Le soulèvement de Lyon contre la Convention nationale est une révolte qui a opposé, entre juin et , les Rolandins, composés de Girondins et de Royalistes, aux Chaliers lyonnais, proches des Montagnards. S'opposant aux mesures prises par les Chaliers, les Rolandins s'emparent du pouvoir à Lyon où, malgré leur alliance avec des Royalistes, ils proclament leur attachement à la République. Cependant, craignant une insurrection contre-révolutionnaire, la Convention nationale alors dominée par les Montagnards décide de les réprimer par la force.
Une ville confrontée à la crise économique En 1789, Lyon est avec Paris la seule agglomération à dépasser de façon certaine les habitants. Ville de banque, de négoce et de manufactures, elle vit surtout de la soierie, qui occupe un tiers de la population. Mais la France est alors plongée dans une crise économique très grave, et cette industrie est en crise. Selon Arthur Young, agronome britannique qui visite la ville en décembre, personnes vivent de la charité et souffrent de la disette, et les couches populaires sont confrontées à la misère. faisant fonctionner métiers, n'ont plus de travail, près de compagnons vivent de secours, ateliers disparaissent et plus de ouvriers de la soie quittent la ville. En , un rapport officiel compte personnes assistées, soit plus de la moitié des travailleurs et de leurs familles., et rend le traité de commerce franco-britannique signé à Versailles le responsable de la crise..
Deux émeutes dirigées contre les barrières d'octroi agitent la ville, en et . Le peuple de la ville espère que les États généraux de 1789 vont supprimer les droits d'octroi, établis par l'oligarchie marchande pour acquitter le loyer des emprunts sans imposer les propriétés. Toutefois, la nouvelle municipalité issue des élections maintient l'octroi. Cette mesure provoque une nouvelle émeute, qui contraint les édiles à reculer ; mais l'Assemblée constituante rétablit provisoirement les barrières. Cette décision déclenche une nouvelle émeute, accompagnée du pillage des maisons des plus riches et de la demande de la taxation des denrées de première nécessité.
Lourds de conséquence, ces conflits sociaux révèlent les intérêts communs des élites royalistes, autour d'Imbert-Colomès, et patriotes, autour de Roland. De même, les maîtres-ouvriers s'opposent à la taxation des prix, qui entraînerait celle des salaires des compagnons, qu'il ne serait ainsi plus possible de réduire. De leur côté, les compagnons qui ont encore du travail ont des liens plus étroits avec les maîtres et les fabricants qu'avec les chômeurs, prêts à accepter n'importe quelle rétribution.
Une opposition politique vignette|Louis François Perrin de Précy, chef des insurgés lyonnais. Peinture de Jean-Joseph Dassy.
En , les sans-culottes lyonnais fondent 32 clubs de section, baptisés : « Sociétés populaires des Amis de la Constitution ». Elles s'opposent aux sociétés bourgeoises, notamment la (la première qui ait vu le jour), qui n'admet que des citoyens actifs, et celle des , affiliée au club des Jacobins, qui exige une cotisation élevée. Un comité central, bientôt connu sous le nom de « Club central », réunit des délégués des clubs sectionnaires. Contrôlé d'abord par les Rolandins, le passe bientôt entre les mains des éléments les plus avancés, autour de Marie Joseph Chalier..
Le directoire du département de Rhône-et-Loire est alors dominé par des royalistes constitutionnels. Le rolandin Vitet devient maire de Lyon. Le s'oppose au premier dès la fin de 1791, au second en ..
Le passage des fédérés marseillais, puis la journée du 10 août 1792 radicalisent la situation. Tandis que Roland occupe le poste de ministre de l'Intérieur à Paris, huit officiers et quatre prêtres sont tués lors de .
En , le girondin Nivière-Chol est élu maire de Lyon à la place de Vitet élu à la Convention. Confronté au marasme économique, il se voit autorisé par l'Assemblée à emprunter trois millions d'assignats, sans intérêtSite de généalogie Génégil, recherche nobiliaire., par voie de souscription sur les citoyens en proportion de leur fortune, mesure qui aigrit la bourgeoisie et la rapproche des royalistes.
Le , le demande la création d'un tribunal révolutionnaire. Opposé à cette proposition, le maire veut mobiliser la troupe, ce qui provoque une insurrection populaire.
Pour dénouer les crises, Nivière-Chol démissionne et est réélu. Cependant, partisans et adversaires de Chalier s'opposent dans les clubs sectionnaires, qui eux-mêmes s'opposent au . Nivière-Chol ayant à nouveau démissionné, le modéré Gilibert est élu maire, contre Bertrand, ami de Chalier. Toutefois, fragilisé par la nouvelle de la trahison de Dumouriez, Gilibert démissionne, et Bertrand accède à la mairie, le .
Le pouvoir des Chaliers va durer 80 jours. La municipalité prend des mesures extraordinaires : création d'une boulangerie municipale, le , taxation des vivres (qui disparaissent des boutiques), enrôlement de volontaires, institution d'un comité de salut public lyonnais composé de 7 membres (2 du département, 2 du district, 3 de la commune), le . Allant plus loin, le exige l'établissement d'un maximum des grains et propose, le , la permanence de la guillotine et de l'assemblée des sociétés populaires, l'institution d'un tribunal révolutionnaire, d'un comité de surveillance et d'une armée révolutionnaire pour remplacer la garde nationale, enfin, une contribution forcée des riches. Le , le Conseil général de la Commune vote la création de l'armée révolutionnaire – un fonds de six millions d'assignats prélevé sur les riches doit assurer ses frais – et la réunion en commun, chaque jour, du département, du district et de la commune..
Cette dernière mesure déclenche une contre-offensive. Les jours suivants, sur les 32 sections, 7, 12, puis la majorité, s'opposent à l'arrêté municipal. À Paris, le député girondin Chasset obtient de la Convention l'annulation des arrêtés instituant des tribunaux extraordinaires dans les communes, et quatre représentants (Albitte, Dubois-Crancé, Gauthier et Nioche) sont envoyés à Lyon. Confortées dans leur décision, dans la dernière semaine de mai, toutes les sections, sauf 6, s'opposent à l'arrêté du ..
La chute de Chalier Le , une assemblée des sections réunie à l'Arsenal décide de renverser la municipalité, défendue uniquement par les bataillons de cinq sections et une partie des troupes de ligne. Venus à l'Arsenal, les représentants Gauthier et Nioche sont mis en garde à vue. Dans la nuit, les « Chalier » sont arrêtés, et le modéré Bénami est nommé président provisoire. Le lendemain, Coindre devient maire, et le juge Ampère (père du physicien André-Marie Ampère) est désigné pour instruire le procès de Joseph Chalier et de ses amis. vignette|Arrêté de suspension des autorités locales, 29 mai 1793.
Confronté à des insurrections fédéralistes après les journées du 31 mai et du 2 juin 1793, la Convention considère qu'il s'agit d'une révolte girondine. De fait, dès la mi-juin, des contacts sont noués avec les départements voisins et les autres villes insurgées, Marseille, Nîmes et Bordeaux. Dans la ligne des mouvements fédéralistes, Lyon exige la réunion des conventionnels suppléants à Bourges. Par ailleurs, la municipalité constitue une armée de hommes composée d'éléments populaires, mais commandée par des royalistes, le comte de Précy, assisté de Clermont-Tonnerre, Virieu, Pantigny, Nolhac, Villeneuve, La Roche d'Angly et le chevalier de Melon. Etienne François Giraud des Echerolles, ancien Maréchal de Camps et Armée du Roi, fut sollicité pour commander l'insurrection, mais déclina la proposition en raison de son âge et de ses infirmités.. En conséquence, le Comte de Précy fut chargé du commandement, des Echerolles acceptant cependant de commander la porte Saint-Just et la porte Saint-Irénée..
La Convention envoie à Lyon Lindet pour négocier. Mais les dirigeants de l'Arsenal, soutenus par le député girondin fugitif Birotteau, refusent tout accommodement. Le , 207 délégués des cantons du département et des sections urbaines nomment une qui envoie une Adresse des autorités constituées de Lyon aux armées, aux citoyens et à tous les départements de la République.
Entre le 04 et le , cette rejette comme nuls tous les décrets de la Convention, institue une force armée et un camp militaire en confiant son commandement au général de Précy, réquisitionne de la main d'oeuvre pour travailler aux fortifications de la ville et fait arrêter et enfermer Pierre-Jacques Dherbez-Latour et Édouard Sautayra, deux députés Montagnardes, à Pierre-Scize..
Ayant mandé en vain les autorités lyonnaises, la Convention prend une série de décrets, les 12 et , mettant hors la loi la et Birotteau, destituant les dirigeants lyonnais, séquestrant leurs biens, invitant les individus entrés à Lyon depuis le à en sortir et ordonnant aux représentants à l'Armée des Alpes de rétablir à Lyon les lois de la République.
Dans ce contexte d'exacerbation du conflit, Chalier est condamné à mort le et guillotiné le lendemain, suivi le par Ryard, qui commandait les troupes de la commune le . Le Jacobin Rousseau Hiddins se suicide en prison Dominique Godineau "S'abréger les jours : le suicide au XVIIe siècle", 2012. et un autre leader montagnard est massacré dans la rue. Parmi les autorités, de même, les républicains modérés sont progressivement remplacés par des royalistes.
Le siège de Lyon
vignette|droite|Le Siège de Lyon.
L'armée des Alpes, sous les ordres de Kellermann, fait alors face à une offensive des Piémontais en Savoie et ne peut pas faire mouvement avant le . Le 12, les représentants scindent le département révolté, créant la Loire, avec Feurs comme chef-lieu et le Rhône. Le 21, la Convention envoie Couthon, Châteauneuf-Randon et Maignet appuyer leurs six collègues représentants (Albitte, Dubois-Crancé, Javogues, Gauthier, Nioche et Reverchon). Le lendemain, le bombardement de la ville commence, et, en septembre, elle est encerclée ; le , au sud-ouest, le fort de Sainte-Foy est enlevé. Environ boulets, bombes et autre obus tombèrent sur Lyon (alors appelée « Ville-Affranchie »), sans toutefois la détruire..
Le , Couthon somme les Lyonnais de se rendre, et une trêve est observée jusqu'au 7. Après des délibérations dans les sections, le 8, une délégation est envoyée pour négocier, malgré l'opposition de Précy, tandis que les forts de Saint-Irénée et de Saint-Just tombent à leur tour.
Le lendemain, à l'aube, Précy s'échappe de la ville par Vaise, au nord-ouest, et se cache, avant de passer en Suisse. Les autorités civiles capitulent à midi.
La répression Le , les représentants créent une , afin de juger les personnes prises les armes à la main, et une « Commission de justice populaire », devant statuer sur les autres « rebelles ». Trois jours plus tard, la Convention décide la formation d'une de cinq membres chargée de « punir militairement et sans délai les criminels contre-révolutionnaires de Lyon »..
vignette|droite|220px|Joseph Fouché, huile sur toile anonyme, début du , château de Versailles.
Le , les représentants décident la destruction des murailles de la ville. Le lendemain, Barère fait décréter par la Convention que . En fait, sur une liste de 600 maisons, une cinquantaine seulement est détruite.
À l'instar de la ville devenue Ville-Affranchie, divers quartiers, places et rues sont rebaptisés. C'est ainsi que le quartier Bellecour devient le « Canton de la Fédération » ou « Canton Égalité », la place Bellecour devient « place de la Fédération » ou « place de l'Égalité », le quartier de La Croix-Rousse devient « Commune-Chalier », le quartier de l'Hôtel-Dieu devient « Canton-sans-Culotte », le quartier de la Halle aux Blés devient « Canton Chalier », etc..