Clément de Rome, ou Clément (en latin Clemens Romanus), mort vers la fin du , est l'un des premiers évêques de Rome, considéré comme le quatrième pape par l'Église catholique et comme le 1er ou 3è évêque de Rome nommé par les apôtres selon les Pères de l'Église.

Auteur d'une importante lettre apostolique (Première épître de Clément) adressée à la fin du par l'Église de Rome à celle de Corinthe, il est surtout connu grâce à ce texte et à d'autres témoignages le concernant.

Selon que l'on suive les différentes traditions rapportées par Tertullien, Irénée de Lyon ou encore Eusèbe de Césarée, il est le premier, le deuxième ou le troisième successeur de l'apôtre Pierre à la tête de l'épiscopat de la ville. La liste officielle des papes de l'Église catholique le considère comme le quatrième pape.

Les dates entre lesquelles il assume sa charge, traditionnellement fixées entre l'an 92 et l'an 98, sont incertaines, tout comme l'est le ministère précis dont il est investi. Néanmoins, la réalité et l'importance de son rôle dans l'Église de Rome à la fin du sont certaines.

Dans les Églises chrétiennes, Clément est reconnu comme « Père apostolique ». Il est vénéré comme saint et comme martyr par l'Église catholique, par l'Église orthodoxe, par l'Église copte orthodoxe et par l'Église d'Angleterre. Il est commémoré dans la liturgie le par l'Église latine et l'Église anglicane d'Angleterre, en diverses dates par les Églises orthodoxes, et le (soit le 8/ grégorien) par l'Église copte.

Évêque de Rome Clément doit l'essentiel de sa renommée à la Première épître de Clément, son seul écrit connu à ce jour, et à d'autres témoignages la concernant. ; l'attribution qui lui en est faite constitue par ailleurs le seul renseignement sûr à son sujet.. Néanmoins, malgré l'abondance de la matière qu'offre la lettre, son auteur reste « remarquablement dans l'obscurité »..

Vénéré comme saint et comme martyr par l'Église catholique et l'Église orthodoxe, il est considéré comme pape sous le nom de Clément , même si ce titre n'apparaît qua posteriori, vers le Le titre de pape, au sens de « Père », était à l'époque donné à tous les évêques, et systématiquement à partir du , et ne fut exclusivement réservé à l'évêque de Rome que vers le milieu du . Philippe Levillain, Dictionnaire historique de la papauté, Fayard, 2003, s. v. « Pape ».. Toutefois, la place exacte de cet évêque dans la succession de Pierre est sujette à caution, relevant davantage de la tradition que de l'Histoire..

Clément est un chrétien de la deuxième ou troisième génération qui, de culture grecque et peut-être d'origine judéenne, a tenu le rôle de presbytre (dirigeant et porte-parole de la communauté chrétienne de Rome), comme semble en attester au début du le Pasteur d'Hermas. Dans la mesure où l'épiscopat monarchique n'a pas encore de réalité, son rôle institutionnel reste difficile à préciser.

Cependant, à partir de la fin du , diverses sources chrétiennes l'identifient à un épiscope de Rome, mais elles ne s'accordent pas sur son rang dans la chronologie épiscopale : pour Irénée de Lyon, Clément est le troisième successeur de Pierre après Lin et Anaclet ; pour Eusèbe de Césarée, il est le troisième évêque de Rome, ainsi que, en s'appuyant probablement sur Origène, le : « Et toi aussi, fidèle collègue, oui, je te prie de les aider, elles qui ont combattu pour l'Évangile avec moi, et avec Clément et mes autres compagnons d'œuvre, dont les noms sont dans le livre de vie ». mentionné par Paul de Tarse dans l'Épître aux Philippiens. ; pour Tertullien, Clément a directement été établi par Pierre, avant Lin et Anaclet. Enfin, Jérôme de Stridon fait état de la double tradition d'Irénée et de Tertullien, en indiquant que nombre d'Occidentaux adhèrent à la version de ce dernierMichel-Yves Perrin, « Aux origines du « Siège apostolique » (jusqu'en 311) », dans Yves-Marie Hilaire (dir.), Histoire de la papauté : 2000 ans de mission et de tribulations, Points/Histoire, 2003, ..

Il se peut également que Clément n'ait été qu'un des membres du presbyterium de Rome. Car le système hiérarchique de cette époque se limite encore à une organisation bipartite, avec d'une part plusieurs presbytres-épiscopes () et d'autre part les diacres, comme l'attestent aussi bien les Épîtres pastorales que la Didachè ou le Pasteur d'Hermas.. La structure monarchique, avec un évêque unique assisté de presbytres et de diacres, ne s'affirmera que plus tard, vers les années 140.. La définition du ministère dont Clément est investi reste donc incertaine., et il n'est pas exclu qu'il ne soit qu'un évêque parmi d'autres au sein d'une structure collégiale. Quoi qu'il en soit, la réalité et l'importance de son rôle dans l'Église de Rome à la fin du ne sont pas remises en cause.

Selon la tradition rapportée par Eusèbe, c'est Évariste qui succède à Clément en 99, la deuxième année du règne de l'empereur romain TrajanRomanae Ecclesiae episcopatum suscepit, EVARISTUS, annis (Chronique d'Eusèbe dans la version de Jérôme, Romanorum , 2).. Saint Irénée (Contre les hérésies III, 3, 3)Tertullien (Prescriptions II, xxxii) et saint JérômeCatalogue Libérien1° Pierre

2° Lin

3°Anaclet

4° Clément 1° Pierre

2° Clément1° Pierre

2° Lin

3° Clément

4° Clet

5° Anaclet

Question de l'identification avec des homonymes historiques vignette|Clément de Rome, détail d'une mosaïque de la cathédrale Sainte-Sophie de Kiev, .

Clément de Rome et lÉpître aux Philippiens Dans son Histoire ecclésiastique, Eusèbe de Césarée dit que Clément, troisième évêque des Romains après Lin et Anaclet, « a été, au témoignage de Paul de Tarse, son auxiliaire et le compagnon de ses combats »Eusèbe, Histoire ecclésiastique, , 4, 9, se référant sans doute à l'Épître aux Philippiens (IV, 3)Philippiens 4,3. Cette affirmation, qui se trouve aussi dans les écrits d'OrigèneIn Iohannem , 54, 279. et de Jérôme de Stridon, est généralement abandonnée par la recherche actuelle, car jugée improbable : le cognomen Clemens étant répandu au (Tacite en mentionne cinq), il n'y a pas de raison suffisante pour identifier le Clément de l'épître aux Philippiens à Clément de RomeAnnales .23, .39, .73; Histoires .86, .68 ; voir ..

Titus Flavius Clemens Au , plusieurs savants ont identifié à Titus Flavius Clemens, consul romain de l'an 95John Chapman, "Pope St. Clement I." dans The Catholic Encyclopedia (New York: Robert Appleton Company, 1908). Aujourd'hui, cette identification « relevant de la pure fantaisie ». est totalement rejetée, dans la mesure où « le silence unanime des meilleures sources sur ce point serait par trop étonnant : si le pape Clément avait été consul, s'il était un Flavien et le propre cousin de l'empereur, comment ne l'aurait-on pas retenu et redit ? »Gabriel Peters, Lire les Pères apostoliques () : Clément de Rome. Selon Eusèbe, Clément de Rome vivait encore au début du règne de l'empereur TrajanHistoire ecclésiastique, , 21, 1. et ce n'est qu'au qu'est mentionnée pour la première fois une supposée foi chrétienne du consul, sous la plume de Georges le Syncelle..

On a même supposé que Clément de Rome était un affranchi de ce consul. Cette hypothèse est concevable, mais difficile à croire dans la mesure où, si les esclaves affranchis prenaient le nomen, indication de la gens du patron (dans ce cas, Flavius), ils ne prenaient pas le cognomen, indication de la famille (dans ce cas, Clemens)..

Mort de Clément vignette|gauche|redresse|Martyre de saint Clément par Bernardino Fungai. vignette|redresse=1.5|Procession amenant les reliques du pape Saint à la basilique Saint-Clément-du-Latran (fresque du ).

La tradition de l'exil de Clément, ainsi que son martyre « la troisième année de Trajan » (c'est-à-dire en l'an 100) et les miracles qui l'auraient accompagné, sont de tradition tardive et leur historicité est à rejeter : « ignorée d'Irénée et d'Eusèbe, ignorée même des rédacteurs clémentins, [cette tradition] apparaît seulement au , avec le Martyrium Clementis »., une œuvre poétique composée en grec.. Selon ce récit, l'évêque, trop influent sur l'aristocratie romaine, aurait subi l'exil en Chersonèse Taurique et, pour le punir de continuer son apostolat auprès des prisonniers, on lui aurait attaché une ancre au cou avant de le précipiter dans le Pont-Euxin.

Il semble que cette tradition du martyre de Clément soit une confusion avec Titus Flavius Clemens. , une accusation souvent portée contre les Juifs en général et en particulier contre les chrétiens.

En 867, ses reliques supposées ont été ramenées de Crimée à Rome par les saints Cyrille et Méthode, qui les remettent au pape Adrien II (867–872).. On ignore si elles ont été déposées dans la basilique Saint-Clément-du-Latran. Une tradition romaine remontant à la fin du veut qu'elle ait été érigée à l'emplacement d'un ancien titulus Clementis, une église de maison qui aurait appartenu à l'évêque. et qui était ornée au de fresques de la vie de Clément..

Tradition catholique Dans l'édition de 1584 du Martyrologe romain, la fête de saint Clément de Rome est indiquée à la date du : Martyrologe romain de 1584, , le ..

Depuis la révision de l'an 2001 faite sous le pape Jean-Paul II, le martyrologe romain affirme toujours à la date du que : Martyrologium Romanum, Typis Vaticanis 2004, , le .. Ainsi donc, l'Église catholique tient fermement et officiellement à la tradition du martyre de Clément de Rome.

Vénération vignette|Bateau votif offert le par les pilotes et lamaneurs de Pauillac pour honorer la mémoire du pape Saint , patron des marins.

Le pape est vénéré comme saint et comme martyr par l'Église catholiqueMartyrologium Romanum (Typis Vaticanis 2004), ., par l'Église orthodoxeSynaxarion, par l'Église copte orthodoxeCoptic Synaxarium et par l'Église d'AngleterreThe Calendar.

Il est liturgiquement commémoré le 23 novembre par les catholiques et par les anglicans. Les Églises syriaque orthodoxe, syro-malankare orthodoxe, grecques orthodoxes, syriaque catholique et catholiques orientales le célèbrent le 24 novembre, l'Église orthodoxe russe le 25 novembre, et l'Église copte orthodoxe le 8 décembre. En raison de son martyre en Crimée, le pape est très vénéré dans les pays de l'Europe de l'Est.

Dans la tradition catholique, le pape est mentionné dans la première prière eucharistique du Canon romain de la messe, avec ses prédécesseurs les papes Lin et Clet, et ses successeurs et Corneille.. Il est traditionnellement représenté en habits pontificaux, chaussé de rouge, coiffé ou non de la tiare papale, et très souvent avec une ancre à ses côtés, instrument de son martyre.. Il est parfois accompagné d'un agneau qui, selon une version du récit de son martyre, lui avait indiqué, durant sa déportation en Crimée, où faire jaillir une source d'eau pour aider les prisonniers dont il prenait soinL'Évangile au quotidien : Saint .

Saint est le patron des mariniers, pour avoir été martyrisé et précipité au fond de la mer avec une ancre à son cou. Ses travaux forcés dans les carrières de marbre en ont fait aussi le patron des marbriers.

Treize papes, parmi ses successeurs, ont choisi de porter son nom en son honneur. Trois antipapes ont également voulu porter son nom, à savoir (à la fin du haut Moyen Âge), puis et (respectivement les premier et troisième « papes » d'Avignon).

Épître de Clément aux Corinthiens

vignette|Commencement de la Première épître de Clément dans une édition d'Oxford en 1633.

La lettre de Clément aux Corinthiens, intitulée Première épître de Clément (parce qu'il en existe une autre, faussement attribuée à cet auteur et appelée Seconde épître de Clément), est l'un des premiers écrits chrétiens après le Nouveau Testament.

On situe sa date de composition à la fin du règne de Domitien, c'est-à-dire 95 ou 96...

Manuscrits de la lettre de Clément