Abel Servien, marquis de Sablé et de Boisdauphin, comte de La Roche des Aubiers, né à Biviers le et mort à Meudon le , est un homme d'État, diplomate français, surintendant des finances de 1653 à 1659 et sénéchal d'Anjou. Il est le frère de l'évêque François Servien, et l'oncle d’Hugues de Lionne.

Biographie

Il naît au château de Biviers, dit de Serviantin, près de Grenoble. D'autres sources le disent né .

Il est le fils d’Antoine Servien (mort en 1621), seigneur de Biviers, élu consul de Grenoble le Bulletin de la Société scientifique du Dauphiné, volume 3, 1843, ., avocat consistorial au parlement de Dauphiné la même année, pourvu d'une charge de conseiller honoraire au parlement de Grenoble par lettre du Adolphe Rochas, Biographie du Dauphiné contenant l'histoire des hommes nés dans cette province , 1860, ., reçu dans cette cour le avant de s'en démettre quelques mois plus tardMémoires de Eustache Piemond, 1885, .. Sa mère est Diane Bailly, fille d'un conseiller du même parlementAntoine Adam, Tallemant des Réaux, Historiettes, coll. « Bibliothèque de la Pléiade », Gallimard, 1961, , , note 3 de .. Abel est le frère de François Servien, évêque de Bayeux. Sa sœur Isabeau est la mère du secrétaire d'État Hugues de LionneAntoine Adam, , , , note 4 de ..

En 1604, Abel Servien est inscrit avec son frère Ennemond à l'école du chapitre Notre-Dame de Grenoble où ils restent deux ans avant de poursuivre leurs études à Vienne puis à l'Université de Valence, la seule du Dauphiné. Enfin, ils obtiennent un doctorat de droit à l'Université d'OrléansHélène Duccini, Guerre et paix dans la France du Grand Siècle : Abel Servien, diplomate et serviteur de l'État (1593-1659), 2012, ..

Pourvu à la charge de procureur général au parlement de Grenoble par lettres du , Abel Servien est reçu en cette cour le H. Carrier, Les Registres du Libraire Nicolas (1645-1668, 1977, , ).. Il conserve jusqu'au ses fonctions de procureur général au parlement de Dauphiné, mais les exerce à peine.. Député à l'assemblée des notables qui se tient à Rouen du 4 au , il devient conseiller d’État, le , et se fixe à Paris. Richelieu, ami de la famille, le fait nommer maître des requêtes de l'hôtel du roi le Antoine Adam, , , , note 4 de . et il est reçu dans ses nouvelles fonctions le suivantTablettes de Thémis, 1755, ..

Intendant Les 23, 24 et , Abel Servien reçoit trois commissions en GuyenneThierry Sarmant, Les Ministres de la guerre 1570-1792, 2007, . : une première concerne la vente de vaisseaux capturés ; une seconde, le règlement des épaves du naufrage de plusieurs navires de guerre espagnols au Cap-Breton, la dernière lui donne pouvoir de faire le devoir de sa charge sur les plaintes qu'il recevrait des sujets du roi, suivant et conformément aux ordonnances royales et le département sur ces faits par M. le garde des sceauxCharles-Bon-François Boscheron des Portes Histoire du parlement de Bordeaux depuis sa création jusqu'à sa suppression (1451-1790), 1877, , .. Dans le cadre de ces attributions, Abel Servien règle un différend entre le duc d'Épernon et le cardinal de Richelieu qui se disputent la propriété de deux caraques portugaises venant des Indes et richement chargées qui avaient fait naufrage en mer de Guyenne en . Il parvient à convaincre le gouverneur de céder au ministre une partie de la cargaison qui avait été mise en séquestre chez un riche bourgeois de BordeauxG. Daniel, Histoire de France depuis l'établissement de la monarchie dans les Gaules, , 1756, ..

Le , il reçoit une commission d'intendant de justice et de police de la province de Guyenne. Voulant juger avec les officiers de l'amirauté de Bayonne des pirates rochelais échoués au Vieux-Boucau, il entre en conflit avec le parlement de Bordeaux qui rend les 5, et le René Guillard, Histoire du conseil du roi depuis le commencement de la monarchie jusqu'à Louis le Grand, 1718, ., des arrêts lui faisant défense d'exercer sa commission sans l'avoir dûment signifiée à la cour, l'assignant à comparaître avec le procureur du roi de l'amirauté et ordonnant que soit lacérée et brûlée par l'exécuteur de haute justice une de ses ordonnances. Servien se sait soutenu par le pouvoir central : le le Conseil d'État casse ces trois décisions. et le confirme dans sa commission d'intendant avec "tous les droits, honneurs et prérogatives" attachés à la fonction, y compris le droit de siéger au parlementFrancis Loirette, L'État et la région: l'exemple de l'Aquitaine au : centralisation monarchique, politique régionale et tensions sociales, 1998, .. Le parlement de Bordeaux ayant fait le Charles-Bon-François Boscheron des Portes, Histoire du Parlement de Bordeaux depuis sa création jusqu'à sa suppression (1451-1790), 1877, , . des remontrances contre cet arrêt du conseil d'État, le premier président du parlement de Bordeaux, Marc-Antoine de Gourgue, doit demander pardon au roi à genoux, le G. d'Avenel, Richelieu et la monarchie absolue, 1895, , ., à Surgères, devant La Rochelle. Le , il reçoit une nouvelle commission pour régler les différends survenus entre les habitants de la vallée de Barèges, sujets du roi de France et ceux de la vallée de Brotto, sujets du roi d’Espagne. Le , il est député pour aller aux îles de Ré et d’Oléron visiter les munitions de guerre et de bouche.

Nommé le commissaire du roi dans le Montferrat puis le intendant de finance en l'armée d'Italie commandée par Richelieu, Abel Servien assiste, le , à Lyon, à la première rencontre entre le ministre et Mazarin. Le , il est intendant de justice à Pignerol et le président du conseil souverain de delà les monts.

Secrétaire d'État

Le , il est nommé premier président au parlement de Bordeaux, mais il n'occupe pas la charge. Le , le roi lui donne pouvoir de traiter de la paix d'Italie et de terminer les différends des pays de Mantoue et Monferrat ensuite du traité de Cazal.. Après la mort de Charles Le Beauclerc survenue le , il devient le , secrétaire d'État de la GuerreTallemant des Réaux, « M. Servient », , , ., grâce à la protection du garde des sceaux Châteauneuf.. Louis XIII pense d'abord à Paul II Ardier pour cette charge, mais Richelieu a un autre candidat, Jean de Flesselles, qui commet l'erreur de s'en vanter trop tôt. Louis XIII, l'apprenant, se fâche et finalement un troisième homme, Abel Servien, est choisi. Abel Servien doit verser comptant aux héritiers de Le Beauclerc.

Envoyé en comme ambassadeur extraordinaire en Savoie., il négocie, aux côtés du maréchal de Toiras, les deux traités de Cherasco, le premier () avec le duc de Savoie et le second (), avec le Habsbourg de Vienne qui mettent fin à la guerre de Succession de MantoueJacques Vincens-Saint-Laurent, « Toyras (Jean du Caylar de Saint-Bonnet, maréchal de) », sur books.google.fr, Biographie universelle, ancienne et moderne, Paris, Michaud, 1826, , . en reconnaissant la cession Pignerol à la France et la prise de possession par Charles de Gonzagues du duché de Mantoue et du marquisat de Montferrat. Rentré en France en ., il retrouve l'exercice effectif de ses fonctions au secrétariat d'État de la Guerre. Il doit gérer la campagne de Lorraine de 1633 qui aboutit à l'occupation de Nancy le . C'est lui qui rédige la déclaration de guerre contre l’Espagne, le .

Un édit d' lui attribue le droit de lever deux sols par minot de sel sur les gabelles du Dauphiné ce qui lui procure un revenu annuel de Gérard Galand, Les Seigneurs de Châteauneuf-sur-Sarthe en Anjou : de Robert le Fort à la Révolution (vers 852-1791), 2005, .. En , il obtient du roi une charge de capitaine de galèreAugustin Jal, Dictionnaire critique de biographie et d'histoire, Paris, H. Plon, 1867, .. Sa galère ayant été perdue au combat le , le roi lui en donne une autre conquise sur l'ennemiAugustin Jal, Abraham Du Quesne et la marine de son temps, , 1873, .. Il la vendra à François de Bionneau, baron d'Ayrague par contrat passé devant Parrat, notaire à Marseille, le Extrait d'une minute conservée aux Archives Nationales cité par le Portail européen des archives..

Il publie peu, ne laissant que des harangues, des lettres et des écrits diplomatiques. Il est pourtant élu membre de l’Académie française le . et reçu le suivantTyrtée Tastet, Histoire des quarante fauteuils de l'Académie Française depuis sa fondation jusqu'à nos jours, 1635-1835, , 1855, ..

Disgrâce et mariage

Il s'attire l'inimitié du comte de Chavigny (Claude Bouthillier), de Claude de Bullion et du père Joseph, qui intriguent contre lui. Le prétexte de sa disgrâce est fourni par une querelle avec l’abbé de Boisrobert, favori de Richelieu : il est exilé à AngersTallemant des Réaux, « M. Servient », , , . Pour le lieu de son exil, on trouve aussi « sur ses terres en Anjou » (Antoine Adam, , , , note 2 de ) ou « à Sablé » (« Abel Servien », sur larousse.fr). en 1636. Le Louis-Marc Servien, Louis XIV and Abel de Servien - Eight Centuries of the Servien Family, Ely, Melrose Books, 2012, ., il s'y marie avec Augustine Le Roux (morte le ), veuve de Jacques Hurault, tué au siège d'Arras, elle est la fille de Louis Le Roux, seigneur de la Roche-des-AubiersAntoine Adam, , , , note 3 de ., titre qu'Abel relève et sous lequel il va se présenter aux pourparlers de Münster Louis-Marc Servien, , ..

Après la mort de Richelieu, Anne d'Autriche permet à Servien de rentrer à Paris dès le mois de ..

Négociateur à Münster

Nommé par Mazarin le plénipotentiaire et ambassadeur à Münster avec le comte d’AvauxTallemant des Réaux, « M. d'Avaux et son frère le président de Mesme », , , ., il se met en route le .. En chemin, il accomplit une mission à La Haye de à , qui se conclut par la signature de trois traités d'alliance et de subsides avec les Provinces Unies les et .. Il arrive en Westphalie le La mission d'Abel Servien à La Haye (janvier-août 1647) Essai d'une typologie de l'incident diplomatique., cinq jours avant l'ouverture du congrèsThéophile Lavallée, Théophile Lavallée, Histoire des Français depuis le temps des Gaulois jusqu'en 1830, 1860, t.177 3, p... Il prend aux négociations. À partir du mois de il assure la direction de la chancellerie de l'ambassade de France.. Le ., il quitte Münster pour mener de janvier à une deuxième mission auprès des États Généraux et des princes d'Orange qui se conclut le par la signature d'un traité de garantie mutuelle entre les Provinces Unies et la FranceGuido Braun La connaissance du Saint-Empire en France du baroque aux Lumières 1643-1756, 2010, .. Ce traité n'entrera jamais en vigueur puisque la paix franco-espagnole à laquelle il se réfère ne sera pas signée..

De retour en Westphalie le , il utilise le crédit de Hugues de Lionne, son neveu, pour obtenir, le Henri Vast, Les grands traités du règne de Louis XIV, Traité de Münster, ligue du Rhin, traité des Pyrénées (1648-1659), 1893, ., le rappel du comte d’Avaux avec qui il est en conflit ouvert puis, le , les pleins pouvoirs pour traiter seul de la paix.. Il signe, le , les traités de Westphalie avec l'empereur et les princes allemands, traité qui met fin à la guerre de Trente Ans. Après l’échange des ratifications le ., il quitte Münster et rejoint la cour de France, repliée à Saint-Germain, en .