Le Reich allemand , également traduit en Empire allemand pour la période 1871-1918, était le premier État-nation de l’histoire de l’Allemagne. a été le nom légal de cet État de à .

Juridiquement issu de la confédération de l'Allemagne du Nord créée en 1867, il rassemblait la plupart des États précédemment membres de la Confédération germanique à l’exclusion de l’Autriche, dans le cadre de la configuration dite . Son territoire a subi d’importantes pertes après la Première Guerre mondiale ; il a ensuite été étendu à l’Autriche et à d’autres régions frontalières à la suite des annexions et conquêtes du régime nazi, et la désignation officielle de l’État a été changée en Reich grand-allemand (en allemand : Großdeutsches Reich) en 1943. Il s’est effondré avec la défaite de 1945 face aux Alliés.

Les différents régimes politiques du Reich

Trois régimes politiques, distingués par leurs noms d'usage, ont utilisé ce nom officiel :

l’Empire allemandConstitution de l'Empire allemand de 1871 (texte original en allemand), et plus particulièrement la dernière phrase de son préambule : , c'est-à-dire en français . (1871 – 1918), parfois appelé le « Deuxième Reich » ou « Reich impérial », une monarchie constitutionnelle à tendance autoritaire dominée par la Prusse, et où les anciennes dynasties coexistaient avec le pouvoir de l’empereur ; la république de WeimarConstitution du Reich allemand de 1919 (texte original en allemand), et plus particulièrement la première phrase de son : , c'est-à-dire en français . (1918 – 1933), , une république pluraliste et semi-présidentielle plus centralisée ; le Troisième ReichAuto-désignation propagandiste jusqu'en 1939 : « Drittes Reich », c'est-à-dire « Troisième Reich » ; nom officiel de l'État à partir de 1943 : « Großdeutsches Reich », c'est-à-dire « Grand Reich allemand / Reich grand-allemand ». Voir Cornelia Schmitz-Berning, , Walter de Gruyter, Berlin/New York 2007, , p. 156–160. (1933 – 1945), le régime nazi dirigé par Adolf Hitler ; à la suite d'un plébiscite, les fonctions de chancelier et de président du Reich sont conférées à Adolf Hitler.

Le terme Reich, intraduisible précisément en français mais évoquant les terres jusques auxquelles un peuple est arrivé et qui lui sont accessibles, fait référence au Saint-Empire romain de la Nation germanique , vaste ensemble qui rassembla de 962 à 1806 de nombreux États sous la couronne d’un « empereur des Romains ».

Histoire

Formation

Le Reich allemand est né le par la proclamation du roi de Prusse Guillaume I comme empereur allemand au château de Versailles. Son ministre-président Otto von Bismarck, après l’échec du mouvement nationaliste de 1848, avait entrepris de réaliser l’unité au profit de la Prusse « par le fer et par le sang ». Sa politique a consisté à mettre fin à l’hégémonie autrichienne dans l’espace allemand par la guerre des Duchés en 1864 ; puis, à assurer la domination de la Prusse par la dissolution de la Confédération germanique et la création d’une confédération de l'Allemagne du Nord après la guerre austro-prussienne de 1866 ; et enfin à rallier les États membres du Sud de l'Allemagne (Bade, Hesse, Wurtemberg, Bavière) par la guerre franco-allemande de 1870.

Juridiquement, la création du Reich se traduit par l’adhésion des États du Sud à la Confédération et par la transformation de la constitution fédérale.

Bien que se présentant comme l’État-nation de tous les Allemands, le Reich ne comprenait pas tous les territoires qui se considéraient comme allemands, notamment la partie germanophone de l’Autriche-Hongrie, qui faisaient encore partie de la Confédération germanique en 1866.

Évolution de 1871 à 1945

Si l’empire fondé en 1871 est une monarchie constitutionnelle, le régime n’est cependant pas parlementaire, et malgré le suffrage universel institué dès l’origine, le Reichstag ne joue qu’un rôle restreint, le pouvoir exécutif n’émanant que de l’empereur. Le chancelier impérial (Reichskanzler), en même temps ministre-président de Prusse, est le seul ministre du Reich, et les administrations gouvernementales sont dirigées selon ses ordres par des hauts fonctionnaires. La répartition du pouvoir entre l’empereur et le chancelier varie selon les règnes : une première période, dite de fondation (Gründungszeit), correspond au règne de l’empereur Guillaume I et est dominée par la figure du chancelier impérial Otto von Bismarck, qui garde la haute main sur toutes les affaires de l’État. L’avènement de Guillaume II en 1888 — après un règne de quelques mois de son père Frédéric III — et le renvoi de Bismarck en 1890 marquent le début de la période dite wilhelminienne (wilhelminische), qui voit l’empereur mener sa propre politique.

La défaite de 1918 provoque la chute du régime impérial et la proclamation de la république le . Une Assemblée nationale, réunie à Weimar, dote le Reich d’une constitution instaurant une démocratie pluraliste et semi-présidentielle. Le chancelier du Reich devient responsable devant le Reichstag et un véritable gouvernement est créé. Le caractère parlementaire du régime est tempéré par les forts pouvoirs accordés au président du Reich (), chef d’État disposant d’une certaine latitude pour la désignation du chancelier et la formation du cabinet. Le Reich perd l’Alsace-Lorraine, divers autres territoires frontaliers et son empire colonial ; par ailleurs, la réunion avec l’Autriche allemande est interdite malgré le vœu des deux États. Ces conditions, ainsi que les lourdes indemnités de guerre et la grave crise économique que connaît le pays, rendent chaotiques les premières années du nouveau régime.

Les années 1920 voient le développement du mouvement nazi dirigé par Adolf Hitler ; ce dernier parvient au pouvoir à la fin de en tant que chancelier du Reich, nommé par le président Hindenburg. Après la mort de Hindenburg en , Hitler s’attribue les fonctions de chef d’État qu’il cumule avec celles de chef de gouvernement (chancelier) et prend le titre de . Les nazis prennent le contrôle de tous les pouvoirs d’État et introduisent un système totalitaire étroitement associé au Parti national-socialiste. Tous les contre-pouvoirs possibles sont supprimés ou leurs actions rendues inopérantes. Le fédéralisme est aboli de fait : les Länder continuent d'exister, mais leurs dirigeants se voient privés des pouvoirs régaliens au profit des Reichstatthalter, représentants du pouvoir central, et des Gauleiter, délégués territoriaux du NSDAP, dans une circonscription, le Gau, créé à fin de conquête électorale.

vignette|Hitler, dans sa volonté de réunir tous les peuples germanophones dans un même État, annexe l'Autriche et les Sudètes en 1938.

À partir de l’année 1938, le régime nazi se lance dans une politique d’annexions, puis de conquêtes militaires qui aboutissent au déclenchement la Seconde Guerre mondiale ; en 1940, le territoire du Reich s’est considérablement étendu et intègre notamment l’Autriche, l’Alsace-Lorraine et une moitié du territoire polonais.

vignette|Le Reich allemand en guerre, ici à l'été 1942.

Disparition vignette|Après sa capitulation, l'Allemagne est occupée par les États-Unis, le Royaume-Uni, la France et l'Union Soviétique. Elle perd des territoires de l'Est au profit de la Pologne ainsi que la Prusse-Orientale qui est divisée entre la Pologne et l'Union Soviétique.

Le Reich allemand s’effondre de facto le , les Alliés ayant décidé de ne pas reconnaître à Karl Dönitz la qualité de président du Reich que lui accorde le testament de Hitler et de n’accorder aucune légitimité au gouvernement de Flensbourg qu’il a constitué. Le , les Alliés signent à Berlin une déclaration concernant la défaite de l’Allemagne et la prise de contrôle de l’autorité suprême à l’égard de l’Allemagne, par laquelle ils créent un Conseil de contrôle allié et s’attribuent l’autorité suprême sur le territoire allemand.

Les territoires à l'est de l’Oder et de la Neisse, formant le quart du Reich de 1937, sont détachés de l’Allemagne en application des décisions prises à la conférence de Potsdam et annexés à la Pologne ou annexés à l'Union soviétique ; la population allemande qui y réside encore est expulsée vers le nouveau territoire allemand dans les années suivantes. L’Autriche et d’autres territoires annexés à partir de 1938 sont également extraits de l’espace allemand. Quatre zones d’occupations sont créées, recouvrant la nouvelle Allemagne et la nouvelle Autriche.

Emploi de la notion de Reich

Les notions de Reich et de BundDans son sens originel, le terme Bund désigne l’ entre Dieu et les hommes. Il prit ensuite un sens moins fort désignant une association ou une société, par exemple avec le Bund der Kommunisten (Ligue des communistes) fondé par Marx et Engels, ou le Völkerbund (Société des Nations). En droit constitutionnel allemand, il désigne depuis 1949 la Fédération. sont comparables, voire interchangeables, dans l’histoire constitutionnelle de l’Allemagne ; il est ainsi déclaré dans le préambule de la constitution de 1871 que le roi de Prusse et les souverains des États du Sud forment une ().

L’utilisation du mot Reich pour le nom du nouvel État visait à la présenter comme la résurrection du Saint-Empire romain germanique (Heiliges Römisches Reich Deutscher Nation), disparu en 1806 lorsque François II avait déposé la couronne impériale et avait relevé tous les organes et fonctionnaires impériaux de leurs devoirs envers l’Empire. C’était une manière indirecte de poser comme illégitime la prétention de l’empire d’Autriche à incarner la succession légitime du Saint Empire.

La qualification du Saint Empire comme et celle de l’Empire wilhelmien comme gagna en popularité avec l’ouvrage de l’écrivain nationaliste Arthur Moeller van den Bruck en 1923, Das dritte Reich ; van den Bruck est le premier à parler d’un dont il souhaite l’avènement. Les nazis employèrent l’expression dans les années 1920 pour souligner leur volonté de renverser la république, mais l’abandonnèrent plus ou moins une fois arrivés au pouvoir pour parler simplement de « Reich ».

Situation juridique après 1945

Du point de vue de l’histoire politique, le Reich allemand a disparu en 1945 avec l’effondrement de ses institutions. Cependant, l’idée de sa disparition en tant qu’État a été discutée du point de vue juridique, ce qui a eu certaines conséquences concernant l’existence et le statut de la République fédérale d’Allemagne. Les critiques s’appuient sur le fait que ni la défaite ni l’occupation ne valaient dissolution de l’État fondé en 1871 à partir de la confédération créée en 1866. Dieter Blumenwitz écrit ainsi :

La capitulation sans condition des forces armées allemandes les et n’était rien d’autre qu’un acte militaire et ne pouvait par conséquent atteindre la substance juridique du pouvoir étatique [] allemand. […] Même l’arrestation par les vainqueurs le du dernier gouvernement du Reich (le ), désormais sans pouvoir, n’a pas porté atteinte au cœur du pouvoir étatique allemand, car le pouvoir étatique ne dépend pas du sort de ceux qui en exercent les fonctions et car le pouvoir étatique allemand était du reste encore exercé aux échelons intermédiaires et inférieurs.

Plusieurs théories ont été avancées pour défendre l’idée que le Reich avait juridiquement disparu : la théorie de la débellation () est l’idée que la cessation du pouvoir d’État et son appropriation par un condominium des pays vainqueurs ont entraîné la disparition de l’Allemagne en tant qu’État souverain ;