L est une opération secrète de guerre électronique conduite par l’USAF de fin à , pendant la guerre du Vietnam. Cette opération sophistiquée utilisait des capteurs électroniques, des ordinateurs et des relais de communication aéroportés dans l'idée d'automatiser la collecte de renseignements. Le système pouvait alors être utilisé pour guider les bombardiers sur leurs cibles. L'objectif de ces attaques visait le réseau logistique de l'armée nord-vietnamienne qui serpentait à travers le Sud-Est du Laos et qui était connu sous le nom de piste Hô Chi Minh (route Truong Son pour les Nord-Vietnamiens).
Conçue en remplacement de l' qui avait échoué, l' démarra pendant la bataille de Khe Sanh et passa son premier test opérationnel avec succès. En combinaison avec l' en 1969, l'opération fut la clé de voûte de la plus vaste opération de répression aérienne de la guerre du Vietnam. Durant quatre ans, les deux opérations furent menées de concert pour stopper l'infiltration de soldats et de matériels nord-vietnamiens vers les champs de bataille du Sud.
L' coûta entre de dollars pour sa conception et sa réalisation et mit en œuvre certaines des technologies les plus avancées de l'époque sur le théâtre de l'Asie du Sud-Est. Son efficacité est cependant encore l'objet de discussions, en raison de la surestimation de l'efficacité des campagnes de bombardement qu'elle dirigea, de la défaillance de l'évaluation des dommages des bombardements au Laos et du manque de sources historiques en république socialiste du Vietnam.
Développement
Dès , le général Maxwell D. Taylor, le représentant spécial du président John F. Kennedy pour les affaires militaires, s'intéressa à la proposition d'ériger une barrière physique pour stopper les infiltrations en augmentation de matériel (et plus tard d’hommes) de l’armée nord-vietnamienne, par le corridor laotien et par les régions frontalières de la république du Vietnam (Sud Vietnam)Jacob Van Staaveren, Interdiction in Southern Laos, 1961-1968, Washington, Center of Air Force History, 1993, .. Il s’entretint donc avec le directeur des opérations spéciales au Pentagone, Edward Lansdale, qui le convainquit que la meilleure solution au problème d’infiltration serait la création d’unités mobiles pour attaquer les infiltrésVan Staaveren, ..
Après les débuts de la stratégie de bombardement aérien du Nord Vietnam (opération Rolling Thunder) en , Washington concevait alors ce programme comme la meilleure méthode pour envoyer un signal clair à Hanoï afin qu'il cesse son soutien aux insurgés du SudJacob Van Staaveren, Gradual Failure, Washington, Air Force History and Museums Program, 2002, .. Lorsque cette stratégie s'avéra défaillante, l’effort aérien fut redirigé pour servir la stratégie anti-infiltrationEarl H. Tilford, Setup, Maxwell Air Force Base AL, Air University Press, 1991, .. Après un million de sorties aériennes et plus de de bombes larguées, Rolling Thunder prit fin sur ordre du président Johnson, le Tilford, . Voir aussi John Morocco, Thunder from Above, Boston, Boston Publishing Company, 1984, ..
Dès 1966, le secrétaire à la Défense Robert S. McNamara était déçu par l’opération Rolling Thunder, car elle manquait manifestement ses deux buts initiauxEn 1968, McNamara avait perdu toute illusion sur l'évolution de la guerre et entra en conflit avec le "Joint Chiefs of Staff" et l'Administration. En novembre, McNamara, sous la pression du président Johnson, démissionna de son poste.. Rolling Thunder était également une opération coûteuse et pas seulement financièrement. L'accroissement de la densité de l’artillerie antiaérienne, des missiles et des appareils de défense aérienne nord-vietnamienne, rendait la campagne coûteuse en avions et en équipages abattus au Nord VietnamTilford, . Entre 1965 et 1968, l'USAF, l'US Navy et le corps des Marines perdirent 990 appareils au Nord-Vietnam et plus de 800 pilotes..
En , un académicien américain, Roger Fisher, présenta un document de travail à McNamara, qui proposait une barrière physique et électronique moins coûteuse, qui serait localisée au Sud VietnamVan Staaveren, .. La barrière avec une longueur de et une largeur de se serait étendue du sud de la mer de Chine méridionale au sud de la zone démilitarisée, traversant la frontière laotienne et serpentant le long de celle de la ThaïlandeJohn Morocco, Rain of Fire, Boston, Boston Publishing Company, 1985, .. La barrière physique aurait été munie de capteurs électroniques et de larges champs de mines. Fisher estimait que cela nécessiterait approximativement cinq divisions américaines pour ériger et défendre ce systèmeVan Staaveren, Interdiction, ..
Le Comité des chefs d’États-majors et le CINCPAC dénigrèrent le projet, estimant qu'il consommerait les efforts de trop nombreuses troupes et créerait un cauchemar logistiqueVan Staaveren, Interdiction, . Le document, écrit par le chef d'état-major de l'US Army, le général Harold K. Johnson, confirme l'estimation de Fisher sur le fait qu'au moins cinq divisions seraient nécessaires pour la construction et la défense de la barrière.. De son côté, McNamara, ignorant les chefs militaires, se rapprocha de l'Institute for Defense Analyses et demanda qu'il finance une étude sur le conceptVan Staaveren, Interdiction, .. Le projet passa ensuite entre les mains du JASON Defense advisory Group (aussi connu sous le nom de Jason Group ou Jason Committee), un groupe de 47 scientifiques qui étudiaient et développaient la technologie nécessaire pour rendre l'idée de barrière physique/électronique réalisableBernard C. Nalty, The War Against Trucks, Washington, Air Force Museums and History Program, 2005, .. Le groupe concentrait ses efforts sur trois points-clés : les communications, le traitement des données et l'affichage, ainsi que le développement des capteurs. Le , McNamara nomma le général Alfred D. Starbird de l'Army, à la tête du Defense Communications Planning Group (DCPG) nouvellement créé, qui devait superviser la mise en œuvre du programme. Le concept de barrière prit le nom de Practice NineVan Staaveren, .. La mission première du DCPG, à partir de , était simplement de réaliser le système anti-infiltration mis au point par la Jason Division. Le plan original prévoyait le déploiement d'une barrière physique en complément d'une barrière aérienne basée sur plusieurs capteurs électroniquesUnited States Government, United States Senate. Hearings Before the Electronic Battlefield Subcomittee of the Preparedness Investigating Subcommittee of the Committee on Armed Services, Washington, US Government Printing Office, 1971, ..
En le projet de barrière, alors connu sous le nom de Strong Point Obstacle System (ou SPOS) était renommé Illinois City, avant de changer de nom à peine un mois plus tard pour s'appeler DyemarkerUnited States, Command History, volume II, 1968, 1969, .. Le , les cérémonies de lancement du projet étaient célébrées depuis le centre de commandement de l'opération. Les travaux de construction des bâtiments étaient terminés trois mois plus tardVan Staaveren, Interdiction, .. Le nouveau Infiltration Surveillance Center (ISC) était situé à Nakhon Phanom, en Thaïlande, à l'ouest de Nakhon Phanom city sur les rives du fleuve Mékong. Le premier commandant de l'unité était le général de brigade William P. McBride, de l'US Air Force, dont le supérieur était le commandant adjoint du Seventh/Thirteenth Air Force de Udon Thani en Thaïlande. Depuis sa création, l'ISC (et les opérations qu'il dirigea) était connu sous le nom de Task Force Alpha.
Le , la partie électronique de Dyemarker fut divisée, et la branche aérienne de capteurs, fut appelée Muscle Shoals. Le , la partie aérienne fut renommée Igloo White. Ce nom devint par la suite le nom le plus associé au programme, bien que différents composants reçurent un certain nombre de noms de code séparés. Toutes les ressources de Dyemarker/Muscle Shoals furent renommées Duck Blind en , et en juin de la même année Muscle Shoals devint purement et simplement Duel Blade. En Duck Blind était renommé en Duffel Bag.
Au milieu de l'année 1968, le concept de barrière physique fut mis de côté lorsque les Nord-Vietnamiens capturèrent le camp des forces spéciales de Lang Vei et firent le siège de Khe Sanh. La notion de barrière fut restreinte à un programme aérien de barrage électronique à base de capteurs, qui devait être mené au LaosEdgar C. Dolman, Jr., et al., Tools of War, Boston, Boston Publishing Company, 1984, ..
Capteurs et armes
Le programme de recherche et de développement du Defense Communications Planning Group avait créé un système technologique de pointe. Muscle Shoals se présentait en trois parties indépendantes. La première étant constituée de capteurs acoustiques et sismiques largués par voie aérienneDoleman, .. Les capteurs camouflés devaient être largués par série à des points géographiques prédéterminés le long du réseau logistique de l'APVN. Une fois en place, ils devaient servir de déclencheur, dès qu'un mouvement ou une activité était détecté par le système.
Les premiers capteurs utilisés par le programme étaient des modèles Air-Delivered Seismic Intrusion Detector (ADSID), qui avaient été développés à partir de dispositifs alors utilisés pour la cartographie géologique de l'industrie pétrolière. L'appareil pouvait ressentir des mouvements verticaux de la terre grâce à l'utilisation d'un géophone et pouvait déterminer si un homme ou un véhicule était en mouvement, à une distance respective, de 30 et 100 mètresVan Staaveren, Interdiction, .. Les premiers capteurs acoustiques furent développés par l'US Navy avec le projet de bouées acoustiques destiné à la guerre anti-sous-marine Jezebel, qui enregistraient et traitaient les sons par l'utilisation d'un analyseur de spectre audio. Le premier modèle de détecteur sismique (Phase I) surpassait ces systèmes acoustiques contemporains en qualité et quantité d'information qu'il traitaitNalty, War Against Trucks, .. Les modèles de capteurs acoustiques et sismiques Phase I étaient seulement disponibles pour un fonctionnement en mode continu, ce qui signifiait que dans des conditions normales leurs batteries au lithium pouvaient fonctionner environ 30 joursDoleman, ..
vignette|droite|250px|Techniciens de l'US Air Force chargeant un conteneur avec des détecteurs sismiques L' Acoustic Seismic Intrusion Detector (ACOUSID), combinait quant à lui le fonctionnement d'un matériel sismique et acoustique, avec la capacité supplémentaire d'enregistrer et transmettre le son à partir d'un microphone incorporé. L'ACOUSID avait trois modes de détection possibles : en mode C, un détecteur à spectre en ligne déterminait la présence de véhicules ennemis à une portée maximale d'un kilomètre ; le mode I était activé par les sons captés par son micro interne et pouvait détecter une présence à une distance de 400 mètres ; et le mode B combinait à la fois les deux modes précédents et fonctionnait en plus dans un mode continu temps réel, de 40 activations par heure, avec une autonomie de 30 jours.
Les capteurs envoyaient leurs données par ondes radio via des canaux émettant entre 162,5 à 133,5 mégahertz (MHz) dans la bande des très hautes fréquences (VHF). Trente-et-un canaux étaient assignés à chaque type de capteur avec 375 kilohertz (kHz) de séparation entre chaque canal. Tous les canaux contenaient 27 codes d'identification ou adresses, qui pouvaient être saisis avant la mise en place des capteurs. Ainsi, un total de 837 capteurs individuels (27 x 31) pouvaient être déployés à n'importe quel moment dans une zone unique d'opération, sans répétition du signalVan Staaveren, Interdiction, ..