Le cimetière juif de Salonique, en , était un vaste cimetière comprenant plus de tombes, ce qui en faisait la plus importante nécropole juive d'Europe, situé à l'est de la vieille ville de Thessalonique en Grèce.

Il a servi de lieu de sépulture à la communauté juive de Salonique qui s'y constitue à partir de 1492 à la suite de l'expulsion des Juifs d'Espagne. Pendant plus de ces Juifs séfarades y enterrèrent leurs défunts.

L'existence du cimetière est menacée à partir de l'incendie de Thessalonique de 1917 qui incite les autorités municipales à reconstruire la ville selon le plan Hébrard. L'Université Aristote cherchant notamment à étendre son campus au détriment du cimetière.

Une destruction totale du cimetière survient pendant la Seconde Guerre mondiale. La municipalité profite de l'occupation allemande pour exproprier le cimetière et le détruire entièrement, à partir du . Il s'agit d'un rare cas de cimetière juif entièrement détruit pendant la Shoah.

Après-guerre, les survivants de la communauté juive, assassinée à 96 % durant la Shoah, ouvrent un nouveau cimetière dans une autre partie de la ville. Dans ce dernier ainsi que sur le campus de l'Université Aristote des monuments rappellent le souvenir de la nécropole disparue.

Géographie

Le cimetière occupe au moment de sa destruction, en 1942, . Il est situé à l'est de la vieille ville, séparée de cette dernière par la rue Ethnikis Aminis construite à l'emplacement des anciennes murailles abattues au . Il s'étend des hauteurs à la côte dans l'espace séparant l'ancienne ville des nouveaux quartiers de Kalamariá. La limite orientale du cimetière suit le tracé de l'actuelle rue Pávlos Melás et tout le côté nord est inclus dans ce qui constitue actuellement le campus de l'université Aristote. Le côté sud est de nos jours inclus dans le quartier de Saranda Ekklisies tandis que la limite ouest du cimetière était située à proximité immédiate de l'actuel stade de football du PAOK Salonique Nicholas Stavroulakis, Salonika, Jews and dervishes, Talos press, Athènes, 1993 présenté sur le site du musée Juif de Thessalonique. le cimetière des dönme, juifs convertis à l'Islam étant situé sur cet emplacement. Il est séparé en deux secteurs longitudinaux par un sentier, créé au début du par des soldats turcs désireux d'abréger leur trajet entre la ville et leur caserne.

Histoire

Ancien cimetière byzantin On a retrouvé sur le site du cimetière juif les restes d'un cimetière byzantin, désaffecté après la conquête ottomane. Quelques-unes de ces pierres tombales, remontant pour certaines au ont été réutilisées par les Juifs et comportent donc sur une face des inscriptions en grec et sur l'autre des inscriptions en hébreu. D'autres remontant à la fin du comportent des inscriptions en écriture latine. Une pierre tombale datée du début du a été retrouvée portant l'inscription . Il n'est pas exclu qu'il puisse s'agir d'un agriculteur d'origine païenne converti un judaïsme.

Installation des Juifs sépharades à Salonique L'arrivée massive de Juifs sépharades, expulsés d'Espagne, à partir de 1492, va donner au cimetière des dimensions considérables. Il croit dans une zone déserte et réputée inculte. La dalle funéraire déchiffrée la plus ancienne déchiffrée par Michaël Molho date de 1493.

Les premiers arrivants sépharades installent les tombes de leurs défunts sur les hauteurs sans économiser d'espace et sans donner au cimetière d'ordre bien défini. Peu à peu le cimetière avance vers la côte, qu'il atteint au , les interstices entre les tombes deviennent alors de plus en plus faibles. Une nouvelle strate de tombes commence à cette époque à recouvrir les sépultures les plus anciennes. La taille des dalles augmente avec le temps. Au début du elles ne dépassent pas la taille du corps, elles font en moyenne 40 à de largeur pour de long, portent une inscription concise et comportent des colonnettes placées à la tête des tombeaux.

les Juifs prennent dans les siècles suivants de plus en plus l'habitude d'édifier d'imposantes tombes. Certaines dalles font alors de large pour de long et d'épaisseur pour un poids de . Le marbre nécessaires à leur taille est extrait dans les carrières de la région.

La communauté Dönme Kapancı, des descendants des fidèles juifs de Sabbataï Tsevi, convertis à l'islam tout en ayant conservé des éléments du judaïsme, établit au son cimetière dans un espace mitoyen, mais séparé par un mur, du cimetière juif. La plus ancienne tombe y ayant été découverte date de 1737. Contrairement à celles des Juifs, les tombes de ce cimetière comportent des stèles, à la tête et aux pieds du défunt, avec des inscriptions en turc ottoman. Contrairement à celles des musulmans, les tombes des Dönme ne sont pas ornées de turbans.

XIXe siècle vignette|Vue du cimetière circa 1890. On distingue à gauche un ibadi (lycée) ottoman qui deviendra l'Université Aristote.|alt=Tombes à l'avant-plan, bâtiments en arrière-plan. Au on voit même apparaitre de somptueuses sépultures que font édifier les Juifs les plus aisés, généralement originaires de Livourne. Elles sont exécutées en Italie et décorées artistiquement selon les canons de l'esthétisme européen.

Durant la majeure partie de son existence le cimetière ne connaît que peu de déprédations de la part des populations non juives. Parfois des bergers viennent y faire paître du bétail, c'est aussi le lieu de rendez-vous des amoureux cherchant des coins discrets.

Pendant la guerre d'indépendance grecque (1821-1829) des dalles sont utilisées par les Ottomans pour renforcer la muraille de la ville située du côté sud.

La vaste superficie que couvre la nécropole finit par être véritablement convoitée alors que Salonique connaît une forte croissance urbaine, à partir de la fin du . Une première extension de la ville a lieu sous le règne du sultan Abdülhamid II au sud-est de la vieille ville et il devient alors clair que le cimetière posera des problèmes quant à la croissance future de la cité, gênant le raccordement des nouveaux quartiers à la vieille ville.

Des demandes et des pressions sont exercées sur la communauté juive pour qu'elle accepte que le cimetière soit démantelé de manière que la zone puisse être incluse dans les nouveaux plans d'urbanisme. Le refus des Juifs est basé sur des considérations religieuses. Les sépultures ont dans le judaïsme un caractère hautement sacré. ll n'est pas permis, d'après la loi juive, de désaffecter tout ou partie d'un cimetière, de transférer des sépultures ou des ossements.

Un important incendie en , est l'occasion pour les autorités ottomanes de lancer un processus de rénovation urbaine à l'est de la ville. Des secteurs du cimetière sont expropriés pour tracer le boulevard Hamidiye (aujourd'hui rue Ethnikis Aminis) et construire le lycée ottoman (en turc ibadi) Hamidiye, bâtiment qui accueillera ultérieurement une faculté de philosophie à la base de l'université Aristote. Les bases du lycée sont construites avec des pierres tumulaires provenant de la zone désaffectée du cimetière.

Pour prévenir de futurs dommages, une société juive philanthropique, 'Hessed-ve-Emet en hébreu « bienveillance et vérité » est fondée. Elle se donne pour mission de promouvoir l'entretien du cimetière et de le ceindre d'un mur, mais après un an de travaux, le chantier est interrompu faute d'argent.

En 1911, le cimetière s'étend sur et on estime qu'il compte plus de . Leur placement est anarchique. En certains endroits la concentration est telle qu'il faut marcher de dalle en dalle pour parvenir à la tombe que l'on souhaite visiter. Malgré les diverses déprédations et grignotages, le cimetière poursuit sa croissance avec l'achat de terrains adjacents en 1873, 1893, 1911 et 1916.

Période grecque vignette|Carte de Salonique en 1917, le cimetière (zone blanche) provoque une discontinuité urbaine entre la ville ancienne (à l'ouest) et la ville nouvelle (à l'est). Les zones touchées par l'incendie de 1917 sont indiquées par un liseré.|alt=Carte urbaine ancienne en noir et blanc. Immédiatement après la prise de Salonique par les Grecs en 1912, les Juifs se plaignent, sans succès, de déprédations commises sur des tombes par des Grecs, apparemment à la recherche de biens à subtiliser.

Du 18 au , un incendie dévaste une grande part de la vieille ville. Ce sinistre a un fort impact sur la communauté juive dont plusieurs quartiers sont réduits en cendres. La municipalité voit dans l'incendie une opportunité d'effectuer un renouvellement urbain, de mettre en valeur le patrimoine hellène de la cité et d'y expurger son histoire perçue comme allogène, notamment le patrimoine juif. De nouveaux plans d'urbanisme sont établis sous la direction de l'urbaniste français Ernest Hébrard. Il préconise d'utiliser des portions du cimetière pour agrandir l’université Aristote, créer un parc et mieux relier nouveaux et anciens quartiers.

En 1922-1923 d'importants échanges de populations ont lieu entre la Grèce et la Turquie. Les Dönme doivent, comme les autres musulmans, quitter Salonique pour la Turquie. Le cimetière de la communauté dönme Kapancı jouxtant celui des Juifs, est démoli quelques années après leur départ. Le stade du PAOK Salonique sera construit dessus. Parallèlement, des réfugiés grecs d'Anatolie s'installent dans les nouveaux faubourgs situés à l'est de la ville. Ils se frayent des passages entre les tombes pour gagner le centre-ville, ce qui exacerbe les tensions.

Au début des années 1930 alors que les déprédations redoublent, un décret-loi visant à confisquer le cimetière et à procéder au transfert des corps dans un nouveau cimetière est promulgué le . Un second décret vient confirmer la décision le .

En 1931 a lieu le pogrom de Campbell, du nom d'un quartier principalement peuplé de Juifs. Des émeutiers démarrent des incendies et en cette même occasion, profanent une centaine de tombes juives. Il est alors décidé de protéger le cimetière en créant un service de surveillance du cimetière. Un poste est installé sur une éminence et cinq gendarmes y sont installés. Ils sont secondés dans leurs rondes par des gardiens juifs.

En 1937 les pressions de la municipalité amènent la communauté juive à céder gracieusement à l'Université Aristote du cimetière pour ses travaux d'agrandissement. Les transferts d'ossements ont lieu à partir de , dont ceux du rabbin mystique Samuel Gaon.

Sous le régime de Metaxás, à partir de 1936, les tensions autour du cimetière s'apaisent. La communauté juive parvient à différer l'exécution des décrets d'expropriation du cimetière, les mouvements antisémites ayant provoqué des déprédations dans le cimetière sont interdits.

Destruction pendant la Seconde Guerre mondiale

vignette|L'Église de la dormition de Marie (Kimisseos Theotokou) demande, en septembre 1943, aux autorités allemandes de pierres tombales en marbre provenant du cimetière afin de refaire son dallage.|alt=photo d'une église

Négociations Les Allemands occupent Salonique à partir du . La municipalité grecque y voit l'opportunité d'enfin exproprier et détruire le cimetière. Les autorités occupantes acceptent avec d'autant plus de facilité qu'ils ont déjà prévu d'éliminer physiquement la communauté juive. L'année suivante, les Allemands proposent aux représentants de la communauté juive un accord. Ils leur est demandé de payer de drachmes, somme faramineuse pour l'époque, en échange de la libération des forcés juifs envoyés effectuer des travaux de voirie dans des zones impaludées de l'arrière-pays, ce qui provoque une importante surmortalité. Les Juifs n'ayant pu réunir que de drachmes, l'occupant conditionne la libération des prisonniers à l'expropriation du cimetière.