L’estime de soi est, en psychologie, un terme désignant le jugement ou l'évaluation qu'une personne a de sa propre valeur. Lorsqu'un individu accomplit un acte qu'il pense valable, il ressent une valorisation ; lorsqu'il évalue ses actions comme étant en opposition à ses valeurs, il réagit en . Cette notion se distingue de la qui, bien que liée — elle peut être à son origine —, est en rapport avec des capacités plus qu'avec des valeurs .
Développement Les expériences vécues par un individu durant sa vie développent son estime de soi. Des expériences positives peuvent favoriser un regard positif porté sur soi-même, et inversement. Durant les premières années de la vie d'un enfant, les parents influencent significativement le développement de son estime de soi, que ce soit en positif ou en négatif. Un amour inconditionnel, selon les ouvrages sur la parentalité, est d'une influence notable pour un développement émotionnel stable. Ces émotions affectent l'estime de soi de l'enfant lorsqu'il grandit..
De nombreuses études expérimentales en psychologie du développement montrent des liens de cause à effet entre l'attachement sécure ou sécurisant (cf. théorie de l'attachement) et la confiance en soi ultérieureM. D. Papalia, M. S. Olds et M. R. Feldman, Psychologie du développement humain, Groupe de Boeck, 2010..
Pendant les périodes scolaires, les notes représentent un facteur contribuant à l'estime de soi. Un élève qui réussit ou échoue constamment affecte son estime de soi.. Les expériences en société sont un autre facteur qui influe significativement. Un enfant, à l'école, peut commencer à se comparer à ses camarades de classe. Ces comparaisons jouent un rôle important dans l'estime de soi de l'enfant et influencent l'avis négatif ou positif qu'il a de lui... À l'adolescence, l'opinion sur l'estime de soi et le regard sur soi deviennent plus importants, car les adolescents se comparent en fonction de leurs relations avec leurs proches amis.. Une relation aisée avec des amis est très importante pour le développement de l'estime de soi chez les enfants. L'acceptation sociale amène également une forte estime de soi, tandis que le rejet et la solitude amènent le doute et favorisent le développement d'une faible estime de soi..
L'attitude parentale et le style parental jouent un rôle crucial dans le développement de l'estime de soi. Une éducation basée sur l'attention et l'encouragement conduit les enfants à avoir une forte estime de soi, ce qui leur permet de prendre des décisions plus rapidement. Des études rapportent un lien positif entre un style parental autoritatif et le développement de l'estime de soi, comparé aux styles parentaux dits autoritaire, indulgent ou négligent...
Les bonnes expériences vécues durant l'enfance qui contribuent au développement d'une bonne estime de soi impliquent l'attention des autres, des paroles respectueuses, une attention et une affection appropriées, ainsi que la reconnaissance de tâches effectuées avec succès. Les mauvaises expériences qui contribuent au développement d'une faible estime de soi impliquent de fortes critiques, du harcèlement ou abus physique, moral ou sexuel, être ignoré, ridiculisé ou intimidé « Self-Esteem ». Self-Esteem. N.p., n.d. ..
Types Forte estime Une forte estime de soi peut impliquer les caractéristiques suivantes. : croyance ferme en ses propos et principes, toujours prêt à se défendre face à l'adversité, et confiance en soi José-Vicente Bonet. Sé amigo de ti mismo: manual de autoestima, éd. Sal Terrae, 1997, Maliaño (Cantabria, España). . ; capacité à faire les choix qui semblent corrects, sans culpabilité vis-à-vis des autres ; capacité à aller de l'avant, sans se préoccuper des événements passés ou à venir ; capacité à résoudre pleinement un problème, sans hésitation ni difficultés ; il peut demander l'avis des autres ; considération, ne se sent ni inférieur ni supérieur aux autres, et accepte les différences propres aux autres ; résistance à la manipulation, collaboration avec les autres ; admission et acceptation des opinions et avis partagés, qu'ils soient positifs ou négatifs ; capacité à apprécier pleinement toute une variété d'activités ; sensibilité aux besoins des autres ; respect général des lois sociales.
Faible estime Une faible estime de soi peut montrer les caractéristiques suivantes Adapté depuis J. Gill, « Indispensable Self-Esteem », in Human Development, , 1980. : auto-critique importante, créant un état habituel d'insatisfaction de soi ; hypersensibilité aux critiques ; un individu ayant une estime de soi basse se sent facilement attaqué et éprouve de façon permanente des ressentiments face aux critiques ; indécision chronique, souvent à la suite d'une peur exagérée de faire une erreur ; Perfectionnisme, qui conduit à vouloir faire quelque chose parfaitement ou sans erreur, (il se trouve inquiet), au risque notamment de causer une frustration ; culpabilité, qui mène à des ruminations des erreurs faites dans le passé ; irritabilité, ou constamment sur la défensive même sans raison apparente ; pessimisme, point de vue négatif généralisé ; envie.
Lorsqu'une idée est mal reçue, un individu souffrant d'une faible estime peut le prendre personnellement et se sentir dévasté. Cela peut avoir de lourdes conséquences lorsque la personnalité physique ou morale, les actions ou l'égo d'un individu sont directement visés. Ces individus remontent leur estime de soi s'ils réussissent à atteindre un but qu'ils s'étaient fixé ; cependant, ils peuvent revenir à une faible estime s'ils échouent de nouveau..
Théories James (1890), Cooley (1902) et Mead (1934) ont été parmi les premiers à évoquer cette notion.
Pour James, l'estime de soi est le résultat d'un rapport entre nos succès et nos prétentions dans les domaines importants de la vie. En d'autres termes, le postulat de James est que l'estime de soi est le rapport entre ce que sont réellement les humains et ce qu'ils veulent être (leur idéal de soi).. Certaines recherches empiriques montrent que plus l'écart entre le soi réel et l'idéal de soi est important, plus l'estime de soi est faibleBoldero & Francis, 1999 ; Higgins, 1987 ; Tangney, Niendenthal, & Barlow, 1998.. Cooley postule qu'autrui serait un miroir dans lequel nous nous percevons et que les jugements d'autrui sur nous seraient intériorisés et créeraient les perceptions qu'un individu possède de lui. Mead postule, lui, que ce serait la moyenne de ces jugements qui serait intériorisée. Un exemple des travaux empiriques sur le jugement d'autrui et l'estime de soi peut être trouvé dans les travaux de Cole. Le locus de contrôle de Rotter (1966) définit l'estime de soi comme la croyance de l'individu qu'il est acteur des évènements de sa vie (lieu de contrôle interne) ou victime (lieu de contrôle externe). Dans la hiérarchie des besoins de Maslow (1970), l'estime de soi correspond à une double nécessité pour l'individu : se sentir compétent et être reconnu par autruiAbraham Maslow..
Le sentiment d'auto-efficacité (2002), selon Bandura (qui correspond à la perception selon laquelle un individu peut mettre en œuvre une suite d'action pour arriver à un but donné) et l'estime de soi représentent deux construits théoriques distincts. L'estime de soi peut provenir d'auto-évaluations basées sur la compétence personnelle, mais aussi sur la possession de caractéristiques personnelles investies de valeurs positives ou négatives selon la culture (statut social…). Dans sa perspective, l'estime de soi est multidimensionnelle (travail, vie sociale…). Il précise qu'il n'y a pas de lien systématique entre le sentiment d'auto-efficacité et l'estime de soi, 2002.. Il existe des domaines qui favorisent ou défavorisent l'estime de soi. Par exemple, quelqu'un s'évaluant mauvais mathématicien mais qui n'accorde pas d'importance à cette activité ne tirerait pas de conclusion négative sur sa valeur personnelle. Inversement, une personne pourrait s'estimer compétente professionnellement, et en tirer une valeur négative par la nature de l'activité (huissier, tireur d'élite, prostitution)Albert Bandura, Auto-efficacité. Le sentiment d'efficacité personnelle, éd. De Boeck..
Les travaux de Coopersmith (1967) visent à démontrer la non corrélation significative entre l'estime de soi de l'enfant et la fortune, l'éducation ou la profession de ses parents. Le seul facteur qui influencerait fortement l'estime de soi de l'enfant serait la qualité de sa relation avec ses parentsCoopersmith Self-Esteem Inventory.. Harter (1978) souligne l’aspect vital de l’approbation pour l'estime de soi de l’enfant, à la fois pour encourager certains comportements et comme source d’informations sur l’adéquation de ses performances. Ces renforcements positifs remplissent deux fonctions : ils apportent de la stimulation et de l’affection, de même qu’ils favorisent le processus d’indépendance et de recherche de maîtrise. La source de cette approbation se modifie avec l'âge de l'enfant : jusqu'à 3 ans, ce dernier accorderait plus d'importance à l'avis de ses parents ; puis, peu à peu, ce serait l'approbation des pairs qui serait recherchée (avec un paroxysme à l'adolescence)DU Psychology Department Faculty: Susan Harter..
Selon d'autres chercheurs, le de naissance semblerait également jouer un rôle sur l'estime de soi de l'enfant et du futur adulte : ainsi, les cadets auraient une estime de soi légèrement plus basse que les aînés mais seraient plus populaires et plus à l'aise que ces derniers en sociétéMiller et Naruyama, 1976.. Les aînés, quant à eux, jouiraient d'une estime de soi légèrement plus élevée, axée sur la performance et connaîtraient, en général, une meilleure réussite scolaireFalbo et Polit, 1986.. Naître dans la caste des intouchables n'encouragerait pas a priori une estime de soi importante, mais le contexte culturel modifierait aussi l'estime de soi. Selon certaines sources, la question de l'estime de soi serait à rattacher à celle de la délinquance et fournirait ainsi un champ d'action pour la contrôler. Cependant, selon d'autres, une estime de soi élevée ne serait pas nécessairement un atout : dans une étude célèbre, Baumeister, Boden et Smart, suggèrent qu'une haute estime de soi peut être corrélée à des actes de violence ou d'agression en cas de menace du concept de soi, c’est-à-dire en cas d'atteinte à l'amour-propreBoden et Smart (1996)..
Il n'existe actuellement pas de consensus sur une définition de l'estime de soi. Mais la plupart des chercheurs, malgré des divergences parfois importantes, s'entendent sur un point : l'estime de soi se « mériterait ». Soit qu'il s'agisse de gagner un sentiment d'appartenance en se conformant aux exigences du miroir socialMead, 1934., soit qu'il faille atteindre un objectif particulier pour s'autoriser une fierté personnelleCoopersmith, 1967., soit enfin qu'il convienne de respecter des « piliers » moraux afin que la réalité récompense la vertu (Branden, 1994). Pour jouir du privilège d'une bonne estime de soi, il faudrait donc s'ajuster à des principes extérieurs à soi.
Sociologie et santé : le sentiment de maîtrise
Une étude pluridisciplinaire sur les facteurs des différents états de santé a été menée de 2002 à 2005 dans trois territoires québécois (urbain, périurbain et rural), présentant des profils de santé contrastés. Plusieurs démarches techniques et méthodologiques ont été employées — démarche empirique, approche territoriale —, dont le SIG (système d'information géographique), des enquêtes de terrain, des entretiens qualitatifs auprès des acteurs locaux, ainsi qu'une enquête quantitative téléphonique de cent soixante-dix questions menée auprès d'un échantillon représentatif des populations étudiées.
Lors de cette enquête, le sentiment de maîtrise (ou de « contrôle ») a été mesuré au moyen d'un indice mis au point par Pearlin et Schooler (1978), l'un des indicateurs psychosociaux les plus pertinents pour expliquer le gradient social de santé.