thumb|Monument à Christophe Colomb, à Gênes, vers 1860.

Parmi les différentes théories sur l'origine de Christophe Colomb, celle affirmant ses origines génoises en Ligurie est reconnue par une grande majorité des historiens depuis la fin du , et encore plus depuis la publication en 1931 de l'ensemble des documents d'archives disponibles dans le volume Cristoforo Colombo : Documenti e prove della sua appartenenza a GenovaMise au point au début de Marianne Mahn-Lot, Christophe Colomb, Seuil, 1960, ..

De nombreuses théories alternatives sont émises, soutenues par certains historiens, universitaires ou amateurs David Henige, The Hispanic American Historical Review, Vol. 73, No. 3. (Aug., 1993), ., d'une origine catalane, judéo-espagnole, portugaise, corse ou autres du navigateur.

La controverse peut concerner trois points : le lieu de naissance de Christophe Colomb, éventuellement son ascendance, voire son identité réelle.

Contexte et théorie sur l'origine génoise L'origine génoise de Christophe Colomb est avancée par une grande majorité d'historiens et d'universitairesJacques Heers, Christophe Colomb, .. Les deux principales premières biographies de Colomb ont été considérées comme une vérité littérale par des centaines d'écrivains, en grande partie parce qu'elles ont été écrites par des personnes étroitement associées soit à Colomb soit à ses écrits. Présentant de sérieuses lacunes en matière de preuves, elles maintiennent l'origine génoise de Colomb malgré l'absence d'un dossier complet à ce sujetPhillips, William D., and Carla Rahn Phillips. The Worlds of Christopher Columbus. Cambridge: Cambridge University Press, 1992. Page 9.

"Even with less than a complete record, however, scholars can state with assurance that Columbus was born in the republic of Genoa in northern Italy, although perhaps not in the city itself, and that his family made a living in the wool business as weavers and merchants ... The two main early biographies of Columbus have been taken as literal truth by hundreds of writers, in large part because they were written by individual closely connected to Columbus or his writings. ... Both biographies have serious shortcomings as evidence.".

Certains des lacunes, contradictions et mystères demeurant encore dans sa biographie sont causés par Colomb lui-même : Hernando Colón (fils du navigateur), dans son Historia del almirante Don Cristóbal Colón (entre 1537 et 1539), déclare que son ancêtre ne voulait pas que son origine et sa patrie soient connues - COLÓN, Hernando. «Capítol I, pàgs. 4-5.». A: Historia del almirante Don Cristóbal Colón, Madrid, 1892.

- Pr. Maria Lourdes Díaz-Trechuelo. Cristóbal Colón. Palabra, 2006. Pàg. 25.. Aussi, le roi Carlos V fait-il défense à Hernando, bibliophile et chercheur, de poursuivre ses recherches des origines de son père, tel qu'exposé dans le volume XXXIII du « Boletin de la Real Academia de la historia de Madrid » de l'année 1898.

La confusion initiale, ainsi que la perte ultérieure de documents ou même la falsification de documents - «Testamento de don Cristóbal Colón en el que fundó mayorazgo en su hijo don Diego.» Archivo General de Indias. Signatura: PATRONATO,295,N.101. PARES.

- Congreso de Historia del Descubrimiento (1492-1556): Actas (ponencias y comunicaciones). Tomo III. Real Academia de la Historia, 1992, pàgs. 477-480., déjà pratiquée par les descendants de Colomb p. 104-105, sont des faits qui ont contribué, avec d'autres raisons plus politiques qu'historiographiques, à l'émergence de multiples hypothèses quant au lieu de naissance de Colomb.

Comme l'a écrit Samuel Eliot Morison dans sa biographie de Colomb : « (...) personne du vivant de l'Amiral ou pendant les trois siècles qui ont suivi sa mort n'a eu le moindre doute quant au lieu de sa naissance. Par la suite, des hypothèses audacieuses ont fait de lui un Castillan, un Catalan, un Corse, un Grec, un ArménienSamuel Eliot Morison, Christophe Colomb, Amiral de la Mer océane, 1974, .. »

Théories sur une origine catalane Plusieurs chercheurs ont remarqué que Christophe Colomb supposément génois correspond essentiellement en latin et en espagnol, même avec ses amis italiensLuis Arranz Márquez, p. 108-110.

Origine barcelonaise Cette théorie soutenue par plusieurs historiens, est notamment avancée par le Péruvien Luis Ulloa.en 1927 dans Christophe Colomb catalan. La vraie genèse de la découverte de l'AmériqueParis, Maisonneuve, 1927 (cf. Notice BNF et et les Américains Wilford R. Anderson, Estelle Irizarry et Frederick J. Pohl.

Elle a été défendue en 2008 par Charles J. Merrill, diplômé de l'université Duke, professeur de langues européennes et d'études médiévales à l'université Mount St. Mary's aux États-Unis, spécialiste de littérature catalane médiévale. Lui et son équipe ont passé une année à étudier les origines de Christophe Colomb , à la frontière franco-espagnole.

Dans Colom of Catalonia: Origins of Christopher Columbus Revealed (Demers Books, 2008), Charles J. Merril soutient que Christophe Colomb était catalan, issu d'une famille de Barcelone hostile à la couronne d'Aragon. Comme Luis Ulloa, il pense que le navigateur est issu de la famille Colombus, adversaire de Jean II d'Aragon, père de Ferdinand le Catholique, au cours de la guerre civile catalane (1462-1472). Merrill affirme également que la langue maternelle de Colomb était le catalan.

Origine majorquine À la suite du travail de Lluís Ulloa, des historiens de l'île de Majorque, comme Gabriel Verd Martorell et Joan Cerdà, ont émis l'hypothèse que Christophe Colomb serait né dans cette île, précisément à Felanitxhttps://www.vilaweb.cat/media/attach/vwedts/presencia/colom.pdf. Le travail scientifique d’analyses génétiques conduit par l’équipe menée par José Antonio Lorente penche pour une origine juive, soit aux Baléares, soit à Valence (voir infra).

Colomb a utilisé les cartes de Jehuda Cresques, fils du célèbre cartographe majorquin juif Abraham Cresques.

Aucun élément historique sérieux n'atteste cette théorie.

Théories sur une origine judéo-espagnole vignette|Illustration antisémite intitulée « Colomb frappe le Juif » in America, from discovery in 1492 to the present time(1894)

Une famille juive de Pontevedra Selon certains historiens, juifsTina Levitan, Jews in American Life, New York, 1969, ; Cecil Roth, Personalities and Events in Jewish History, Philadelphie, 1953, . ou pas, Christophe Colomb (Cristobal Colon) était le fils de Susanna Fontanarossa (ou Fontanarosa) et de Domingo Colon, de Pontevedra en GaliceCelso Garcia de la Riega. Conferencia a la Sociedad geografica de Madrid, « Cristóbal Colón, español? », 1914.. En Espagne, le patronyme « Colón » est porté notamment par des Juifs et certains d'entre eux ont été déférés devant l’Inquisition pour crypto-judaïsme.

Une famille judéo-espagnole réfugiée à Gênes Le fait d'attribuer à Colomb une origine génoise n'empêche pas certains historiens d'envisager une origine judéo-espagnole plus ancienneHenry Méchoulan, Les Juifs du silence au Siècle d'or espagnol, éd. Albin Michel, 2003.

Le premier a été Salvador de Madariaga dans son livre Christophe Colomb publié en France en 1952. Selon lui, la famille Colomb serait une famille juive de Galice en Espagne refugiée à Gênes après avoir fait partie des « nouveaux chrétiens » ou conversos, juifs convertis au christianisme, souvent soupçonnés d'avoir fait une fausse conversionCf. la page limpieza de sangre. En Espagne , .

Cette hypothèse s'appuie notamment sur des lettres et autres manuscrits qui contiennent des caractères et des termes d'origine hébraïque, qu'on retrouve dans le dialecte ladinoEstelle Irizarry, The DNA of the Writings of Columbus, San Juan de Puerto Rico, Ediciones Puerto, 2009.. Cette hypothèse est notamment reprise dans le livre Jewish Pirates of the Caribbean d’Edward Kritzler, en 2009.

La thèse de Simon Wiesenthal vignette|Détail d'une lettre de Christophe Colomb adressée à son parent Diego Colomb avec les lettres hébraïques bet et haï dans le coin supérieur gauche. Simon Wiesenthal, le « chasseur de nazis », a écrit un livre sur Christophe Colomb, Sails of Hope: The Secret Mission of Christopher Columbus (1973), qui part dans une autre direction : pour lui, le projet de Colomb est fondé sur son judaïsme. Il suppose que Colomb était un séfarade soucieux de cacher son judaïsme, et désireux de trouver un lieu de refuge pour ses coreligionnaires persécutés.

Wiesenthal pense notamment que l'idée de Colomb de naviguer vers l'ouest pour atteindre les Indes était moins le résultat des théories géographiques de l'époque que de sa foi dans certains textes bibliques, en particulier le Livre d'Isaïe, dont il cite à plusieurs reprises deux versets : « Car les îles espèrent en moi, Et les navires de Tarsis sont en tête, Pour ramener de loin tes enfants, Avec leur argent et leur or. » (60:9) et « Car je vais créer de nouveaux cieux Et une nouvelle terre » (65:17). Selon Wiesenthal, Colomb a estimé que ses voyages avaient confirmé ces prophéties.

Le fait qu'il émaille certains de ses courriers de dates et mots en hébreu et que dans le coin supérieur gauche des lettres adressées à son parent Diego, Christophe Colomb place une anagramme composée des lettres Bet et Haï de l'alphabet hébraïque, qui peut être comprise comme une abréviation de Baruch Hashem (Loué soit le Seigneur) ou de Be’Ezrat HChem (Avec l'aide de Dieu), donne plus arguments aux défenseurs de la théorie de l'origine juive de l'explorateur.

Colomb étant un homme cultivé, ses connaissances relatives à la religion juive peuvent s'expliquer, à une époque où les érudits étaient communément latinistes, hellénistes et hébraïsants.

Le livre de 1986 de l'historienne Sarah Leibovici, Christophe Colomb juif : défense et illustration, va également dans le sens de l'origine juive de ColombParis, Maisonneuve & Larose, 1986. Postface de Schmuel Trigano..

La thèse de José Antonio Lorente Le documentaire L'ADN de Colomb, sa véritable origine, diffusé le par la chaîne espagnole RTVE, révèle les conclusions de l'étude du scientifique José Antonio Lorente, professeur de médecine légale de l'université de Grenade, menée pendant vingt-deux années avec trois équipes internationales, en analysant notamment l'ADN (« partiel mais suffisant ») de Christophe Colomb et celui de son fils Hernando Colón..

Son étude notamment du chromosome Y (mâle) et de l'ADN mitochondrial (transmis par la mère) d'Hernando détermine avec une quasi-certitude que Christophe Colomb était un juif séfarade« Sepharade » ou « Séfarade » est un terme hébreu qui désigne la péninsule ibérique. de « Méditerranée occidentale », né en Europe de l'Ouest « dans l’arc méditerranéen espagnol ou dans les îles Baléares ».

Selon l'ancien président du Centre d'études Colombins de Barcelone, Francesc Albardaner, dont les recherches soutiennent et corroborent le travail scientifique de Lorente, Colomb était « juif de culture, juif de religion, juif de nation et surtout de cœur, car cet homme respire le judaïsme dans ses écrits ».

Les travaux de Lorente confirment en outre que l'explorateur repose dans la cathédrale de Séville en Espagne.

Théories sur une origine portugaise