vignette|280x280px|Allégorie de l'ahimsa. Temple , Delhi. Ahimsa (ahiṃsā en sanskrit IAST ; devanāgarī : अहिंसा) signifie littéralement « non nuisance », « non-violence », « respect de la vie » et résistance au mal sans utiliser la violenceGérard Huet, Dictionnaire Héritage du Sanscrit, version DICO en ligne, entrée « ahiṃsā », lire: . Consulté le .. C'est aussi un concept de la philosophie indienne : la « bienveillance ». Le mot ahiṃsā désigne proprement « l'action ou le fait de ne causer de nuisance à nulle vie », hiṃsā signifiant « action de causer du dommage, blessure » et a- étant un préfixe privatif. La notion est interprétée de diverses manières, le plus souvent comme une forme de relation respectueuse avec tout être vivant, et elle est personnifiée par la déesse du même nom, épouse de Dharma, mère de Nara.

L'ahiṃsā est une composante importante de l'hindouisme, du bouddhisme, du jaïnisme et du soufisme de Kabir, qui tous l'appliquent strictement« Ahimsa », article de Anne-Marie Esnoul dans l'encyclopédie Universalis. .. Le sikhisme défend aussi cette valeur tout comme l'égalité sociale au sein de l'ordre chevaleresque nommé Khālsā. dans la Chāndogya Upaniṣad Chāndogya Upaniṣad, III, 17, 4.1. qui appartient au corpus des Mukhya Upaniṣad. Cette Upaniṣad est l'une des plus anciennes (-500) et a été commentée par Ādi Śaṅkara.

Dans les traditions indiennes thumb|Le seigneur Mahāvīra, « Conquérant » (Jina) du jaïnisme, religion de l'ahimsâ.Il y a dans l'imagerie populaire de l'Inde une façon de représenter l'ahiṃsā : une lionne et une vache se désaltèrent au même point d'eau en paix, tableau auquel s'ajoute parfois la représentation d'un lionceau qui choisit de boire aux pis de la vache et des veaux aux mamelles de la lionne ; cette imagerie est spécialement utilisée à la fois par le jaïnisme et par l'hindouisme.

Cela illustre en fait la perception antique, dans les traditions indiennes, de l'ahiṃsā : celui qui ne fait aucun mal aux êtres animés, qui ne les soumet à aucune contrainte, n'étant l'ennemi de personne, n'a plus d'ennemiGandhi et la non-violence, Suzanne Lassier, Maîtres spirituels, Seuil.. À la sympathie de cette âme individuelle, qui ne discrimine aucune créature, répond la sympathie universelle (qui, dans le yoga-sûtra, correspond à Ishvara, Dieu, l'Être, l'âme cosmique) : dangers et peurs sont abolis.

Et l'on voit alors les craintives gazelles et les bêtes fauves, ours et lions en tête, venir lécher les pieds du yogin enraciné dans l'ahimsâ., la non-violence universelle (yoga-sûtra de Patanjali, II, 35). En sa présence, cheval et buffle, souris et chat, serpent et mangouste, ces ennemis nés, renoncent d'un commun accord à leur inimitié ; les oiseaux, affranchis de toute crainte emplissent à l'envi les airs de leurs chants mélodieux :

Dans le jaïnisme vignette|150px|La main symbole du vœu de non-violence dans le jaïnisme. La non-violence est la loi première du jaïnisme. Elle montre que l'humain sait se contrôler et est une des clefs indispensables pour brûler son karma et atteindre moksha, l'éveilThe A to Z of Jainism de Kristi L. Wiley édité par Vision Books, pages 28 et 29, . La violence est définie comme une atteinte à ce qui vit, par un manque de soin ou d'attention, mais son sens n'est pas limité à cela. Il est sûr que de blesser, d'attacher, de faire du mal à une créature, d'exploiter ceux qui travaillent, de surcharger, d'affamer ou de ne pas nourrir quand il le faut, constituent des formes de violence et, comme telles, doivent être bannies. La devise des jaïns est Parasparopagraho Jivanam, les vies se doivent un mutuel respect en sanskrit, mais aussi ahimsa paramo dharma, c'est-à-dire la non-violence est la religion (ou devoir) suprême ou Vaazhu Vaazha Vidu (en tamoul), vivre et laisser vivre. La renonciation à la violence peut être complète ou partielle. La renonciation complète s'accomplit de neuf façons : par soi-même, par un moyen ou par approbation, et, chaque fois, par la pensée, par la parole et par le corps. Pour un laïc, la renonciation complète est impossible. Aussi lui est-il demandé de se décharger de ses responsabilités terrestres avec le minimum de préjudice pour les autres. Pour donner un aspect pratique à ce sujet, la violence a été analysée, d'après l'attitude mentale, en quatre catégories, à savoir : La violence accidentelle (celle qui est réalisée, de façon inévitable, dans l'accomplissement des tâches domestiques indispensables, comme la préparation des repas, la tenue des choses propres, la construction d'immeubles, de puits, etc.) ; ainsi, une violence intentionnelle et directe apporte des conséquences karmiques sérieuses à une personne, tandis que la violence non intentionnelle, accidentelle, provoque des conséquences moindres. Par exemple, celui qui chasse une créature ou veut engendrer directement le meurtre d'un petit animal, devra subir des conséquences sévères au niveau karmique, tandis qu'une personne qui construit un temple ou un hôpital (pour des humains ou des animaux) subit des conséquences karmiques plus douces (le tout balançant en sa faveur) même si sa construction a produit la mort de beaucoup d'animaux (des insectes) et de végétaux ; La violence professionnelle (celle commise dans l'exercice d'une profession, ou de ses occupations comme agriculteur, commerçant, industriel, ouvrier, médecin, etc.). Un cambrioleur qui échoue dans son vol est toujours un cambrioleur qui amasse du mauvais karma, mais un chirurgien diligent, qui essaye de sauver un patient, n'est pas responsable de la violence et n'amasse pas de mauvais karma, même si son patient meurt pendant l'opération ; l'intention première et mentale est donc capitale ; La violence défensive; le jaïnisme, avec l'hindouisme, considèrent que la violence défensive peut être justifiéeNisithabhasya (in Nisithasutra) 289 ; Jinadatta Suri : Upadesharasayana 26 ; Dundas ; Tähtinen ., mais aussi qu'un soldat, qui tue des ennemis dans un combat, accomplit un devoir légitimeJindal ; Laidlaw ; Jaini, Padmanabh S.: Ahimsa and "Just War" in Jainism, in: Ahimsa, Anekanta and Jainism, ed. Tara Sethia, New Delhi 2004, ; Tähtinen . : les communautés jaïnes acceptent d'utiliser la puissance militaire pour leur défense et celle des autres, et il y a des laïcs jaïns, dans le passé ou aujourd'hui, monarques, généraux ou soldatsHarisena, Brhatkathakosa 124 ( century); Jindal ; Sangave . ; à ce sujet, le Mahatma Gandhi dit : « Ma non-violence n'autorise pas qu'on s'enfuie du danger en laissant les siens sans aucune protection. Je ne peux que préférer la violence à l'attitude de celui qui s'enfuit par lâcheté. Il est tout aussi impossible de prêcher la non-violence à un lâche que de faire admirer un beau spectacle à un aveugle. La non-violence est le summum du courage »Gandhi. Tous les hommes sont frères. Gallimard, 1969, pp. 179-180.. La violence intentionnelle (celle qui est faite à dessein ou en connaissance de cause, par exemple : en chassant, en offrant des sacrifices sanglants, en tuant pour manger ou pour s'amuser, en mangeant de la viande, etc.). Le jaïnisme considère que quelqu'un qui a franchi l'étape de la vie active devrait absolument éviter les quatre formes de violence, mais il n'est exigé du laïc de ne s'abstenir totalement que de la violence intentionnelle car, pour ce qui est des autres, ce n'est pas possible complètement, à ce stade. Néanmoins, le laïc est avisé qu'il doit éviter, au maximum, les trois premières formes également et qu'il faut qu'il fasse des progrès réguliers, dans ce sens, dans sa conduite. Ainsi, le vœu d’ahimsâ signifie, pour le laïc, qu'il doit s'abstenir de la violence intentionnelledans le Jaïnisme de Vilas Adinath Sangave .

La non-violence implique entre autres choses le véganisme ou végétarisme. La pratique alimentaire jaïne exclut la plupart des racines, car l'on pourrait causer du mal à un animal en les déterrant, et l'on détruit une vie végétale (prendre un fruit, ou un légume, n'amène pas la mort de la créature végétale qui le produit) – ce respect se retrouve chez les bishnoïs aussi. Les ascètes et les pieux laïques jaïns ne mangent pas, ne boivent pas ou ne voyagent pas après le coucher du soleil et ne se lèvent pas avant son apparition, toujours pour éviter de blesser un être vivant par manque de lumière ou à cause des lampes, des bougies, etc. qui pourraient brûler les insectes attirés par leurs flammes dans la nuit. vignette|450px|Bas-relief représentant l'Ahimsa, temple Jaïn. Certains jaïns pratiquent la mort pacifique par le jeûne (santhara), afin de respecter leurs vœux de non-violence et d'ascèse, et en raison de leur grand âge ou d'une maladie incurable (cette tradition est panindienne et existe dans l'hindouisme : Vinoba Bhave l'a pratiqué par exemple). En fait, le jeûne est souvent pratiqué par les adeptes, notamment lors des diverses fêtes religieuses. Des ascètes de certaines branches jaïnes portent un tissu devant leur bouche et leur nez afin d'éviter de tuer, en les respirant, de petits insectes, tout en étant symbole de respect dans ses paroles. Le jaïnisme étant particulièrement présent au Gujarat, le Mahatma Gandhi, originaire de cet État indien, a été profondément influencé par la façon de vivre jaïne, paisible et respectueuse de la vie, et il en a fait une partie intégrante de sa propre philosophie : un ascète jaïn fut d'ailleurs l'un de ses meilleurs amis et enseignant, Shrimad Rajchandra.

Dans l'hindouisme Selon le sage Vyāsa, « l'ahiṃsā consiste à ne jamais blesser, en aucune manière, une créature vivante quelle qu'elle soit ». Fondée sur la compassion (karuna), pouvant prendre un rôle actif en incarnant la générosité et le désintéressement (œuvre charitable par exemple), cette doctrine est à la base de l'éthique hindoue qui est personnifiée par la déesse Ahimsā, la femme du dieu Dharma (dharma, « ordre socio-cosmique » dans l'hindouisme). C'est le premier des cinq commandements auxquels le yogi à la recherche de l'Illumination doit obéir, bien qu'il ne soit pas spécifiquement yogique, mais désiré par tout « honnête homme »Dharam Vir Singh, L'Hindouisme, éditions Surabhi Prakash.Mircea Eliade, Yoga, immortalité et liberté, Ed. Payot..

Cette règle est le premier article des grands vœux (mahavrata) du raja-yoga ou du hatha-yoga (les cinq points du code moral du yoga royal de Patanjali sont les mêmes que celui des Jaïns) : cela implique pour le yogi, non seulement l'abstention de violences en actes ou paroles (insulte, mots blessant), mais plus subtilement au niveau des pensées, puisque le mental doit être dirigé en amont, pour que tout ce qui en découle (parole, acte) relève de la maîtrise de soi, de l'abolition de l'ego (ahamkara) et du sens du « je » (asmitā) nourrissant le karma/action conditionnantYoga-Sûtra de Patanjali, éditions Aquarius .. L'ahimsâ, court-circuite la violence envers les vies que l'on peut produire directement ou par consentement, éradique les égoïsmes, encourage la bienveillance et la bienfaisance à l'égard de tous les êtres : ce n'est pas une mesure spécifiquement yogique, mais désirée par tout homme « noble », arya en sanskrit (Lois de Manu, livre 10, verset 63).