right|thumb|upright=1.6|Palais idéal du facteur Cheval à Hauterives
L’architecture naïve ou environnements visionnaires« Environnement » est le terme couramment admis et employé dans les pays anglo-saxons (« environment ») et au Canada/Québec (« environnements d’art ») pour désigner ce type de créations et englobe le phénomène mondial. En France, particulièrement marquée par la figure du facteur Cheval, on a souvent retenu la notion d’« architecture », correspondant difficilement à la diversité du phénomène, et donnant lieu à une infinité de termes : « architecture imaginaire » (Lucienne Peiry) ; « architecture marginale » (Centre Pompidou) ; « anarchitecture » (Richard Greaves) ; « architecture naïve » ; « architecture populaire » ; « archi-sculpteurs et jardins d'art brut » (Claude Arz) ; « jardins imaginaires » (Bernard Lassus) ; « bâtisseurs de l'imaginaire » (C. Prévost) ; « bâtisseurs de rêves » (Jean-Louis Ferrier & Schuyt/Collins). « Environnement visionnaire » est l'expression retenue par John Maizels (fondateur et rédacteur en chef du magazine Raw Vision) dans ses ouvrages Mondes imaginaires (1999) et L’Art brut/Raw Creation (1995). Il permet d’éviter le terme d’« art », la plupart de ces créateurs ne se considérant pas comme des artistes. désigne des constructions édifiées par des personnes autodidactes sans formation artistique. Ce sont des créations de plein air élaborées par des artistes ayant un statut marginal, avec une vision subjective et personnelle.
Ces constructions n’ont généralement pas de but fonctionnel et s’apparentent à des sculptures monumentales. Nombre d’autres désignations sont également utilisées : Architectures imaginaires, marginales, populaires, jardins imaginaires ou d’Art brut, et leurs créateurs sont appelés « habitants-paysagistesExpression inventée en 1977 par Bernard Lassus à l’occasion de la rédaction de son ouvrage Les Jardins imaginaires », « archi-sculpteurs » ou encore « anarchitectes ». Ils sont souvent proches d’œuvres artistiques monumentales, comprenant l’agrémentation / décoration entière de l’habitation du créateur ou de vastes ensembles de sculptures disposées en plein air. Ils rejoignent par là une forme brute de land art et sont souvent un véritable art de la récupération et du recyclage.
Le caractère spontané de ces réalisations les apparente aux créations de l’art naïf ou de l’art brut. L’importance de ces constructions, œuvres souvent d’une vie pour leurs créateurs, suscite un mélange de rejet et d’admiration. La forte charge émotionnelle et symbolique attachée à ces réalisations rend leur transmission difficile. Peu d'occupants souhaitent habiter des lieux aussi lourdement investis par leur précédent propriétaire.
Qu’il soit l'œuvre de créateurs autodidactes ou éduqués, le phénomène des constructions marginales, habitations décorées, jardins de sculptures en plein air ou créations se rapprochant du Land art est aujourd’hui reconnu mondialement. À la disparition de leur créateur, faute d'une prise en charge par la collectivité, ces architectures sont généralement vouées à l'abandon et à la destruction.
Histoire En France vignette|250px|Le Jardin de Nous Deux à Civrieux-d'Azergues : exemple d' « Art Brut », créé par Charles Billy (1910–1991). vignette|Détail des rochers sculptés de Rothéneuf de l'abbé Fouré.
Le Palais Idéal du Facteur Cheval Un facteur du Sud-Est de la France Ferdinand Cheval (1836-1924) porte le rêve de construire un palais merveilleuxInspirée du livre de John Maizels : L’Art brut. L’Art Outsider et au-delà, Phaidon, 2003.. En 1879, la découverte d'une pierre à la forme étrange lors d’une de ses tournées lui fait entamer la construction de son Palais Idéal. L’édification de cette incroyable construction imaginaire dans son jardin, à Hauterives (Drôme), lui prend 33 ans et fera l’admiration du monde entier (notamment d'artistes comme Breton, les surréalistes,ou Dubuffet). Classé au titre des monuments historiques le , le Palais idéal est aujourd’hui une visite touristique très prisée. Le terme architecture naïve a été principalement inventé pour définir l’œuvre de Ferdinand Cheval.
Autres sites remarquables Plusieurs Environnements de ces « Habitants-Paysagistes » sont remarquables en France, dont : right|thumb|Maison chinoise à Ablon-sur-Seine. La Maison-sculptée de Jacques Lucas (1944-) à L'Essart (Ille-et-Vilaine) La Maison aux avions d'Arthur Vanabelle à Steenwerck (Nord) La Maison des Ours à Veules-les-Roses (Seine-Maritime) La maison du Petit-Paris à Saint-Dizier (Haute-Marne) L'église Saint-Quentin de Wirwignes par l'Abbé Lecoutre L’église de Ménil-Gondouin par l'Abbé Victor Paysant La Maison chinoise à Ablon-sur-Seine (Val-de-Marne) La Maison-atelier de Danielle Jacqui (née en 1934) à Roquevaire (Bouches-du-Rhône) La Maison bleue d'Euclide Da Costa Ferrera à Dives-sur-Mer (Calvados). Un ensemble spectaculaire de pavillons recouverts de mosaïquesPropriété de la ville de Dîves-sur-mer depuis 1989.. La Maison sculptée de l'Essart de Jacques Lucas (près de Rennes) - un disciple de Robert Tatin. Le Jardin Rosa Mir de Jules Senis-Mir (1913-1983) à Lyon. Le Jardin de la Luna Rossa à Caen (Calvados), site qui se voue à conserver en plein air des fragments de plusieurs sites disparus ou en péril. La Villa des cent Regards (également appelée La Maison du fada) de Victor Grassi à Montpellier La Maison Picassiette de Raymond Isidore (1900-1964) à Chartres. Ce dernier passa la moitié de sa vie à décorer l’ensemble de sa maison et son jardin de vaisselles de faïence. Le Jardin des Coquillages de Bohdan Litnianski à Viry-Noureuil, véritable temple de la récupération. Le Jardin de Nous-Deux de Charles Billy (1909-1991) à Civrieux-d'Azergues (Rhône). Un ensemble d'architectures miniatures imaginaires, à hauteur d'homme, inspirées des architectures du monde. La Cathédrale de Jean Linard (Neuvy-Deux-Clochers dans le Cher), œuvre nettement plus « artistique » qu'environnement populaire au sens strict. Le Parc de la Fabuloserie à Dicy (Yonne) qui constitue un véritable conservatoire en plein air de divers fragments d'environnements populaires français. Il conserve en particulier le Manège, extraordinaire réalisation animée du vacher Pierre Avezard, dit "Petit-Pierre". Magic Hortus de François Alix à Bois Foreil (Vienne). Jardin anarchique de végétation métallique, qui abrite les fondations d'une architecture composée de recyclage de pièces métalliques industrielles. Les sculptures de granit du maçon-tailleur de pierre François Michaud à Masgot, hameau de Fransèches (Creuse). Ces statues disposées sur les clôtures des deux maisons de l'auteur sont autant d'icônes personnelles du sculpteur qu'il façonna depuis les années 1850 jusqu'aux années 1880. Cet environnement est l'un des plus anciens qui aient été conservés en France, précédant le Palais Idéal du facteur Cheval. Un cas à part est celui de l’abbé Fouré (1839-1910) de Rothéneuf (Saint-Malo, Ille-et-Vilaine), qui sculpta durant environ quinze années de nombreuses figures dans les rochers surplombant la mer, et des statues faites à partir de bois flottés qui furent conservées dans un ermitage du bourg jusqu'aux années 1940. Village d’Art préludien de Chomo et l’édification de son église des pauvres en matériaux de récupération dans la forêt de Fontainebleau, bien que l’on sorte déjà d’une certaine naïveté, Chomo ayant étudié aux Beaux-Arts et exposé en galerie avant de vivre 20 ans en ermite à Fontainebleau. La Maison des champs et le musée de La Frenouse de Robert Tatin (1902-1983), une oeuvre monumentale ancrée dans la nature, carrefour des civilisations de l'Orient et de l'Occident, avec les sculptures de ciment armé peint de son Allée des Géants et de son Jardin des méditations au cœur du musée à Cossé-le-Vivien (Mayenne). Admiré par André Breton, visité par De Gaulle, La Frénouse a été classé musée en 1969 par André Malraux. À noter que le site abrite également les peintures de Tatin. Il est labellisé Musée de France et Maisons des Illustres. La Demeure du Chaos (parfois abrégé DDC) est un ancien relais de poste du , situé à Saint-Romain-au-Mont-d'Or, entièrement transformé et déstructuré sous l'impulsion de Thierry Ehrmann, son actuel propriétaire.
Ouvrages et reconnaissances De nombreux ouvrages ont fait connaître ces environnements, à commencer par Les Inspirés et leurs demeures de Gilles Erhmann (1962) préfacé par André Breton, et Les Jardins Imaginaires de Bernard Lassus (1977), véritable livre-manifeste, qui serviront de référence à la présentation de ces Environnements à l’exposition-clé Les Singuliers de l’Art (Musée d'Art moderne de Paris) en 1978. D'autres médiateurs ont œuvré depuis lors à faire connaître ces lieux, en les photographiant, en leur consacrant des ouvrages, voire en défendant leur préservation : Jacques Verroust et Jacques Lacarrière, Francis David, Claude et Clovis Prévost, Marc Décimo (depuis 1987), Olivier Thiébault, ou plus récemment dans les années 2000, Marielle Magliozzi et Bruno Montpied.
Aux États-Unis right|thumb|140px|Les Watts Towers de Simon Rodia Watts Towers Là aussi, une figure emblématique et remarquable émerge, celle de Simon Rodia (1875-1965). Cet immigré italien passa trente-trois années de sa vie à construire neuf tours (dont trois très grandes) avec des matériaux de récupération, les Watts Towers, à Los Angeles. Le public commença à en mesurer la valeur lorsque la ville de Los Angeles menaça de les détruire en 1958. Une association se créa alors et les tours furent sauvées.
Préservation et publications Un passionné, photographe, Seymour Rosen, décida alors de partir à la recherche d’autres environnements et d’œuvrer à leur conservation. Son travail amena musées et journalistes américains à consacrer des expositions et des articles à ce type de créations dans les années 1960 et 1970. En 1978, Rosen fonde l’Association SPACES (Saving and Preserving Arts and Cultural Environments), consacrée au sauvetage et à la préservation des Environnements visionnaires aux États-Unis, encore très active de nos jours. Pas moins de 300 créations d’envergure furent répertoriées !
De nos jours, de nombreuses associations privées ou muséales œuvrent à la préservation des Environnements aux États-Unis. Le magazine d’art international Raw Vision leur consacre régulièrement des articles. Autres sites remarquables La Maison aux miroirs de Clarence Schmidt à Woodstock près de New York, construite entre 1948 et 1971 mais détruite par un incendie. Durant vingt-trois ans, cet ancien tailleur de pierres transforma sa modeste cabane en une structure labyrinthique de sept étages et de trente-cinq pièces. Majoritairement constituée de bois, un incendie (probablement volontaire) la détruisit entièrement. Le Concrete Park de Fred Smith (1886-1976) dans le Wisconsin, constitué de plus de 200 personnages en béton et verroterie.
Voir aussi Le Garden of Eden de Samuel Perry Dinsmoor au Kansas. Le Paradise Garden d’Howard Finster en Géorgie.
Ailleurs dans le monde right|thumb|330px|Détail du Rock Garden de Nek Chand - Inde right|200px|thumb|Entrée des pavillons Guëll à Barcelone, réalisation en fer forgé d'Antoni Gaudí.
Allemagne La maison de Karl Junker
Belgique La Tour d'Eben-Ezer de Robert Garcet
Espagne Le petit Musée de la mer de Manfred Gnadinger en Galice - détruit par la marée noire du Prestige en 2003. La Casa de las Conchas (la Maison des Coquillages) du port de pêche Tazones dans les Asturies, entièrement recouverte de coquilles Saint-Jacques et de bigorneaux, possède quelques détails cocasses comme le "crabe qui fume".