 15 essais.
Plusieurs milliers de tests ont été réalisés pendant la phase préliminaire qui ont permis de sélectionner les 43 meilleurs sourciers parmi les 500 qui se sont présentés. Ces tests avaient aussi pour but de valider la méthode pour que la détection soit réalisée dans les meilleures conditions possibles. Plusieurs essais ont été réalisés avec différentes configurations : vitesse de l'eau dans le tuyau, eau salée ou contenant du sable ou des graviers et même absence d'eau.
Résultats Deux ans et 843 essais plus tard, l'analyse des résultats démontra que les radiesthésistes obtenaient les mêmes résultats qu'une détection effectuée au hasard. Cependant, les sourciers notèrent que 6 radiesthésistes avaient obtenu un taux de succès significatif, et prétendirent que sur les 43 sourciers du test, seulement 6 avaient de réelles compétences mais l'expérience fut tout de même considérée comme un échec par les autorités allemandes. Les statisticiens démontrèrent que sélectionner uniquement les sujets ayant eu un taux de réussite élevé était une erreur d'analyse.
Après cet échec, Tom Napier de la Philadelphia Association for Critical Thinking (PHACT) retenta l'expérience Dowsing is as Easy as Pi par Tom Napier. Même méthode et même groupe test. Mais cette fois, tout est simulé par ordinateur. Un ordinateur place virtuellement le tuyau d'eau et un autre ordinateur donne, au hasard, la position du tuyau. Les résultats sont équivalents à ceux obtenus par les sourciers lors de l'expérience de Munich. De même que 6 sourciers avaient obtenu des taux de réussite significatifs lors de l'expérience de Munich, 6 sourciers virtuels ont obtenu de bons résultats lors de l'expérience de Napier.
L'expérience menée avec un échantillon représentatif de sourciers démontre que les résultats obtenus suivent la loi normale, tout comme l'expérience par randomisation. De fait, selon cette expérience la méthode radiesthésique ne permet pas d'obtenir de meilleurs résultats que si l'on opère au hasard.
Cassel En , une étude scientifique organisée par le GWUP www.gwup.org Gesellschaft zur Wissenschaftlichen Untersuchung von Parawissenschaften a eu lieu à Cassel en Allemagne The Kassel Dowsing Test, par Robert Konig, Jurgen Moll, et Armadeo Sarma partie 1, partie 2 GWUP-Psi-Tests 2004: Keine Million Dollar für PSI-Fähigkeiten, avec la collaboration du sceptique James Randi et la Hessische Rundfunk (chaîne de radio/télévision du Land de Hesse) qui enregistre les tests. À la suite d'une annonce faite dans la presse, une centaine de sourciers prennent contact avec le GWUP. L'échange de questionnaire permet de cibler les capacités des candidats, la majorité d'entre eux disent pouvoir détecter de l'eau dans des tuyaux et quelques-uns différentes substances (métaux, charbon, pétrole, aimants).
Méthodologie Deux protocoles en double aveugle sont organisés : Le but est de déterminer s’il y a ou non de l'eau qui coule dans un tuyau souterrain connaissant sa position. Les participants font 30 essais et doivent obtenir au moins 25 bonnes réponses soit 83 % de réussite. Trouver parmi dix boîtes en plastique celle qui contient l'objet préalablement choisi par le candidat. La condition de réussite est fixée à 8 bonnes réponses sur 10 essais. Si un candidat réussit, il doit repasser le même test une seconde fois, s’il atteint à nouveau le seuil de réussite, il gagne le prix de DM.
Les hypothèses par rapport au hasard sont les suivantes : Les sourciers peuvent dire dans au moins 83 % des cas si de l'eau coule dans un tuyau en plastique alors que le hasard attendu est de 50 %. Les sourciers peuvent dire dans au moins 80 % des cas dans quelle boîte se trouve un objet préalablement choisi alors que le hasard attendu est de 10 %.