Jerry Goldsmith est un compositeur américain, né le à Pasadena (comté de Los Angeles) et mort le à Beverly Hills. Essentiellement connu pour ses musiques de films, il a également écrit quelques œuvres de concert. Depuis ses débuts dans les années 1950, il a composé un peu plus de 250 musiques pour le cinéma et la télévision...

Parmi ses compositions les plus célèbres, figurent les musiques des films La Planète des singes, Papillon, Chinatown, Alien, le huitième passager, Rambo ou encore Gremlins. Il a obtenu de nombreuses récompenses, dont un Oscar de la meilleure musique pour La Malédiction. Au cours de sa carrière, il travailla de manière privilégiée avec certains cinéastes comme Robert Wise (La Canonnière du Yang-Tse, Star Trek, le film), Joe Dante (Gremlins, , ) ou Paul Verhoeven (, , L'Homme sans ombre) mais sa collaboration avec Franklin J. Schaffner fut la plus notable (La Planète des singes, Patton, Papillon, Ces garçons qui venaient du Brésil). Il a également travaillé avec Steven Spielberg sur Poltergeist et sur le film à sketches La Quatrième Dimension.

Plusieurs ballets ont par ailleurs été tirés de ses musiques de films, notamment aux États-Unis et en Australie.

Biographie Enfance et formation Jerrald « Jerry » King Goldsmith est né le à Pasadena, dans le comté de Los Angeles aux États-Unis. Il est le fils de l'institutrice Tessa Rappaport dit « Tessie » et de l'ingénieur Morris Goldsmith. Sa famille compte plusieurs musiciens amateurs : sa mère est pianiste, son père pratique le violon et son cousin Joseph Zirker joue de la flûte.

Jerry Goldsmith, dont les grands-parents maternels étaient d'origine juive roumaine., a passé toute sa jeunesse à Los Angeles où il apprend le piano dès six ans. Vers l'âge de treize ans, il se perfectionne auprès de Jakob Gimpel (qui jouera plus tard, en tant que pianiste soliste, sur certains enregistrements des bandes originales de son élève comme La Planète des singesNotes de Jeff Bond extraites du livret du CD , .). À cette époque, il envisage une carrière de pianiste concertiste. et même de devenir un compositeur de musique pure.

À 16 ans, il apprend l'art de la composition, du contrepoint et de la théorie musicale avec le compositeur italien Mario Castelnuovo-Tedesco. Estimant que ce dernier en matière de composition, l'adolescent décide d'étudier dans le même temps avec d'autres enseignants dont les compositeurs Eric Zeisl, Ernst Křenek et Buddy Baker au .

Il suit ensuite les cours de musique de film dispensés à l'Université de Californie du Sud par le maestro Miklós Rózsa, à qui il voue une grande admiration depuis qu'il a entendu sa partition pour La Maison du docteur Edwardes en 1945. C'est la vision de ce film qui lui donnera la vocation d'écrire pour le cinéma..

Puis il se lance dans la vie active en travaillant entre autres comme pianiste accompagnateur, répétiteur vocal, assistant de chef de chœur et de chef d'orchestre au département « opéra » du .

Débuts professionnels Au début des années 1950, alors qu'il vient juste de se marier, il est embauché au département musical de la chaîne CBS. Sous la direction de Lud Gluskin, il y travaille d'abord comme simple commis dactylo puis copiste.

Quelques mois plus tard, il décroche ses premiers engagements en tant que compositeur pour des séries radiophoniques comme , et .

Puis, à partir de 1955, il écrit des musiques pour des émissions télévisées diffusées en direct comme , , et . Jusqu'en 1960, il travaillera sur une quantité importante de productions télévisuelles qui lui feront côtoyer ses futurs partenaires de cinéma, tels John Frankenheimer et surtout Franklin J. Schaffner avec lequel il entretiendra une grande complicité.. Interrogé par Mark Russell et James Young, le compositeur se souvient qu'il devait , sans même avoir le temps de faire la moindre répétition avec le petit orchestre qu'il dirigeait.

C'est en 1957 qu'il écrit sa toute première bande originale pour le cinéma avec L'homme au bandeau noir, un western à petit budget. Dans les décennies suivantes, on lui confiera la musique de nombreux autres westerns tels que Rio Conchos, Sept secondes en enfer ou Deux Hommes dans l'Ouest, un genre qu'il renouvelle en introduisant des influences plus modernistes au style traditionnel hérité de Aaron Copland.

Après L'homme au bandeau noir, il entame une longue carrière, au cours de laquelle il va se consacrer à écrire pour l'image pendant presque 50 ans. Très exigeant envers son travail et celui de ses collègues, il affirmait en 1998 :

Carrière musicale Les années d'expérimentation (1960-1970) vignette|redresse=1.3|gauche|Sa musique atonale pour Freud, passions secrètes de John Huston lui vaudra une première nomination aux Oscars.|alt=Susannah York (à gauche) et Montgomery Clift (à droite) dans "Freud, passions secrètes" de John Huston. À partir de 1960, il compose la musique de nombreux épisodes de séries télévisées comme Thriller, et surtout La Quatrième Dimension, une série de science-fiction où il commence à développer un style singulier qui deviendra vite sa marque de fabrique, entre autres dans les épisodes Quatre d'entre nous sont mourants et Les Envahisseurs. On lui doit aussi les thèmes de séries populaires comme Le Jeune Docteur Kildare ou Des agents très spéciaux.

Grâce à l'appui du célèbre compositeur Alfred Newman, il gagne la confiance des studios Universal. qui ne tardent pas à lui confier la musique du western dramatique Seuls sont les indomptés en 1962, avant qu'il n'écrive celle de Freud, passions secrètes de John Huston, pour laquelle il est cité pour la première fois à l'Oscar de la meilleure musique. S'inscrivant dans les pas de pionniers comme Leonard Rosenman, la partition atonale qu'il compose pour Freud, passions secrètes s'inspire autant de la Seconde école de Vienne. que de l'esthétique de Béla Bartók (à qui il emprunte un fragment de l'adagio de sa Musique pour cordes, percussion et célesta pour le thème de l'hypnose). Après cette nomination aux Oscars, il enchaîne les contrats avec les plus grands studios, dont la 20th Century Fox. En 1964, il expérimente de nouveau l'écriture atonale pour le drame puis, un an plus tard, pour le film d'espionnage Station 3 : Ultra Secret dont la musique est bâtie sur un thème sériel.

Loin de se cantonner à la musique d'avant-garde, il est aussi capable de produire des mélodies simples et intimistes pour des films plus dramatiques comme Le Lys des champs ou Un coin de ciel bleu, du jazz « baroque » à la Jacques Loussier pour Les Filles du code secret, voire des pastiches humoristiques dans le style d'Henry Mancini pour des parodies comme Notre Homme Flint ou sa suite F comme Flint. En 1966, il renoue avec la science-fiction en composant la bande originale de L'Opération diabolique de John Frankenheimer qui mêle écriture atonale et musique baroque à connotation religieuse. Et, dans un tout autre registre, il écrit une partition de style héroïque pour Le Crépuscule des aigles, avant de mêler influences asiatiques et occidentales sur La Canonnière du Yang-Tsé de Robert Wise.

vignette|droite|Bande-annonce américaine du film La Planète des singes qu'il dote d'une partition sérielle. En 1968, il compose une musique sérielle pour La Planète des singes que réalise son ami Franklin J. Schaffner d'après le roman homonyme de Pierre Boulle. Considérée comme l'un des sommets de sa période expérimentale., cette partition utilise un orchestre composé de nombreuses percussions, de timbres exotiques et tire également profil de l'utilisation de l'échoplex, permettant de créer un effet d'écho pour certains instruments. L'année suivante, pour L'Homme tatoué d'après Ray Bradbury, il écrit un thème très mélodique qui contraste avec des pistes violemment atonales.

Avec Patton de Franklin J. Schaffner qui sort en 1970, il écrit un célèbre thème construit à partir d'un motif répétitif joué par le pupitre des trompettes et traité par l'échoplex. La même année, il compose aussi la bande originale de Tora ! Tora ! Tora ! de Richard Fleischer, un autre film de guerre, sans oublier celle du téléfilm La Fraternité ou la Mort, teintée de jazz et dont l'atmosphère oppressante anticipe celle de La Malédiction.

Diversification et consécration (1971-1979) vignette|redresse=1.2|gauche|Il gagne un Oscar grâce à sa bande originale pour La Malédiction de Richard Donner.|alt=Gregory Peck (en bas)) en train d'étrangler Billie Whitelaw (à droite) dans "La Malédiction" de Richard Donner (1996). Au début des années 1970, en raison du succès des bandes originales de films comme Le Lauréat ou Easy Rider essentiellement constituées de morceaux de musique pop , on assiste à une certaine désaffection des partitions symphoniques au cinéma.. Et, comme d'autres confrères, Goldsmith se tourne à nouveau vers la télévision pour laquelle il signe de nombreux thèmes dont celui de La Famille des collines, sans oublier la musique de la mini-série QB VII qui lui permet de remporter un Emmy Award. Il continue toutefois d'expérimenter, notamment en écrivant une partition très avant-gardiste pour le film Satan, mon amour où il utilise des techniques aléatoires. ; mais son style évolue et se diversifie afin de répondre à toutes ses commandes.

Pour le film d'aventure Papillon de Franklin J. Schaffner qui sort en 1973, il crée un célèbre thème en forme de valse nostalgique à l'accordéon. L'année suivante, il doit écrire une nouvelle partition pour le film Chinatown de Roman Polanski. Composée en une dizaine de jours seulement pour un petit orchestre à cordes avec quatre pianos, quatre harpes, des percussions et une trompette soliste, la bande originale de Chinatown repose sur une atmosphère poisseuse d'où se détache un particulièrement mélancolique. En 1975, deux ans avant que l'apogée de la saga Star Wars ne remette au goût du jour l'écriture symphonique au cinéma, il compose une musique spectaculaire et épique pour le film d'aventures Le Lion et le Vent, dominée par des percussions marocaines et des cuivres puissants.

La consécration viendra enfin en 1976, où il écrit une partition très sombre dans un style dissonant pour le film d'horreur La Malédiction, qui marquera les esprits pour l'utilisation très efficace de chœurs déclamant « », une messe satanique en latin. Sa contribution musicale, influencée par Igor Stravinsky et surtout Carl Orff, participera en large partie au succès du long métrage et sera d'ailleurs récompensée par un Oscar de la meilleure musique de film en 1977. Quelques années plus tard, il écrira la musique des deux volets suivants : Damien : La Malédiction 2 et La Malédiction finale. Parallèlement, il participe aussi à l'essor du film catastrophe en signant la bande originale du Pont de Cassandra qui alterne passages lyriques et dissonants. et, deux ans plus tard, celle plus menaçante de L'Inévitable Catastrophe.