, né le à Aomori et mort le à Paris ( arrondissement) est un uchi deshi, otomo, disciple servant de maître Morihei Ueshiba, fondateur de l'aïkido ; il est nommé responsable par l'Aïkikaï du développement de l'aïkido en Europe et en Afrique dans les années 1960 et 1970 ; il crée le kinomichi en 1979.
Études et formation Masamichi Noro est né le à Aomori au Japon. L'une des caractéristiques de ses jeunes années est l'univers musical dans lequel il a baigné et qui a marqué fortement sa sensibilité. Son éducation le destine à reprendre les affaires familiales mais une rencontre oriente définitivement sa vie vers les arts martiaux.
En 1955, alors qu’il poursuit des études universitaires, son oncle le présente à un fameux maître de ju-jitsu, maître , fondateur de l'aïkido. Cet évènement s’avère décisif et le jour même, il décide de renoncer à ses projets pour devenir uchi deshi, élève à demeure du maître et plus particulièrement otomo, celui qui sert le maître. Sa formation traditionnelle se déroule nuit et jour auprès de son maître. Ainsi de 1955 à 1961, il suit ce dernier de Tokyo à Iwama où Maître Morihei Ueshiba avait son dojo privé. À cette époque, cinq uchi deshi (dont Yasuo Kobayashi et Nobuyoshi Tamura) entourent le fondateur de l'aïkido et de cette pépinière devait surgir la génération qui a formé une grande partie de l’aïkido mondial.
Propagation de l'aïkido En 1961, Maître Morihei Ueshiba souhaite envoyer un expert en Europe. Il confie à son disciple, Masamichi Noro, alors , le soin de soutenir l'enthousiasme et la formation des pratiquants européens et africains avec le titre de . Ueshiba Morihei senseï souhaite lui donner le mais Noro Masamichi senseï refuse de crainte que ce titre si élevé pour un élève si jeune ne nuise à sa mission de développer l'aïkido et ne suscite plus de jalousies que d'enthousiasmes. Suivant la voie maritime de l’époque, il parcourt la route des Indes, passe le canal de Suez et débarque à Marseille le . Les débuts sont difficiles. L'art est nouveau et la manière d'enseigner bien différente de celle du dojo de son maître. Tout est à construire, à comprendre et à rendre accessible à des corps et des esprits occidentaux. Maître Masamichi Noro déploie son énergie dans un premier temps dans le sud-est de la France et en Italie où des professeurs de judo l'invitent à enrichir la connaissance de leurs élèves. L'esprit est à l'entraide mutuelle et au plaisir de l'étude selon la volonté de 郎, fondateur du judo. La Belgique l'appelle ensuite. Il y ouvre son premier dojo. Sillonnant ces terres nouvelles pour les Budōs, il ouvre en moins de 3 ans plus de 200 dojos tant en Europe qu'en Afrique, passant d'un saut d'avion de la Suède au Sénégal. C'est un temps de pionniers. Les maîtres Mutsuro Nakazono et Nobuyoshi Tamura le rejoignent respectivement en 1963 et 1964. La tâche était immense, la réussite exemplaire. En 1964, Maître Masamichi Noro établit sa base à Paris et s'égrène une suite de dojos ayant laissé leur empreinte dans le cœur des aïkidokas français : dojo de la gare du Nord (actuellement connu sous le nom de Aïkido Clubs Cheminots), rue de Constance, rue des Petits Hôtels. De 1961 à 1979, Maître Noro Masamichi forme toute une génération d'experts en Europe. Leader européen, il dirige des stages dans de nombreux pays parfois conjointement avec ses amis Maître Asaï en Allemagne et Maître Tada en Italie. Dans le creuset parisien, Maître Masamichi Noro rencontre Taisen Deshimaru, Karlfried Graf Dürckheim, Marie-Thérèse Foix, Gisèle de Noiret et le docteur Lily Ehrenfried. Il s'ouvre à des idées nouvelles, à des perspectives originales, à des techniques occidentales.
Création du kinomichi Le deuxième commencement En 1979, après un entretien avec Maître Kishomaru Ueshiba 植芝吉祥丸, le fils du fondateur de l'aïkido, il quitte l'aïkikaï de Tokyo et il crée le kinomichi afin de pousser plus loin sa quête. Cependant, s'il a quitté la maison mère, il dit avec insistance qu'il a toujours étudié l'aïkido. Il reste sa vie entière fidèle à son maître dont il explore l'enseignement avec une liberté qu'il se reconnaissait comme totale. Si ses rencontres lui ouvrent des compréhensions nouvelles, les applications qu'il en tira ont toutes leurs racines dans les leçons qu'il avait prises journellement auprès de son maître Ueshiba Morihei. Suit une succession de dojos parisiens dédiés à l’étude du kinomichi : rue des Petits Hôtels, rue de Logelbach, boulevard de Strasbourg, boulevard des Batignolles. Après une inévitable période d'ajustements et d'intenses recherches, les liens entre le kinomichi et l'aïkido se développent et s'approfondissent.
Une communauté de budos En 1985, lors de la commémoration des 20 ans de l'aïkido en Allemagne et sur l'invitation de son ami Maître Katsuaki Asai 浅井勝昭, aïkikaï et pionnier de l'aïkido en Allemagne, il présente le Kinomichi devant les plus grands maîtres d'aïkido dont le doshu Moriteru Ueshiba, représentant du Centre Mondial de l'aïkido à Tokyo.
Dès 1996, il rend de fréquentes visites à l'aïkikaï de Tokyo pour y rencontrer Maître Kishomaru Ueshiba, fils du fondateur de l'aïkido. En 2001, il obtient du Ministère de la jeunesse et des sports la reconnaissance du kinomichi en tant que discipline sportive.
En 2004, il participe aux manifestations célébrant les 20 ans de la Fédération française d'aïkido, aïkibudo, kinomichi et disciplines associées (FFAAA), qui accueille le doshu Moriteru Ueshiba. Sont notamment présents, pour recevoir la délégation du Hombu Dôjô de Tokyo les maîtres Nobuyoshi Tamura et Christian Tissier parmi venus de toute la France ainsi que de nombreux pays européens. Le , il est invité avec Maître Christian Tissier à participer à un stage organisé par l'association Hakki et dont les bénéfices sont destinés aux du tsunami du . En 2007, il accueille dans son dojo parisien des maîtres japonais dont Isoyama senseï à l'initiative de la .
Le , Noro Masamichi senseï comme il se plaisait à l'imaginer.
Une exigence de création continue Du vivant de Noro Masamichi senseï, le Kinomichi a connu 3 phases et Maître Masamichi Noro n'a eu de cesse de répéter à ses élèves que son art était en perpétuelle évolution. Les années 1980 ont été marquées par un travail sur la sensibilité, sur le corps comme outil de perception de soi, des autres et du monde, sur la posture juste et relâchée. Les années 1990 ont accentué l'orientation des poussées et organisé le mouvement à partir d'une impulsion au sol. Les années 2000 ont ouvert une période où la richesse technique s'est déclinée sur différents degrés de rapidité, de difficulté et de liberté.
Dispersion et unité d'un enseignement Au quarantième anniversaire du kinomichi, une quatrième phase voit l'enseignement du maître partagée entre son fils, ses disciples et ses élèves, chacun apportant une compréhension à la mesure de sa sensibilité et de ses capacités. À cette multiplication des aspects différents d'un même enseignement, répond un effort d'union des énergies. Autour d'une instance fédérale dédiée au kinomichi comme lors d'un stage en hommage à Noro Masamichi senseï avec la participation de Tada Hiroshi senseï aïkikaï, d'Asaï Katsukai senseï Aïkikaï et de Noro Takeharu senseï, les élèves du maître, ses pairs et ses amis corrigent et préservent ce qui a su rester uni sous la direction du maître.
Successeur et descendances Noro Masamichi senseï a construit ses choix sur le sentiment de fidélité à son maître, Ueshi Moriheï senseï. Il n'était pas homme de structures même s'il en avait mesuré la nécessité. Sa succession et sa descendance multiple illustrent la progression en arborescence des arts martiaux en général et des budos en particulier : diversification des compréhensions et unité de la filiation. Les choix d'un successeur ou d'un descendant s'expriment par un itinéraire.
À la suite de la mort de Noro Masamichi senseï, son fils Noro Takeharu senseï. continue l'enseignement du kinomichi selon le souhait de son pèreVoir la citation de Noro Masamichi senseï concernant sa succession : "Noro senseï répétait sans cesse : "L'aïkido, c'est la famille Ueshiba !" Un jour, en 2012, je l’entendis clairement dire dans le dojo : . Dans ces propos, Noro senseï énonce deux fidélités après celle due à son maître et il les subordonne, dans le temps comme dans leur hiérarchie. Parce que je comprends sa voie, ses techniques et sa direction, je comprends pareillement ce qui le lie à Noro Takeharu senseï, son fils et son successeur. L'art qu'il a créé va à son fils comme l'aïkido devait aller au fils de son maître.(fin de citation).
Maîtres et compagnons de route Noro Masamichi a vécu parmi une communauté de maîtres issus de l'enseignement de Ueshiba Moriheï. Il en était un des leaders. Parmi les senseïs qui ont gardé une affinité avec Noro Masamichi , on peut citer les suivants : en Allemagne, l'aïkido d'Asaï Katsuaki..., Aïkikaï, préserve une forte influence de l'art de Noro Masamichi et maintient un lien actif avec Noro Takeharu et d'autres anciens élèves de Noro Masamichi. Chef de file de l'Aïkido en Italie dès 1964, Tada Hiroshi, aikikai, vient régulièrement en France pour animer des stages de Kinorenma et d'aïkido. Il y démontre ce qu'était l'aïkido qu'il a partagé avec Noro Masamichi, son ami et condisciple dans les années 1950.
Les élèves experts, des itinéraires individuels Témoins de l'influence profonde que Noro Masamichi a imprimé à l'aïkido, de nombreux experts d'aïkido aiment à citer Noro Masamichi comme leur maître ou un de leurs maîtres : Michel Bécart. , rencontre avec Noro Masamichi en 1964 ; Raymond Bisch ; Henry Ellis. , fondateur des Ellis Schools of Traditional Aikido fortement inspiré par Chiba Kazuo, rencontre avec Noro Masamichi dans les années 1960 ; Daniel Martin. , rencontre avec Noro Masamichi au début des années 1970 ; Bernard Palmier. ; Régis Soavi., fondateur de l'école Itsuo Tsuda fortement inspiré par Ituso Tsuda, rencontre avec Noro Masamichi au début des années 1970 ; Daniel Toutain. , fondateur du Wanomichi fortement inspiré par Saïto Morihiro, rencontre avec Noro Masamichi en 1968.
Noro Masamichi a formé plusieurs générations de pratiquants d'aïkido et de kinomichi. Pendant la période durant laquelle il enseignait l'aïkido, certains pratiquants de haut niveau étaient ses assistants et donnaient des cours dans son dojo. Dans la phase kinomichi, les plus anciens étaient appelés instructeurs. Après sa mort, certains d'entre eux se sont reconnus publiquement comme ses disciples. Bécart, Bisch, Martin et Toutain sont restés particulièrement proches de l'enseignement de Noro Masamichi. Bleyer (), Cortier (8ᵉ dan), Forni (8ᵉ dan), Thomas (8ᵉ dan) et d'autres continuent à transmettre fidèlement l'enseignement de Noro Masamichi.
Les écoles issues de l'enseignement de Noro Masamichi L'enseignement de Noro Masamichi s'est poursuivi en Europe et en Afrique pendant 53 ans. La structuration de l'étude autour des "formes" constitue un accès à l'art d'Ueshiba Moriheï qui reste unique dans le monde de l'aïkido. Cette particularité de Noro Masamichi exprime une continuité sans interruption depuis son arrivée en France en 1961. Les manières et formes apparaissent dès les fascicules qu'il édite dans les années 1960. La richesse de cet enseignement a permis l'apparition de courants différents, chacune fondée sur une différence de compréhension et de réalisation. La cohérence de la vision du maître, exprimée par ses "manières et formes", unit ces courants et reste la marque d'une même filiation. Noro Masamichi a étudié et enseigné l'aïkido pendant 25 ans (1955-1979) et le kinomichi pendant 34 ans (1979-2013). Son enseignement a donné naissance à de nombreuses écoles et courants d'aïkido et de kinomichi.
Aïkido Ellis Schools of Traditional Aikido