Tianjin, ou Tientsin en français. (en ), est une municipalité autonome du nord-est de la république populaire de Chine. Avec près de 14 millions d'habitants en 2020, il s'agit de la quatrième ville de Chine en nombre d'habitants, après Shanghai, Pékin et Chongqing. Tianjin est également l'une des quatre municipalités du pays qui sont directement gouvernées par le pouvoir central. Elle fait partie de la région Jing-Jin-Ji.

Située sur les rives du golfe de Bohai — un bras de la mer Jaune —, la municipalité de Tianjin est frontalière de la province Hebei et de la municipalité de Pékin. Elle se divise en deux ensembles urbains adjacents : la ville de Tianjin proprement dite, avec le centre historique, située sur les rives du fleuve Hai He ; et Binhai, une ville nouvelle située à l'est du centre historique, sur les rives de la mer de Bohai. Cette dernière, ainsi que le district de Tanggu voisin, est une zone économique spéciale destinée à accueillir de nombreuses entreprises chinoises et internationales. Sa croissance économique est l'une des plus importantes de Chine. Ainsi, le PIB de Binhai a dépassé en 2010 celui de Pudong à Shanghai..

Symbole de ce récent développement économique , plusieurs gratte-ciels sont actuellement en construction, comme la China 117 Tower ou le Tianjin International Trade Centre. La ville abrite également un musée d'art chinois, le mémorial dédié à Zhou Enlai (le Premier ministre de Mao Zedong), le temple de la Grande Compassion, ainsi que l'ancienne cathédrale de l'ex-concession française, l'église Notre-Dame-des-Victoires. Plus récemment, la ville a accueilli des compétitions sportives dans son centre olympique, construit à l'occasion des Jeux olympiques de 2008 à Pékin.

Histoire vignette|gauche|Soldats russes à Tianjin en 1905. vignette|gauche|Tientsin Club et Hôtel Astor House, 1902.

Les terres où se trouve maintenant Tianjin ont été créées par la sédimentation de plusieurs rivières, dont le fleuve Jaune, qui se jettent dans le golfe de Bohai non loin de la ville.

Avec l'ouverture du Grand Canal sous la dynastie Sui (581-618), Tianjin, alors appelée Zhigu, devient une ville et un port de commerce importants. En 1404, l'empereur Yongle donne à la ville le nom de Tianjin, littéralement le « gué de l'Empereur. », pour indiquer que l'empereur (le fils du Ciel) a traversé la rivière à cet endroit. Quelques années plus tard, un fort connu sous le nom de fort de Tianjin (Tianjin Wei, 天津卫) y est établi.

En 1725, la ville devient préfecture. Le Xian de Tianjin est créé sous la préfecture en 1731..

Temps des concessions européennes

vignette|gauche|200px|Carte du de Tianjin. vignette|gauche|Carte des concessions étrangères de Tientsin. vignette|gauche|La synagogue de Tientsin construite en 1940. vignette|droite|200px|Rivière Hai He. Au milieu du , les rives du Hai He, proches de Pékin, intéressent les puissances européennes. Tianjin offre une configuration géographique idéale. Ouvert à l'activité fluviale, le Hai He dessine un arc de cercle au milieu d'un bassin aéré se prolongeant jusqu'à la mer de Bohai.

En 1856, les soldats chinois montent à l'abordage de la Flèche, un bateau chinois enregistré à Hong Kong arborant le drapeau britannique et suspecté de piraterie, de contrebande et de commerce d'opium. Ils capturent et emprisonnent douze hommes. En réponse, les Britanniques et les Français envoient des canonnières sous le commandement de l'amiral Sir Michael Seymour pour capturer les forts de Taku (大沽砲台), près de Tianjin en . À la fin de la première partie de la seconde guerre de l'opium en juin de la même année, le traité de Tianjin qui ouvre Tianjin au commerce étranger est signé. Le traité est ratifié par l'empereur chinois en 1860 et Tianjin s'ouvre officiellement au reste du monde.

En 1860, le traité de Pékin, qui met fin à la seconde guerre de l'opium, offre des concessions à trois puissances occidentales : la France, le Royaume-Uni et les États-Unis.. Cependant, le massacre de Tientsin en installe la méfiance des deux côtés. En 1894, de nouvelles concessions sont attribuées à l'Empire allemand et au Japon. À la fin de la guerre des Boxers, quatre autres concessions sont octroyées à l'Italie, à l'Autriche-Hongrie, à la Russie et à la Belgique. Dans leur sillage, vingt consulats s'installent à Tientsin (comme alors romanisée en Occident).

vignette|droite|Vue du club français de Tientsin.

Le découpage des concessions est arbitraire. Elles recouvrent des étendues variables. Le Royaume-Uni et l'Allemagne se taillent la part du lion, alors que Belges et les Italiens sont cantonnés à des espaces restreints. Entre 1860 et 1870, les premières bâtisses voient le jour. Chaque concession reflète le style de chaque pays. Des architectes occidentaux, dont certains deviendront très prospères, élaborent les plans. En bordure du Hai He, l'hôtel Astor devient le point de ralliement des entrepreneurs occidentaux. C'est le premier établissement hôtelier de Chine du Nord ouvert aux étrangers. vignette|La première université moderne établie en Chine — université de Tianjin (université de Peiyang).|gauche Dans ses premières années, la présence des Occidentaux n'est pas sûre. Le , une foule importante saccage l'orphelinat français. Dix-huit étrangers sont tués, dont les dix religieuses et le consul Fontanier. Cependant, la dynastie Qing présente ses excuses et une sévère répression est exercée contre les fauteurs de troubles. L'histoire des concessions évolue alors au rythme d'une situation internationale particulièrement chaotique. Très engagés aux Philippines, qu'ils ont enlevées aux Espagnols, les Américains cèdent en 1902 leur concession au Royaume-Uni. Dans la foulée de l'entrée de la Chine en guerre du côté des Alliés, en mars 1917, les concessions allemandes et austro-hongroises sont dissoutes. De 1902 à 1937, Tianjin (Tientsin à l'époque) connaît une période faste. Un personnage séduisant, Gustav Detring, incarne le dynamisme de la ville. Il est au service de Li Hongzhang, vice-roi de la province, et exerce sans en avoir le titre le rôle de maire de la ville. vignette| L'université de Nankai, l'une des universités les plus célèbres de Chine, a été fondée en 1919. Herbert Clark Hoover, futur président des États-Unis, réside alors à Tianjin... Dans son journal, il témoigne : Paul Claudel est consul et président du conseil municipal de la concession française de 1906 à 1909Il évoque cette période dans Partage de midi., mais il regrette son ancien poste de Foutchéou et n'aime pas la ville qu'il trouve laide : Corinne de Ménonville, Les Aventuriers de Dieu et de La République, Paris, Les Indes savantes, 2007, . et il indispose les fonctionnaires français en recevant trop de missionnaires chez lui. C'est à Tientsin que naissent deux de ses enfants, Marie en 1907 et Pierre en 1908. De son côté, le général George Marshall qui séjournera un temps dans l'American Barracks (caserne américaine) ajoute :

En 1932, Teilhard de Chardin y demeure.

Ville ouverte et libre, Tianjin accueille des réfugiés. En 1928, elle abrite une communauté juive de quatre mille personnes dont beaucoup de rescapés des pogroms.. , souligne Harry Rozents, originaire de Pologne. En 1938, la synagogue de Nanjing Lu est inaugurée en grande pompe. , se souvient Harry Rozents.

Tianjin est aussi la ville des notables chinois. Comme en témoignent de nombreuses plaques à l'entrée des maisons, seigneurs de la guerre et lettrés s'installent dans les concessions. Comble de la liberté, Puyi, dernier empereur de la dynastie Qing, après avoir été chassé de Pékin, y résidera jusqu'en 1931. Tianjin est aussi souvent considéré comme la ville d'adoption de Zhou Enlai qui y vécut une partie de son enfance.. Plus tard, ses visites répétées à l'hôtel Astor témoignèrent d'un réel attachement à cette ville.

La ville de 1937 à 2000

En 1937, l'armée impériale japonaise occupe la ville à la suite du déclenchement de la guerre sino-japonaise. Les concessions étrangères sont tout d'abord respectées mais en , un incident important survient avec le gouvernement britannique alors que l'armée impériale implante un blocus autour de la concession pour obtenir six résistants chinois accusés d'avoir assassiné le directeur d'une banque appartenant à des capitaux nippons ..

À compter de 1941, les Occidentaux sont soumis aux mêmes mesures de répression que les chinois et plusieurs concessions sont pillées. Sur leur déclin, les dernières concessions sont dissoutes de 1943 à 1945 par le gouvernement nationaliste. Le , Tianjin est prise par l'Armée populaire de libération .. Tout son patrimoine architectural devient alors « bien d'État ». Mais aucune administration spécifique n'est créée pour en assurer la gestion. Chaque district de la ville entretient son parc de vieilles maisons comme toute autre construction. Pendant la guerre froide, le patrimoine est délaissé. Épisodiquement entretenu, le bâti se détériore, en particulier les anciennes concessions russes et françaises. Le rythme des dégradations s'accélère avec l'urbanisation. Des usines polluantes sont construites au cœur de la ville. Inexorablement, les édifices se délabrent, certains menacent de tomber en ruine, les murs noircissent.

Dans les années 1980, une nouvelle menace guette. La demande en logements et en bureaux entraîne une spirale presque incontrôlable de nouvelles constructions à la finition aléatoire. S'ajoute la boulimie financière des groupes immobiliers qui boudent cet héritage jugé peu rentable. Rapidement, l'ancienne concession russe est engloutie sous le béton. Des gratte-ciel se calent entre les vieux bâtiments, les écrasant aussitôt.

La ville au vignette|Tianjin Grand Theatre. En 2008, à l'occasion des Jeux olympiques de Pékin, Tianjin est choisie pour accueillir des matchs du tournoi de football.. Le centre olympique de Tianjin est construit pour cette occasion.

Le vers , d'importantes explosions ont lieu dans un entrepôt chimique basé à Binhai New Area, une zone de développement économique sous la juridiction de la municipalité de Tianjin. La série d'explosions, ressentie à plusieurs kilomètres aux alentours, entraîne la mort d'au moins et en blesse plus de , outre une dizaine de personnes portées disparues..

Géographie redresse=1.4|vignette|Divisions administratives et disputes territoriales de la république populaire de Chine. Situation vignette|Image satellite de 2002 montrant l'agglomération de Tianjin. Tianjin se trouve dans une plaine à l'embouchure du Hai He et à l'extrémité nord du Grand Canal de Chine, qui relie le fleuve Jaune (黃河) et le Yangtsé (长江). Elle est située à au sud-est de Pékin et à au nord-ouest de Qingdao.

La municipalité de Tianjin est en général plate et marécageuse près de la côte, mais vallonnée au nord, où les montagnes Yan (燕山) traversent le nord de Tianjin. Le point culminant de la municipalité est le pic de Jiushanding à la frontière Nord avec le Hebei, à .

Le territoire de la municipalité autonome s'étend sur . Il a une façade maritime (mer de Bohai) à l'Est et jouxte la municipalité autonome de Pékin au Nord-Ouest. Sur ses autres limites, il touche la province du Hebei.

Le fleuve Hai He (海河) se forme à Tianjin avec la confluence de la rivière Ziya (子牙河), la rivière Daging (大清河), la rivière Yongding (永定河) et le Grand Canal. Le fleuve se jette ensuite dans l'océan Pacifique par le district de Tanggu. Les réservoirs les plus importants sont le réservoir de Beidagang à l'extrême sud (district de Dagang) et le réservoir Yuqiao à l'extrême nord (Xian de Ji).

La zone urbaine de Tianjin se trouve dans le centre-sud de la municipalité. La côte de Bohai est bordée d'une série de villes portuaires dont Tanggu (塘沽) et Hangu (汉沽).

Géologie