Raymond Marcellin, né le à Sézanne (Marne) et mort le à , est un homme politique français.
Ministre de l'intérieur de 1968 à 1974, il est l'incarnation du retour à l'ordre musclé après les événements de .
Parlementaire de 1946 à 1997, il est aussi maire de Vannes et président du conseil général du Morbihan et du conseil régional de Bretagne.
Biographie
Jeunesse et études Raymond Marcellin effectue ses études secondaires au collège de Meaux. Il suit ensuite des études à la faculté de droit de l'université de Paris et de l'université de Strasbourg.
Il obtient un doctorat en droit pour une thèse soutenue à l'université de Strasbourg en 1941.
Parcours professionnel Mobilisé en , il est fait prisonnier lors de la déroute de l'armée française de 1940. Il s'évade et occupe des fonctions au sein du régime de Vichy.
Il est lié à Maurice Bouvier-Ajam, directeur de l'Institut d'études corporatives et sociales, chargé de . Marcellin dirige alors le bureau d'orientation et de formation professionnelle, puis est nommé secrétaire général de l'Institut ; c’est à ce titre qu’il est décoré de l’ordre de la Francisque.
Il s’engage par ailleurs dans la Résistance, via le sous-réseau Druides, affilié au réseau de renseignement Alliance de Marie-Madeleine Fourcade (cité dans ).. Ce parcours complexe, de « vichysto-résistant » selon l'expression forgée par Jean-Pierre Azéma, lui valut donc d’être décoré par Vichy, puis de voir reconnaître son action résistante.
Il devient avocat à la cour d’appel de Paris en 1945. Implanté en Bretagne, il assume les fonctions de maire de Vannes, président du conseil général du Morbihan, président de la région de Bretagne, sénateur et député du Morbihan.
Parcours politique Débuts Revendiquant un « anticommunisme absolu », il se lance en politique en 1945. En , il rejoint l'Union gaulliste fondée par René Capitant. Il est chargé d'implanter le mouvement dans le Morbihan, qu'il ne connaît alors que par quelques courts séjours touristiques. Il y dispose du soutien du quotidien gaulliste Bretagne-Sud et du résistant Louis-Alexandre Audibert, délégué régional de l'Union gaulliste pour la Bretagne.
Lors du référendum du 13 octobre 1946, il prend position contre le projet constitutionnel. Candidat aux élections législatives qui suivent, il obtient d'abord le soutien du Parti paysan puis de l'Union gaulliste, après le retrait en sa faveur du général Audibert. Son programme appelle alors à la défense de l'agriculture, du commerce et de l'industrie, au soutien à l'enseignement privé, à l'exclusion des ministres communistes du Gouvernement et au « sauvetage du franc ».
Sa liste ayant obtenu 11,18% des suffrages (contre 45,5% pour le MRP, 17,52% pour le PCF et 12,8% pour la SFIO), il est élu député à la place du MRP sortant Marie Texier-Lahoulle. À l'Assemblée nationale, il s'apparente au groupe du Parti républicain de la Liberté qu'il quitte dès . Il siège ensuite au sein du groupe « Action républicaine et sociale » puis, à partir de , il préside le groupe « Union démocratique des indépendants » rassemblant des députés proches du RPF du général de Gaulle n'ayant toutefois pas adhéré au mouvement.
Ministre de seize gouvernements entre 1948 et 1974, il est plusieurs fois sous-secrétaire d'État, secrétaire d'État sous la République. Il adhère en 1951 au Centre national des indépendants et paysans, dont il devient le secrétaire général.
Sous la Cinquième République Plusieurs fois ministre sous la Cinquième République, il soutient le gouvernement de Georges Pompidou et provoque, aux côtés de Valéry Giscard d'Estaing, une scission au sein du CNIP aboutissant à la création des Républicains indépendants. Proche de Georges Pompidou, il incarne un courant des Républicains indépendants plus proches du pompidolisme que du giscardisme libéral, ce qui explique que son parcours ministériel s'arrête avec l'élection de Giscard à la présidence. Il continue alors son engagement électoral breton.
Au ministère de l'Intérieur, qu'il occupe sous trois Premiers ministres, il reçoit de Georges Pompidou la mission de remettre de l'ordre après les troubles créés par les événements de Mai 1968 et dissout aussi bien des groupes d'extrême-droite que d'extrême-gauche. Il est à l'origine d'une loi très controversée, la loi dite « anti-casseur » du qui punit de de prison toute personne participant à une manifestation où des dégradations sont commises http://unicaen.free.fr/documents/1970-1971.pdf#page=4&zoom=auto,-274,392 . Raymond Marcellin obtient par ailleurs des crédits supplémentaires pour renforcer les effectifs des forces de l'ordre, qui passent de .
En 1971, le ministre prépare un projet de loi visant à instaurer un contrôle administratif a priori sur la déclaration des associations. Le projet est retoqué par le Conseil constitutionnel.
Ministre de l’Intérieur Marcellin se fait remarquer de Pompidou et du général de Gaulle durant les évènements de Mai 68, durant lesquels il les abreuve de notes très précises sur les agitations et où il leur fait part de son idée selon laquelle ces évènements sont issus d'une volonté de mettre à genoux la république. Il est nommé ministre de l'Intérieur le , poste qu'il conserve jusqu'au . Il succède à Christian Fouchet à ce poste à la suite des événements de Mai 68. Le président de la République, Charles de Gaulle, salua son arrivée par la phrase « Enfin Fouché, le vrai », en référence au très autoritaire ministre de la police de Napoléon Bonaparte.
Marcellin est plusieurs fois croqué par les caricaturistes sous les traits d'un CRS, en raison de ses démêlés avec les mouvements gauchistes, consécutifs aux événements de mai 68. Il y gagne aussi le surnom de « Raymond la matraque ».
Le , il obtient par décret présidentiel la dissolution de 11 mouvements d'extrême-gauche. Le , il fait prononcer par le conseil des ministres la dissolution d'Occident, mouvement d'extrême-droite, puis, le , la dissolution simultanée de la Ligue communiste (extrême gauche) et du mouvement Ordre nouveau (extrême droite).
En 1970, il fait saisir toutes les semaines le journal La Cause du Peuple et met finalement en détention ses deux directeurs de publication.
En 1971, il poursuit en diffamation l'éditeur (Éditions du Seuil) et l'auteur (Denis Langlois) du livre "Les Dossiers noirs de la police française".
En 1972, il cosigne des circulaires qui subordonnaient la délivrance d’une carte de séjour à l'obtention d'un contrat de travail et d’un logement décent. Ces circulaires mettent fin aux régularisations automatiques. Marquant une étape dans le durcissement de la politique d'immigration française, elles font aussi l'objet des premières manifestations d'étrangers en situation irrégulière et sont par la suite assouplies.
Il est au centre de l'affaire des émeutes du 21 juin 1973 à Paris, car soupçonné d'avoir sous-équipé les policiers qui ont été chargés d'empêcher l'extrême-gauche de perturber un meeting du mouvement Ordre nouveau (extrême-droite), afin d'obtenir la dissolution de la Ligue communiste, après une menace de grève des syndicats de policiers, choqués par les neuf blessés graves dans leurs rangs lors de ces émeutes du 21 juin 1973 à Paris . L'ampleur de la manifestation a été sous-évaluée et les tirs de grenades lacrymogènes inexistants.
Au cours de la même année, il est à l'origine de l'affaire des plombiers : le , des agents de la Direction de la surveillance du territoire (DST), déguisés en plombiers, sont surpris en train d'installer un micro espion dans les bureaux de l'hebdomadaire Le Canard enchaîné., ce qui est la cause de son exfiltration vers le ministère de l'Agriculture, quelques mois plus tard.
En , victime du « gang des saucissonneurs » dans son appartement parisien, Raymond Marcellin est retrouvé bâillonné et ligoté.
thumb|La tombe de Raymond Marcellin au cimetière du Montparnasse (division 12). Il meurt le dans le arrondissement de Paris.
Détail des mandats et fonctions Au gouvernement Sous-secrétaire d'État à l'Intérieur du gouvernement Queuille I (du au ) Sous-secrétaire d'État à l'Industrie et au Commerce du gouvernement Bidault II (du au ) Secrétaire d'État à l'Industrie et au Commerce du gouvernement Bidault II (du au ) Secrétaire d'État à la Présidence du Conseil du gouvernement Faure I (du au ) Secrétaire d'État à la Présidence du Conseil du gouvernement Pinay (du au ) Secrétaire d'État à la Fonction publique et à la Réforme administrative du gouvernement Gaillard (du au ) Ministre de la Santé publique et de la Population du gouvernement Pompidou I (du au ) Ministre de la Santé publique et de la Population du gouvernement Pompidou II (du au ) Ministre de l'Industrie du gouvernement Pompidou III (du au ) Ministre délégué, auprès du Premier ministre, chargé du Plan et de l'Aménagement du territoire du gouvernement Pompidou IV (du au ) Ministre de l'Intérieur du gouvernement Pompidou IV (du au ) Ministre de l'Intérieur du gouvernement Couve de Murville (du au ) Ministre de l'Intérieur du gouvernement Chaban-Delmas (du au ) Ministre de l'Intérieur du gouvernement Messmer I (du au ) Ministre de l'Intérieur du gouvernement Messmer II (du au ) Ministre de l'Agriculture et du Développement rural du gouvernement Messmer III (du au )
Au Parlement Député du Morbihan de 1946 à 1974 et de 1981 à 1997 Sénateur du Morbihan de 1974 à 1981
Au niveau local Maire de Vannes de 1965 à 1977, où on a donné son nom à une avenue Conseiller général du Morbihan (élu dans le canton de Sarzeau) de 1953 à 1998 Président du conseil général du Morbihan de 1964 à 1998 Président du conseil régional de Bretagne de 1978 à 1986
Décorations Raymond Marcellin a reçu les décorations suivantes :
(nomination le )
ex officio en tant que ministre de l'Agriculture, président du conseil de l'ordre () ex officio en tant que ministre de la Santé publique, président du conseil de l'ordre () 50px Commandeur du Mérite artisanal sans_cadre Commandeur de l'ordre du Mérite commercial
Grand officier des ordres nationaux d’Italie, d’Espagne, de Grèce, des Pays-Bas, de Suède.
Publications L'Ordre public et les groupes révolutionnaires, éditions Plon, Paris, 1968 L'Importune Vérité : dix ans après mai 68, un ministre de l'Intérieur parle, éditions Plon, Paris, 1978 La Guerre politique, éditions Plon, Paris, 1985 L'Expérience du pouvoir, éditions La Table ronde, Paris, 1990
Notes et références Références
Voir aussi Bibliographie .
Liens externes
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