L'Ardennais suédois () est une race de chevaux de trait. Au , la Suède connaît un grand essor de l'agriculture, entrainant l'importation de chevaux ardennais belges et français. Après s'être répandu dans le sud et le centre du pays pour les travaux agricoles et le débardage, l'Ardennais suédois connaît un important déclin durant la seconde moitié du , quand ces activités sont motorisées.

Cheval de trait de taille moyenne au modèle lourd, l'Ardennais suédois a des crins fournis, une bonne rusticité et un tempérament réputé calme. Il sert toujours principalement au débardage forestier. Ses effectifs sont inférieurs à en 2005 comme en 2016, ce qui le place parmi les races locales en danger d'extinction. La forte réduction des naissances en 2024 suscite des préoccupations quant à la survie de cette race, considérée comme un patrimoine culturel en Suède.

Dénomination et sources Le nom de cette race de chevaux en suédois est selon les travaux de Kiekergaard et collègues publiés en 2020. En anglais, il est nommé .

D'après une recension publiée en 2020, l'Ardennais suédois a fait l'objet de cinq travaux scientifiques, trois portant sur sa diversité génétique et deux sur la caractérisation phénotypique. Son importance socio-culturelle éventuelle n'a pas été analysée.

Histoire vignette|gauche|Ardennais suédois présenté au public en 1945 dans la municipalité de Varberg. Il est sélectionné à la fin du dans un contexte d'intensification de l'agriculture. L'Ardennais en est à l'origine., la plupart des chevaux de trait d'Europe du Nord provenant de l'Ardennais et du Frison. Les premières importations d'Ardennais en Suède remontent au milieu du selon Jasper Nissen. Cependant, Valérie Masson (CAB International) ainsi que l'association suédoise de la race () datent l'origine de l'Ardennais suédois à 1873.. Le comte C. G. Wrangel a importé des ardennais belges et français, qu'il a croisés ensuite avec des juments locales suédoises. Le registre généalogique de l'Ardennais suédois est créé en 1870 selon les informations fournies par la base de données DAD-ISCette date ne concorde pas avec celle fournie par CAB International et est antérieure aux principales importations ; il pourrait plutôt s'agir de la date de création du registre généalogique de l'Ardennais belge.. En 1873, Wrangle importe les trois étalons Faro, Ardenne et Railleur du sud de la Belgique vers Kinnekulle, et renforce ces importations l'année suivante, avec les juments La Mère et Rigolette, importées à Blomberg dans le comté de Skaraborg. Cet élevage est considéré comme le premier et le plus ancien selon l'association de race de l'Ardennais suédois. La plupart des origines génétiques du cheptel suédois se trouvent en Belgique..

En dix ans, cette race connaît un véritable essor, au point de se trouver dans différentes régions de la Suède en 1880, principalement au sud et au centre du pays. De nombreux élevages voient le jour. Dans les régions du Nord, le croisement a peu de succès et la race locale, le Suédois du Nord, reste prédominante. L'association des éleveurs est créée en 1901, en même temps qu'un registre généalogique dédié. Dans le magazine agricole grand public Land, il est estimé que le pays compte environ ardennais durant les années 1920..

En 1948, ardennaises sont recensées en Suède. La motorisation de l'agriculture raréfie peu à peu les effectifs. En 1976, l'Ardennais suédois représentait encore la majeure partie des étalons de race enregistrés dans ce pays, malgré l’importante progression de la motorisation des transports en Suède qui provoque son déclin.. C'est à cette époque qu'une prise de conscience s'amorce dans les pays d'Europe du Nord, relative à la préservation des races d'animaux domestiques. Le gouvernement suédois conduit une enquête en 1978, et finance à partir de 1984 la Nordic Gene bank for Farm Animals (banque de gènes nordique des animaux de ferme) qui conserve, entre autres, des gamètes de représentants de cette race.

En 1990, l'Institut du cheval cite ardennaises saillies en Suède, 86 étalons agréés à la reproduction et 657 naissances de poulains. En 1998, les effectifs de cette race sont tombés à un niveau très bas, et il connaît toujours un fort déclin au début du , dû à l'absence de demande.. Selon la Sveriges Radio, en 2025, des mesures de soutien à son élevage sont à l'étude, notamment des aides à la reproduction et des passeports gratuits..

Description vignette|Un Ardennais suédois alezan aux crins lavés nommé Tellus. Martin Haller décrit l'Ardennais comme une famille de races locales très proches les unes des autres, l'Ardennais suédois étant une branche de cette famille.. Il est très proche du Trait belge et de l'Ardennais, étant génétiquement en grande partie issu de ce dernier. Cependant, d'après Kristine Fransson, il diffère suffisamment de l'Ardennais d'origine pour avoir le statut de race séparée. Il ne faut pas le confondre avec l'Ardennais baltique, ou Ardennais letton, une race éteinte également issue de l'Ardennais, mais historiquement élevée dans les pays baltes.

Les chevaux élevés en montagne sont plus petits et agiles que ceux élevés en plaine.

Taille et poids

C'est un cheval de trait de taille moyenne. Les encyclopédies spécialisées donnent des fourchettes de taille similaires, Caroline Silver citant , CAB International (2016) indiquant de au garrot, le guide Delachaux (2016) de , l'auteur italien Maurizio Bongianni (1987) , et l'autrice tchèque Helena Kholová .

Le poids va de selon CABI, selon Bongianni, selon le Guide Delachaux, selon les sites spécialisés NordGen. et Nordensark..

Morphologie vignette|gauche|Ardennais suédois à Tofta, sur l'île de Gotland.

Le modèle est bréviligne. Il est d'apparence trapue et compacte, jugée inélégante. Sa tête est lourde et imposante, avec un profil rectiligne, un front large et de petits yeux. Son encolure est courte et forte, très musclée, de forme rouée, avec une protubérance longitudinale bien visible. Le garrot est peu sorti, large et musclé. Son poitrail est large et profond, son dos est court, et son épaule inclinée et musclée. La profondeur de sangle (tour de poitrine) est très importante. La croupe est musclée et ronde, large et généralement double, d'une grande puissance. Ses membres sont courts et forts, légèrement plus courts que chez l'Ardennais. Le pied est large, et de forme arrondie. La corne du sabot est solide.

Le toupet de la crinière est abondant. La queue et la crinière sont touffues, plus que chez l'Ardennais, en revanche, en raison des fortes chutes de neige, ses fanons sont moins fournis.

Robe

Il est généralement de robe baie, qui forme la couleur la plus fréquente, parfois bai-brun, noir, alezan dont la variante alezan brûlé, ou bien rouan.

Tempérament et entretien vignette|Ardennais suédois pendant l'hiver, par . Robustes et frugaux, ces chevaux se sont adaptés à l'environnement suédois, et se révèlent plus vigoureux et résistants que les Ardennais belges dont ils sont issus. Le caractère est réputé docile. L'espérance de vie est longue. Ils appartiennent à la catégorie des , soit chevaux à sang froid..

Santé et génétique

La maladie génétique la plus fréquente et la mieux documentée chez l’Ardennais suédois est la myopathie à stockage de polysaccharides de type 1 (PSSM1), causée par une mutation du gène GYS1 (glycogen synthase 1). Cette mutation provoque une accumulation excessive de glycogène et de polysaccharides anormaux dans les fibres musculaires, ce qui entraîne des douleurs musculaires, de la raideur, des épisodes de myoglobinurie.

Dans l'étude de Viluma (2012) portant sur la génétique du développement musculaire, 43 individus de la race ont été inclus, classés parmi les races de trait lourdes (heavy draft). L'auteur conclut que l'Ardennais suédois présente une polymorphie à quatre marqueurs SNP du gène MSTN (myostatine lié au développement musculaire), ce qui indique une bonne diversité génétique pour ces loci. L'étude observe des signes de sélection ou de consanguinité dans certains marqueurs génétiques, ce qui reflète la petite taille de la population. Une mutation génétique associée à la myostatine (Ins227) n'a pas été détectée chez les chevaux Ardennais suédois testés. L'Ardennais suédois présente plusieurs variantes du gène MSTN, sans qu’une seule ne domine largement..

NordGen a annoncé un séquençage génétique des races de chevaux suédoises et norvégiennes, dont l'Ardennais suédois, en 2022..

Sélection L'Ardennais suédois est sélectionné historiquement sur la base de l'utilisation.

La conservation de la race est gérée sous la responsabilité du ministère de l'agriculture de Suède (), les actions de terrain étant suivies par la , l'association d'élevage de l'Ardennais suédois.. Des critères de sélection sont mis en place pour l'enregistrement dans le registre généalogique. Un étalon ne peut y être enregistré que s'il descend d'Ardennais suédois sur cinq générations, tous eux-mêmes inscrits dans ce registre, analyse génétique à l'appui. De plus, les actes de reproduction et les poulains éventuellement déjà nés sont analysés, afin de s'assurer que le reproducteur mâle ne transmet pas de défauts génétiques. Les juments sont soumises aux mêmes critères de sélection sur l'ascendance, tous les ascendants mâles devant être présents dans le registre. D'après la présidence de l'association de race, toute la documentation généalogique est soigneusement conservée depuis le début du .

Le faible renouvellement des générations met la race en danger de perte de lignées génétiques. Une nouvelle association créée par Emma Guve et Linda Hell, , se mobilise en 2025 pour relancer les naissances chez cette race...

Utilisations Ce sont des chevaux de traction lourde, notamment agricole, utilisés depuis longtemps dans les activités agricoles en Suède. L'Ardennais suédois sert de cheval de débardage dans les lieux inaccessibles aux véhicules motorisés. Cet usage est majoritaire pour la race dans ce pays. De nombreux chevaux passent un test de traction à l'âge de quatre ans. Parmi les utilisateurs d'Ardennais suédois au débardage, Emil Sund a en 2022 deux Ardennais d'une tonne chacun, dans la commune de Gagnef..

L'Ardennais suédois peut aussi être abattu pour sa viande. Le poids moyen de la carcasse après l'abattage est de .

Par croisement, il a influencé le Finlandais, le Trait estonien, ainsi que le Trait lituanien. En , des Ardennais suédois ont en effet été importés en Lituanie..

Diffusion de l'élevage vignette|Groupe d'Ardennais suédois sur l'île de Gotland.|alt=Trois chevaux costauds interagissant dans une pâture Il est propre à la Suède, ce pays restant en 2003 la principale région d'élevage de l'Ardennais à l'échelle internationale. L'Ardennais suédois est indiqué comme local et rare sur la base de données DAD-IS ; il est classé comme race nationale en Suède. L'étude menée par l'université d'Uppsala, publiée en pour la FAO, signale le comme une race locale européenne menacée d'extinction. ; DAD-IS et NordGen le signalent aussi comme étant en danger d'extinction (en 2025). En 2016, les effectifs sont situés dans une fourchette entre et , environ 700 poulinières étant recensées sur la base DAD-IS en 2023. Une estimation datée de 2005 signalait environ Ardennais suédois en Suède, pour mises à la reproduction chaque année. Cette menace d'extinction s'inscrit dans le contexte plus large où 83 % des races animales domestiques de Suède, en 2023, sont menacées d'extinction.. En 2019, le cheptel estimé est de , ce qui en fait la plus rare des races de chevaux considérés comme scandinaves présentes en Suède.