Le faubourg Saint-Marceau ou Saint-Marcel est un quartier de Paris situé à cheval entre les 5 et . Il était surnommé faubourg souffrant car ce quartier fut pendant longtemps, selon les dires locaux, le plus laid, le plus triste et le plus pauvre de ParisAlfred Delvau, Histoire anecdotique des barrières de Paris, 1865, p.226..
Historique Les origines vignette|gauche|Les bords de Bièvre dans le quartier au . Durant l’Antiquité, la zone occupée par le faubourg Saint-Marcel se trouve dans les faubourgs de l’agglomération de Lutèce et n’est donc pas urbanisée. Au début du se développe une vaste nécropole bordant la voie romaine menant à Melun. Les cendres des morts conservées dans les hypogées ont laissé des traces dans le quartier : l’étymologie de l’ancienne rue de Lourcine (actuelle rue Broca) peut être retracée grâce à un acte médiéval qualifiant la zone de « Terra de lococinerum » (lieu de cendres), devenue sous Louis VII le clos de la Cendrée. Longtemps appelée terre des morts, la partie sud du faubourg Saint-Marcel persista dans ce rôle jusqu’à l’époque mérovingienne, dont on retrouvera de nombreuses sépultures.
Une chapelle primitive aurait été dédiée par saint Denis à saint Clément au . Le nom originel du village aurait été Chambois ou ChamboyAn., Mémoire pour répondre à celui de Monsieur de Beausire, [s.l.], ca. 1750, in J. Guillaume & A. Coulon, fonds Monuments historiques (cartons), VIII "Villes et provinces", cote K//982 "Mélanges", , Archives nationales, Paris.. Après la mort de Saint-Marcel vers 435, sa tombe, longtemps considérée comme lieu de miracles donna son nom à l’actuel quartier. Au , ce lieu rassemble suffisamment de maisons autour de cette chapelle pour que Grégoire de Tours le qualifie de vicusAuguste Longnon - Paris pendant la domination anglaise (1420-1436) : documents extraits des registres de la Chancellerie de France – Paris, 1878 – sur Gallica..
Lors du siège de Paris par les Normands en 885, les reliques de saint Marcel sont transférées en la Cathédrale Notre-Dame dans l'île de la Cité, alors protégée par une enceinte. Le culte de saint Marcel se développe, attirant de nombreux pèlerins sur le lieu de culte et faisant de cet évêque de Paris l’un des patrons de la ville.
L’urbanisation de ce faubourg de Paris n’intervient que plus tard, malgré la présence de carrières de pierres dans le secteur dès l’Antiquité. Ce sont avec ces pierres que sont faits les murs de Notre-Dame de Paris, l’église Saint-Germain des Prés ou de l’enclos des Templiers.
Moyen Âge thumb|left|La collégiale Saint-Marcel et le quartier environnant sur le Plan de Truschet et Hoyau (1550). La construction de la collégiale Saint-Marcel au , de la chapelle Saint-Martin, de l’église Saint-Hippolyte, l’érection de la paroisse au faubourg Saint-Médard (attestée avant 1163) sous la juridiction de l’abbaye de Sainte-Geneviève sur la rive gauche de la Bièvre, va donner un nouveau visage à ce faubourg jusque-là funéraire.
Le faubourg Saint-Médard situé à proximité sur l'autre rive de la Bièvre, également hors de l'enceinte de Paris, va attirer, à partir de la fin du , une population de grands seigneurs. À partir du début du , le quartier est moins à la mode et les domaines font place à des activités artisanales.
Au cours de la deuxième moitié du , le banquier Scipion se fait cependant construire un hôtel dans le faubourg Saint-Marcel rue de la Barre à l'angle de l'actuelle rue du Fer à Moulin une époque où la Bièvre n'était pas encore bordée de constructions.
Le bourg Saint-Marcel se dota au début du de murs ceints de fossés dont le tracé correspondait aux actuelles rues des Gobelins, de la Reine Blanche et des fossés Saint-Marcel. Le passage de la rue Mouffetard (actuelle avenue des Gobelins) était protégé par la "porte Poupeline" du nom d'un propriétaire d'un terrain. Au nord, la Bièvre apparaissait comme une protection naturelle suffisante. Au face à la menace anglaise et compte tenu du développement du bourg au sud, l'enceinte fut reportée au sud sur le tracé de l'actuelle rue Le Brun et d'une ruelle disparue située à l'emplacement de la manufacture des Gobelins. La nouvelle porte sur la route de Melun sera nommée "nouvelle porte Poupeline" ou "porte Saint-Marcel" et servira de bureau d'octroi après sa suppression. Au nord, le bourg aurait été protégé par une enceinte construite au englobant le bourg Saint-Médard. Les murs furent détruits et les fossés comblés entre 1557 et 1561.
À la fin du Moyen Âge, le village non encore rattaché à Paris – il ne le sera qu’en 1724 - est appelé « Saint-Marcel-lez-Paris ». Les enceintes Au début du , les habitants du bourg font creuser un fossé, en partie alimentés en eau par la Bièvre, autour de l’agglomération. La rivière faisant un fossé naturel, l’enceinte parcourt les actuelles rues Geoffroy-Saint-Hilaire (), des Fossés-Saint-Marcel, Le Brun (), de la Reine-Blanche et des Gobelins. Deux portes permettent le franchissement : la porte de la Barre, au débouché de la rue des Fossés- Saint-Marcel dans le boulevardSaint-Marcel et la porte ou Arc de Triomphe Poupeline, au carrefour des rues de la Reine-Blanche, des Gobelins et l’avenue des Gobelins.
Pour tenir compte de l’accroissement de la population, l’enceinte est agrandie au milieu du . Le Neuf-Fossé est creusé (il est recouvert par la rue Le Brun), se poursuit en prolongement de cette rue et rejoint la Bievre vers l’intersection de la rue Berbier-du-Mets avec la rue rue Émile-Deslandres. La Bievre faisant office de barrière naturelle, le fossé reprend rue Corvisart jusqu’au de la rue Berthollet, puis oblique par la rue de l'Arbalète et rejoint l’ancien fossé par la rue Daubenton. De nouvelles portes sont créées : la nouvelle porte Poupeline ou porte Saint-Marcel, au débouché de la rue Le Brun avec l’avenue des Gobelins et la porte de l’Arbalète, rue Mouffetard..
Les fossés sont comblés en 1557 et 1661.
Le développement d’un faubourg industrieux thumb|left|195px|Vue de Paris durant le blocus de la ville lors de la Fronde en 1649 montrant au premier plan la Plaine d'Ivry, la Salpêtrière, le Fbg Saint-Marcel et en arrière-plan, le Fbg Saint-Antoine et la Bastille. La partie du faubourg située sur la rive droite de la Bièvre dépendait des chanoines de Saint-Marcel ; ils affranchirent leurs serfs en 1238 et Philippe le Bel promut par lettres patentes le bourg en « ville ». En 1296, le Parlement de Paris garantit l’indépendance fiscale du faubourg vis-à-vis de la capitale. Ces mesures fiscales, ainsi que la présence de la Bièvre incitèrent la venue de nombreux artisans; les bouchers furent les premiers à venir s’installer dans le faubourg, en raison de la présence de la Bièvre, leur permettant d’y jeter leurs déchets, donnant d’ailleurs le nom de pont aux Tripes à l’un des ponts qui enjambaient jadis la rivière. Suivront les artisans mégissiers, tanneurs, corroyeurs, baudroyeurs, cordonniers et teinturiers, qui achèveront de faire de la Bièvre un cours d’eau extrêmement pollué jusqu’à sa couverture à la fin du .
Le faubourg produisait aussi un vin réputé dès le et une brasserie s’installa à la même époque afin de satisfaire les besoins des Anglais et Flamands travaillant dans le quartier. Tout cela fit des bords de Bièvre un lieu bordé d’auberges, de cabarets et tripots réputés, dans lesquelles François Rabelais et Jean-Jacques Rousseau se rendaient. thumb|250px|Édouard Colbert se voit présenter les tapisseries, conçues par Charles Le Brun, représentant l'histoire d'Alexandre le Grand, eau-forte de Sébastien Leclerc (v. 1665), Metropolitan Museum of Art, New York. C’est l’installation en 1443 de Jean Gobelin dans le faubourg qui développa une teinturerie sur les rives de la Bièvre dès 1446, qui marquera pour longtemps le quartier en y introduisant cette industrie. Jouissant d’une très grande fortune et réputation jusqu’au , la dynastie des Gobelin laissera son nom à la partie sud du faubourg. Dès 1662, Louis XIV fait rassembler dans le faubourg les artisans ayant servi Fouquet pour l’aménagement de son château de Vaux-le-Vicomte avant sa chute.
En 1663, est créée la « Manufacture royale des meubles et tapisseries de la Couronne » avec Charles Le Brun comme directeur. Un vaste ensemble de nouveaux bâtiments est érigé d’une part vers la rue Mouffetard (actuelle avenue des Gobelins) et de l’autre, sur les bords de la Bièvre. Louis XIV, au début de son règne, porte beaucoup d’importance à cette manufacture, quitte à la financer généreusement. Les tapisseries, vaisselles d’argent, torchères et meubles qui y sont produits pour la gloire du roi. Cependant, dès que Louis XIV eut quitté le Louvre pour Versailles, la manufacture tomba dans une relative décadence, tout en continuant à produire des objets d’art très réputés.
La relative prospérité apportée par la manufacture royale ne doit cependant pas éclipser le fait qu’elle ne profitait qu’aux ouvriers spécialistes qui y travaillaient. La majorité de la population vivant dans le faubourg restait miséreuse et le quartier porta une réputation de zone malfamée jusqu’au . Jean-Jacques Rousseau en témoigne dans les Confessions : Combien l’abord de Paris démentit l’idée que j’en avais ! La décoration extérieure que j’avais vue à Turin, la beauté des rues, la symétrie et l’alignement des maisons me faisait chercher à Paris autre chose encore. Je m’étais figuré une ville aussi belle que grande, de l’aspect plus imposant, où l’on ne voyait que de superbes rues, des palais de marbre et d’or. En entrant par le faubourg Saint-Marceau je ne vis que de petites rues sales et puantes, de vilaines maisons noires, l’air de malpropreté, de la pauvreté, des mendiants, des charretiers, des ravaudeuses, des crieuses de tisane et de vieux chapeaux. Tout cela me frappa d’abord à un tel point que tout ce que j’ai vu depuis à Paris de magnificence réelle n’a pu détruire cette première impression, et qu’il m’en est resté toujours un secret dégoût pour l’habitation de cette capitale.
Un recensement de 1665 dénombre, dans le faubourg Saint-Marcel, 950 maisons abritant . Le rapport du commissaire Dominique Manchon précise qu'y vivaient : trois faiseurs de ballets, une « vendeuse de pissat » dont la marchandise fournissait les seize maîtres teinturiers déjà présents le long de la Bièvre, quatre marchandes d'allumettes, cinquante-six rentiers, soixante-douze « pauvres gens », c'est-à-dire vivant de l'aumône, deux cent quarante-six gagne-deniers quettant une occupation à la journée, quarante boulangers, soixante-quinze fruitiers, quarante-neuf marchands de vin, douze brasseurs, onze épiciers, sept rôtisseurs et dix pâtissiersÉmile Magne, Images de Paris sous Louis XIV, Paris, Calmann-Lévy, 1939, ..
En 1673, Louis XIV expulse les tanneurs, les teinturiers et les mégissiers du centre de Paris pour qu'ils s'installent dans le quartier Saint-Marcel ou le quartier de Chaillot : .
La Révolution française y trouva tout naturellement un écho très favorable, les habitants du faubourg étant parmi les initiateurs, avec Louis Legendre, Antoine Joseph Santerre. La Terreur y fut vécue dans toute son horreur avec le massacre de la Salpêtrière voisine.
La métamorphose haussmannienne thumb|right|upright|La Bièvre coulant au pied de la manufacture des Gobelins en 1830.