vignette|Les trois ordres dans L'arbre des batailles de Honorat Bovet. Au centre de la miniature, le roi entouré du dauphin Louis et du connétable Arthur de Richemont. Paris, BnF, Bibliothèque de l'Arsenal, ms. 2695 , .

La Praguerie est une rébellion de plusieurs grands féodaux, soutenus par le dauphin Louis, contre le roi de France Charles VII de février à . Les principaux rebelles sont les ducs Charles de Bourbon et Jean V de Bretagne, ainsi que Jean II d'Alençon et Louis de Bourbon-Vendôme.

Cette révolte marque l'opposition des féodaux aux réformes militaires de , notamment à l'instauration de l'armée royale et de la taille royale permanentes en 1439, à une époque où les positions anglaises en France sont affaiblies à la suite des campagnes de Jeanne d'Arc (1429-1430) et du traité de paix entre le roi et le duc de Bourgogne Philippe le Bon (1435). Cette révolte est d’une grande importance dans l’histoire du règne de , car elle survient au moment où celui-ci établit fermement son autoritéFélix Ansart, Cours complet d'histoire et de géographie rédigé pour l'usage des lycées, des collèges et des aspirants au baccalauréat ès lettres, dans Histoire et géographie historique de la France pendant le Moyen Âge (première partie), édition revue et corrigée, Paris, Librairie Ecclésiastique, Classique, Élémentaire, 1853..

Son échec est une étapeAvec notamment la défaite anglaise de Bordeaux en 1453, la mort de Charles le Téméraire en 1477 et le mariage de Charles VIII avec la duchesse Anne de Bretagne en 1491. du passage du royaume de France du Moyen Âge féodal à l'Époque moderne absolutiste.

Origine du nom Les contemporains ont donné le nom de à cette révolte, en référence à la défénestration des échevins catholiques en 1419 à Prague, capitale du royaume de Bohême, au début des guerres hussites (1419-1431).. La dynastie régnante de Bohême faisait partie de la maison de Luxembourg : Venceslas IV (mort en 1419) était le petit-fils de Jean de Luxembourg, lui-même roi de Bohême, mort à Crécy en 1346.

Causes de la rébellion Complot de 1437 contre Charles du Maine et Arthur de Richemont Les signes précurseurs de la Praguerie apparaissent en 1437. En effet, cette année-là, d’Alençon, de Bourbon et Jean IV d'Armagnac, princes jusque-là fidèles à Charles VII, montent un complot contre deux conseillers du roi, Charles du Maine et le connétable Arthur de Richemont, frère du duc de Bretagne Jean V.

Les états généraux de 1439 et la création de l'armée royale permanente Le , aux états généraux réunis à Orléans, obtient une réforme importante de l’armée, à la suite de la plainte des députés par rapport aux problèmes posés par les mercenaires démobilisés, qui pratiquent souvent le pillage et le brigandage (les écorcheurs).

Cette réforme aboutit à l'ordonnance royale de 1439, qui instaure un système d’armée permanente pour mener la guerre contre les Anglais, encore présents en France au nom du roi Henri VI, qui prétend toujours être le roi de France légitime. Pour financer ces troupes permanentes est créée une taille perpétuelle. Ainsi les écorcheurs vont-ils pouvoir être encadrés par une structure organisée.

Malgré l'accord des états généraux, quelques princes, et , se mettent en travers de l’ordonnance du roi. En effet, ils ont souvent recours aux compagnies d’écorcheurs et ne sont pas d'accord pour que le roi soit le seul à la base du recrutement de l’armée.

Il reçoivent l'appui de Jean de Dunois et de Georges de La Trémoille, anciens compagnons de Jeanne d'Arc, qui se rallient aux rebelles pour des raisons personnelles. Quant au dauphin Louis (né en 1423), il estime que son père ne lui confie pas de missions dignes de sa valeur.

La rébellion Déroulement (février-juillet 1440) La rébellion éclate en février 1440, lorsque le dauphin pense qu’une régence est possible et que son avènement pourrait arriver plus tôt que prévu. Le Poitou est le lieu principal de la révolte. Les objectifs des opposants sont de mettre le roi sous tutelle, de chasser le connétable de Richemont et de donner au dauphin le rôle de régent du royaume.

La réaction du roi est immédiate : il lance ses troupes contre les rebelles. Ceux-ci essayent de se réfugier en Bourbonnais et en Auvergne. La noblesse locale proclame qu'elle a un roi et les villes de Basse-Auvergne, que l'on nommera désormais « les treize bonnes villes d'Auvergne », refusent de soutenir leur duc révolté.

La rébellion se termine en juillet par la signature du traité de Cusset.

Une répression royale graduée

Le roi se montre sévère envers la petite noblesseMonnais Edouard (éd.), Éphémérides universelles : ou, Tableau religieux, politique, littéraire, scientifique et anecdotique, présentant, pour chaque jour de l'année, un extrait des annales de toutes les nations et de tous les siècles, depuis les temps historiques jusqu'à nos jours…, Volume 7, Paris, Corby, 1830. qui s'est jointe à la rébellion. Beaucoup de gens d’armes sont décapités ou noyés pour avoir suivi les princes, notamment Alexandre de Bourbon (dit le « bâtard de Bourbon »), condamné à mort par noyade enfermé dans un sac cousu.

Il fait en revanche preuve de clémence envers les chefs, auxquels il accorde des pensions, et ne tient pas rigueur à son fils de sa trahison.

Suites Dès 1441, Bourbon et Alençon, avec Charles d’Orléans, ainsi que le duc de Bourgogne, recommencent à comploter. Il est reproché au souverain de mener une vie sensuelle et dissipée..

Une nouvelle tentative de Praguerie a lieu en 1442. Cette fois-ci, le roi, immédiatement mis au courant, s'invite à la réunion des révoltés afin d’étouffer leur tentative dans l’œuf. Il propose aux princes de répondre à leurs demandes de façon modérée. Les princes, acceptent et ne bougent plus.

C’est après cet événement que l’on voit apparaître le thème des L'adjectif mignon a une connotation péjorative dès le et ne prend son sens de favori/conseiller qu'à partir de , vers 1446, cf. étymologie du mot, ATILF, base Stella, en ligne., qui sont en réalité de jeunes conseillers prenant place dans les conseils royaux, tels le seigneur normand André de Villequier et le Poitevin Guillaume Gouffier, seigneur d'Oiron.

Lors de sa conspiration, le dauphin Louis aurait parlé de la sorte des hommes de confiance partageant l'intimité domestique de son père : , s'il faut en croire Antoine de Chabannes, comte de Dammartin, interrogé par le chancelier de France Guillaume Jouvenel des Ursins en 1446..

Notes et références

Voir aussi Bibliographie

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Articles connexes Bonnes villes d'Auvergne : les treize villes ayant choisi le camp de Charles VII lors de la Praguerie ; Protagonistes : Charles VII, Louis XI, Jean II d'Alençon, Arthur III de Bretagne ; Autres révoltes nobiliaires : Ligue du Bien public, Guerre folle.

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