Édouard Fritch, né le à Papeete, est un homme politique français. Il est président de la Polynésie française de à 2023.
Membre pendant trente ans du Tahoeraa huiraatira, parti autonomiste polynésien d'inspiration gaulliste, il est représentant à l'Assemblée de la Polynésie française depuis 1986, député à l'Assemblée nationale de 1986 à 1988 puis de 2012 à 2014, ainsi que maire de Pirae de 2000 à 2008 et depuis 2014.
Il devient vice-président de la Polynésie française en 1996, sous Gaston Flosse, puis continue d'occuper cette fonction dans les nombreux gouvernements Flosse et Tong Sang, au cœur de l'instabilité politique qui frappe le territoire de 2004 à 2011. Il est aussi président de l'Assemblée de la Polynésie française à trois reprises entre 2007 et 2014.
En 2014, après la démission de Gaston Flosse, il est élu président de la Polynésie française. Exclu du Tahoeraa l’année suivante, il rassemble une nouvelle majorité à l'Assemblée et fonde en 2016 son propre parti autonomiste, le Tapura huiraatira. En 2018, il est reconduit à la présidence de la Polynésie pour un second mandat. Il rejoint le parti Renaissance, soutien d'Emmanuel Macron, en 2022.
Affaibli par la situation économique et sa gestion de la Covid-19, son parti perd les élections territoriales de 2023 au profit des indépendantistes, ce qui l'empêche finalement d'obtenir un troisième mandat de président de la Polynésie après plus de huit années consécutives d'exercice de cette fonction. Il est élu en 2026 sénateur et démissionne par conséquent de la mairie du Pirae.
Situation personnelle
Origines et formation Fils d'Edgar Fritch, inspecteur des Postes et Télécommunications, et de Tetuahirau Richmond, Winfred Édouard Tereori Fritch grandit à Tubuai jusqu'à l'âge de six ans, puis est confié à ses grands-parents pour qu'il poursuive ses études à Papeete. Après avoir été élève du lycée-collège La Mennais, il entre à l'École des ingénieurs de la ville de Paris (IVP 18), dont il sort diplômé pour intégrer la sous-direction de l'architecture de Paris en 1979.
Carrière professionnelle En 1980, il fait son retour à Tahiti pour s'occuper des travaux municipaux de la ville de Pirae, avant de diriger l'office territorial de l'habitat social en 1982 puis, jusqu'en 1984, l’Agence territoriale de la reconstruction en Polynésie.
Vie privée et familiale Le , Édouard Fritch épouse Joan Flosse, fille de Gaston Flosse, alors maire de Pirae et chef de la famille politique gaulliste en Polynésie française. De cette époque naît sa proximité avec Gaston Flosse, qui va devenir ensuite son mentor en politique, lien qui perdurera après son divorce d'avec Joan Flosse. Le couple a trois enfants : Marc Manuarii Fritch, Pamela Fritch et Joan Fritch.
Parcours politique
Ministre, représentant et député vignette|gauche|Le gaulliste et autonomiste Gaston Flosse, mentor d'Édouard Fritch.
La carrière politique d'Édouard Fritch commence en 1984, quand il est entre dans le premier gouvernement de Gaston Flosse comme ministre de l'Équipement.
Depuis 1986, il est représentant à l'Assemblée de Polynésie française, constamment réélu depuis (1991, 1996, 2001, 2004, 2008, 2013, 2018, 2023). Dès lors, il ne quitte plus la sphère politique et s'investit dans la vie du Tahoeraa huiraatira, dont il occupe un temps les fonctions de président délégué.
À la suite des élections législatives de 1986 et de la démission de Gaston Flosse, nommé secrétaire d'État au Pacifique sud dans le gouvernement Chirac, il devient député de la Polynésie française à l'Assemblée nationale, siégeant au sein du groupe RPR jusqu'à la dissolution de 1988.. Lors des élections législatives de 1988 dans la première circonscription de la Polynésie française, il est battu au second tour par Alexandre Léontieff, étiqueté divers droite comme luiRésultats des élections législatives françaises premier tour du 05/06/1988 par circonscription, cdsp_legi1988t1_circ.xls [fichier informatique], Banque de Données Socio-Politiques, Grenoble [producteur], Centre de Données Socio-politiques [diffuseur], février 2009..
Vice-président du gouvernement vignette|gauche|redresse|Édouard Fritch en 2010. Édouard Fritch détient plusieurs portefeuilles ministériels (Mer, Archipels, Télécommunications, Emploi, Communes, etc.) et exerce la fonction de vice-président du gouvernement de 1996 au changement de majorité de 2004.
De à , il est de nouveau vice-président dans le gouvernement de Gaston Tong Sang, tout en occupant les portefeuilles du développement des collectivités et du transfert des compétences, de la coordination des actions relatives à la reconversion des sites militaires, de la communication, des relations avec les institutions, porte-parole du gouvernement. Il réintègre les bancs de l'Assemblée de la Polynésie française en au sein du groupe Tahoeraa Huiraatira.
Édouard Fritch occupe également les fonctions de président de l’Assemblée de la Polynésie française entre le et , ainsi que du au et du au , après élections territoriales d'avril et mai qui ont vu le Tahoeraa Huiraatira retrouver une nette majorité absolue à l'Assemblée de la Polynésie française (38 voix sur 57) grâce à une prime au gagnant prévue par une réforme électorale votée en 2011 pour mettre fin à l'instabilité institutionnelle.
Maire de Pirae vignette|gauche|Mairie de Pirae, occupée par Édouard Fritch à partir de 2000.
Édouard Fritch exerce également le mandat de maire de la commune de Pirae entre et , succédant à Gaston Flosse, démissionnaire pour cause de cumul de mandats, après avoir été son adjoint depuis 1995.
Fritch est battu en 2008 et démissionne du conseil municipal en 2012 pour cause de cumul des mandats, détenant toujours son mandat de représentant à l'Assemblée de la Polynésie.
Il retrouve son mandat de maire de Pirae après avoir gagné les élections municipales de 2014 dès le premier tour, avec 62 % des suffrages. Sa liste l'emporte à nouveau dès le premier tour en 2020, avec 68,5 %..
Retour à l'Assemblée nationale Le , il est élu député de la première circonscription de Polynésie française avec 63,22 % face à l'indépendantiste de gauche Pierre Frébault. À l'Assemblée nationale, il siège sur les bancs du groupe UDI, présidé par Jean-Louis Borloo. Pour se conformer à la loi sur le non-cumul des mandats, à la suite de son élection à la mairie de Pirae, il démissionne de son mandat de député le Journal officiel du 23 avril 2014, texte 118.
Président de la Polynésie française
vignette|Édouard Fritch en 2017. Après la démission d'office de Gaston Flosse le , Édouard Fritch est élu, comme Flosse l'avait souhaité, président de la Polynésie française à sa place le , par 46 voix contre 10 face à son adversaire Richard Tuheiava. Considéré comme le « fils spirituel » de Gaston Flosse (déclaration du ), il déclare un an après : « Je considère ce qui se passe aujourd’hui comme la continuité de plusieurs années de patience, de fidélité, de loyauté et de travail auprès du président Gaston Flosse et auprès du Tahoera’a Huira’atira », alors que le grand conseil de son parti le porte à l'unanimité à la candidature à la présidence« Edouard Fritch, 30 ans au service de la politique et du Tahoera'a », Tahiti-Infos, 11 septembre 2014..
Pourtant, une lutte de pouvoir s'installe rapidement entre Gaston Flosse et son ancien gendre et successeur. En jeu alors, le contrôle du parti et celui de la PolynésieGaston Flosse définitivement condamné à trois ans d'inéligibilité, Le Monde avec AFP, 23.07.2014.. La rupture semble consommée lorsque, à l'occasion de l'élection sénatoriale partielle de mai 2015, Édouard Fritch soutient les candidatures de son vice-président du gouvernement, Nuihau Laurey, et de l'élue de l'Assemblée de Polynésie Lana Tetuanui face aux candidats présentés par Gaston Flosse, les ex-sénateurs Teura Iriti et Vincent Dubois dont le Conseil constitutionnel a annulé l'élection en « Le Conseil constitutionnel annule l'élection de deux sénateurs polynésiens », Le Monde avec AFP et Reuters, 6 février 2015.. Ces deux candidats dissidents sont alors exclus du parti Tahoera'a huiraatiraLe conseil politique du Tahoeraa exclut Nuihau Larey et Lana Tetuanui, Polynésie , 3 avril 2015., mais sont largement élus dès le premier tour, une élection interprétée alors comme une défaite du président du parti, Gaston FlosseSénatoriale partielle : la dissidence l'emporte, La Dépêche de Tahiti, 4 mai 2015..
Les partisans d'Édouard Fritch fondent un nouveau groupe politique à l'Assemblée de la Polynésie française, le Tapura Huiraatira, constitué de 15 puis 16 membres, qui confirme la mise en minorité du parti précédemment majoritaire, le Tahoera'a huiraatira, qui retombe ainsi à 23 puis 22 élus fidèles à Gaston Flosse. Afin de pouvoir gouverner, Édouard Fritch s'assure le soutien du mouvement A Ti'a Porinetia (8 élus), qui siégeait jusque-là dans l'opposition, en faisant entrer dans son gouvernement son chef de file Teva Rohfritsch le . Depuis le début , les groupes Tapura Huiraatira et A Ti'a Porinetia ont fusionné pour former le groupe Rassemblement pour une majorité autonomiste qui dispose de 29 membres sur les 57 élus de l'Assemblée. Le , lors du congrès fondateur qui se tient à Pirae devant plus de , Édouard Fritch est élu président du nouveau parti Tapura Huiraatira.
Politique territoriale
Édouard Fritch est le premier président de la Polynésie française à aller officiellement sur Maiao, « l'île interdite », et y rencontre le maire délégué et sa population.
Mesures économiques et sociales vignette|redresse|Résidence officielle du président de la Polynésie française. Afin de régler la crise économique que traverse la Polynésie française, le Gouvernement met en place plusieurs mesures pour relancer la croissance dès [. Édouard Fritch répartit le budget du Pays et débloque des fonds d'aide aux entreprises et aux petits commerces pour les dynamiser. Ainsi, le budget est affecté à plusieurs fonds appelés « comptes d'affectations spéciales », comme le fonds de régulation des prix, le fonds de l'insertion professionnelle, le fonds de développement du tourisme de croisière, etc. Le budget pour les infrastructures routières et publiques, quant à lui, est de 10 milliards de francs Pacifique et 17 milliards de francs sont alloués à la Direction des Transports terrestres pour l'entretien des routes et la sécurité routière en 2015.
Il réorganise également le fonctionnement de l'OPT (Office des postes et télécommunications) pour réduire les dépenses et optimiser sa gouvernance, et signe des conventions de partenariat avec les entreprises pour les soutenir. Le président de la Polynésie tente aussi de relancer la production de vanille, qui est en crise depuis plusieurs années sous forme d'aides au développement. En parallèle, il met en place la construction et la rénovation de logement sociaux en 2015. Ceux-ci passent de 62 logements en 2014 à 225 en 2015, soit une augmentation de 360% pour pallier les difficultés croissantes des habitants à trouver un logement.
Par ailleurs, il modernise l'administration pour relancer l'économie du Pays ainsi que pour faciliter les démarches et satisfaire les contribuables. Cette modernisation se base sur l'efficacité, l'efficience, la qualité et l'accessibilité.. De plus, le , lors des vœux du président de la Polynésie française pour la nouvelle année, il met en garde l'administration contre les tentatives de corruption au sein des services. Dans son discours, il emploie des mots durs : “Il me tient à cœur maintenant de vous parler d’un sujet grave auquel il convient de prêter une attention toute particulière : la complaisance coupable, voire la corruption. (...) Qu’il s’agisse de détournement d’argent public, de trafic d’influence, ou de petits arrangements entre copains, des comportements malhonnêtes adviennent, malheureusement, au sein de nos structures. Ils n’ont pas été absents de l’année 2015 (...)"..