Bull est une multinationale française spécialisée dans l'informatique professionnelle, fondée en 1930 notamment pour exploiter les brevets de l'ingénieur norvégien Fredrik Rosing Bull. Après avoir été une division d'Atos, puis d'Eviden, entre 2014 et 2026, le groupe spécialisé dans le calcul intensif (HPC) a repris son indépendance sous l'égide de l'État, lors de la finalisation de la vente le 31 mars 2026.

Bull détient plus de 1 500 brevets et compte près de 3 000 salariés en France, aux États-Unis, aux Pays-Bas, au Brésil, en Chine, au Maroc ou encore en Roumanie.

En 2014, Atos prend une participation majoritaire de plus de 80 % dans la société, qui se fond ensuite dans le groupe Atos.. Si le nom a disparu en 2023, l'entreprise est toujours active sous la marque Eviden, une filiale d'Atos, ainsi qu'avec les serveurs BullSequana.

En , le groupe Atos parvient à un accord avec l'État pour la vente de l'activité Advanced Computing d'Eviden, comprenant ses divisions de HPC, de calcul quantique, et de Business Computing et incluant notamment le site d'Angers, usine historique de Bull, pour un montant de 410 millions d'euros, un montant moins élevé que les prévisions du groupe.

Histoire thumb|Bull à Massy. La société s'est successivement appelée « Bull AG » puis « H.W. Egli Bull » et « Compagnie des Machines Bull », avant d'être associée aux entreprises avec lesquelles elle fusionne après l'affaire Bull de 1963. Début du Un inventeur norvégien, des fondateurs suisses et belges Ingénieur à la société d'assurance norvégienne Storebrand, Fredrik Rosing Bull (1882—1925) dépose le un brevet de « trieuse-enregistreuse-additionneuse combinée à cartes perforées ».. Le conseil d'administration adopte immédiatement la machine. L'année suivante, Henrik Hartzner, chef des statistiques de l'assureur danois Hafnia, en commande une, après un article d'une revue d'assurance.. Quand Fredrik Rosing Bull meurt à 42 ans en 1925, une demi-douzaine d'exemplaires ont été vendus à des entreprises, qui ne sont plus tenues de recourir au géant monopolistique US, IBM, dont le business model consiste à louer ce type d'équipement. Son bras droit Reidnar Knutsen"Un exportateur dynamique mais vulnérable, les machines Bull (1948-1964)" par Pierre-E Mounier-Kuhn (1888—1983) se consacre au perfectionnement des machines (trieuse horizontale en 1929, imprimante numérique à roues en 1930). Le docteur Émile Marchand, directeur des statistiques de Rentenanstalt, société d'assurance-vie, lui achète une tabulatrice et une trieuse en 1926. Pour construire une machine à cartes perforées, il fait appel à la société suisse H.W. Egli (calculatrices et ses machines comptables « Madas » et « Millionnaire »).. Son directeur Oscar Bannwart prend conseil auprès d'Émile Genon, un belge qui vendait en Italie des machines à calculer Elliott-Fischer et Underwood, propriétaire depuis 1927 des droits relatifs aux brevets Bull pour dix pays d'Europe, qui les revend à Oscar Bannwart. Une première machine est livrée aux laboratoires Sandoz en . La fabrication est transférée en à Paris, où Émile Genon a ouvert dès 1929 un atelier de réparation, au 92 bis, avenue Gambetta. La reprise par Vieillard, Doury et les Callies En , Georges Vieillard et Elie Doury forment avec Émile Genon le projet d’un « syndicat des utilisants » des machines Bull, qui rachète cinq mois après la moitié des parts, au nez et à la barbe du géant américain Remington Rand. L'effectif triple en deux ans, avec 150 personnes. En 1934, le premier bénéfice d'exploitation apparaît (), Bull devient l'année suivante le principal concurrent d'IBM en France, avec 15 % du marché. Pour obtenir « une paix tacite » des brevets avec IBM et « développer » Bull au niveau international, Émile Genon lui vend la majorité de la société de commercialisation, sans autorisation du conseil d'administration. Il est évincé par Georges Vieillard et les Callies, famille propriétaire des Papeteries Aussedat, qui fournit Bull en cartes mécanographiques. La croissance ralentit, avec en 1939 contre 216 trois ans auparavant. Sous l'Occupation Sous l'Occupation allemande (1940-1944), Bull est le principal fournisseur en mécanographie du Service national des statistiques fondé par René Carmille. Celui-ci constitua le fichier du débarquement en Afrique du Nord. Un interminable procès l'oppose à IBM quant à l'invention de la carte perforée à 80 colonnesVoir à ce sujet la thèse de doctorat de Paulette Richomme, Une entreprise à l'épreuve de la Guerre et de l’Occupation, « La Compagnie des machines Bull » 1939-1945, Université Paris X Nanterre, 2006-2007 feb-patrimoine.com, Tome 1 feb-patrimoine.com, Tome 2. La croissance ne décolle qu'après-guerre ( en 1952 et en 1964). De Bull-General Electric à CII-Honeywell Bull (1964-1983) 1963, le krach et la première « affaire Bull » thumb|Action de la Compagnie des Machines Bull S. A. de 1963. Dès 1962, le bénéfice tombe à 1 % de son chiffre d'affaires. et l'endettement obligataire est multiplié par six. Le produit-vedette, l'ordinateur Gamma 60, capable d'enregistrer en une secondeJean Boissonnat, dans La Croix, repris dans ., est écrasé par l'IBM 1401, y compris chez les « chasses gardées ». de Bull. L'action, qui avait atteint en 1960. après en 1958., chute à lors du krach. succédant à la « Tronics mania »"Stock market efficiency, insider dealing and market abuse", par Paul Barnes page 75. Bull est trop faible par rapport aux gros besoins de clients comme la Marine nationale ou EDF. Le PDG Joseph Callies rencontre le ministre des finances Valéry Giscard d'Estaing le . pour demander une recapitalisation par l'américain General Electric (GE) ou une garantie par l'État des empruntsGeorges Vieillard, L'Affaire Bull, 1969. L'État n'accorde que la seconde, mais à hauteur de vingt fois les 35 millions de francs apportés par la banque Paribas, en complément de 35 millions de francs apportés par un trio d'actionnaires français (Compagnie générale des eaux, CSF et Caisse des dépôts), qui font évaluer l'action à 50 francs, alors que General Electric en avait proposé 200 francs. Le , ils signent le protocole de la solution « dite française », mais n'obtiendront finalement que 51 % du capital., le reste revenant à General Electric, démarché par Georges Vieillard, pour qui la « solution française » est une extinction. GE garde le haut de gamme et confie à Bull la gamme moyenne. Le bas de gamme, hors informatique, revient à Olivetti.

1970, seconde « affaire Bull » et arrivée d'Honeywell De 1964 à 1970, Bull aligne six années de pertes consécutives. et n'a plus les moyens de participer, en 1967 à une recapitalisation de 148 millions de dollars.. General Electric s'en charge et devient largement majoritaire. Mais le géant américain annonce son retrait de l'informatique en .. Les actionnaires français Thomson et CGE refusent de reprendre ses parts ou que l'État ou la CII le fassent. C'est finalement le constructeur américain de matériels militaires Honeywell qui le fait, engendrant des polémiques car il est considéré comme « le symbole même » des fournisseurs de la guerre du Vietnam. Rebaptisé Honeywell Bull, Bull devient deuxième constructeur mondial derrière IBM.. 1975, la fusion avec la CII La Compagnie internationale pour l'informatique (CII) a lancé le le consortium Unidata avec Siemens, rejoint un mois après par Philips, pour un « Airbus de l'informatique ». Mais la CGE, actionnaire privé de la CII, ne veut pas de Siemens, qui est son concurrent dans la téléphonie et le nucléaireArticle de Gabriel Farkas dans France-Soir du .. Le Monde du , révèle qu'après un an d'hésitation, le gouvernement français est toujours profondément divisé sur le sujet.. Face à Michel d'Ornano et l'entourage du président de la République, au moins trois ministres, dont Jacques Chirac maintiennent leur opposition"Le projet de fusion CII-Honeywell-Bull divise profondément le gouvernement", dans Le Monde du .. La fusion avec Honeywell-Bull a déclenché une polémique car : le PDG de CII Michel Barré et l'un des actionnaires, Thomson, sont contre, Thomson changeant ensuite d'avis après avoir obtenu de très importantes compensations ; les aides publiques ont été investies en recherche CII, sur des produits concurrents de ceux d'Honeywell-Bull ; Honeywell-Bull n'investit que 6 % à 7 % de ses ventes en recherche contre 20 % pour la CII. ; la CII a innové dans le datagramme et l'informatique distribuée, technologies d'avenir utilisées par l'Arpanet ; Honeywell-Bull est trois fois plus gros. que la CII, même s'il a une croissance deux fois moins rapide ; les développements Unidata sont sabordés, alors qu'il. a 13,2 % des ventes d'ordinateurs européens en 1973, et 9,8 % du parc européen. L'entreprise (qui s'appelle dorénavant CII Honeywell Bull) lance cependant en 1977 le DPS, pour en vendre par an et investit en recherche, 12 % de ses ventes soit le double d'IBM à l'époque.. Un nouveau GCOS intègre Siris 8, toujours conçu en informatique distribuée, et sa Distributed System Architecture obtient une reconnaissance mondiale, en devenant le Modèle OSI. Quasiment tous les clients d'Iris 80 y adhèrent. L'équipe Ichbiah passe de CII à la nouvelle structure, et propose au nom d'Honeywell la définition du langage Ada que retiendra le Pentagone (1983). À cette époque, la firme fait une acquisition qui passe inaperçue, celle de la jeune société R2E qui a inventé, breveté et commercialisé les premiers micro-ordinateurs depuis 1973Emmanuel Lazard et Pierre Mounier-Kuhn, Histoire illustrée de l'Informatique, Paris, EDP Sciences, 2016, .. La décision du nouveau management de Bull, en 1982, de remplacer ceux-ci par une architecture compatibles PC entraînera le départ des pionniers de R2E.. Au début 1979, la CGE, opposée à l'investissement dans la bureautique, vend ses actions, avec une bonne plus-value., à Saint-Gobain, qui décide de prendre le contrôle d'Olivetti, contre l'avis des dirigeants de Bull, dont Saint-Gobain ponctionne la trésorerie en augmentant fortement le dividende. En 1982, les deux entreprises sont nationalisées. Saint-Gobain revend ses parts dans Olivetti. Bull absorbe la Société européenne de mini-informatique et systèmes (SEMS) et Transac. Fin du Les années 1980 : forte croissance et interventions de l’État Nationalisée en , Bull emploie en 1983, pour un chiffre d'affaires qui atteint 11,6 milliards de francs, après fusion avec la SEMS et la Transac.(). Dans les six années suivantes, l'effectif salarié augmente de 68 % et le chiffre d'affaires est multiplié par quatre. L'État apporte des dotations en capital qui atteindront jusqu'à un milliard de francs par an, en partie détournées pour l'achat, contesté., d'HIS (Honeywell Information Systems) en 1986. Il pénalise très tôt la société en lui imposant l'ouverture d'une usine à Villeneuve-d'Ascq., dans l'agglomération du Premier ministre Pierre Mauroy, qui perturbe les flux logistiques et déstabilise les autres.. L'État impose aussi l'acquisition auprès du Centre national d'études des télécommunications (CNET) d'un neuvième système d'exploitation, qui crée la confusion chez les clients et complique la gestion. Le groupe gagne cependant des parts d'un marché nouveau et en très forte croissance, UNIX, né en 1982, grâce à son positionnement dans l'informatique distribuée.. La disgrâce du directeur responsable d'UNIX, dans un contexte de guerres intestines, vaut cependant à cette activité d'être freinée., en négligeant l'approvisionnement en microprocesseur, avant d'être accélérée trop tard, en 1988., amenant les deux leaders mondiaux, IBM et DEC, inquiets de la percée d'UNIX, à casser violemment les prix sur le marché dès 1990.. 1989, l'achat de Zenith Data Systems entraîne des pertes faramineuses