Héraclide du Pont ou Héraclide le Pontique, (en grec ancien ), est un philosophe grec platonicien du (né v. 388 et mort v. 310). Selon Sotion, doxographe et grammairien d’Alexandrie, il fut actif à l’Académie de Platon jusqu'à la mort de Speusippe. ; il devint l'élève d’Aristote après avoir quitté son premier maître. On lui attribue un système héliocentrique partiel, mais cette attribution ne paraît pas solidement fondée : Héraclide n’était pas un astronome, mais un vulgarisateur et un polygraphe, et surtout le système cosmologique en question prend pour base la théorie mathématique des épicycles établie seulement au siècle suivant, par Apollonios de Perga.
Biographie Il est né à Héraclée du Pont (actuelle Ereğli) dans une famille riche du royaume du Pont ; son père et son fils s'appellent Euthyphron. De 365 à 339 av. J.-C., il se rend à Athènes et y fréquente l'Académie de Platon, où il rencontre Speusippe et AristoteH. B. Gottschalk, Heraclides of Pontus, .. Il prend temporairement l'intérim à l'Académie de Platon lorsqu'il entreprend son dernier voyage en Sicile. En 339, à la mort de Speusippe Xénocrate est élu scolarque de l'Académie à sa place, à une courte majorité. Il quitte alors définitivement l'Académie et va fonder sa propre école, dans sa ville natale. Héraclide le Pontique semble avoir eu comme jeune disciple un certain DionysiosCe Dionysios Heracléote aurait suivi les enseignements d'Alexinos et Ménédème d'Érétrie. Héraclide a embrassé les doctrines pythagoriciennes, cyrénaïques ou épicuriennes à la fin de sa vieRichard Goulet, Dictionnaire des philosophes antiques, tome III, éditions du CNRS, 2000, s.v..
Soucieux de gloire, des témoignages antiques le décrivent comme le corrupteur d'émissaires que sa cité d'Héraclée du Pont avait envoyés recueillir un oracle de la Pythie à Delphes, pour lui permettre d'occuper un poste politiqueVoir , et Philodème dans son Index Academicorum.. Il mourut en tombant d'un théâtre, alors qu'il était déjà âgé.
Sa théorie de l'invention du mot « philosophie » « Au témoignage d'Héraclide du Pont, Pythagore aurait eu un entretien savant avec Léon, tyran de Phlionte. Comme ce dernier admirait son génie et son éloquence, lui demandant sur quel art il s'appuyait, Pythagore aurait décliné l'épithète de « sage » (sophos) et répondu qu'il ne connaissait aucun art, mais qu'il était philosophe (philo-sophos). Léon s'étonna de ce terme nouveau et demanda quelles étaient les différences entre les philosophes et les autres hommes. Pythagore répondit que la vie humaine était comparable à ces assemblées où se rendait la Grèce entière lors des grands jeux : les uns y viennent lutter pour obtenir une couronne ; d'autres cherchent à y faire du commerce ; les autres, enfin, ne s'intéressent ni aux applaudissements ni au gain, mais viennent pour voir simplement ce qui se passe aux jeux. De même, dans la vie, les uns sont esclaves de la gloire, les autres de l'argent, mais d'autres, plus rares, observent avec soin la nature : , commente CicéronTémoignage de Cicéron dans les Tusculanes, livre V, cité par Jean-François Mattéi, Pythagore et les Pythagoriciens, Que sais-je ? 2732, Presses universitaires de France, .. Cette anecdote était relatée dans un dialogue d'Héraclide, Abarys, perdu, mais dont rendent compte Cicéron, et surtout Jamblique.
Philosophie Héraclide le Pontique est un disciple de Platon, mais son œuvre relève tout autant de l'aristotélisme. F. Wehrli le range parmi les aristotéliciens. . Comme Cléarque de Soles, il fait partie des aristotéliciens qui ne penchent pas vers le matérialisme (Dicéarque, Aristoxène, Straton de Lampsaque) mais vers un platonisme qui sépare l'âme du corpsJoseph Moreau, Aristote et son école, PUF, 1962, 269-271.. Héraclide reprenait les théories des pythagoriciens, qui pensaient que les âmes dépouillées de leur corps suivaient la voie lactée, car les âmes sont composées de lumière astraleHéraclide du Pont, fragments 93-99..
Science thumb|Représentation en 1573 par Valentin Naboth du modèle astronomique géo-héliocentrique d'Héraclide transmis par Martianus Capella. D'après Chalcidius, il exposa la thèse d'un système géocentrique où Vénus tourne autour du Soleil pour en expliquer les variations d'éclat.
Ce système, étendu à Mercure, est connu d'Adraste d'Aphrodisie (cité par Théon de Smyrne Théon de Smyrne, Exposition des connaissances mathématiques utiles à la lecture de Platon, Astronomie, 33.). Vitruve De Architectura, L.IX, chap. 1, 6., Cicéron cité par Macrobe Macrobe, Commentaire du Songe de Scipion, L. 1, chap. 19. et Martianus Capella. Les Noces de Philologie et de Mercure.. Il semble anticiper le modèle que développera Tycho BraheBruce Eastwood, (1992) : 233-60..
Après Philolaos de Crotone, Héraclide le Pontique aurait été l'un des premiers à soutenir la thèse de la rotation de la Terre sur elle-même en son axe, chaque jour de 24 heures, afin d'expliquer le mouvement apparent des étoiles au cours de la nuitFragments 104-108 édi. Wehrli.. Pour lui, la sphère du ciel étoilé est toujours fixe. Ainsi, il sut éviter de croire la fausse et trompeuse évidence de l'apparente rotation journalière des corps célestes en mouvement autour de la Terre. Comme les personnages fictifs de son traité Sur les pythagoriciens, Ecphante et Hicétas, Héraclide croyait au mouvement journalier causé par la rotation de la planète Terre sur son axe. Il soutenait que la voûte céleste est fixe, et que seule la Terre est en mouvement et tourne autour de son axe ; ce mouvement explique selon lui l’illusion du mouvement de tous les astres. Constatant les difficultés et les incertitudes posées par les manuscrits du Timée de Platon en 40 b-c, il s’avisa de soutenir que c’était la Terre qui se mouvait par le cercle oblique du Zodiaque tournant à l’entour de son essieu. En faisant tourner Mercure et Vénus autour du Soleil, mais en conservant à la Terre sa place centrale, il fut finalement un des premiers philosophes à ouvrir la voie à l’héliocentrisme. Plus tard dans ses propres écrits Copernic revendiquera Héraclide comme son digne prédécesseur quant à cette judicieuse hypothèse : Copernic : Lettre au pape Paul III, préface à Des révolutions des orbes célestes. (De revolutionibus orbium caelestium), 1543..
Histoire Dans divers dialogues qu'il rédigea, il mettait en scène des orateurs, rois, poètes célèbres entamant des joutes oratoires. Son Traité sur le PouvoirLe Papyrus Oxyrhynque IV 664 contient les vestiges de trois colonnes de cet ouvrage d'Héraclide, en grec ancien : . L'ouvrage est parfois traduit par . donnait de nombreuses informations sur l'histoire des rois grecs, et selon Héraclide du Pont, Livre sur le Pouvoir : Les 7 sages. Ainsi, les rois d'Orchomène auraient régné sur presque toute l'Arcadie.
Il indiquait aussi que les Lydiens, un peuple d'Asie Mineure occidentale, furent les premiers à battre monnaie. Le philosophe péripatéticien Théophraste contredit Héraclide au sujet de la loi de Dracon qui condamnait à mort toute personne déclarée oisive, c'est-à-dire dont on ne peut définir ou deviner ni la condition ni les ressources : Héraclide dit que c'est une loi de Solon, et que Pisistrate l'a imitée et généralisée ; Théophraste prétend que c'est une loi de Solon qui avait déjà été appliquéeTraité des lois, XXV..
Poésie Selon Héraclide, l’Iliade et l’Odyssée d’Homère seraient les plus anciens textes allégoriques ; il citait dans son ouvrage Allégories homériques, la cinquante-huitième ode d'Anacréon comme un modèle parfait du genre.
Ses ouvrages thumb|Édition latine de 1593 des fragments politiques d'Héraclide le Pontique. Auteur d’œuvres nombreuses dans les domaines les plus variés, il ne reste que les titres de ses œuvres et quelques fragments de ses textes. Il aurait écrit des Constitutions à partir des Constitutions d'AristoteFragments édités par Adamantios Coray, texte Prodomos 1805, dans la revue Bibliothèque hellénique., mais on n'en a aucune certitude ; il pourrait s'agir d'un autre auteur du même nom, Héraclide Lembos. Allégories homériques Sur le Pouvoir (dialogue politique) Sur la Nature (dialogue philosophique) Sur le Plaisir (dialogue philosophique) Sur les choses de l'Hadès (dialogue)
Il ne doit pas être confondu avec un autre Héraclide pontique, grammairien du , élève de Didyme.
Notes et références
Voir aussi Bibliographie Fragments d'Héraclide du Pont O. Voss, De Heraclidis Pontici vita et scriptis, 1896. Fritz Wehrli, Die Schule des Aristoteles. Texte und Kommentare, Bâle, éd. Schwabe, 1944-1960, t. VII : Herakleides Pontikos, 1953, rééd. Bâle et Stuttgart 1969. Graziella Fanan, Heraclides Ponticus. Fragmenta et testimonia, apud Corpus dei papiri filosofici greci et latini, Florence, 1992, . Heraclides of Pontus. Texts and translations, edited by Eckart Schütrumpf; translators Peter Stork, Jan van Ophuijsen, et Susan Prince, Piscataway, N.J., Transaction Publishers, 2008.
Études sur Héraclide du Pont Pierre Boyancé, « Sur l'Abaris d'Héraclide le Pontique », Revue des Études anciennes (REA), 36 (1934), (Lire en ligne). . H. B. Gottschalk, Heraclides of Pontus, Oxford, 1990. Th. H. Martin, Mémoires sur l'histoire des hypothèses astronomiques chez les Grecs et les Romains, partie 1, ch. v, § 3 (Mémoires de l'Académie des Inscriptions et bell es lettres, t. XXX, partie, 1881). Paul Tannery, "Sur Héraclide du Pont" (1899), Mémoires scientifiques, Gauthiers-Villars, 1912 ss, t. IX, . Fritz Wehrli, Die Schule des Aristoteles. Texte und Kommentare, Bâle, éd. Schwabe, 1944-1960, t. VII : Herakleides Pontikos, 1953, rééd. 1969. Heraclides of Pontus. Discussion, edited by William W. Fortenbaugh, Elizabeth Pender, New Brunswick, N.J. : Transaction Publishers, 2009. .
Articles connexes Académie de Platon Platon Xénocrate Aristote
Liens externes
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